Alpine A350

monoplace de Formule 1 de 1968

L'Alpine A350 est une monoplace de Formule 1 conçue par l'ingénieur Richard Bouleau pour le compte du constructeur français Alpine. Équipée d'un moteur V8 Renault-Gordini, l'A350 est testée par le Belge Mauro Bianchi sur les circuits de Zolder et de Zandvoort, dans l'optique d'un engagement en Formule 1 lors du Grand Prix de France 1968.

Alpine A350
Présentation
Équipe Alpine
Constructeur Drapeau de la France Alpine
Année du modèle 1968
Concepteurs Drapeau de la France Richard Bouleau
Spécifications techniques
Châssis Monocoque tubulaire en polyester
Suspension avant Suspension à plat, amortisseurs en carbone
Suspension arrière Suspension à plat, amortisseurs en carbone
Nom du moteur Renault-Gordini 3.0
Cylindrée 2 996 cm3
Configuration Moteur V8
310 chevaux à 7 500 tr/min
Boîte de vitesses Hewland DL200
Nombre de rapports 5 vitesses + marche arrière
Type Manuelle
Poids 540 kg
Carburant Elf
Pneumatiques Michelin
Histoire en compétition
Pilotes Drapeau de la Belgique Mauro Bianchi
CoursesVictoiresPole positionsMeilleurs tours
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Chronologie des modèles (1968)

Le moteur Renault-Gordini dispose d'une puissance de 310 chevaux à 7 500 tr/min, rendant 110 chevaux au bloc Ford-Cosworth, le moteur le plus puissant du plateau. Cet écart pousse Renault à mettre un terme au projet et à ordonner la destruction de l'A350.

Contexte et développement

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Au milieu des années 1960, la Formule 1 connaît des changements importants, en particulier avec une nouvelle réglementation augmentant la cylindrée des moteurs à trois litres, et à 1,5 litre pour les moteurs turbocompressés[1]. À cette époque, parmi les motoristes de Formule 1 figurent des entreprises comme Maserati, Repco, Weslake et Cosworth, et de nombreuses écuries, comme Lotus et Brabham, en sont leur clientes. Des constructeurs comme Honda , Ferrari et Matra conçoivent des moteurs pour leurs écuries officielles[2].

Jean Rédélé, le fondateur d'Alpine, nourrit secrètement l'ambition de s'engager en Formule 1. En , il présente son projet à Renault, mais la direction conservatrice du constructeur français ne le soutient pas, et Alpine n'intègre pas la discipline. Déterminé à mener le projet jusqu'à son terme, Rédélé envisage d'utiliser un moteur V8 produit par Gordini[2]. Cependant, le bloc ne délivre pas la puissance espérée lors des tests menés au banc d'essais et il souffre de problèmes de vibrations qui endommage nombre de ses composants[3].

Dans le même temps, le gouvernement français, qui voit dans la Formule 1 un moyen de montrer l'excellence de l'ingénierie du pays, décide d'octroyer une subvention au constructeur présentant le projet de conception et de construction le plus ambitieux d'une monoplace de Formule 1 totalement française. Matra, avec son moteur V12, considéré comme techniquement impressionnant, et ses monoplaces engagées dans la discipline, semble remplir les critères pour bénéficier de l'aide gouvernementale. Amédée Gordini souhaite également participer avec son V8, afin d'utiliser la subvention pour développer son moteur, initialement conçu pour les courses d'endurance mais ne dispose pas d'une voiture adaptée. Son moteur est équipé de quatre carburateurs double corps, contrairement au bloc V12 Matra, doté d'un système à injection plus moderne[3].

Ainsi, en 1968, Alpine, malgré l'interdiction formulée par Renault lors du salon de l'automobile de Paris en 1965 d'apposer le nom du constructeur français sur les carrosseries de ses voitures, de ses monoplaces et de ses catalogues, accepte de collaborer avec Gordini, dont les moteurs sont rebadgés Renault-Gordini en raison des importants investissements réalisés que réalise la Régie. Les techniciens d'Alpine estiment avoir une chance de remporter la subvention gouvernementale en arguant qu'en 1966 et 1967, l'écurie Brabham et ses pilotes Jack Brabham et Denny Hulme ont remporté les titres pilotes et constructeurs du championnat du monde de Formule 1 en utilisant un moteur Repco développant 300 chevaux[3]. Une autre source de motivation repose sur les résultats prometteurs obtenus par les monoplaces conçues par Alpine en Formule 2 et en Formule 3 et par les prototypes engagées en endurance. D'après le pilote Belge Mauro Bianchi, officiant chez Alpine depuis , « les deux programmes se sont révélés étonnamment compétitifs malgré une puissance moteur qu'en toute honnêteté, je ne peux qualifier que de raisonnable. Nous avons donc commencé à rêver d'un programme en Formule 1 »[4].

Choix du pilote : Mauro Bianchi

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Mauro Bianchi est un pilote Belge né le à Milan. Remportant à trois reprises avec Abarth le titre de champion du monde des voitures de sport dans la catégorie GT au début des années , il rejoint Alpine en à la suite d'un appel téléphonique du directeur de la compétition de Shell, qui sponsorise la firme française[5]. Chez Alpine, il est à la fois pilote, essayeur et technicien. Sa première tâche consiste à évaluer les performances d'un prototype A110 de 1,1 litre, qu'il qualifie de « monstre » en raison de son comportement particulier : celle-ci, très rapide et maniable, manque de stabilité en ligne droite[6]. Bianchi dispute et décroche de nombreuses places d'honneur en rallye, en Formule 2, Formule 3 et aux 24 Heures du Mans, où le constructeur engage des modèles tels que les M64 et M65. En et , il travaille sur le projet secret de l'Alpine A220, destinée à être engagée en endurance, puis sur l'A350, pour lequel il convainc, avec d'autres employés d'Alpine, Jean Redelé de tenter de s'engager en Formule 1[2].

Essais de développement

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Mauro Bianchi effectue les premiers tours de piste de l'Alpine A350 à la fin , pour une série de tests sur la piste d'essais Michelin de Ladoux, située à Clermont-Ferrand. À l'issue de ces premiers essais, l'A350 nécessite de nombreuses améliorations mineures, mais l'équipe, motivée par les performances encourageantes obtenus par Bianchi, décide d'en poursuivre le développement à Zolder. À ce stade, la voiture présentait encore quelques défauts relativement importants[7]. Lors des essais à Zolder, Bouleau et son équipe remarquent, en voyant l'avant de l'A350 arriver dans la chicane précédant les tribunes du circuit, que les roues semblent ne pas tourner. Ce comportement inhabituel attire l'attention d'un serveur d'un restaurant voisin. Cette illusion s'explique par le fait que l'objectif technique est de concevoir une suspension capable de résister, entre autres, au roulis et aux variations de stabilité[8]. Mauro Bianchi est toutefois impressionné par les capacités de freinage de la monoplace : « J'ai tout de suite perçu son grand potentiel. Son point fort était le freinage. J'étais habitué à 100 kilogrammes de poids supplémentaires, et pourtant je pouvais toujours freiner en utilisant les mêmes repère que pour une Formule 3 ! L'explication résidait dans la conception de la suspension à plat qui nous permettait d'utiliser systématiquement 100 % de la largeur de la bande de roulement des pneus »[8].

Alpine, satisfaite des résultats et des temps au tour obtenus durant les premiers tests, poursuit les essais sur le circuit de Zandvoort, qui accueille le Grand Prix des Pays-Bas. Bianchi affirma que les temps au tour réalisés lors de ces essais l'auraient placé en milieu de grille lors des qualifications de l'édition 1967 de l'épreuve. Cependant, les résultats sont considérés comme insatisfaisants et que le moteur constitue la principale faiblesse de la monoplace[9],[10].

Alpine envisage alors d'engager l'A350 au Grand Prix de France. Cette décision est motivée non seulement par le désir de concourir en Formule 1, mais aussi par la volonté de prouver à Renault qu'Alpine est une écurie de course sérieuse et de les inciter à développer un moteur de compétition performant pour remplacer le V8 Gordini, jugé trop lent. En apprenant l'engagement de l'A350 au Grand Prix de France, Renault interdit à Jean Rédélé d'utiliser le moteur Renault-Gordini V8[9]. Le constructeur français émet des préoccupations liées à l'image de la marque et aux performances de ce moteur. En 1969, Renault abandonne le développement du moteur V8 et renonce à toute intention de s'engager en Formule 1[11].

Devenir de la monoplace

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Le seul châssis A350 jamais construit est détruit quelques mois après le Grand Prix de France 1968 ; seuls subsistent les roues et une partie de la carrosserie[11],[12].

Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Roy Smith, Alpine & Renault : The Development of the Revolutionary Turbo F1 Car: 1968 to 1979, Éditions Veloce Publishing, , 240 p. (ISBN 978-1-84584-177-5, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Michel Morelli, Alpine en compétition, Boulogne-Billancourt, E-T-A-I, , 143 p. (ISBN 2-7268-8594-2, lire en ligne), pages 64-65 (Alpine A 350 Formule 1 Expérimentale).
  • (en) Doug Nye, The Autocourse history of the Grand Prix car, 1966-1985, Hazleton publishing, , 264 p. (ISBN 978-0-905138-37-4, OCLC 23046412) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références

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  1. Nye 1986, p. 20.
  2. 1 2 3 Smith 2008, p. 27.
  3. 1 2 3 Smith 2008, p. 28.
  4. Smith 2008, p. 24.
  5. Smith 2008, p. 26, 29.
  6. Smith 2008, p. 26.
  7. Smith 2008, p. 30.
  8. 1 2 Smith 2008, p. 31.
  9. 1 2 Smith 2008, p. 32.
  10. (en) « Grand Prix cars that never raced », sur forix.autosport.com (consulté le ).
  11. 1 2 Smith 2008, p. 33.
  12. « Alpine A350 », sur statsf1.com (consulté le ).