Archives d'Abousir
Sous le titre d'archives d'Abousir sont regroupés tous les lots de papyrus découverts sur le site de la nécropole royale d'Abousir en Basse-Égypte, non loin du Caire.
Ces documents sont uniques en leur genre en raison de leur antiquité et de leur contenu qui apportent des éléments essentiels à la compréhension du fonctionnement de la société de l'Égypte antique sous l'Ancien Empire.
Informations essentielles
| Archives d'Abousir | |
Papyrus du lot du complexe funéraire de Néferirkarê | |
| Pays | Égypte antique |
|---|---|
| Genre | Documents administratifs |
| Version originale | |
| Langue | Égyptien ancien |
| Lieu de parution | Égypte |
| Version française | |
| Date de parution | Ancien Empire |
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Découverte
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Les premiers lots de ces papyrus, découverts par des habitants locaux d'Abousir, sont apparus sur le marché des antiquités du Caire à la fin du XIXe siècle, vers 1893, et acquis par de grands égyptologues de l'époque, Flinders Petrie, Naville, Maspero[note 1], mais sans en connaître précisément la provenance, bien que les textes mentionnaient régulièrement le complexe funéraire de Néferirkarê. Très vite, leur contenu suscita l'intérêt des égyptologues en ce que ces documents font apparaître les noms de souverains assez peu connus de l'Ancien Empire : ceux de la Ve dynastie. Ces premiers lots seront alors acquis par les grands du Caire (Musée égyptien du Caire), de Londres (British Museum et University College), de Paris (Musée du Louvre) et de Berlin (Ägyptisches Museum)[2].
Ce n'est que lors des fouilles de Ludwig Borchardt à Abousir (1900-1908) que de nouveaux fragments apparurent, plus précisément en 1903 dans les magasins du temple funéraire adjacents au coin sud-est de la pyramide de Néferirkarê[3]. La découverte a permis de rendre certaine la provenance des papyrus trouvés auparavant par les habitants locaux, car un fragment découvert par Borchardt a pu être réassemblé par un autre conservé au British Museum par Hugo Ibscher, le restaurateur des papyrus conservés achetés par le musée à la fin du XIXe siècle[3].
En 1978, lors de la fouille par une équipe tchèque de l'Université Charles de Prague, menée alors par Miroslav Verner, du complexe funéraire de Khentkaous II, épouse de Néferirkarê et dont le monument se trouve juste à côté de son royal époux, des fragments d'autres papyrus ont été découverts dans la cour péristyle du temple funéraire de la reine. À côté de ces fragments furent découverts les restes d'un coffre en bois qui devait les contenir à l'origine. Ces fragments, au nombre d'une centaine, sont pour la grande majorité de très petits morceaux ; seuls quelques uns sont de la taille d'une paume de la main. Bien que le nom de la reine n'apparaisse pas sur ces fragments, ils faisaient partie sans aucun doute des archives de son complexe funéraire car plusieurs d'entre eux figurent les statues de culte de la reine. Ces papyrus semblent conserver l'inventaire des objets du complexe, dont les statues, le naos, les bijoux, etc. Ces papyrus furent transférés au Musée égyptien du Caire[4].
Un troisième lot de papyrus, composé de près de deux milles fragments — dont des sections entières de rouleaux en très bon état —, émergea du temple funéraire de Néferefrê, notamment en 1982 lors de la fouille des magasins situés dans la partie nord-ouest du temple. Ces rouleaux étaient à l'origine maintenus enroulés par des lanières en cuir et conservés dans des boîtes en bois. Ces boîtes et les papyrus qu'elles contenaient furent piétinés, ensevelis sous les détritus et recouverts de couches de briques provenant des murs effondrés ; finalement, le tout fut enterré sous une grande épaisseur de sable. Ces papyrus furent transférés au Musée égyptien du Caire[5].
Étude
modifierÀ la suite de la redécouverte en 1952 des deux fragments achetés par Maspero, Georges Posener et son étudiante, et future épouse, Paule Posener-Kriéger, commencèrent à examiner des papyrus du complexe de Néferirkarê dispersés entre les différents musées. En effet, jusqu'à cette date, aucun chercheur ne prit le temps d'éditer l'ensemble des papyrus pour plusieurs raisons : ils étaient composés de nombreux fragments souvent disjoints, ce qui rendait difficile leur étude ; ils étaient écrits en vieux hiératique, l'écriture cursive utilisée pendant l'Ancien Empire et qui posait alors problème aux égyptologues par le faible nombre de textes utilisant cette écriture ; et le contenu était très divers, allant du simple document de comptabilité au décret royal. Paule Posener-Kriéger étudia alors ces fragments, avec l'aide de Georges Posener, mais aussi de Sir Alan Gardiner, de Jaroslav Černý et Jean-Louis de Cenival. C'est avec ce dernier qu'elle publia en 1968 les papyrus du complexe de Néferirkarê dispersés entre les différents musées, publication comprenant un ordonnancement des fragments, des photocopies et une transcription en écriture hiéroglyphique du contenu. Ce n'est qu'en 1976 qu'elle publia une traduction et un commentaire de ces papyrus[6].
Les papyrus du complexe funéraire de Khentkaous II furent quant à eux publiés en 1995 par Paule Posener-Kriéger dans le cadre d'une contribution dans l'ouvrage de Miroslav Verner sur le complexe funéraire de la reine[7]. Quant à ceux du complexe de Néferefrê, ils furent publiés en 2006, toujours grâce au travail de Paule Posener-Kriéger, mais dix ans après sa mort, grâce à la publication par l'équipe tchèque responsable des fouilles[5].
Conservation
modifierCes papyrus, qui devaient exister pour chaque complexe funéraire royal de l'Ancien Empire, étaient archivés au sein des villes accueillant les pyramides. Ces cités se trouvaient à proximité immédiate des temples de la vallée des complexes, à la frontière entre les terres cultivées et le désert. La conservation de ces documents pour ces deux complexes royaux peut s'expliquer par le fait qu'ils n'ont pas été remisés au sein des temples de la vallée à cause de leur inachèvement, Niouserrê ayant d'ailleurs réutilisé le tracé de la chaussée du complexe de Néferirkarê pour son propre complexe funéraire. Ainsi, là où les archives des complexes pyramidaux terminés ont depuis longtemps été détruites par l'humidité, celles des complexes de Néferirkarê et de Néferefrê sont restées au sec. Le recours à des briques crues par Niouserrê pour parachever ces temples a également contribué à leur protection ; la désagrégation de ces briques a formé une couche imperméable aux pluies, rares mais puissantes, qui peuvent s'abattre sur les nécropoles[8].
Contenu
modifierLes papryus sont datés de périodes allant du règne de Djedkarê Isési à celui de Pépi II, en passant par les règnes d'Ounas et de Téti ; mais une grande partie datent du règne de Djedkarê Isési. Cela est probablement dû au fait que Djedkarê Isési fut le premier souverain à complètement quitter la nécropole d'Abousir[note 2], ayant fait construire sa pyramide à Saqqarah-Sud et n'ayant pas fait construire de temple solaire. Cet abandon de la nécropole a probablement conduit le roi à prendre des décisions concernant la gestion de la nécropole en général et de chacun des complexes funéraires en particulier[9].
Les textes mentionnent les temples solaires de la dynastie, éclairant leur rôle dans le fonctionnement et l'organisation du culte funéraire à cette époque. Ainsi, les offrandes quotidiennes destinées aux cultes royaux étaient consacrées dans ces sanctuaires avant d'être redistribuées dans les différents temples funéraires de la nécropole. Celui de Niouserrê retrouvé à Abou Ghorab est cité, mais également celui de Néferefrê ou celui de Néferirkarê qui, eux, n'ont pour le moment pas été découverts.
- Archives du complexe de Néferirkarê
Ces documents se répartissent en plusieurs catégories :
- des inventaires du complexe funéraire, constitués de listes et tableaux précisant l'état des objets du culte à chacun des contrôles effectués[10],
- des listes des membres du clergé affectés aux temples, avec leurs fonctions et leur présence lors des différents services qui y étaient rendus[11] ; suivent les documents comptables des offrandes livrées depuis diverses institutions importantes qui sont nommées, dont les domaines royaux, la Résidence et le temple solaire de Néferirkarê[12],
- des décrets royaux, confirmant les revenus de certains temples ou réformant le fonctionnement des cultes,
- des documents connectés à l'architecture du monument, soit au travers de la notification de scellements de diverses portes du complexe pour des inspections, ou encore la notification de parties endommagées du complexe, avec réparation subséquente[13].
- Archives du complexe de Khentkaous II
Ces documents font partie du premier genre susmentionné, ils sont un inventaire du complexe. Ils révèlent entre autres informations importantes que le temple comprenait au moins seize statues de la souveraine, que les naos qui les abritaient étaient faits de bois et décorés de lapis-lazuli, que les colliers de ces statues étaient faits d'or, que les yeux étaient incrustés d'onyx, que les sceptres-ouas étaient fait d'électrum, etc. Sur cinq des fragments de ces archives est représentée une figure féminine dans une chapelle, probablement à l'effigie des statues de la reine[7].
- Archives du complexe de Néferefrê
Le contenu des archives de Néferefrê est semblable à celui des archives du complexe de Néferirkarê. Quelques différences cependant sont à noter : les archives sont dans la très large majorité datées du règne de Djedkarê, le reste étant daté du règne d'Ounas ; un bien plus grand nombre de dates a d'ailleurs survécu ; un plus grand nombre de décrets royaux ; un titre particulier, non attesté par ailleurs, est celui de « joueur de flûte de la Couronne Blanche ». Les archives mentionnent les livraisons effectuées par les domaines funéraires, le temple de Ptah à Memphis, mais aussi le temple solaire de Néferirkarê, le temple solaire de Néferefrê ayant probablement été inachevé. Les archives mentionnent également des édifices qui devaient avoir été érigés à Abousir, notamment le « Sancturaire du Sud » et le palais « Louée est la beauté de Sahourê », ce dernier étant le premier roi à avoir construit son complexe funéraire dans cette nécropole[14].
Lieux de conservation
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Les deux larges fragments achetés par Gaston Maspero furent conservés dans l'un des journaux de l'égyptologue jusqu'à sa mort en 1916. La Bibliothèque de la Sorbonne avait alors hérité du journal, et ce n'est qu'en 1952 qu'un bibliothécaire de l'institution, Louis Bonnerot, ouvrit ledit journal et trouva les deux fragments de papyrus. Ils furent alors examinés par Georges Posener, qui compris leur provenance et décida de les transférer au Musée du Louvre, en même temps que d'autres archives de Maspero conservées à la Bibliothèque de la Sorbonne. Paule Kriéger, étudiante (et future épouse) de Georges Posener, commença alors l'étude de ces papyrus dès 1952 et, en fouillant dans lesdites archives de Maspero, réussit à trouver d'autres fragments en 1956[1].
- ↑ Son prédécesseur Menkaouhor a fait construire sa pyramide à Saqqarah-Nord, mais il commença également la construction d'un temple solaire, non encore localisé mais probablement situé au nord d'Abousir.
Références
modifier- ↑ Verner 2017, p. 145-146.
- ↑ Verner 2017, p. 143-144.
- 1 2 Verner 2017, p. 144.
- ↑ Verner 2017, p. 151-152.
- 1 2 Verner 2017, p. 153.
- ↑ Verner 2017, p. 146-148.
- 1 2 Verner 2017, p. 152.
- ↑ Verner 2017, p. 153-154 et 157.
- ↑ Verner 2017, p. 148-149.
- ↑ Verner 2017, p. 149-150.
- ↑ Verner 2017, p. 149.
- ↑ Verner 2017, p. 150-151.
- ↑ Verner 2017, p. 151.
- ↑ Verner 2017, p. 154-157.
Bibliographie
modifier- Archives du complexe de Néferirkarê
- (en) Paule Posener-Kriéger et Jean-Louis de Cenival, The Abusir Papyri, Londres, British Museum, coll. « Series of Hieratic Texts », , 52 p. ;
- Paule Posener-Kriéger, Les Archives du temple funéraire de Néferirkarê-Kakai (Les papyrus d'Abousir) : Traduction et commentaire, Le Caire, IFAO, coll. « Bibliothèque d'étude » (no 65), , 697 p. (EAN 3260050222136, ISSN 0259-3823).
- Archives du complexe de Khentkaous II
- (en) Miroslav Verner, Abusir III: The Pyramid Complex of Khentkaus, Pragues, Czech Institute of Egyptology Charles University, , 184 p. (ISBN 978-8020008749, lire en ligne).
- Archives du complexe de Néferefrê
- (en) Paule Posener-Kriéger, Miroslav Verner et Hana Vymazalova, Abusir X: The Pyramid Complex of Raneferef : The Papyrus Archive, Pragues, Czech Institute of Egyptology Charles University, , 465 p. (ISBN 978-8073081546).
- Bibliographie sur le site d'Abousir
- (en) Miroslav Verner, Forgotten Pharaohs, lost Pyramids : Abusir, Pragues, Academia Skodaexport, , 244 p. (ISBN 978-8020000224) ;
- (en) Miroslav Verner, Abusir : The Necropolis of the Sons of the Sun, Le Caire, New York, The American University in Cairo Press, , 2e éd. (1re éd. 2002), 420 p. (ISBN 978-977-416-790-4).