Art roman en Allemagne

L'art roman en Allemagne (romanische kunst en allemand) s'est développé sur le territoire correspondant à l'Allemagne aux XIe et XIIe siècles[1]. En Allemagne, l'art roman est l'héritier de l'art carolingien et de l'art ottonien.

Deux des trois « conches » de l'église Sainte-Marie-du-Capitole à Cologne.

Contexte

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Au XIe siècle, se conjuguent diverses conditions favorables qui rendent possibles le développement et l’expansion de l'art roman en Allemagne à une époque précoce et d'une manière fort créative. L'art roman apparaît vers l'an 1000 alors que l'Europe sort d'une période troublée par les invasions et destructions répétées d'édifices civils et religieux par les Hongrois et les Vikings sur le territoire de l'Allemagne. Ces troubles ont provoqué la dislocation de l'Empire carolingien, l'installation et la conversion des envahisseurs aux dogmes chrétiens et la naissance de la féodalité[2]. La période de relative stabilité qui s'ensuit permet le développement d'édifices de grandeur ampleur intégrant une décoration sculpturale et une résurgence des modèles antiques adaptés à la liturgie chrétienne.

Histoire

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Collégiale Saint-Servais de Quedlinbourg (Saxe-Anhalt).
Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption-et-Saint-Étienne de Spire (Palatinat).
Cathédrale Saint-Pierre de Worms (Rhénanie).

Les spécialistes allemands font remonter la naissance de l'art roman après l'art ottonien qui est issu de Germanie et du Saint-Empire. Les influences venues d'Italie et surtout de France (notamment à la suite des réformes clunisienne et cistercienne) et d'Italie ont progressivement fait évoluer le modèle ottonien, aboutissant à partir du XIIIe siècle au style gothique.

Dans la première période du roman allemand, on trouve dans la plupart des cas le plan basilical carolingien avec des colonnes d'inspiration antique alors que d'autres édifices perpétuent la tradition carolingienne des églises à plan centré comme à Aix-la-Chapelle[2]. Les églises allemandes romanes ont en général deux corps à chaque extrémité surmontés de tours et séparés par une nef  : à l'est, le transept du chœur et à l'ouest le occidental (Westwerk), lieu symbolique du pouvoir temporel. L'accès à l'édifice s'effectue sur le côté de la nef ou des transepts. La bipolarisation des édifices est apparue avec l'architecture carolingienne, à la fin du VIIIe siècle, par la cathédrale de Cologne et la cathédrale Saint-Sauveur de Fulda (Hesse). Grâce à l'apport ottonien, les deux transepts séparés par la nef figurent ensuite dans une parfaite symétrie et sont d'égales proportions. Plus tardivement, la coutume sera de placer un déambulatoire autour des deux transepts[2].

Les édifices reçoivent dans un premier temps un toit plat en bois peint comme à l'église Saint-Michel d'Hildesheim. L'apparition de voûtes ne se fera que très progressivement au XIIe siècle avec les apports des clunisiens et cisterciens[3].

La décoration est généralement sommaire : les chapiteaux sont souvent cubiques, sans décor ou à simple relief gravé et on ne voit pas de grands portails sculptés comme en France ou en Espagne. L'ornementation des murs, arcs et ouvertures des églises se résume à un style géométrique semblable à celle des cathédrales anglaises. Les portes en bois sont quant à elles souvent richement sculptées avec des représentations de saints, d'apôtres, de scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament comme à l'église Sainte-Marie-du-Capitole de Cologne. Dès la fin du XIe siècle, les églises s'enrichissent de monuments sépulcraux et de sculptures décoratives adossées aux piliers qui divisent les nefs. Au début du XIIe siècle, ils accueillent l'influence du roman international venu de France et d'Espagne. Comme pour l'Art mosan, outre la pierre et le bois, le métal est sculpté pour les portes (comme à l'église Saint-Michel de Hildesheim) ainsi que les fonts baptismaux, lampes, châsses, candélabres, etc.[2]. Le stuc est utilisé dans la sculpture romane jusqu'au XIVe siècle dans l'élaboration des statues, reliefs, décors appliqués et chapiteaux. C'est le cas à l'église Saint-Cyriaque de Gernrode où le pourtour du mur latéral est souligné de bandeaux décoré de figures animales mêlées à des motifs végétaux. Des niches abritent des colonnes et des figures en ronde-bosse[3].

D'autres édifices d'envergure de l'empire sont les palais impériaux, dont beaucoup sont en ruine. La grande Salle du palais impérial de Goslar est en grande partie reconstruite en 1868, mais dont la structure d'origine date du XIe siècle est une rare exception. Un autre édifice séculier est le château de la Wartbourg, construit comme résidence des comtes de Thuringe et à la suite de la Diète de Worms de 1521, cachette de Martin Luther.

Crypte de la cathédrale de Spire.
Intérieur de l'église Saint-Michel d'Hildesheim (Basse-Saxe).
Cloître clunisien de l'abbaye de Königslutter (Basse-Saxe).

Art clunisien

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L'évolution de l'école romane d'Allemagne est surtout liée à l'expansion aux XIe et XIIe siècles, de l'ordre des Bénédictins. Cet ordre a influencé la plupart des écoles d'art roman et a créé des dépendances monastiques en Allemagne par l'entremise de l'abbé Poppon de Stavelot depuis sa puissante abbaye de Hirsau[2]. Accordant la primauté à la liturgie et à la somptuosité de l’office divin, les bénédictins de Cluny, grands bâtisseurs, mettent en chantier en Allemagne un certain nombre d'édifices monastiques d'un plan simplifié et couverts de voûtes.

L'introduction par l'école architecturale clunisienne de voûtes en berceau brisé complétée à chaque travée par un arc doubleau y constitue une grande innovation par rapport aux voûtes en pleine cintre issues de l'époque romaine. Les arcs brisés permettent d'alléger les murs et d'élever les voûtes à une très grande hauteur. L'élévation peut ainsi se faire sur trois niveaux, celui des arcades et des piliers, celui du faux triforium où alternent baies et pilastres et enfin une rangée de fenêtres qui surmonte l'ensemble[4].

De fondation impériale, l'église de l'abbaye de Königslutter am Elm est reconstruite à partir de 1135 pour devenir le lieu de sépulture du nouvel empereur. Cette construction comporte deux parties bien différentes. À l'est, le chœur monastique (comprenant un cloître de tradition clunisienne) avec un large transept divisé en trois carrés égaux. Ce carré sert de base au tracé régulateur de l'ensemble du plan. À l'extérieur le chevet échelonné reçoit un décor de petits arcs d'inspiration italienne dans le goût du premier art roman méridional. Le occidental contient une chapelle basse et une tribune ouverte sur la nef dont l'accès n'est pas axial mais sur le collatéral et le croisillon nord. Le cloître garde des chapiteaux dérivés du corinthien que l'on trouve dans les cathédrales italiennes de Ferrare, Modène et Vérone.

Au niveau régional

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Rhénanie

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Les cathédrales de style roman en région rhénane, présentent la particularité d'avoir deux chœurs flanqués de tours et qui s'opposent et ainsi deux transepts. Les édifices du roman rhénan se veulent impressionnants avec une profusion de tours et de lanternes donnant à l'ensemble l'aspect extérieur d'un château-fort[2]. À l'extérieur de la cathédrale de Spire, les absides sont ornées d'arcatures aveugles sur deux registres que surmontent une galerie haute d'arcades caractéristiques de l'architecture rhénane d'inspiration lombarde. L'influence des modèles italiens (dans la décoration extérieure de frises, galeries d'arcades et bandes verticales caractéristiques des maîtres lombards) est d'ailleurs bien perceptible sur les façades et les tours des cathédrales de Spire, Worms, Mayence et dans l'abbaye de Maria Laach[2].

Bassin du Rhin supérieur

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Les plus connues sont les trois « cathédrales impériales » romanes:

  • cathédrale de Spire, 1025 – 1061 et agrandie à la volonté de l'empereur Henri IV 1080–1106, mais les voûtes ogivales du transept sont l'œuvre d'une restitution depuis un feu en 1159.
  • cathédrale de Mayence, deux tours et chœur oriental depuis 1100, nef depuis 1130, voûtes 1190–1200.
  • cathédrale de Worms, de 1130 à 1181 (consécration), première voûte ogivale (travée rectangulaire du chœur oriental) environ de 1140, voûtes de la nef peut être depuis la consécration jusqu'à 1200. Le chœur occidental, polygonal à l'intérieur et à l'extérieur, marque la limite des deux premières phases du gothique : Les chœurs, déambulatoires et chapelles gothiques du domaine royal (et environs) français ferment avec des murs ronds jusqu'à 1180, mais depuis de 1185 avec des murs polygonaux.

Cologne

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Les douze basiliques romanes de Cologne ne sont pas toutes entièrement en art roman, des éléments de l'art gothique y ayant été superposés. Une particularité est les chœurs à « trois conches » de quatre églises : chœur et transept finissent en trois absides similaires.

À noter parmi ces basiliques :

Ailleurs en Rhénanie

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À l'est du Rhin (Bavière, Thuringe et Saxe)

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Palais impérial de Goslar.
Abbatiale de Jerichow (Saxe-Anhalt).

Dans les grandes plaines du Nord de l'Allemagne, en Saxe et en Saxe-Anhalt, l'influence de l'architecture ottonienne est très importante voire contraignante.

Au chœur de la partie ottonienne, l'école saxonne est la plus cohérente et probablement définie au Xe siècle avec la cathédrale Saint-Maurice-et-Sainte-Catherine de Magdebourg (Saxe-Anhalt) et l'église Saint-Cyriaque de Gernrode (Thuringe) qui, vers 960, a des traits typiquement saxons. À partir du XIe siècle, le modèle d'église développé à l'église Saint-Michel de Hildesheim (Basse-Saxe) et à la cathédrale de Mersebourg (Saxe-Anhalt) est reproduit dans les deux siècles qui suivent. Ce style se caractérise par un plan basilical à transept et travée régulière, un chœur allongé à absidioles orientées, une nef à trois travées et des supports alternés de colonnes de piliers s rectangulaires chargés d'assurer la stabilité de l'édifice[2]. Les proportions sont imposantes, carrées et ce type de façade ne se retrouve qu'en Saxe.

La collégiale Saint-Servais de Quedlinbourg (Saxe-Anhalt) est l'exemple type du modèle de basilique charpentée romane qui se perpétue sans se renouveler pendant les XIe et XIIe siècles. L'église de 1129 reprend les dimensions de l'édifice ottonien. C'est une basilique à collatéraux et transept peu saillant. Le rythme des supports de la nef est particulier et caractéristique de l'architecture ottonienne de la Saxe avec une alternance de piles carrées et de deux colonnes. Avec les fenêtres hautes, s'affirme la prédominance d'une certaine continuité murale et le décor sculpté développé sur des chapiteaux cubiques présente des affinités avec la sculpture de l'Italie du Nord. La nef de Saint-Servais de Quedlinbourg renvoie à celle de l'abbaye prémontrée de Jerichow (Saxe-Anhalt) construite entièrement en brique à partir de 1160.

À la fin de cette époque, la cathédrale de Brunswick (Basse-Saxe) possède une structure complètement voûtée. La nef reçoit une voûte en berceau à pénétrations qui n'est pas dans l'esprit de l'architecture romane. Ses appuis sont originaux, constitués par des piles carrées aux angles adoucis à cause de petites colonnes engagées permettant l'alternance des piles faibles et fortes. Le massif occidental avec tribune et deux tours octogonales est d'un type fréquent en Basse-Saxe que l'on retrouve à l'abbaye de Gandersheim, à Königslutter et à l'église Neuwerk de Goslar d'où il rayonne vers l'est et le nord. Sur la paroi circulaire des absides, s'ouvrent parfois des absidioles comme à l'abbaye de Königslutter. Les éléments ottoniens sont par la suite complétés par des apports italiens et byzantins.

Les cathédrales de Bamberg (Bavière) et de Naumbourg (Saxe-Anhalt) conservent le plan de quatre tours et le cœur de l'édifice est roman-rhénan mais il y a beaucoup d'ajouts gothiques.

Dans les plaines du nord de l'Allemagne, la brique a généralement été utilisée comme matériau de construction. C'est le cas à la tour de la cathédrale de Verden (de) (Basse-Saxe) au modèle italien (dès 1160).

La route de l'art roman relie un grand nombre d'édifices romans dans le land de Saxe-Anhalt dont l'abbaye Notre-Dame de Magdebourg.

Notes et références

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  1. ↑ Anne Prache, Initiation à l'art roman – Architecture et sculpture, .
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 Arta Bodet-Kokkinaki, Histoire de l'art, Paris, Grange Batelière,
  3. 1 2 Xavier Barral I Altet, Le Monde roman, Cologne, Taschen,
  4. ↑ Bourgogne, Paris, Guide Michelin,

Annexes

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Bibliographie

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Articles connexes

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