Béni Snassen (tribu)
Les Béni-Snassen ou Ayt-Iznassen (berbère : ⴰⵢⵜ ⵉⵣⵏⴰⵙⵙⵏ, arabe : بني يزناسن) sont une confédération tribale rifaine, berbère zénète avec aussi plusieurs groupes arabes, originaire de l'Oriental marocain, précisément de la région de Berkane.
ⴰⵢⵜ ⵉⵣⵏⴰⵙⵙⵏ
بني يزناسن
| Nom arabe |
Banī Iznāssn |
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| Région principale | |
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| Territoire | |
| Chef-Lieu |
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| Fait partie du groupe tribal | |
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| Nombre de fractions |
4 fractions |
| Fractions | Fractions établies avant le 19e siècle :
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| Langue principale |
|---|
Cette tribu est connue pour son engagement dans la résistance armée contre l'occupation française en Afrique du nord lors de la bataille d'Isly (1844), opposant le Maroc et l'émir Abd-el-Kader.
Présentation
Les Béni-Snassen sont une tribu rifaine parlant l'arabe et le berbère des Béni-Snassen, une variété du rifain[1],[2].
Avant l'époque coloniale, cette tribu arabo-berbère guerrière avait des inimitiés avec les tribus arabes marocaines voisines, notamment la tribu d'Angad, des Mhaya et des Beni Guil (Oujda et environs). Leur engagement dans la lutte contre la colonisation française aux côtés de l'émir Abd-el-Kader dès 1844, contribua fortement à la paix entre ces tribus.[réf. nécessaire]
Histoire
En 1844, la marine française bombarde Tanger à cause de l'implication des Ayt Iznassen et d'autres tribus du Moyen Atlas (Oujda et environs) dans la lutte contre l'Algérie française aux côtés de l'Émirat d'Abd-el-Kader. Cet événement et la bataille d'Isly qui s'ensuit contraignent le sultan alaouite marocain Abderrahmane ben Hicham à la signature du traité de Tanger qui reconnaît la légitimité de l'Algérie française et exige le retrait des armées marocaines présentes en Algérie et la fin du soutien à Abd-el-Kader dans sa révolte.
En 1859, les Ayt Iznassen, alliés aux tribus arabes de la région d'Oujda (Angad, Mhaya, Beni Oukil), se révoltent à nouveau contre la présence coloniale en dépit de la volonté du sultan. Une expédition militaire française, commandée par le général Edmond de Martimprey, est envoyée occupe leur territoire.[réf. nécessaire]
En 1907, une nouvelle expédition militaire française et une occupation territoriale a lieu sur le territoire des Ayt Iznassen et sur le territoire des tribus d'Oujda et ses environs, en raison de l'excès des agressions envers les français sur les territoires frontaliers de l'Algérie française[3]. L'occupation du Maroc par Hubert Lyautey commençe par le territoire de la tribu des Ayt Iznassen, où il fonde en 1908 la ville de Martimprey-du-Kiss (actuelle Ahfir)[4]. En 1912, la France place une partie du territoire marocain sous protectorat français et cède l'autre partie à l'Espagne (protectorat espagnol) huit mois plus tard[5],[6]. Cependant, le territoire des Iznassen reste sous protectorat français, jusqu'à l'indépendance du Maroc en 1956. De 1921 à 1926, la tribu est intégrée de facto à la république du Rif d'Abd-el-Krim.
En 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement espagnol franquiste réclame le rattachement du territoire des Ayt Iznassen à l'Espagne. Un protocole d'accord signé en 1925 entre dirigeants français et espagnols, à l'issue de la guerre du Rif, prévoyait d'ailleurs leur transfert dans le giron espagnol. Mais en 1940, les diplomates français refusent de se séparer de ce territoire qui revêt une importance stratégique en climat de guerre. Le , après l'armistice, Paul Baudouin, ministre des Affaires étrangères de Vichy, propose, afin de mettre un terme aux pressions des nationalistes espagnols, de leur céder le territoire des Ayt Iznassen dès que la paix générale sera établie en Europe mais la cession ne se réalisera jamais[7],[8].
Territoire
Le territoire des Béni-Snassen est délimité par la Moulouya à l'ouest, quatre tribus essentiellement arabes, aujourd'hui marocaines ayant émigré d'Algérie et s'étant installées sur leur territoire actuel au XIXe siècle (La'thamna, Oulad Mansour, Oulad Sghir et Houaras), l'Algérie à l'est, et l'Atlas au sud.
Composition tribale
La tribu est divisée en quatre groupes, elles-mêmes divisées en plusieurs sous-fractions :
- Beni Khaled ;
- Beni Mengouch ;
- Beni Atiq (ou Beni Atig) ;
- Beni Ourimech.
Ces quatre groupes sont berbères mais contiennent néanmoins des fractions arabes, non berbères arabisées, mais arabes d'origine, en raison notamment de leur proximité avec les tribus hilaliennes du littoral.
Les Beni Atiq (arabe : بني عتيق, littéralement : les « fils de l'ancien », ou les « fils de l'affranchi », l'adjectif atiq ayant ces deux sens différents en arabe)[9] et les Beni Khaled (les fils de Khaled) sont les factions les plus arabisées, contenant le plus de faction d'origine arabe. Chez certaines de ces sous-fractions, l'élément arabe devient majoritaire. Cette mutation prend aussi une dimension religieuse, où les familles de marabouts arabes s'insèrent dans le cadre tribal existant, ce qui mènera à une arabisation linguistique et culturelle au sein de celles-ci.[réf. nécessaire]
Cuisine
La cuisine des Beni Iznassen est rustique. Les principaux plats qui caractérisent la région sont :
- l'awwoun, une pâte à base de farine d'orge non mûre grillée, d'eau et d'huile d'olive,
- la talekhcha, connue dans les autres régions du Maroc sous le nom de bissara,
- l'irechmen, préparation à base de grains de blé bouillis,
- le tarekhsast, un pain de blé sans levure,
- le timbessest, une galette de semoule de blé, similaire à la harcha,
- le timkhalaat, une galette farcie avec de la viande ou de la graisse,
- l'aryun, une farine d'orge non mûre grillée assortie de lait.
Personnalités de la tribu
- Mouss Maher (en) (né en 1973), chanteur marocain.
- Hicham El Guerrouj (né en 1974), athlète marocain détenant plusieurs records mondiaux, qui est né et a grandi à Berkane.
- Abdelhafid Douzi (né en 1985), chanteur originaire de la tribu des Béni Snassen mais ayant grandi à Oujda, marocain et belge.
- Hakim Ziyech (né en 1993), footballeur international marocain et néerlandais.
- Badr Soultan (né en 1985), chanteur marocain originaire de la tribu des Béni Khaled.
Galerie
- Paysage du massif des Béni Snassen.
Tombeau du marabout Sidi Mohamed Berkane à l'époque du protectorat français, dans la ville de Berkane, région des Ayt 'Atiq.
Zouaves travaillant à la carrière de Martimprey-du-Kiss (actuelle Ahfir) à l'époque du protectorat francais, région des Ayt Khaled.- Grotte du chameau à Zegzel, région des Ayt Ourimech.
Grotte du chameau à Zegzel, région des Ayt Ourimech.
Références
- ↑ S. Chaker, Les Beni Iznasen - Linguistique, dans: Encyclopédie berbère - vol.10 (Edisud, 1991), p. 1468-1470.
- ↑ Peter Behnstedt, « La frontera entre el bereber y el árabe en el Rif », dans: Estudios de dialectología norteafricana y andalusí - vol.6 (2002), p. 7-18.
- ↑ Pierre Soulié, « 1901-1935 : la Légion étrangère au Maroc », Guerres mondiales et conflits contemporains, vol. 237, no 1, , p. 7–24 (ISSN 0984-2292, DOI 10.3917/gmcc.237.0007, lire en ligne, consulté le )
- ↑ ALAIN MURCIER, « I. - Un colon avisé et d'autres moins favorisés », Le Monde, (lire en ligne
, consulté le ). - ↑ Delaunay, Jean-Marc, « Daniel Rivet, Lyautey et l'institution du protectorat français au Maroc, 1912- 1925, 3 vol », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, Persée, vol. 36, no 3, , p. 526–530 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Marchat, Henry, « La France et l'Espagne au Maroc pendant la période du Protectorat (1912-1956) », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, Persée, vol. 10, no 1, , p. 81–109 (DOI 10.3406/remmm.1971.1122, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Alfred Salinas, Quand Franco réclamait Oran, L'Opération Cisneros, L'Harmattan, 2008, p. 101-103.
- ↑ « Jean Balazuc : Combats de la Légion étrangère face aux Beni Snassen : », sur legionetrangere.fr (consulté le ).
- ↑ Achour Bekkaï Lahbil, Si Bekkai: rendez-vous avec l'histoire, A. Bekkaï Lahbil, (ISBN 978-9981-63-001-7, lire en ligne)
Voir aussi
Bibliographie
- E.B. et S. Chaker, « Beni Snassen / Beni iznasen (en berb. : At Iznasn) », dans Encyclopédie berbère, vol. 10 : Beni Isguen – Bouzeis, (lire en ligne)
- Attilio Gaudio, « Les Beni-Snassen, défenseurs de l'indépendance marocaine », dans Maroc du nord : cités andalouses et montagnes berbères, Nouvelles Editions Latines, (lire en ligne).
