Aït Oussa

tribu arabo-berbère marocaine

Les Ait Oussa (en arabe : آيت أوسى, var. آيت أوسا), orthographié aussi Aitoussa (en arabe : أيتوسى) ou encore écrit Ayt Usa, sont une tribu comportement des éléments d'origines berbères et arabes nomades de la région de l'Oued Noun, et dont une de leurs caractéristiques est leur bilinguisme entre l'arabe bédouin et le tachelhit.

(fr) Ait Oussa
(ar)أيت اوسى
al-Awsi/al-Aitoussi (nisba)
Informations générales
Échelon
Tribu
Géographie
Région principale
Histoire et anthropologie
Période d'apparition
XIIIe siècle
Mode de vie
Nomade (Historiquement)
Sédentaire (Actuellement)
Fait partie du groupe tribal
Nombre de fractions
2
Fractions
Ida Ou Mlil
Ida Ou Nguit
Culture
Langue principale

Origines

modifier

Les Aitoussa sont une confédération d'origines diverses comprenant une souche berbère Sanhaja fondatrice issue de la branche Massoufa Kel Antassar, des Masmouda[1] et des arabes bédouins, tels que les Ait Boujemaa et une partie des Ait Wa’ban, originaires de la confédération Banu Maaqil, plus précisément de la fraction des Bani Hassān[2],[3], qui vont former, en alliances avec des tribus Lemta (Sanhaja), la confédération des Tekna[4]. On retrouve également des fractions maraboutiques chérifiennes issues de la tribu des Aroussiyin[5].

Les débuts de la formation de la tribu font des Ahl Hammou Ou Ali, Anfalis, une partie des Ida Ou Tya et des Aït Idder le « noyau fondateur » de la tribu. Les traditions orales lient ces fraction à la tribu « al-Aws » de Yathrib à travers Moussa Ou Lansar (Moussa Ibn Noceïr auxquelles s’affilient les Anfalis) et Yaâqoub Ou Lansar (auxquelles s’affilient les Ida Ou Mester et une partie des Ida Ou Tya et des Aït Idder) . Cette affiliation aux Ansar se serait produite après la défaite de la fraction Kel Antassar Messoufa face aux Ma’qils.

La formation de la tribu daterait des XVe et XVIe siècles après l'arrivée du « noyau fondateur » Ansar venu de Tunisie s'installer au mont Amesra (une des quatre fractions des Aït Ifrane) entre Ifrane et Taghjijt. De là ils iront à Assa où sera enterré Ali (ancêtre des Ahl Hammou Ou Ali) dans le cimetière de la zaouïa en 1508. Une partie d'entre eux retourneront à Amesra ou s'intégreront au noyau fondateur d'autres tribus telles que les Ahl Mess'id ou Said et les Ahl Boujemâa ou Messaoud. Ces derniers leur font debiha et l'ensemble prend le nom d'Ida Ou Mester (du nom du lieu Amesra)[1]. Peu après s'integreront à eux les Anfalis. Ces groupements viendront plus tard se réinstaller à Assa en 1630 et d'autres groupements s'intègrent à la tribu tels que les Imeghlay, les Aït Ouaâbane, les Agouarir, les Ajouakin et les Ida Ou Tyya (Id Youb et Aït Boughrassen). À partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle s'ajouteront les Aït Boujemâa, les Aït Idder ainsi que le reste des Aït Ouaâbane, Ida Ou Tya (Lagwidrat at Achraga) et Agouarir (Asoualeh).

Histoire

modifier

Début d'Histoire

modifier

Fondation mythique, I’zza U Ihda

modifier

Ce personnage religieux, fils de la fille de Abu Yaqub al-Mansur al-Marini, aura une importance majeure dans l'histoire saharienne et dans la propagation des idées du jihad et de la religion. Ce dernier sera un grand personnage spirituel, dont les 7 fils formeront la tribu des Ait I’zza U Hadda, qui, par le prestige religieux vont réussir à agglomérer plusieurs clans hétéroclites, tels que les Ida Ou Mlil, pour fonder les Ait Oussa[6].

Attachement avec la Zawiyah d'Assa

modifier

Cette Zawiyah fondée au XIIIe siècle connaît un grand rapprochement avec la tribu des Aitoussa vers la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe. Cette dernière deviendra un pôle majeur culturel et religieux chez les Aitoussis[7].

Expédition de Hassan Ier à Tiznit (1882)

modifier

En 1882, le Sultan chérifien fit reconnaître son autorité sur la région, les Aitoussa acceptèrent alors la nomination de caïds liés au Makhzen du sultan, mais ces derniers étaient déjà des caïds tribaux bien connus avant cette nomination et qui possédaient déjà une certaine indépendance, ce qui va favoriser le soutien des Aitoussa aux Reguibat lors du siège et sac de Tindouf, où les Reguibat vont mettre à feu et à sang la ville qui était pourtant domaine des Tadjakant, tribu sous l'autorité marocaine[8].

Guerre Ouled Bou Sbaa - Reguibat (1905-1908)

modifier

En 1905 éclate une guerre entre les Ouled Bou Sbaa et les Reguibat, les Aitoussa décidèrent de rejoindre le parti des Ouled Bou Sbaa en 1907, mais ce camp est fortement affaibli à la suite de la bataille de Foucht, dans l'Adrar, où les Reguibat l'emportent sur leurs ennemis. La guerre finit par un statu quo conclu par le Cheikh Maa al-Ainin[9].

Époque coloniale

modifier

Les tribus du Sahara et Saint-Exupéry

modifier

En 1927, le célèbre auteur français est nommé chef d'aéroplace du Cap Juby. Antoine de Saint-Exupéry doit là-bas tisser de bonnes relations entre les Espagnols et les tribus de la région, tels que les Aitoussa, les Reguibat et les Ait Gout, qui ont pour habitudes de prendre en otage et d'exécuter les Européens qui se perdent dans leurs territoires. Il devra d'ailleurs plusieurs fois avoir recours à des sauvetages d'Européens durant l'année 1928. Ces tribus vont chez Saint-Exupéry lui attiser une grande curiosité et il débutera même un apprentissage de l'arabe[10].

Monument commémoratif en l'honneur de Saint-Exupéry à Tarfaya, escale de l'Aéropostale.

Appel de ’Abidin al-Kunti

modifier

Les Aitoussa, fortement attachés à leurs terres et voulant récupérer les terrains perdus, seront fortement sensibles aux appels différents au jihad des chefs de la région. Tel que sous l'appel de ’Abidin al-Kunti, de la tribu des Kounta, qui amènera les Aitoussis jusqu'à Tombouctou combattre les Français. Même si l'épopée dans l'Azawad ne durera pas longtemps du fait qu'ils seront soumis en 1939, mais garderont leur esprit de résistance[11].

Résistance de l'ALN (Mouvement de Libération Nationale du Maroc)

modifier

Les relations entre l'ALN et les Aitoussa furent très fortes, la tribu ayant porté un soutien majeur et fidèle au groupe, gardant les idées de résistance contre le colonisateur très ferme jusqu'à l'indépendance du Maroc. Cette fidélité presque exacerbée va les faire entrer en conflit avec les Reguibat, pourtant alliés, mais qui avaient quitté l'ALN pour rejoindre les forces frontalières françaises et espagnols. Plusieurs conflits entre les deux tribus vont éclater durant l'année 1959[12].

Dans le Maroc post-colonial

modifier

Après l'indépendance du Maroc, les Aitoussa vont logiquement, après leur adhésion à l'ALN, au FAR, en . On comptera de nombreux membres issus de la tribu, et qui permettra à ces derniers de se défendre contre les harkas Reguibat[12]. Dans cette attachement on peut retrouver le colonel des FAR et membre de la tribu, Tamekdi Idda Ould Tamek[7].

Attachement coûte que coûte à la monarchie marocaine

modifier

Dans cet exemple, on peut retrouver le colonel Tamekdi, qui, à la suite d'un incident avec un membre de la tribu Ali Salem Tamek qui critiqua la monarchie alaouite, décida de l'exclure de la tribu, qu'il considérait comme un affront aux valeurs de la tribu et de la famille[7]. De façon plus générale, les tensions citées plus haut entre Reguibat et Aitoussa de 1960 va amener les Aitoussis à massivement soutenir le camp marocain et les FAR contre le Front Polisario, qui était (et est toujours) massivement soutenu et dirigé par des Rguibis en 1975[13].

Culture

modifier

Relations inter-tribales

modifier

Le Leff Ait Jmel

modifier

Les Aitoussa appartenaient au leff (alliance tribal) des Ait Jmel (Tekna), bien qu'ils soient éloignés des autres Ait Jmel, et dans le territoire du leff opposé des Ait Bellah, la distance n'a aucun affect sur l'alliance[14].

Relations avec les Ait Lahsen

modifier

Les Aitoussa ont pour habitudes de dire que les Ait Lahsen (Tekna) sont leurs ennemis depuis toujours. Disant même qu'il ne se passe pas une seule année sans qu'un conflit éclate entre eux ou bien des rezzous (pluriel de razzia)[15].

Relation avec les Reguibat

modifier

Pendant plusieurs siècles, les relations entre les deux tribus étaient très positives, avec des échanges matrimoniaux devenus coutumes, des femmes Reguibat se mariaient à des hommes aitoussis, et en échange ces derniers étaient liés au nassab (lignée) noble chérifien des Reguibat. Ces alliances ont permis de forger une fraternité et des droits de passages entre l'Oued Noun, le Seguia al-Hamra et l'Oued Draa parmi les deux tribus. Mais la colonisation espagnole et française et ses pressions sur les deux tribus va acter le « divorce » entre les Reguibat Sahel et les Aitoussa. Quant aux Reguibat Gouassem, les relations sont restées assez bonnes[12].

Pratiques religieuses

modifier

Ammegar du Mouloud de la Zawiyah d'Assa

modifier

Cette célébration (ammegar) de la fête du Mouloud (variante dialectale marocaine pour le nom de la fête du mawlid, l'anniversaire du Prophète Muhammad) était un point majeur de la vie des nomades des Aitoussa. Chaque année, cette célébration était l'excuse pour faire rassembler toutes les fractions nomades des Aitoussa autour de la zawiyah d'Assa. La fête était avant tout religieuse (bien que le mawlid ne soit pas originellement une pratique des premiers temps de l'islam), avec le sacrifice d'une bête (vache ou chèvre) tour à tour par chacune des fractions, mais aussi le renouvellement d'alliances politiques et tribales, entre la tribu et également entre les Tekna[16].

Linguistique

modifier

Les Aitoussa sont une tribu originellement berberophone comme le reste des tribus Tekna de l'Oued Noun, ces derniers s'arabisèrent récemment [17]. L'Oued Noun était en effet encore majoritairement berbérophone à la fin du XIXe siècle[18].

Fractionnement tribal

modifier

Les Aitoussa sont divisés en deux fractions, les Tetakoun et les Ida Ou Mlil, eux-mêmes divisés en plusieurs sous fractions telles que[19],[7] :

  • Tetakoun ou Ida Ou Nguit
    • Ahl Hammu U Ali (d'origine Massoufa de la fraction Kel Entassar)[1]
    • Agouarir: originaires de Tigourarine (seule une fraction, les Asoualeh descendent de Sidi Saleh Abella venu du M'hamid ).
    • Ahl Boujemaa Ou Massoud : originaire des Mejjate de l'Anti-Atlas (Tizelmi).
    • Ahl Messi’id Ou Asaid: venus du Ktaoua dans le Drâa.
    • Ajouakin (d'origine Tajakant)[20]

Et

  • Ida Ou Mlil
    • Ait Wa’ban: Issue des Arabes Ouled Mbarek qui rejoignirent la tribu au XVIIIe siècle.
    • Ait Idir: Haratins de Imi Ougadir.
    • Ait Boujemaa (issue des Ouled Mbarek des Bani Hassan)[1]
    • Ida Ou Tiya: Composés initiallement d'Id Youb d'Asrir et des Aït Boughrassen venus du Souss. Les Lagwidrat (Mechdouf de l'Adrar) et les Achraga (venus du Hodh mauritanien) s'ajoignent à eux au XVIIIe siècle. Leur appartenance aux Ma'qil leur est récusée par les Imeghlay[21].
    • Imeghlay (d'origine Kounta)
    • Anfalis: Sanhaja de nassab Ansar se liant à Moussa Ibn Noceïr.

Personnalités

modifier
  • Tamekdi Ida Ould Tamek : résistant anti-colonial et colonel des FAR[7].

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 (ar) Salem Ouakari, أسطورة الأصل: القبيلة الصحراوية بين وهم النسب وواقع الانتشار من خلال دراسة لحالة أيت أوسى في الجنوب المغربي,
  2. Attilio Gaudio, Le dossier du Sahara occidental, FeniXX, (ISBN 978-2-402-56046-7, lire en ligne)
  3. (ar) محمد المختار/السوسي, المعسول في الإلغيين وأساتذتهم وتلامذتهم وأصدقائهم 1-21 ج3, Dar Al Kotob Al Ilmiyah دار الكتب العلمية, (lire en ligne), p. 445
  4. International Court of Justice, Sahara occidental: Exposés écrits et documents (suite et fin), Cour internationale de justice, (lire en ligne)
  5. Attilio Gaudio, Guerres et paix au Maroc: reportages, 1950-1990, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-86537-312-3, lire en ligne), p. 135
  6. Mustapha Naïmi, « 7. Les dimensions de l’alliance au sein des deux leff-s Taguzul et Tahuggat », dans La dynamique des alliances ouest-sahariennes, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, coll. « Méditerranée-Sud », , 185–236 p. (ISBN 978-2-7351-1917-2, lire en ligne)
  7. 1 2 3 4 5 ALM, « Les Aït Oussa, gardiens de la foi et du territoire », sur Aujourd'hui le Maroc, (consulté le )
  8. (en) Anthony G. Pazzanita, Historical dictionary of Western Sahara, Metuchen, N.J. : Scarecrow Press, (ISBN 978-0-8108-2661-8, lire en ligne), p. 35
  9. (en) Anthony G. Pazzanita, Historical dictionary of Western Sahara, Metuchen, N.J. : Scarecrow Press, (ISBN 978-0-8108-2661-8, lire en ligne), Chronology/XXV
  10. POUILLON François, Dictionnaire des orientalistes de langue française, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-8111-4105-9, lire en ligne), p. 854
  11. NAIMI Mustapha, L'Ouest saharien. La perception de l'espace dans la pensée politique tribale, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-8111-0823-6, lire en ligne), p. 176
  12. 1 2 3 (en) State, Society and Islam in the Western Regions of the Sahara - Regional Interactions and Social Change, (lire en ligne), p. 33
  13. (en) Anthony G. Pazzanita, Historical dictionary of Western Sahara, Metuchen, N.J. : Scarecrow Press, (ISBN 978-0-8108-2661-8, lire en ligne), p. 36
  14. Mustapha Naïmi, « Conclusion », dans La dynamique des alliances ouest-sahariennes, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, coll. « Méditerranée-Sud », , 283–292 p. (ISBN 978-2-7351-1917-2, lire en ligne)
  15. Ahmed Joumani, L'oasis d'Asrir: éléments d'histoire sociale de l'Oued Noun, Eddif, (ISBN 978-9954-1-0233-6, lire en ligne), p. 373
  16. Naji Salima, Ksar d'Assa, DTGSN, (ISBN 978-9954-9298-1-0, lire en ligne), p. 47
  17. Ircam - La culture amazighe. Réflexions et pratiques anthropologiques du temps colonial à nos jours, El Maarif Al Jadida - Rabat, Institut Royal de la Culture Amazighe Centre des Etudes Anthropologiques et Sociologiques (lire en ligne), p. 102
  18. Claire Cécile Mitatre, « Le couloir ouest-saharien : un espace gradué », L’Année du Maghreb, no VII, , p. 211–228 (ISSN 1952-8108, DOI 10.4000/anneemaghreb.1219, lire en ligne, consulté le )
  19. (ar) شذرات من تاريخ قبيلة أولاد بوعيطة (lire en ligne), p. 28-29
  20. (en) Bulletin of the School of Oriental and African Studies, Vol-38, Part no.-1-3 (lire en ligne), p. 413
  21. Mustapha Naïmi, « 7. Les dimensions de l’alliance au sein des deux leff-s Taguzul et Tahuggat », dans La dynamique des alliances ouest-sahariennes, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, coll. « Méditerranée-Sud », , 185–236 p. (ISBN 978-2-7351-1917-2, lire en ligne)