Bataille de Duffel
La bataille de Duffel désigne un affrontement de la guerre belgo-néerlandaise et plus précisément de la campagne d'Anvers, conséquence de la révolution belge. Elle se déroule le lorsqu'une poignée de volontaires belges prennent Duffel avant d'en être délogés le soir-même.
| Date | |
|---|---|
| Lieu | Duffel |
| Casus belli | Bataille de Lierre |
| Issue | Défaite belge |
| Herman Kessels | Walraven Elias Johan van Balveren Ghisbert Martin Cort Heyligers |
| Volontaires belges |
| 17 | 250 (initialement) |
| 2 morts, 8 prisonniers | au moins 2 morts et 2 blessés |
Guerre belgo-néerlandaise
Campagne d'Anvers
| Coordonnées | 51° 05′ 39″ nord, 4° 30′ 26″ est | |
|---|---|---|
Ceux-ci mènent en effet des reconnaissances à la suite de la prise Lierre et rencontrent des hussards des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas avec lesquels ils s'engagent dans une première escarmouche avant de les poursuivre jusqu'en ville. Pensant à une véritable attaque, les militaires évacuent la cité avant de se rendre compte du subterfuge et de mener une contre-attaque qui piège les belges et les force à se retrancher dans une auberge où, assiégés, certains parviennent à fuir tandis que d'autres sont faits prisonniers ou tués.
Contexte
modifierDuffel lors de la révolution
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En 1830, année de la révolution belge, Duffel est une commune d'un peu moins de 4000 habitants située entre Lierre et Malines, sur la Nèthe. Elle est un point de passage stratégique car elle accueille l'un des trois seuls ponts permettant de franchir la rivière[1]. Lorsque le roi Guillaume décide d'envoyer l'armée tenter de mater l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, le chef d'état-major, le général Jean-Victor Constant de Rebecque, choisit Duffel pour accueillir la 15e afdeeling des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas sous les ordres du colonel François de Lens, jusqu'à leur engagement dans les combats des Journées de Septembre.
Les Journées de Septembre
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À la surprise générale, l'armée commandée par le prince Frédéric est lourdement défaite lors des Quatre Jours de Bruxelles et ses restes se trouvent dispersés un peu partout entre Bruxelles et Anvers, peinant à reformer leurs unités. Le nouveau commandant en chef, Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach, redéploie ses troupes derrière la ligne d'obstacles naturels que forment la Dyle, les deux Nèthes, le Rupel et l'Escaut[2]. Les premières unités à arriver à Duffel afin de sécuriser le pont de la Nèthe sont les restes éparses du Garderegiment Grenadiers en Jagers le . La correspondance du capitaine Charles Antoine de Bieberstein Rogalla Zawadsky avec sa femme relate ainsi leur périplee[3] :
« Duffel, le 29 septembre, à 8 heures du soir. Village à deux lieues de Malines, sur la route de Lierre.
Chère Amie,
Nous avons fait encore un mouvement rétrograde qui nous rapproche d'Anvers. Cette nuit nous sommes sortis de notre cantonnement vers 2 heures du matin avec intention de nous porter en avant et de prendre position pour attendre une sortie que l'on devait faire de Bruxelles. Mais, pendant la nuit, les officiers belges des cuirassiers, dragons et de notre premier bataillon se sont réunis et ont fait des démonstrations au prince Frédéric, qu'ils avaient déjà fait plus que leur devoir, qu'ils étaient prêts à se faire tuer pour leur serment, mais que, dans une charge, ils ne tireraient plus l'épée contre leurs concitoyens, qu'ils demandaient qu'en attendant que les choses s'arrangent [d']être renvoyés dans leurs dépôts. Ceci a donc eu pour effet qu'au lieu de recommencer le combat, nous nous sommes retirés et Louis[4] rentré dans sa garnison de Malines, d'où, dit-il, il ne sort plus.
(...)
Je crains bien que toutes ces affaires n'amènent une guerre générale en Europe, car comment cela finira-t-il? Arrivez maintenant jeunes blancs-becs de la Hollande ! Venez vous mesurer contre les Belges; vous verrez comment vous serez reçus ! »
Le , il écrit :
« Chère Amie,
Depuis hier soir le bataillon est parti inopinément pour Anvers, ainsi que le 1er bataillon. Moi, on m'a laissé ici pour défendre avec ma compagnie le pont sur la Nèthe. Je ne sais si ce sera pour longtemps ou non. Je suis, chère amie, très bien ici... Cette vie de campagne m'est bien agréable après tout ce que j'ai vu et souffert avant. En partant d'ici j'irai probablement à Anvers, ainsi je me rapprocherai de toi. (...) »
Dès le [5], ceux-ci sont envoyés à Anvers et remplacés par les restes de la 15e afdeeling commandés par le major Jevenois et par ceux du régiment de hussards no 6 du colonel Walraven Elias Johan van Balveren, dont la cavalerie avait été mise en déroute dans la rue de Flandre le .
Réaction belge
modifierCôté belge, les combattants volontaires sont victorieux un peu partout sur le territoire et commencent à harceler les avant-postes de l'armée autour de Bruxelles dès le [6]. Le , le gouvernement provisoire de Belgique proclame unilatéralement l'indépendance des provinces du Sud lançant, de facto la guerre belgo-néerlandaise. Il organise les premières forces armées belges et, le , il donne l'ordre aux volontaires de marcher sur Anvers[7]. Pour ce faire, les troupes sont divisées en deux corps d'armée et doivent s'emparer des différents ponts : le premier est sous le commandement du lieutenant-colonel Charles Niellon et doit se porter sur Lierre, tandis que le second, sous les ordres d'Anne François Mellinet se dirige vers Rumst avec Malines et la prise du pont de Walem pour premiers objectifs.
Déroulement
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Lierre est prise par la 1er corps d'armée des volontaires belges le et, dans le même temps, le major Jevenois évacue Duffel, sans ordre, pour se replier sur Kontich[8] tandis que l'escadron de hussards du major Van Remorter en fait de même, ce-dernier refusant de retourner en ville ensuite[9]. Le lendemain vers 13 h, le major Herman Kessels est chargé par le lieutenant-colonel Charles Niellon d'effectuer une reconnaissance hors des murs, sur la route de Malines, accompagné de trois cavaliers[10]. Ils rencontrent des hussards néerlandais à trois-quart de lieue de là et, pensant que certains sont d'origine belge, tentent de les convaincre de faire défection et de se joindre à eux, drapeau de la Belgique à la main. Pour seule réponse, ils reçoivent une salve de balles à laquelle ils répondent pendant une escarmouche qui dure deux heures. Treize volontaires belges arrivent en renfort, dont un trompette de la légion belge-parisienne et le fils aîné du major, nommé également Herman et âgé de 16 ans[11]. Ils poursuivent leurs ennemis jusqu'à l'entrée de la ville de Duffel, parvenant à en abattre deux[12]. Les hussards se rangent en ordre de bataille devant l'entrée de la cité, attendant les Belges avec leurs vedettes repliées sur eux.
Kessels déploient ses hommes dans un bois et dans un moulin d'où ils parviennent à abattre d'autres cavaliers. Feignant d'avoir reçu de nouveaux renforts, il fait sonner la charge et lance ses chevaux au galop, couverts par les tirs des fantassins. Les deux escadrons de hussards, commandés par le colonel Walraven Elias Johan van Balveren, croyant à une attaque belge en règle, prennent la fuite et la poignée de combattants entrent dans Duffel vers 16 h, sans en avoir reçu l'autorisation de leur commandant en chef, Charles Niellon, resté à Lierre[13]. Ils arborent le drapeau révolutionnaire et font sonner le tocsin pour rassembler les habitants. Ceux-ci s'attèlent alors à préparer la défense du village en élevant un retranchement où se placent les fantassins pendant que Kessels envoie Eugène Dansaert porter la nouvelle à Niellon et demander le renfort de 200 hommes et deux canons afin de fortifier sa position. Duffel est en effet stratégiquement située entre les deux corps d'armée belges et peut permettre de faire la jonction avec le 2e corps du général Mellinet qui attaque Malines[14].
Cependant, vers 21 h, l'armée contre-attaque : le général Ghisbert Martin Cort Heyligers, qui opère sa retraite vers Anvers, envoie le 3e bataillon de « flankers » de la 5e afdeeling ainsi que le 3e bataillon de la 7e pour attaquer les positions belges à Duffel[15]. Ceux-ci reprennent rapidement le contrôle de la ville et, vers 22 h 30, la poignée de patriotes se retranche dans une auberge non-loin de leur bivouac, tirant par les fenêtres[16]. Après une demi-heure de fusillade, les soldats leur intiment de se rendent mais les hommes de Kessels refusent[17]. Les Hollandais mettent alors le feu à la porte de l'auberge, obligeant les Belges à sortir par une fenêtre en hauteur, à l'arrière du bâtiment. Seuls Kessels, son fils et le trompette osent le saut, tandis que les soldats pénètrent dans l'auberge, font huit prisonniers et tuent l'un des cavaliers. Les trois rescapés parviennent à regagner Lierre au milieu de la nuit, où le bruit court déjà qu'ils ont tous été fusillés[18]. Un autre belge trouve la mort pendant la fusillade tandis que l'armée déplore deux blessés mais aucun mort[19].
Suites
modifierAprès le coup manqué, Duffel reste sous le contrôle des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas et, d'après le rapport du duc Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach, il s'agit là, avec la révolte de Malines[20], de l'une des raisons pour avoir retardé la première attaque de Lierre dans sa tentative reprendre le contrôle de la ville[21]. Durant la bataille de Lierre, Duffel sert de poste avancé et un l'un des axes de pénétration favoris des troupes[22]. Un détachement de sapeurs du Regiment Genietroepen (nl) y est envoyé pour faire sauter le pont de la Nèthe le [23]. Toutefois, les forces du duc de Saxe-Weimar sont défaites et se replient vers Anvers dès le [24]. Les prisonniers belges, quant à eux, sont récupérés lors de la prise d'Anvers à la fin du mois d'octobre[13].
Hommages
modifierCertrificat
modifierLe nouveau bourgmestre de Duffel, Jan Frans De Ridder, consigne les fait dans le certificat suivant émanant de la régence de la ville[25] :
« Nous soussignés, bourgmestre et échevins de la commune de Duffel, province d'Anvers, arrondissement de Malines, certifions avec une vraie satisfaction et comme un fait d'armes remarquable, que, le 17 octobre, à 4 heures de l'après-midi, M. H. Kessels, commandant l'artillerie mobile de la 1ère brigade a attaqué, avec douze volontaires et cinq cavaliers , chassé et poursuivi deux escadrons de hussards hollandais, no 6, commandés par le colonel van Balveren qui se trouvaient postés dans notre commune, et que son fils Herman, actuellement sous-lieutenant d'artillerie, âgé de 16ans, était le premier qui, monté sur un cheval gris, ayant un drapeau tricolore à la main, entra au galop dans notre village et qu'il planta de suite sur la tour, et fit sonner le tocsin, les hussards étaient au nombre de 250 avec 20 officiers.
En foi de quoi, nous délivrons le présent certificat qui attestera la lâcheté de ces troupes hollandaises, et un fait d'armes qui mérite d'être cité dans les annales de notre révolution.
Duffel, le 17 octobre 1831 »
Croix de Fer
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La croix de fer est attribuée aux différents survivants belges de la bataille ainsi qu'à un villageois de Duffel, blessé ce :
- Charles-Louis Becquet[26] ;
- César Bourdon[27] ;
- Eugène Dansaert[28] ;
- Michel-Ange Grad[29] ;
- Jean-Baptiste Jette[30] ;
- Herman Kessels (père)[11] ;
- Herman Kessels (fils)[11] ;
- Jean-Alexis Peignot[31] ;
- Auguste Poteau[32] ;
- Charles-Victor Poulain, boucher à Paris, vraisemblablement le trompette de la légion belge-parisienne[32] ;
- Pierre-Jacques Scinoff[33] ;
- Pierre Sel, cultivateur de Duffel, blessé lors des combats[34] ;
- Monsieur Seyde[35] ;
- Auguste Spitaels[36] ;
- Adrien Van Cazezeele [37]
- Félix Van Leerberghe[38] ;
Divers
modifier- Dans une correspondance avec Charles Niellon datée du , le général Lambert Nypels, commandant en chef des forces armées belges à ce moment, mentionne la conduite d'Herman Kessels à Duffel en ces termes[39] : « Dites, s'il vous plaît, à M. Kessels que dans mon rapport au même comité je n'ai pas manqué de faire ressortir sa conduite à Duffel, et, le 18, à Lierre. Ce rapport est du 20. J'espère que le gouvernement lui accordera l'objet de sa demande. »
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer, Liste nominative des citoyens décorés de la Croix de fer, Bruxelles, Imprimerie et lithographie de P-M Michelli, (lire en ligne).
; - Herman Kessels, Précis des opérations militaires pendant les quatre mémorables journées de septembre, et dans la campagne qui s'ensuivit, Bruxelles, J. P. Meline Librairie, (lire en ligne).
; - Charles Niellon, Histoire des événements militaires et des conspirations orangistes de la révolution en Belgique de 1830 à 1833, Bruxelles, Alliance typographique M-J Poot et compagnie, (lire en ligne).
; - (nl) Militaire Spectator, Dagverhaal betrekking hebbende op de gebeurtenissen in Belgie in 1830 en 1831., vol. 3, Breda, Broese & Comp., (lire en ligne), chap. 3.
.
Notes et références
modifier- ↑ Achille Charpiny, Les Combattants volontaires de 1830 devant l'Histoire, Bruxelles, Imprimerie J. Ph Van Assche, (lire en ligne), p. 24
- ↑ Gustave Oppelt, Histoire générale et chronologique de la Belgique, de 1830 à 1860 : Campagne de 1830, dite « Campagne d'Anvers », Bruxelles, Hayez, (lire en ligne), « VIII », p. 449
- ↑ Charles Terlinden, Une correspondance de famille relative aux débuts de la Révolution belge (29 août-13 octobre 1830), t. 117, Académie royale de Belgique, coll. « Bulletin de la Commission royale d'histoire », (lire en ligne), p. 139
- ↑ Louis Adolphe Jacques de Crooy, lieutenant-colonel commandant le régiment des dragons légers no 4 et beau-frère du baron de Bieberstein : (nl) « Crooy, Louis Adolphe Jacques (Crooy, de) », sur Ridders Militaire Willems-Orde (consulté le )
- ↑ Charles Terlinden, Une correspondance de famille relative aux débuts de la Révolution belge (29 août-13 octobre 1830), t. 117, Académie royale de Belgique, coll. « Bulletin de la Commission royale d'histoire », (lire en ligne), p. 145
- ↑ Niellon 1868, p. 54.
- ↑ Niellon 1868, p. 56.
- ↑ Militaire Spectator 1858, p. 161.
- ↑ Militaire Spectator 1858, p. 162.
- ↑ Kessels 1831, p. 49.
- 1 2 3 Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 87.
- ↑ Kessels 1831, p. 50.
- 1 2 Niellon 1868, p. 81.
- ↑ Kessels 1831, p. 52.
- ↑ (nl) W. Goudriaan, Geschiedenis van het 5e Regiment Infanterie, 's-Hertogenbosch, Gebroeders Muller, (lire en ligne), p. 76
- ↑ Gustave Oppelt, Histoire générale et chronologique de la Belgique, de 1830 à 1860, Bruxelles, Hayez, (lire en ligne), p. 454
- ↑ Kessels 1831, p. 53.
- ↑ Kessels 1831, p. 54.
- ↑ Militaire Spectator 1858, p. 163.
- ↑ Militaire Spectator 1858, p. 172.
- ↑ Militaire Spectator 1858, p. 169.
- ↑ Niellon 1868, p. 86.
- ↑ Militaire Spectator 1858, p. 166.
- ↑ Niellon 1868, p. 93.
- ↑ Kessels 1831, p. 51.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 7.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 15.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 32.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 75.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 86.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 118.
- 1 2 Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 124.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 135.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 136.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 137.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 139.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 149.
- ↑ Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 159.
- ↑ Niellon 1868, p. 299.