Le Bloc Lorrain est une association anarchiste implantée en Lorraine et rassemblant surtout d'anciens Gilets jaunes. Elle organise de nombreuses manifestations, maraudes, et actions politiques jusqu'à sa dissolution en .

Bloc Lorrain
Logo du Bloc Lorrain - incluant un A cerclé
Histoire
Fondation
mars 2021
Dissolution
novembre 2022
Origine
Cadre
Sigle
BL
Zone d'activité
Lorraine
Espaces limitrophes ou peu éloignés (Luxembourg, Belgique, Allemagne)
Type
Forme juridique
association
Domaine d'activité
Distributions alimentaires, manifestations, aide aux réfugiés (surtout ukrainiens)
Objectif
Méthode
distribution alimentaire, propagande pacifique, confrontation violente, black blocs
Pays
Organisation
Idéologie

Fondée en février-, l'association s'implique à la fois dans des activités humanitaires de maraudage, distribution de repas aux personnes démunies ou aide aux réfugiés, par exemple ukrainiens et dans des activités d'organisation de manifestations et d'action directe. Parmi les combats principaux que mène l'association, la lutte contre le pass sanitaire pendant la pandémie de COVID-19 ou encore l'écologie radicale sont deux orientations marquantes du Bloc Lorrain. Elle s'exporte au delà de Nancy et de la Lorraine, en ayant une participation remarquée à des manifestations houleuses à Bruxelles et au Luxembourg ; de plus, elle influence d'autres groupes d'anciens Gilets jaunes en France, comme le Bloc du centre de la France, une organisation anarchiste largement inspirée du Bloc Lorrain.

Le Bloc Lorrain est dissous en par Gérald Darmanin, dans un contexte où celui-ci se sert de la nouvelle loi séparatisme pour interdire un certain nombre d'associations et groupes d'extrême gauche ; il accuse l'association d'avoir largement fait usage de la stratégie du black bloc. Bien que l'association fasse un recours auprès du Conseil d'État, celui-ci confirme la légalité de sa dissolution ; qui devient donc effective au niveau de la loi française. Cette dissolution est considérée comme marquante du « tournant autoritaire » entrepris par les autorités françaises à partir de 2017 par plusieurs chercheurs.

Histoire

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Contexte général : anarchisme en Lorraine et Gilets jaunes

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Le mouvement anarchiste est présent en Lorraine depuis le XIXe siècle lorsque Charles Gallo fonde le premier groupe anarchiste à Nancy dans la deuxième moitié des années 1880[1].

En 2018, un mouvement de contestation important en France, le mouvement des Gilets jaunes, apparaît et se développe sur le territoire, entraînant d'importantes manifestations, affrontements et conflits entre population révoltée et forces de sécurité intérieure (policiers, gendarmes, services de renseignement, etc)[2].

Le Bloc Lorrain

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Suite à l'essoufflement et la répression des Gilets jaunes, le Bloc Lorrain naît de la jonction de ces deux mouvements ; il s'agit à la fois d'une association dont les membres sont anarchistes mais aussi d'anciens Gilets jaunes pour un grand nombre d'entre eux[3],[4],[5],[6],[7]. Il est officiellement enregistré le auprès des autorités françaises sous la forme d'une association avec pour objet[8] :

de réaliser des maraudes, des actions écologiques de type ramassage de déchets, replantations, etc. ; De créer des événements de type culturel, manifestations, spectacles, concerts, etc. ; La vente de produits pour financer ces différentes actions comme des autocollants, tee-shirts et autres produits revendicatifs

Quelques mois après sa fondation, le groupe comporte déjà plus d'une centaine de membres[7]. Il s'implique dans la contestation contre le pass sanitaire mis en place par les autorités françaises pendant la pandémie de COVID-19 et est remarqué comme se situant à l'avant-garde de la lutte anti-pass sanitaire en Lorraine[7]. Ainsi, à partir de juillet de la même année, le Bloc Lorrain commence à organiser des manifestations à Nancy dirigées contre cette mesure[7],[9],[10].

Le , en réponse à la prolongation du pass sanitaire en France, une trentaine de membres du Bloc lorrain se rendent au poste frontière de Mont-Saint-Martin et bloquent la circulation de la route nationale 52 avant d'être délogés par les forces de police[11]. Quelques jours plus tard, le maire de Nancy, Mathieu Klein, porte plainte car une personne l'aurait menacé de mort en marge d'un appel à manifester lancé par le Bloc lorrain sur Facebook[12],[13].

Pendant l'hiver 2021, le Bloc Lorrain envoie des vêtements chauds à Calais[14].

En , différents militants du Bloc lorrain se rendent au Luxembourg et y organisent une manifestation anti-pass sanitaire où un drapeau comportant un A cerclé est arboré en tête de manifestation ; elle mène à différents affrontements et vandalismes dans la capitale du Grand Duché[15]. Ces actions poussent le parti politique luxembourgeois conservateur et eurosceptique, le Parti réformiste d'alternative démocratique (ADR), aussi opposé au pass sanitaire, à signifier qu'il n'entretient aucun lien avec le Bloc Lorrain et qu'il s'oppose à ses méthodes[16]. En janvier, l'association demande à pouvoir se rendre à la préfecture et la mairie pour s'entretenir avec les autorités au sujet du pass sanitaire, où ils continueraient leurs activités : cette demande est refusée[17].

Certains membres du Bloc Lorrain auraient été présents lors de violences menées lors d'une manifestation tenue contre le pass sanitaire au début 2022 à Bruxelles, la capitale de la Belgique[4]. En février, le Bloc Lorrain organise un convoi de la liberté se rendant à Paris pour protester contre les mesures sanitaires[18],[19].

En mars de la même année, le Bloc Lorrain organise une manifestation en marge du procès de plusieurs policiers de la BAC pour harcèlement et injures racistes[3],[20]. Ce procès est révélateur de la tension importante à Nancy pour L'Est Républicain[20]. Il mène un syndicat de policiers à se plaindre de l'association car elle les viserait ; ce syndicat prend la parole pour nier le racisme au sein de la police française et soutenir que les policiers seraient républicains[20].

En , le Bloc Lorrain organise une manifestation à Nancy pour rappeler l'urgence sociale et climatique[21]. En mai, il aurait évalué la possibilité d'établir une ZAD pour mettre fin à un projet d'éoliennes mené au milieu d'une forêt[22].

Certains membres de l'association s'introduisent à la centrale à charbon Émile Huchet à Saint Avold et y arborent des banderoles anti-charbon et anti-nucléaire[14],[23].

Dissolution (novembre 2022)

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Dans le cadre des dissolutions engagées en 2022 par Gérald Darmanin contre des groupes anarchistes ou d'extrême gauche, comme le Groupe antifasciste Lyon et environs (GALE) ou Nantes révoltée, premières interdictions de groupes de cette nature en France depuis le groupe terroriste Action directe en 1982, le Bloc Lorrain est visé à son tour[24].

L'État français envoie une communication au président de l'association fin , lui signifiant qu'il va procéder à la dissolution de l'association en se fondant sur plusieurs éléments ; dont certains sont relativement légers, comme l'utilisation d'une banderole soutenant la stratégie du black bloc mais se déroulant dans une manifestation déclarée qui ne mène pas à des débordements[14]. De plus, plusieurs accusations recensées dans les motifs n'ont pas fait l'objet de procédures judiciaires et concernent donc des individus présumés innocents[14]. L'association se défend en déclarant qu'ils sont visés pour leurs opinions politiques, qu'il s'agit d'une entrave à la liberté d'expression et que leur groupe est pacifique ; elle soutient qu'en la dissolvant, les personnes qui leur succéderaient seraient bien plus radicales[14],[25].

Une manifestation organisée à Nancy contre cette procédure rassemble des centaines de personnes au début novembre[26],[27] mais ne parvient pas à empêcher que, le , la dissolution soit prononcée en conseil des ministres et signée par Emmanuel Macron, Élisabeth Borne et Gérald Darmanin[8],[25].

Il est estimé que le Bloc Lorrain distribue environ 20,000 repas lors de ses différentes maraudes entre sa fondation et [14],[26]. En tout, selon les organisateurs de l'association, ils auraient mené 172 maraudes et aidé de nombreux réfugiés, en particulier des réfugiés ukrainiens fuyant l'invasion de l'Ukraine par la Russie[14].

L'association annonce faire un recours devant le Conseil d'État, mais celui-ci décide finalement que la procédure est justifiée et confirme la dissolution de l'association[28].

Postérité

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Répression du Bloc Lorrain comme indicative d'un « tournant autoritaire » en France

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Le fait que Darmanin vise à la fois le Bloc Lorrain, la GALE mais aussi les Soulèvements de la Terre s'inscrit dans une orientation répressive dirigée à l'égard des groupes souscrivant à l'écologie radicale[29]. À propos de cette répression, les chercheurs Julien Talpin et Antonio Delfini écrivent, dans leur ouvrage concernant un « tournant autoritaire » engagé en France depuis 2017[30]:

Après l’échec de Nantes révoltée, le ministère revient à la charge deux mois plus tard en ciblant le 20 mars 2022 le Groupe antifasciste Lyon et environ (GALE). [...] La loi de 1972, censée protéger contre les discours de haine raciale, protège désormais l’État lui-même : une critique trop virulente des pouvoirs publics peut désormais passer pour un discours de haine, quand bien même celui-ci ne cible pas des personnes mais des institutions. Aimer la République ou disparaître. Le 21 octobre 2022, c’est au Bloc lorrain d’être ciblé pour « incitation à la haine et à la violence », notamment en direction des forces de l’ordre.

Exportation du « modèle » du Bloc Lorrain

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Dès début 2022, le Bloc Lorrain influence d'autres groupes en France[31]. Il mène ainsi à la création du Bloc du centre de la France, une organisation anarchiste se rapprochant de ses méthodes et de ses actions ; en faisant aussi usage de la stratégie du black bloc et appel au même imaginaire[31].

Ouvrages

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Références

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  1. Bouhey 2008, p. 120-130.
  2. « Les Gilets jaunes, un mouvement social hétéroclite », sur Novethic (consulté le )
  3. 1 2 Kévin Grillo, « Les flics racistes de Nancy en procès », sur Blast, (consulté le )
  4. 1 2 (nl) « Organisator coronabetoging verdedigt keuze voor extreme sprekers: "Geen filtering, laat mensen zelf nadenken" », sur VRT, (consulté le )
  5. « Le "convoi de la liberté" peut-il frapper fort en France ce week-end? », sur BFM, (consulté le )
  6. Malika Boudiba, « Nancy : une manifestation organisée pour soutenir le Bloc Lorrain face à la menace de dissolution », sur France 3 Grand Est, (consulté le )
  7. 1 2 3 4 Mickaël Demeaux, « Meurthe-et-Moselle. Nouvelle manif à Nancy : qui sont les anti-pass sanitaire ? » Accès libre, sur Est Républicain, (consulté le )
  8. 1 2 Gérald Darmanin, « Décret du 23 novembre 2022 portant dissolution d'une association (Le Bloc Lorrain) », Décret du 23 novembre 2022 portant dissolution d'une association (Le Bloc Lorrain), , p. 1–3 (lire en ligne, consulté le )
  9. « Nancy. Nouvelle manifestation contre le pass sanitaire ce samedi », sur Est Républicain, (consulté le )
  10. « Nancy. Pass sanitaire : la manifestation du samedi suivra le même parcours », sur Est Républicain, (consulté le )
  11. « Mont-Saint-Martin. Gilets jaunes : action coup de poing sur la RN 52 dans le Pays Haut », sur Le Républicain lorrain, (consulté le )
  12. « Le maire de Nancy visé par des menaces de mort sur Facebook, il dépose plainte », Ouest-France, (lire en ligne)
  13. « Le maire de Nancy menacé de mort sur Facebook », sur 20 Minutes, (consulté le )
  14. 1 2 3 4 5 6 7 Elisa Verbeke, « L’association antifasciste nancéienne le « Bloc Lorrain » menacée de dissolution », sur StreetPress, (consulté le )
  15. David Marques, « Retour sur la manif antirestrictions : « C’est un gros merdier » », sur Le Quotidien du Luxembourg, (consulté le )
  16. « "Infâmes salauds": L'ADR soutient la liberté de la presse mais refuse les attaques personnelles », sur RTL Infos, (consulté le )
  17. CS, « Nancy : manifestation antipass et antivax, le Bloc Lorrain exige d'être reçu en préfecture et en mairie », Ici c Nancy, (lire en ligne)
  18. « Un "convoi de la liberté" au départ de Nancy, "point de convergence" pour les Alsaciens et Lorrains vers Paris - ICI », sur ICI, le média de la vie locale, (consulté le )
  19. [vidéo] « "Convoi de la liberté": "On n'était pas sur une reproduction d'Ottawa", déclare Kevin Grillo, porte-parole de l'association "Bloc Lorrain" », (consulté le )
  20. 1 2 3 « Nancy. Les coulisses du procès de la BAC de nuit : rap, accolades et rappel aux valeurs républicaines », sur Est Républicain, (consulté le )
  21. « Photos. A Nancy, les manifestants rappellent l'urgence sociale et climatique », sur Est Républicain, (consulté le )
  22. Jimmy Grimault, « Un climat électrique : résistances aux nouvelles infrastructures de « transition énergétique » et gouvernement des critiques dans les espaces ruraux populaires du Grand Est », theses.hal.science, Université de Lorraine, , p. 9 (lire en ligne, consulté le )
  23. « Moselle. Saint-Avold : des banderoles anti-charbon déployées sur la centrale Émile Huchet », sur Le Républicain lorrain, (consulté le )
  24. Marie Allenou, « À Lyon, trois ans après leur dissolution, les antifas du Gale se battent encore pour exister » Accès payant, sur Mediapart, (consulté le )
  25. 1 2 Juliette Delage, « Dissolution du Bloc lorrain devant le Conseil d’Etat : pour l’association libertaire, c’est «une question de liberté d’expression» », Libération, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  26. 1 2 « Nancy : une manifestation organisée pour soutenir le Bloc Lorrain face à la menace de dissolution », sur France 3 Grand Est, (consulté le )
  27. « Contre sa dissolution, le Bloc lorrain rassemble plus de 300 personnes dans le centre-ville de Nancy - ICI », sur ICI, le média de la vie locale, (consulté le )
  28. « Quelles sont les 46 associations visées par une dissolution sous la présidence Macron ? », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  29. « La dissolution d'associations, une pratique record depuis 2017 », Les Echos, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  30. Julien Talpin, L'État contre les associations: Anatomie d'un tournant autoritaire, Paris, Textuel, , 240 p. (ISBN 978-2386290909), p. 214-215
  31. 1 2 Samuel Legris, « Gilets jaunes et Anti-pass sanitaire : étude des obstacles à une coalition protestataire dans le centre de la France: », Participations, vol. N° 41, no 1, , p. 112 (ISSN 2034-7650, DOI 10.3917/parti.041.0091, lire en ligne, consulté le )

Bibliographie

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