Caftan en Algérie

vêtement féminin algérien
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Le caftan, introduit à Alger à l’époque de la régence d’Alger, a connu d’importantes évolutions au fil du temps. La transformation la plus significative fut sa féminisation par les tailleurs algériens, qui l’ont adapté pour que les femmes puissent le porter, tout en y intégrant des éléments propres au patrimoine culturel algérien dans sa confection et sa décoration. Aujourd’hui, le caftan occupe une place de choix dans la garde-robe cérémonielle féminine : il est essentiellement porté lors d’occasions solennelles telles que les mariages, les grandes réceptions ou les fêtes religieuses.

Caftan algérien
Caftan féminin offert par Ali Pacha, dey d'Alger, à la Couronne de Suède en 1731
Partie de
Cabinet royal des armes (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Pays

Lors de sa 20ᵉ session, le , le Comité intergouvernemental de l’UNESCO a approuvé une modification du nom de l’élément algérien inscrit en 2024 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette modification vise à inclure explicitement le caftan au sein d’un ensemble vestimentaire traditionnel. Le caftan est ainsi mentionné comme composante d’un patrimoine vestimentaire plus large, et non comme un élément inscrit de manière indépendante.

Histoire

Grand chef arabe algérien vêtu de son caftan pendant la colonisation française

Les origines du caftan remontent à la Chine impériale, avant de s’ancrer dans les traditions de l’Asie mineure et de l’Andalousie, pour parvenir enfin au Maghreb[1]. L’Andalousie et l’Orient ont considérablement influencé le costume traditionnel des grandes villes algériennes[2].

La ville de Tahert, capitale des Rostémides, entretenait des échanges intenses[3] avec la ville perse de Bassorah (Irak), mais c’est surtout la ville de Sédrata (Ouargla) qui vit l’arrivée de nombreux artisans persans[4], originaires principalement de Balkh (Khorassan).

Les commerçants orientaux permettent l’introduction de soieries dans les villes de l’Algérie centrale[5]. Toutefois, au début du second millénaire, le caftan restait encore inconnu dans l’Occident musulman[6].

Costume masculin à l’origine, le caftan est introduit dans les pays du Maghreb par les routes de l’Orient lors de l’apogée de l’Empire ottoman en 1515[7]. Les citadines algériennes et tunisiennes modifient leur costume ouvert sur le devant dès le XVIe siècle et s’inspirent des modèles morisque et levantin. Les villes maghrébines, à commencer par Alger, reçoivent le caftan ottoman, que ces derniers ont fait évoluer en Méditerranée orientale[8].

La ghlila immortalisée dans Femmes d'Alger dans leur appartement d'Eugène Delacroix (1834)[9].

Entre les XIVe et XVIe siècles, Alger, en pleine croissance, accueille de nombreux exilés andalous. L’élite algéroise introduit dans sa garde-robe des soutanes munies de petits boutons[10]. Le royaume d’Alger se place sous la tutelle de l’Empire ottoman, sans transfert massif de population turque. Le costume masculin subit alors l’influence des uniformes des janissaires et des dignitaires turcs et adopte des caftans levantins[10] inspirés du modèle mamelouk[8].

Ce caftan maure se distinguait du modèle turc : plus largement ouvert, descendant en dessous du genou, à manches courtes et moins orné[11].

L’afflux massif de Morisques, de juifs et de migrants chrétiens de Méditerranée occidentale dès le XVIe siècle mène à une hybridation progressive du paysage vestimentaire algérois. Les habitantes développent des formes vernaculaires de vestes et de caftans adaptées à des fonctions symboliques et pratiques[10].

Les Algéroises les plus aisées choisissent d’allonger la ghlila non décolletée jusqu’aux chevilles, donnant naissance au caftan d’Alger. La ghlila se cantonne dès lors au rôle de vêtement quotidien, tandis que le caftan s’impose comme costume de cérémonie[10]. D’abord réservé aux élites, il se généralise progressivement à une plus large proportion de citadines[12].

En 1789, le diplomate français Jean Michel de Venture de Paradis observe les pratiques vestimentaires des Algéroises :

« La magnificence de la parure est de mettre quatre ou cinq caftans l’un sur l’autre… Lorsqu’elles vont en fête, elles mettent trois ou quatre caftans dorés et descendant jusqu’à la cheville les uns sur les autres[10]. »

Les dignitaires turcs et les soldats portaient un long caftan de couleurs variées ; chez les personnes aisées, il était taillé dans des étoffes de luxe[13]. Lorsqu’un dey était élu, il était revêtu de son caftan lors d’une courte cérémonie au cours de laquelle les janissaires déclaraient :

« Nous consentons que Dieu lui donne prospérité[14]. »

Le bey du Titteri recevait un caftan d’or qu’il portait lors de son séjour à la capitale[15].

Dans le beylik de l'Est, l’investiture par le caftan accordée aux chefs de tribus symbolisait l’alliance et la reconnaissance réciproque entre le bey de Constantine et les grandes familles nomades[16].

Les janissaires cuisiniers le portaient également, tandis que les khodja avaient droit à un modèle plus long et de drap plus fin. Les chaouch endossaient un caftan vert, à manches ouvertes ou fermées selon leur grade[17].

Le caftan masculin finit par être progressivement abandonné à partir de la fin du XVIIIe siècle par les Turcs, qui adoptent le burnous autochtone[17]. Il se popularise cependant chez les caïds des tribus algériennes, qui le personnalisent[18].

À la veille de l’expédition d’Alger de 1830, la garde-robe féminine se complète de caftans. Le bouleversement du cadre urbain après l’occupation française mène à la disparition des modèles les plus luxueux[10] et à l’apparition d’un nouveau vêtement, le karakou, descendant direct de la ghlila djabadouli, intégrant des techniques de coupe inspirées de l’Europe occidentale[10].

De nos jours, de nombreux couturiers algériens renouvellent cette tradition en proposant des modèles modernisés[18].

Variantes

Caftan de mariage muni de manches courtes, une particularité des caftans algériens

Selon El Watan, le Maghreb constitue un bastion du caftan sous diverses formes et appellations — caftan, karakou, jebba — qui relèvent d’une même réalité historique[1]. Le caftan féminin en Algérie n’était porté que par les femmes citadines, notamment à Alger, Annaba, Béjaïa, Blida, Constantine, Oran, Miliana, Nedroma et Tlemcen[18].

Il s’est maintenu depuis le XVIe siècle, n’a jamais cessé d’être porté à Tlemcen, et les Algéroises le portent de nouveau aujourd’hui sous diverses formes[19], notamment lors des cérémonies de mariage[20].

Il existe plusieurs variantes de caftans algériens.

Le caftan en brocart, héritage ottoman, se distingue par l’ajout de motifs floraux colorés par les artisanes algériennes. Il présente la particularité de comporter des boutonnières des deux côtés[18].

Le caftan en velours, dont le caftan El Kadi[21], constitue un autre héritage ottoman, enrichi par des influences algériennes dans les motifs et les techniques de broderie, notamment la fetla et le mejboud[18]. Les caftans de brocart ou de velours étaient jadis portés par les femmes les plus fortunées[22].

Le caftan en soie est un vêtement citadin léger, appelé dfina ou mansouria selon les régions[18].

Le caftan en laine fine, autrefois réservé aux domestiques des grandes maisons, a conservé sa fonction première de vêtement[18].

Le caftan algérois dérive d’un ancien habit appelé ghlila. Il s’impose comme la pièce maîtresse du costume de cérémonie, tandis que la ghlila décolletée à la levantine devient le vêtement quotidien[9].

Plus long que la ghlila, ce caftan est un large vêtement de drap, de soie ou de satin, richement brodé de fils d’or ou d’argent[19].

Il existe également un caftan algérois appelé Caftan El Bahdja, en brocart à motifs fleuris réalisés en fils de soie colorée ou en fil d’or. Son nom fait référence au surnom affectueux de la ville d’Alger, « El Bahdja »[23],[24].

À Tlemcen, on conserve un type de caftan appelé caftan el sder (« caftan du buste »), caractérisé par des motifs triangulaires[25].

Le costume nuptial féminin de Tlemcen, la chedda de Tlemcen, est un caftan traditionnel en velours brodé de fils d’or, orné de perles de culture et de colliers[26],[27].

À Oran, à la fin du XIXe siècle, certaines mariées musulmanes portaient un caftan de velours original, à coupe cintrée, décoré d’oiseaux et de tiges feuillues mêlés à des motifs végétaux stylisés plus anciens, témoignant probablement de l’influence de la mode européenne. Cette tradition disparaît avant le milieu du XXe siècle[28].

Le caftan turc, jugé peu pratique, tombe progressivement en désuétude après avoir connu les phases classiques d’évolution[2].

À Constantine, il était porté sous la gandoura[29].

Connu sous l’appellation Caftan el Kadi, il est brodé au medjboud (fil d’or), avec des motifs floraux, animaliers et géométriques entrelacés. Selon Meryem Kebaïli, directrice du musée national public des arts et expressions traditionnels au palais Ahmed Bey :

« Le Caftan constantinois, apparu avant l’an 1500, a ensuite évolué vers plus de modernité et de raffinement durant l’ère ottomane (1518-1830), avec des tissus luxueux et des broderies en fils d’or et d’argent, localement connus sous le nom de Khit er rouh, à l’origine réservés aux femmes de l’élite avant de devenir, au fil du temps, une tenue traditionnelle portée par les mariées et leurs familles lors des grandes occasions festives à Constantine et dans les villes environnantes »[30].

Dans la région de Collo, certaines mariées le portaient encore il y a une cinquantaine d’années[31].

Reconnaissance et sauvegarde

Les rites et les savoir-faire artisanaux associés à la tradition du costume nuptial de Tlemcen *
Pays * Drapeau de l'Algérie Algérie
Liste Liste représentative
Année d’inscription 2012
* Descriptif officiel UNESCO

Le costume féminin de cérémonie dans le Grand Est de l'Algérie : savoir-faire associés à la confection et à la parure de la Gandoura, la Melehfa, le Caftan, le Quat et le Lhef *
Pays * Drapeau de l'Algérie Algérie
Liste Liste représentative
Année d’inscription 2024
* Descriptif officiel UNESCO

Lors de sa 20ᵉ session, le Comité intergouvernemental international de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, réuni le , a décidé de modifier le nom de l’élément algérien inscrit en 2024 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette nouvelle appellation intègre explicitement le Caftan ainsi que d’autres costumes traditionnels, sous le titre : « Le costume féminin de cérémonies dans le Grand Est algérien : savoirs et savoir-faire associés à la confection et à la parure de la Gandoura, la Melehfa, le Caftan, le Quat et le Lhaf »[32]. Dans le même cadre, le Comité a également approuvé la modification du dossier intitulé « Les rites et les savoir-faire artisanaux associés à la tradition du costume nuptial de Tlemcen », inscrit depuis 2012 sur la même liste. Cette décision entérine l’ajout explicite de la mention « le port du caftan » à la section B3 du formulaire ICH-02, conformément aux dispositions du document soumis[33].

Gilet sedria algérien des XVIIe et XVIIIe siècles, arborant des aouinettes, formes ovoïdes ou triangulaires situées au niveau de la taille, signature du style algérien, que l’on retrouve ensuite dans certains caftans marocains[34].

De nombreux musées et galeries, en Algérie comme à l’étranger, conservent le caftan algérien au sein de leurs collections, témoignant de son importance historique, artistique et patrimoniale. Parmi eux, le Musée national des antiquités et des arts islamiques d’Alger abrite plusieurs caftans algériens anciens, datés du XVIe au XIXe siècle[35].

Le Musée national des Arts et Traditions populaires d’Alger ainsi que le Musée national du Bardo conservent également diverses variantes du caftan algérien.

Galerie d'images

Notes et références

  1. 1 2 « Le Maghreb constitue le bastion du caftan », sur elwatan.com (consulté le ).
  2. 1 2 Pichault 2007, p. 7.
  3. Apprendre, produire, se conduire : Le modèle au Moyen Âge, Société des historiens médiévistes de l’Enseignement supérieur public (lire en ligne).
  4. Comptes rendus des séances de l'année 1952, Auguste Durand, (lire en ligne).
  5. Belkaïd 1998, p. 29.
  6. Belkaïd 1998, p. 72.
  7. « Tradition vestimentaire : le caftan est Algérien ! », sur elmoudjahid.com, (version du sur archive.org).
  8. 1 2 Belkaïd 1998, p. 74.
  9. 1 2 Isabelle Paresys, Paraître et apparences en Europe occidentale : Du Moyen Âge à nos jours, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, , 397 p. (ISBN 978-2-85939-996-2, lire en ligne), p. 236
  10. 1 2 3 4 5 6 7 Leyla Belkaïd Neri, « Croisements et hybridations des modes vestimentaires : Dans les sociétés urbaines sud et nord méditerranéennes », dans Paraître et apparences en Europe occidentale du Moyen Âge à nos jours, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et civilisations », (ISBN 978-2-7574-2280-9, lire en ligne), p. 227-241.
  11. Pichault 2007, p. 42-44.
  12. Belkaïd 2003, p. 25.
  13. Pichault 2007, p. 32.
  14. Mahfoud Kaddache, L'Algérie durant la période ottomane, Alger, O.P.U., , 239 p. (ISBN 978-9961000991, lire en ligne), p. 91.
  15. L'Algérie durant la période ottomane, op. cit., p. 132.
  16. Fatima Zohra Guechi, « Constantine au XIXe siècle : du beylik ottoman à la province coloniale », colloque Pour une histoire critique et citoyenne, ENS LSH, 2007.
  17. 1 2 Pichault 2007, p. 34-35.
  18. 1 2 3 4 5 6 7 « Tradition vestimentaire : Le caftan est Algérien ! », sur elmoudjahid.com (consulté le )
  19. 1 2 Pichault 2007, p. 20.
  20. Pichault 2007, p. 31.
  21. « Caftan El-Kadi », sur dzairhistory.com (consulté le )
  22. Belkaïd 1998, p. 76.
  23. « Le Caftan est algérien, de Tlemcen puis transporté à Fès au Maroc », sur elmesmar.fr, (consulté le )
  24. (ar) « الجزائر تقولها بالأرشيف: القفطان الجزائري مُسجَّل …ووجدة: فضاء استقبال لا مصنع تراث » [« L’Algérie l’affirme par les archives : le caftan algérien est enregistré… et Oujda : un espace d’accueil, non un lieu de production du patrimoine »], sur Wouroud Eldjazair, (consulté le )
  25. Leyla Belkaïd, Algéroises : histoire d'un costume méditerranéen, Edisud, (ISBN 978-2-85744-918-8, lire en ligne), p. 93
  26. Traditions : La Chedda tlemcénienne… encore et toujours, El Watan, 26 avril 2011
  27. « La chedda, tenue princière de l'ancien Royaume Zianide », sur Dziriya.net, (consulté le )
  28. Belkaïd 2003, p. 100.
  29. Sihem Oubraham, « Melehfa et Gandoura : Au patrimoine mondial de l’UNESCO », sur elmoudjahid.com, (consulté le )
  30. « Le Caftan constantinois : un des habits féminins prestigieux incarnant l’authenticité algérienne », sur express-dz.com, (consulté le )
  31. Pichault 2007, p. 83.
  32. « Le costume féminin de cérémonie dans le Grand Est de l'Algérie : savoir-faire associés à la confection et à la parure de la Gandoura, la Melehfa, le Caftan, le Quat et le Lhef - UNESCO Patrimoine culturel immatériel », sur ich.unesco.org (consulté le )
  33. « L'UNESCO consacre la primauté de l'inscription du Caftan par l'Algérie », sur APS, (consulté le )
  34. Morgan Snoap, « Algerian Women's Waistcoats - The Ghlila and Frimla: Readjusting the Lens on the Early French Colonial Era in Algeria (1830-1870) », Honors Program Theses, , p. 18 (lire en ligne, consulté le )
  35. « Arts islamiques du Musée national des Antiquités : Une richesse insoupçonnée », sur www.elmoudjahid.com (consulté le )
  36. « Caftan, Maroc : la veuve de Boumediène met les points sur les i », sur dnalgerie.com, (consulté le )

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

  • Le Caftan, édité par le CNRPAH pour le dossier du « Costume féminin de cérémonies dans le Grand Est de l’Algérie » à l'Unesco.

Bibliographie