Camgirl
Une camgirl (mot prononcé en français [kam.gœʁl] ⓘ) ou cam-girl est une femme, souvent jeune (voire une jeune fille pubère) qui expose son corps et se masturbe en direct sur Internet (sur une « plateforme de sexcam »), par le biais d'une webcam, pour gagner des pourboires et des cadeaux[1]. C'est une forme de marchandisation du corps dans l’objectif de la satisfaction sexuelle du spectateur, très proche de la prostitution, à la seule différence qu'il n'y a pas de contact physique avec le client[2]. L'équivalent masculin est un camboy, aussi orthographié cam-boy[1].

Les camgirls sont parfois nommées camwhores[3],[4] de façon insultante ou dans le contexte de proxénétisme, assez fréquent[5],[6].
L'activité de camgirl et de camboy apparaît à la fin des années 2000 avec l'essor conjoint du streaming vidéo et de la pornographie sur Internet. L'hypersexualisation des jeunes, en particulier des jeunes filles, et l'acquisition d'outils connectés non surveillés favorisent également la popularité de cette pratique chez les jeunes[2]. Elle connaît depuis un succès impressionnant, avec des plateformes comme CAM4 (2007-), Chaturbate (2011-) et Stripchat (2016-) qui figurent dans la liste des sites web les plus visités.
Objectifs
modifierIl s'agit pour elles d'encourager les internautes à leur acheter des objets[7][réf. à confirmer]. Elles peuvent également gagner de l'argent en sponsorisant d'autres sites Internet et gagner des commissions en convainquant les internautes de s'abonner à des sites payants[4]. Les commissions qu'obtiennent les camgirls varient grandement selon les sites[4].
Impact social
modifierDepuis 2015, l'engouement des internautes, de la presse et des médias ne cesse d'augmenter pour les camgirls[8], prenant le pas sur l'industrie du porno en berne[9]. Selon une enquête IFOP pour Camgirl.tv en 2016, les 18-24 ans seraient les plus grands consommateurs de sites de sexcam[10].
Personnes mineures
modifierLes adolescent.es n’ont aucune difficulté à ouvrir un compte de caming à l'aide d’une fausse identité et à s’improviser acteurs ou actrices porno. Certain.es camgirls ou camboys sont des enfants prépubères manifestement exploités[11]. Les plateformes de caming comme OnlyFans, Mym ou Chaturbate participent à « la banalisation de la sexualité marchande » et jouent un rôle central dans le proxénétisme des mineur·es qui a explosé ces dernières années, dont les affaires judiciaires sont passées de 21 en 2015 à 192 affaires en 2022[5]. Les proxénètes utilisent les réseaux sociaux pour repérer un·e enfant dès 12-14 ans, le séduire en jouant les amoureux, en lui promettant du succès et l'amènent vers la prostitution en ligne ou dans la vraie vie[5],[12]. Ces plateformes sont devenus des espaces de recrutement, aussi bien pour les producteurs de films pornographiques que pour les proxénètes. Les mêmes techniques de rabattage en proxénétisme sont utilisées dans la pornographie : mise en confiance par la manipulation « love boy », promesses de fortune, emprise et viol d'abattage visant à casser les capacités de réaction et de résistance (choc traumatique qui sature le fonctionnement du cerveau et entraîne une décorporalisation extrême)[13], pour ensuite livrer la victime aux producteurs/proxénètes qui commettront des violences sexuelles, physiques, émotionnelles et psychiques filmées. Les abus de faiblesse peuvent devenir constants[5]. Ces sites de streaming live sont parfois utilisés pour commander des viols par webcam, des viols pédocriminels et des viols incestueux[14],[15].
Précarité
modifierEn 2016, Martin Fulop, le directeur de LiveJasmin, recense 2 millions de modèles depuis la création du site en 2001, dont 50 000 sont actifs, les camgirls.boys changeant en permanence. Sur le site il y a 10 000 femmes en Roumanie, autant en Colombie, et dans de nombreux pays pauvres[16]. En fonction des plateformes et des pays, elle peuvent laisser jusqu’à 70 % de leurs revenus à la plateforme et cumulent précarité et « mort sociale » liée à leur exposition en ligne et à l’impossibilité de faire disparaitre les vidéos du web[5],[17].
Modèle économique
modifierLe , lors de son audition au Sénat, Ovidie décrypte l’économie de l’industrie pornographique : « le modèle économique principal des plateformes consiste à générer des millions de clics et à vendre de l’espace publicitaire. Sur ces sites, les vidéos sont dans des cases et sur le côté il y a des publicités pour des sites de live cam ou des produits aphrodisiaques. Lorsque l’on regarde les montages des multinationales, qui ont de nombreuses annexes à Chypre, au Panama, en Irlande ou au Luxembourg [des paradis fiscaux], on comprend qu’il y a une circulation de l’argent qui est trouble et fait aussi partie de leur modèle économique »[17].
Au Québec, l’agence Crakmedia commercialise notamment la marque Jerkmate, un site de camgirls, et assure le marketing de jerkmate.com[18].
Qualification de prostitution
modifierEn France, la Cour de cassation a estimé que tant qu’il n’y a aucun contact entre la camgirl ou le camboy et une tierce personne, leur activité ne peut pas être assimilées à des actes de prostitution[17]. En revanche, la commissaire divisionnaire de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains estime que dans certains cas, les trois critères de la jurisprudence de 1996[19] sont remplis puisque l’activité satisfait le besoin sexuel d’autrui, implique une rémunération ainsi qu’un contact physique. C’est le cas lorsqu’il y a effectivement contact sexuel physique entre au moins deux personnes filmées contre rémunération[17].
Liste chronologique des sites de camgirls notoires
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LiveJasmin (en) est lancé par György Gattyán (en) en 2001[20], MyFreeCams (en) par Leonid Radvinsky en 2004[20], Chaturbate en 2011[21], BongaCams (en) en 2012[20], CamSoda (en) en 2014, et Stripchat en 2016[22]. Crakmedia commercialise la marque Jerkmate[réf. nécessaire].
Au cinéma
modifierLe thriller Cam (2018) de Daniel Goldhaber met en scène Madeline Brewer dans le rôle d'une camgirl appelée Lola_Lola.
Dans le drame Le Chasseur de baleine de 2020, l'un des personnages est une camgirl[23].
Dans le drame Les Olympiades (2021) de Jacques Audiard, Jehnny Beth interprète une camgirl appelée Amber Sweet.
Dans la comédie horrifique Les Femmes au balcon (2024) de Noémie Merlant, Ruby, jouée par Souheila Yacoub, gagne sa vie comme camgirl.
Références
modifier- 1 2 Bocij 2004, p. 230.
- 1 2 Bérengère Wallaert et Margaux Millet, « Prostitution des mineurs : de quoi parlons-nous ? Et de qui ? », Enfances & Psy, vol. 92, no 4, , p. 96–106 (ISSN 1286-5559, DOI 10.3917/ep.092.0096, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Bannister-Andrews, Bethany. (14 avril 2006) UWIRE. Indiana U.: COMMENTARY: Gaming sex-ploitation continues; women increase use, play.
- 1 2 3 Bocij 2004, p. 131–133.
- 1 2 3 4 5 Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, « Pornocriminalité : mettons fin à l'impunité de l'industrie pornographique ! », sur haut-conseil-egalite.gouv.fr, (consulté le ).
- ↑ Steve Tenré, «On forçait ma fille de 15 ans à enchaîner les passes», sur Le Figaro, (consulté en )
- ↑ (en) Michael Prager, « Wired now looks as good as it is », The Boston Globe, , section Living, p. D4.
- ↑ « VIDEO. Envoyé spécial. Les camgirls... nouvel eldorado de l'industrie du X ? », sur franceinfo.fr (consulté le ).
- ↑ Garance Renac, « Les camgirls sont-elles en train de prendre le contrôle du porno ? », Les Inrockuptibles, (consulté le ).
- ↑ Leslie Rezzoug, « Cam girl: les jeunes grands consommateurs de cybersexe », L'Express, (consulté le ).
- ↑ (en) Rianna Croxford et Noel Titheradge, « The children selling explicit videos on OnlyFans », sur BBC News, .
- ↑ Emma Ferrand, « Sur Onlyfans, les jeunes peuvent être facilement repérés par des proxénètes », Le Figaro Étudiant, (consulté le ).
- ↑ Muriel Salmona, Le livre noir des violences sexuelles, Malakoff, Dunod, , 3e éd., LIII-454 p. (ISBN 978-2-10-082583-7).
- ↑ Lorraine de Foucher, « Live streaming : la pédocriminalité en direct 2/3 », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Pauline Croquet et Louis Adam, « Live streaming : la pédocriminalité en direct 3/3 », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Ovidie, film documentaire, Pornocratie, les nouvelles multinationales du sexe, 2016.
- 1 2 3 4 Annick Billon, Alexandra Borchio Fontimp, Laurence Cohen et Laurence Rossignol, Délégation aux droits des femmes, « Rapport du Sénat no 900 sur l’industrie de la pornographie », sur senat.fr, (consulté le ).
- ↑ Nora T. Lamontagne, « Québec veut récupérer 100 000 $ d’une agence de marketing spécialisée dans la porno », Le Journal de Montréal, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation du , sur Légifrance, (consulté le ).
- 1 2 3 (en) Angela Jones, Camming: Money, Power, and Pleasure in the Sex Work Industry, NYU Press, (ISBN 978-1-4798-1547-0).
- ↑ (en) Paul Ryan, Male Sex Work in the Digital Age: Curated Lives, Springer, (ISBN 978-3-030-11797-9).
- ↑ Betty Knowles, « Stripchat's Head of New Media Max Bennet Talks Future of Camming AVN », Adult Video News, (consulté le ).
- ↑ « “Le Chasseur de baleines”, de Philipp Yuryev : notre critique », sur www.telerama.fr, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Paul Bocij, Cyberstalking : Harassment in the Internet Age and how to Protect Your Family, Greenwood Publishing Group, , 268 p. (ISBN 0-275-98118-5, lire en ligne).
- (en) Theresa M. Senft, Camgirls : Celebrity and Community in the Age of Social Networks, vol. 4, Peter Lang, , 150 p. (ISBN 978-0-8204-5694-2 et 0-8204-5694-2, lire en ligne).
- (en) David Wall, Cybercrime : the transformation of crime in the information age, Cambridge, Polity, , 276 p. (ISBN 978-0-7456-2735-9 et 0-7456-2735-8, lire en ligne).
- (en) Jasmine Jade, Camgirl Manual, Canada, Metal Motion Productions Inc., , 72 p. (ISBN 978-0-9936087-0-4 et 0-9936087-0-1).