Cathédrale Saint-Pierre de Condom
La cathédrale Saint-Pierre de Condom est une ancienne cathédrale catholique romaine située dans la commune de Condom, dans le département du Gers, en France.
| Ancienne cathédrale Saint-Pierre de Condom | |
| Présentation | |
|---|---|
| Culte | Catholique |
| Dédicataire | Saint Pierre |
| Type | Église paroissiale Ancienne cathédrale (jusqu'en 1802) |
| Rattachement | Archidiocèse d'Auch |
| Début de la construction | XIVe siècle |
| Fin des travaux | XVIe siècle |
| Style dominant | Gothique méridional |
| Protection | |
| Géographie | |
| Pays | |
| Région | Occitanie |
| Département | Gers |
| Ville | Condom |
| Coordonnées | 43° 57′ 28″ nord, 0° 22′ 22″ est |
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Les origines de la cathédrale sont incertaines. Une première église, qui devient un monastère, aurait été bâtie au haut Moyen Âge, avant de devenir le siège de l'évêché de Condom et d'être élevée au rang de cathédrale en 1317.
L'édifice connaît plusieurs phases de construction. La principale a lieu entre 1507 et 1544, sous les évêques Jean Marre et Hérard de Grossoles. Le clocher et la nef, de style gothique méridional et flamboyant, sont l'œuvre de Jean Marre, tandis qu'Hérard de Grossoles fait bâtir le cloître et la chapelle épiscopale, où il incorpore des éléments de style Renaissance. Le chantier de la cathédrale Saint-Pierre s'inscrit dans une importante reprise de l'activité architecturale en Gascogne : les cathédrales d'Auch, d'Eauze ou encore de Lectoure sont reconstruites à la même période.
Peu après la fin du chantier, la cathédrale est endommagée par les troupes protestantes de Montgommery, qui s'est emparé de Condom en 1569. Des travaux de reconstruction sont menés au cours du XVIIe siècle. Cependant, la Révolution française cause de nouvelles détériorations : la cathédrale est vendue comme bien national en 1796, partiellement détruite et transformée en magasin à fourrage. Le concordat de 1801 supprime le diocèse de Condom et l'église Saint-Pierre perd ainsi son statut de cathédrale.
A partir des années 1830, elle est peu à peu restaurée. Elle bénéficie en particulier d'un nouveau chœur, conçu en 1842 par les artisans toulousains Virebent, avec une clôture sculptée en terre cuite.
La cathédrale Saint-Pierre fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1840[1].
Histoire
modifierAbbaye bénédictine et cathédrale primitive
modifierBien que les origines de la cathédrale Saint-Pierre restent incertaines, une chronique de l'abbaye rapporte qu'un certain Algasius, duc d'Aquitaine, aurait bâti une chapelle dédiée au Sauveur sur les lieux de l'actuelle ville de Condom. La notoriété croissante de la chapelle, qui devient un monastère, conduit en 835 à une attaque de Vikings, qui tuent les moines et détruisent l'édifice[2].
Il reste à l'abandon jusqu'au Xe siècle, lorsque Honorette, épouse de Garcia II Sanche, duc de Gascogne, vient remettre en état l'église, qu'elle place sous le double vocable du Sauveur et de saint Pierre[3].
Néanmoins, « plus tard » (selon Jean-Marie Cazauran, qui ne donne pas plus de précision), un incendie détruit intégralement l'édifice. Le petit-fils d'Honorette, l'évêque d'Agen Hugues, décide de rebâtir l'église. Une fois consacrée, son administration est confiée à des moines bénédictins[3].
Le , une bulle pontificale du pape Jean XXII fait de l'abbaye le siège du nouvel évêché de Condom, qui comprend les paroisses situées sur la rive gauche de la Garonne[4], autrefois rattachées à l'évêché d'Agen. Raymond de Galard, prieur de l'abbaye bénédictine, devient le premier évêque de Condom et l'église Saint-Pierre est élevée au rang de cathédrale[5]. Les moines restent et constituent séparément un chapitre[4].
En 1368, la cathédrale est démolie. L'évêque Bernard Alamand entreprend alors des travaux de réhabilitation. La chapelle de la Vierge, située au chevet de l'édifice, aurait peut-être été construite à ce moment-là, selon l'historien Marcel Durliat[4].
La reconstruction par Jean Marre et Hérard de Grossoles
modifierAu début du XVIe siècle, l'état du clocher, qui se trouve en « grande nécessité de réparation », incite l'évêque Jean Marre (1496-1521) à entreprendre sa reconstruction. Un contrat est passé le avec Michel Conches, maître maçon condomois, pour la construction de deux piliers à l'est afin de renforcer la structure[4],[6].
Cependant, en [6], le clocher s'effondre, entraînant les voûtes de trois chapelles. Jean Marre réunit alors une assemblée de maîtres maçons afin d'évaluer les conséquences sur l'ensemble de l'édifice. Michel Conches préconise, pour sa part, une simple restauration, mais des « experts » affirment que l'édifice ne résistera pas plus d'un an. Jean Marre prend alors la décision de le reconstruire intégralement[4].
Afin de financer la reconstruction, Jean Marre alloue un tiers des revenus de l'évêché aux travaux, tandis qu'il s'engage à fournir « trois charrettes attelées pour le transport des pierres et autres »[7]. De plus, les chanoines font don d'une partie de leurs bénéfices[6].
Néanmoins, les consuls de la ville s'opposent au projet de Jean Marre. Craignant que la mort de l'évêque — âgé de 70 ans — ne mette un terme à son projet, ils exigent que les travaux soient échelonnés. Par ailleurs, certains restent attachés à la cathédrale existante, et estiment, comme Michel Conches, qu'une reconstruction n'est pas nécessaire. La ville décide ainsi de ne pas financer les travaux[7].
Le , Jean Marre demande au parlement de Bordeaux une autorisation pour démarrer la reconstruction de la cathédrale, du clocher et du cloître adjacent. Le parlement la lui accorde dix jours plus tard, et décide en outre que les successeurs de Jean Marre seront obligés de poursuivre les travaux jusqu'à leur fin[8],[9]. Les travaux débutent dès le mois de février et les maîtres maçons s'engagent à réaliser les travaux en sept ans[8].
À la mort de Jean Marre, en 1521, les travaux semblent à peine proches de leur achèvement. La même année, Hérard de Grossoles (1521-1544) lui succède. Cependant, un différend avec François Dumoulin, qui lui dispute son siège, vient perturber les travaux jusqu'en 1525[8],[9]. Hérard de Grossoles est finalement sacré évêque le [10].
La cathédrale est consacrée le . Hérard de Grossoles autorise par la suite la construction d'une église paroissiale dédiée à saint Nicolas, adossée au flanc sud de la cathédrale, et c'est également lui qui fait construire le cloître et la chapelle épiscopale[10]. L'ensemble semble avoir été achevé en 1544[9].
Détériorations et restaurations
modifierEn 1569, le capitaine Gabriel Ier de Montgommery s'empare de Condom avec l'appui des protestants locaux. Il ruine et pille les églises. La cathédrale Saint-Pierre n'est pas épargnée : « ornements volés, chœur démoli, autels mis en pièces, mausolées détruits et portails mutilés ». Alors que la charpente est attaquée, Montgommery propose d'épargner le reste de la structure contre une rançon de 10 000 écus. Les habitants cotisent et lui remettent la somme demandée[10].
Bien que les réparations incombent aux évêques, ceux-ci s'en déchargèrent pendant longtemps. Cependant, un arrêt du parlement de Bordeaux en 1601, auquel vient s'ajouter une décision des consuls en 1612, enjoignent à l'évêque Jean Duchemin (1581-1616) de contribuer aux réparations. À sa mort, son héritier est condamné à verser 36 000 livres, qui sont réutilisés dès 1617 par Antoine de Cous (1616-1647) pour financer les travaux nécessaires à la cathédrale et au cloître[10].
La charpente de la cathédrale est refaite et une voûte est reconstruite. En 1625, la chapelle Notre-Dame est restaurée et reçoit, notamment, un nouvel autel. En outre, 8 000 livres supplémentaires sont allouées au renouvellement des vitraux[10]. En 1617, quatre nouveaux vitraux sont réalisés par les vitraillistes François Vierges et Pierre Autipout. Les onze restants sont commandés en 1619 au maître-verrier Arnaud Soton et à Jean Pisset[11].
Le mobilier bénéficie également d'une reconstitution. Dès 1600, l'huchier Louis Behorri a pour mission de réaliser les stalles. La réalisation du grand orgue débute quant à elle en , suivie en 1652 de l’exécution du retable du maître autel, accompagné d'un tableau de François Fayet et de statues des quatre évangélistes[11].
La cathédrale après la Révolution française
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La Révolution française entraîne, en 1791, la suppression du diocèse de Condom. L'édifice, qui est vendu comme bien national en 1796[1], subit de nouvelles détériorations. Le plomb de la couverture de la toiture est arraché pour être envoyé à l'arsenal de Bayonne. Par ailleurs, la cathédrale est transformée en « magasin à fourrage ». Ainsi, pour faciliter l'entrée des voitures, le tympan du portail occidental est détruit et les autels, le chœur, les confessionnaux ainsi que les monuments funéraires sont saccagés. En 1801, lorsque la cathédrale est rendue à l'Église catholique, elle est pratiquement vidée[11].
Par suite de la suppression du diocèse, la cathédrale est réduite au rang d'église paroissiale. L'ancienne église Saint-Nicolas, fortement abîmée après avoir abrité un atelier de fabrication de salpêtre durant la Terreur, est d'abord affermée puis démolie en 1829. Dans le cadre de la construction d'une nouvelle halle, la place est agrandie et une galerie de boutiques est bâtie à l'emplacement de l'ancienne chapelle[11] — qui disparaîtra avant la fin du XXe siècle[12].
Au cours du XIXe siècle, des travaux ont lieu afin de réparer les dégâts occasionnés pendant la Révolution. Ils débutent par la reconstitution de la décoration des chapelles, en 1835. La nef est remise en état en 1841 par un peintre italien, de passage, pour 3 700 francs. Les vitraux sont également remplacés entre 1858 et 1861. Enfin, entre 1869 et 1870, l'architecte Hippolyte Durand travaille sur le clocher, tandis que le tympan du portail occidental est resculpté[12].
Le principal chantier porte néanmoins sur le nouveau chœur : en 1842, l'archéologue Alexandre Du Mège, consulté, conseille de prendre pour modèle le chœur de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi, en brique. La réalisation du chœur est confiée aux frères Virebent, célèbres briquetiers toulousains[12]. Seul le soubassement, conçu par deux maçons locaux, est en pierre. Les travaux commencent dès le et s'achèvent un an plus tard[13].
En 1861, la municipalité acquiert l'ensemble que forment la cathédrale et le cloître[1].
Fouilles archéologiques en 1984 et 2013
modifierEn 1984, des fouilles d'archéologie préventive au nord du chevet révèlent la présence d'un mur d'environ 15 m de long, sur un axe nord-sud, avec les vestiges d'une porte. Il s'agirait des vestiges de l'abbatiale Saint-Pierre, antérieure à la cathédrale. Plusieurs sépultures y ont été trouvées, sans matériel particulier, et certaines montrent des traces de réinhumation[14]. En 2013, de nouvelles fouilles à l'est du cloître, qui recoupent en partie la zone fouillée en 1984, mettent au jour les restes d'un mur et des sépultures datant très probablement du Moyen Âge[15].
L'incendie du cloître en 2026
modifierLe , un incendie se déclare dans la toiture du cloître. Les bâtiments adjacents (cathédrale, bâtiments administratifs et musée de l'Armagnac) sont préservés, mais les charpentes du cloître ainsi que la médiathèque sont détruits, et la structure présente des zones de faiblesse et de potentiels risques d'effondrement[16],[17]. Dans la collection patrimoniale de la médiathèque, qui conserve environ 4 300 ouvrages datant du XVIe siècle au XIXe siècle, près de 30 % des ouvrages sont endommagés ou détruits[18].
Architecture
modifierContexte et style
modifierL'actuelle cathédrale Saint-Pierre de Condom date du début du XVIe siècle, excepté une chapelle plus ancienne. Sa construction, entreprise par l'évêque Jean Marre (1496-1521) et poursuivie par son successeur Hérard de Grossoles (1521-1544), s'inscrit dans un contexte de reconstruction des édifices religieux méridionaux endommagés durant la guerre de Cent Ans : une « intense reprise de l'activité architecturale » a alors lieu en Gascogne, principalement entre Eauze, Lectoure et Condom[19]. La plupart de ces édifices, comme la cathédrale de Condom, sont représentatifs de la transition entre gothique flamboyant et style Renaissance[20]. Elle a des similitudes avec l'église Saint-Luperc d'Eauze, également commandée par Jean Marre, ainsi que la cathédrale Sainte-Marie d'Auch[21].
Extérieur
modifierClocher et volume
modifierJean Marre débute la reconstruction de la cathédrale Saint-Pierre en commençant par le clocher. L'ancien clocher, construit par son prédécesseur Antoine de Pompadour (1486-1496), s'écroule[22] en 1504[23],[24]. Le nouveau est de plan carré, élevé sur trois étages[24]. Sa façade ouest est percée d'une rosace au premier étage et de baies en tiers-point aux étages supérieurs[25]. Le tympan sculpté d'origine a disparu au cours des XVIe et XVIIe siècles[26].
La destruction de l'ancien clocher fragilise toute la structure, qui est finalement reconstruite intégralement. L'ancien édifice comportait trois nefs, mais la nouvelle cathédrale n'en contient plus qu'une[23]. Elle s'élève en un seul volume orienté est-ouest, suivant un plan à nef unique, ce qui est caractéristique du style gothique méridional qui se développe dans le sud de la France à partir du XIIIe siècle[13].
Façade sud : contreforts et portail sculpté
modifierL'édifice est renforcé par quelques arc-boutants rudimentaires au niveau du clocher, puis par des contreforts du côté sud, le long de la nef. L'aspect des contreforts semble montrer l'évolution du chantier : ils se simplifient à mesure que l'on approche de l'abside, ce qui trahit probablement les difficultés financières rencontrées par Jean Marre, qui a dû simplifier les formes et économiser sur les décors[27],[26].
La façade sud comporte aussi un portail sculpté très décoré, typique du gothique flamboyant. Les pieds-droits sont ornés, à l'origine, de statues de saints placées dans des niches à baldaquins, qui ont été détruites durant les guerres de Religion[26]. En revanche, les vingt-quatre statuettes des voussures ont été conservées : elles représentent six anges avec les attributs de la Passion du Christ, et dix-huit personnages qui portent des banderoles dont le texte a été effacé, ce qui les rend impossible à identifier[25]. Le trumeau, au centre du portail, porte les armes de Jean Marre. Au-dessus, le tympan est décoré d'un remplage qui rappelle les vitraux[25].
- Vue de la façade sud et du chevet.
- Portail latéral.
- Statuettes dans les voussures du portail.
Chevet et chapelle axiale
modifierUne chapelle antérieure aux travaux de Jean Marre, datant de la fin du XIVe siècle, est conservée et raccordée au chevet, bâti au XVIe siècle[23]. Un petit clocher supplémentaire, bâti sur un contrefort, est situé au sud de l'abside. On y accède par un escalier intérieur qui mène aussi aux terrasses au-dessus des chapelles latérales de l'édifice[28].
Cloître
modifierAu nord, la cathédrale est accolée à un cloître construit sous l'épiscopat de Hérard de Grossoles et achevé vers 1544[29],[30]. Le cloître est pensé dans le même style flamboyant que la cathédrale, avec des voûtes à liernes et tiercerons décorés de clés imposantes[31]. Néanmoins, l'évêque fait percer deux portails typiques de la Renaissance, avec une architrave, une frise décorée de guirlandes, une corniche, et un médaillon à l'antique représentant l'évêque[29],[30]. On accède au cloître soit par l'intérieur de la cathédrale, via la sacristie, soit par la chapelle Sainte-Catherine à l'est, qui donne sur l'extérieur[31]. La localisation de l'ensemble architectural, en centre-ville, ne permet pas au monastère d'étendre ses dépendances : les cellules des moines sont de très petites dimensions et donnent directement sur les étals des marchands qui entourent l'édifice[31].
Le cloître est endommagé durant les guerres de Religion par le passage des troupes de Gabriel Ier de Montgommery[32]. Les deux portails Renaissance sont également détériorés à la même époque[29]. Il est partiellement restauré en 1617 (quelques voûtes sont reconstruites et portent les armes des évêques de l'époque). De nouveau abîmé durant la Révolution française puis utilisé comme entrepôt, il est restauré au XIXe siècle[32],[30].
- Vue extérieure du cloître, façade ouest.
- Vue intérieure du cloître.
- Vue intérieure du cloître.
Intérieur
modifierPremière travée
modifierJean Marre fait débuter la reconstruction de la cathédrale par la première travée, qui sert de base au clocher. Elle accueille la tribune de l'orgue, posée sur des piles volumineuses à encorbellements sculptés, qui se prolongent à l'étage par des piles sculptées plus finement, avec des décors de niches et de baldaquins et les armes de Jean Marre[24]. Ces piles traversent la voûte d'une manière assez inhabituelle afin de soutenir le clocher, ce qui entrave le volume de la nef. En commençant la reconstruction par ce côté, Jean Marre a dû tenir compte de l'ancien édifice et accepter ce compromis architectural[24].
- Première travée, avec la tribune de l'orgue et les piles soutenant le clocher.
- Encorbellements des piles de la tribune.
Voûtes
modifierÉtant donné son statut de cathédrale, les voûtes de Saint-Pierre de Condom présentent une certaine recherche architecturale. Contrairement aux églises méridionales des ordres mendiants, qui ont de simples charpentes en bois posées sur des arcs diaphragmes, la cathédrale a des voûtes à liernes et tiercerons avec des clés de voûte à médaillons peints[33]. Les treize clés de voûte, toutes décorées, représentent différentes images : le patron de l'église, saint Pierre ; le blason de Jean Marre ; ou encore Dieu soutenant la croix du Christ[33]. L'intérieur de l'église, comme l'extérieur, semble montrer une simplification de la construction au cours du chantier : dans les premières travées, les clés et les supports des voûtes sont complexes et richement décorés, alors qu'ils deviennent plus sobres dans les dernières travées[26].
- Voûte à liernes et tiercerons.
- Voûtes de la nef.
- Voûte du chœur, médaillons peints.
Chapelles latérales
modifierLa cathédrale Saint-Pierre a des chapelles latérales tout le long de la nef, excepté au niveau de la première travée. Les chapelles du côté nord, accolées au cloître, sont deux fois plus profondes que celles du côté sud, où la présence d'un cimetière et de l'ancienne église Saint-Nicolas — détruite au XIXe siècle — a limité l'extension de l'édifice[24],[26]. Au niveau de l'abside, la rangée de chapelles s'achève par la sacristie, qui permet d'accéder au cloître[28]. Au-dessus de cette sacristie se trouve la salle capitulaire[26].
Ces chapelles latérales sont à l'origine décorées de nombreux éléments sculptés (retables, statues, crédences), mais la plupart de ces décorations ont été détruites lors des guerres de Religion ou endommagées lors des restaurations de l'édifice au XIXe siècle[28]. Il reste quelques vestiges de ces sculptures : dans la chapelle droite de l'abside, une Entrée du Christ à Jérusalem et les traces d'un mausolée ; dans la cinquième chapelle nord, un bas-relief de deux cœurs enlacés ; dans la troisième chapelle nord, les restes d'un retable à trois personnages ; dans le collatéral nord du clocher, les vestiges très endommagés d'une Descente de croix ; ainsi que des éléments décoratifs disséminés dans la cathédrale, comme des arcs sculptés, des niches et des crédences[28].
Abside, chœur et déambulatoire
modifierL'abside de la cathédrale est reliée à une chapelle axiale plus ancienne, datant du XIVe siècle, de forme pentagonale. L'une de ses clés de voûtes porte probablement les armes de Bernard Alamand, évêque entre 1369 et 1401[26]. Deux chapelles y sont ajoutées a posteriori : une côté nord, décorée des armes de Hérard de Grossoles ; l'autre côté sud, fondée en 1647[28]. Deux retables de pierre, qui représentaient probablement saint Georges et le ravissement de Marie Madeleine, y sont ajoutés au XVIIe siècle, mais ils sont vandalisés durant la Révolution[34].
Un enfeu assez bien conservé, qui aurait contenu le tombeau de l'évêque Hugues Raimbaud (1401-1405), est situé dans le mur nord d'une des chapelles de l'abside[28].
- Chœur, avec clôture et déambulatoire.
Fenêtres et vitraux
modifierLes fenêtres de la cathédrale, dans la nef et dans l'abside, sont hautes et remplissent toute la surface des panneaux. C'est une caractéristique inhabituelle dans l'architecture gothique du sud de la France, où les fenêtres sont généralement peu développées. Jean Marre a probablement été inspiré par les grandes fenêtres du déambulatoire de la cathédrale Sainte-Marie d'Auch, dont les vitraux sont réalisés au moment où il fait établir les plans de la cathédrale de Condom[33].
- Vitraux
- Vitrail central du chœur, la Crucifixion.
- Vitraux de la chapelle axiale.
Chapelle épiscopale
modifierL'ensemble architectural dans lequel s'insère la cathédrale est complété par une chapelle épiscopale, construite par Hérard de Grossoles entre la face nord du cloître et le palais épiscopal. Elle présente à la fois un style gothique flamboyant et Renaissance. Le plan général, le voûtement à liernes et tiercerons, la fenêtre nord-est à mouchettes et soufflets sont typiques du gothique, alors que la fenêtre nord-ouest à motifs italianisants (guirlandes de fleurs, putti, cornes d'abondance), le portail et la composition extérieure de l'édifice sont très représentatifs de la Renaissance[29]. L'année 1534 est inscrite dans les décors de la fenêtre nord-ouest, ce qui permet de dater l'introduction du style Renaissance dans la construction[29].
Mobilier
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Le mobilier originel de la cathédrale a été détruit durant les guerres de Religion et la Révolution française. Le mobilier actuel date principalement des restaurations effectuées au XIXe siècle[23].
Le chœur est restauré dans les années 1840 sous la direction d'Alexandre Du Mège, qui propose de prendre pour modèle la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi. Une nouvelle clôture de style néo-gothique flamboyant est réalisée en 1842 par les frères Virebent, artisans toulousains[12]. Elle est conçue dans un matériau inhabituel, la terre cuite[26].
La cathédrale abrite plusieurs objets inscrits ou classés au titre des monuments historiques. Le plus ancien est une plaque commémorative de 1531 située dans la sacristie et classée en même temps que le reste de l'édifice[35]. Deux autels sont quant à eux inscrits : le premier, situé dans la troisième chapelle latérale nord, est réalisé en 1702 par le sculpteur Antoine Laffarguette pour une chapelle Notre-Dame-de-Piétat, à Lescar, puis transféré à Condom[36] ; le second, en bois sculpté et doré, daterait du concordat de 1801[37]. Un ciboire réalisé par un orfèvre condomois, Jacquin Daphné, daterait de la même époque[38]. Plusieurs tableaux inscrits y sont également conservés : un Martyre de sainte Eulalie, un Saint Antoine et une Annonciation du XVIIIe siècle[39],[40],[41], ainsi qu'un Repos de la Sainte Famille et six autres tableaux du XIXe siècle[42],[43]. Enfin, la cathédrale abrite deux retables dans des chapelles[44],[45].
Orgue
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Le premier orgue de la cathédrale, installé en 1605, est détruit pendant la Révolution française. Une commande pour un nouvel orgue est passée en 1836 auprès du facteur Auguste Phébade, déjà en charge d'un chantier pour la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Lectoure[46]. Pour 13 000 francs, il s'engage à fournir un orgue de trente jeux, avec trois claviers et un pédalier de dix-sept notes, mais sa mauvaise santé l'empêche d'achever son travail, interrompu en 1839[46],[47]. Le buffet en sapin, de style classique, est réalisé en même temps par un ébéniste condomois, Adolphe Comairas[46],[48]. Il est décoré de feuilles d'acanthe, de pommes de pin et d'un musicien jouant de la harpe sur la tourelle centrale[47]. Phébade n'a le temps d'installer qu'un grand soufflet, les claviers et une partie des jeux du grand orgue[46].
Le chantier est repris en 1853 par les facteurs bordelais Georges Wenner et Jean-Jacob Gotty. Ils complètent le travail de Phébade en ajoutant un positif de six jeux, un récit expressif de huit jeux et un pédalier de cinq jeux[46]. En 1891, les frères Magen ajoutent une flûte au pédalier[46],[48].
L'orgue est remanié en 1950 par Paul-Marie Koenig. Suite à son classement au titre des monuments historiques — en 1972 pour la partie instrumentale et en 1974 pour le buffet —, il est restauré par Robert Chauvin qui remplace le récit expressif par un écho à la demande de la Commission des Orgues historiques[46],[48].
La transmission et le tirage des jeux sont mécaniques. En 2008, l'état général de l'instrument est jugé excellent et il est régulièrement utilisé dans le cadre liturgique, pour des concerts et pour des cours[48].
Composition[48]
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Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- 1 2 3 4 « Ancienne cathédrale, actuellement église Saint-Pierre », notice no PA00094770, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ Cazauran 1879, p. 437.
- 1 2 Cazauran 1879, p. 438.
- 1 2 3 4 5 Durliat 1970, p. 146.
- ↑ Cazauran 1879, p. 439.
- 1 2 3 Balagna 2006, p. [6].
- 1 2 Durliat 1970, p. 147.
- 1 2 3 Durliat 1970, p. 148.
- 1 2 3 Balagna 2006, p. [7].
- 1 2 3 4 5 Durliat 1970, p. 149.
- 1 2 3 4 Durliat 1970, p. 150.
- 1 2 3 4 Durliat 1970, p. 152.
- 1 2 Durliat 1970, p. 154.
- ↑ Renée Mussot-Goulard, « Condom (Gers). Chevet nord de la cathédrale », Archéologie médiévale, no 15, , p. 215-216 (lire en ligne).
- ↑ Patrice Georges, « Condom (Gers). Cloître », Archéologie médiévale, no 43, (DOI 10.4000/archeomed.9985).
- ↑ Clothilde Jupon, « Des flammes de plus de sept mètres ravagent la médiathèque de Condom, les habitants appelés à sauver les livres », sur ici Occitanie, (consulté le ).
- ↑ Clothilde Jupon, « Incendie à Condom : 4.300 œuvres touchées, un cloître du XVIe siècle endommagé, la mobilisation s’organise », sur ici Occitanie, (consulté le ).
- ↑ Victor De Sepausy, « À Condom, des livres du XVIe siècle ravagés par l’incendie du cloître », sur ActuaLitté, (consulté le ).
- ↑ Balagna 2003, p. [4].
- ↑ Balagna 2003, p. [3].
- ↑ Balagna 2003, p. [5].
- ↑ Certains accusent Jean Marre en 1512 d'avoir « trouvé façon de demollir ledit clochier » (sic).
- 1 2 3 4 Gardelles 1992, p. 89.
- 1 2 3 4 5 Durliat 1970, p. 156.
- 1 2 3 Durliat 1970, p. 159.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Gardelles 1992, p. 90.
- ↑ Durliat 1970, p. 158-159.
- 1 2 3 4 5 6 Durliat 1970, p. 157.
- 1 2 3 4 5 Balagna 2003, p. [8].
- 1 2 3 Gardelles 1992, p. 91.
- 1 2 3 Durliat 1970, p. 159-160.
- 1 2 Durliat 1970, p. 162-163.
- 1 2 3 Durliat 1970, p. 155.
- ↑ Durliat 1970, p. 158.
- ↑ « Plaque commémorative de consécration », notice no PM32000131, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ « Autel de la chapelle du Purgatoire », notice no PM32000132, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ « Autel », notice no PM32000133, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ « Ciboire », notice no PM32000779, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ « Tableau : Martyre de sainte Eulalie », notice no PM32000559, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ « Tableau : Saint Antoine », notice no PM32000560, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ « Tableau : Annonciation », notice no PM32000561, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ « Tableau : Le Repos de la Sainte Famille », notice no PM32001706, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ « Six tableau », notice no PM32001705, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ « Retable de la chapelle Jeanne-d'Arc », notice no PM32001708, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ « Retable de la chapelle du Saint-Sacrement », notice no PM32001707, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- 1 2 3 4 5 6 7 « Ancienne cathédrale Saint-Pierre », sur musiqueorguequebec.ca (consulté le ).
- 1 2 « Cathédrale Saint-Pierre, Condom, Gers », sur Inventaire National des Orgues (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 Jean-Paul Gipon, 30 orgues dans le Gers : Guide du patrimoine organistique gersois, Auch, Adda 32, , 16-17 p.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Jean-Marie Cazauran, « Monographie de l'église Saint-Pierre de Condom autrefois cathédrale », Revue de Gascogne, Auch, Société historique de Gascogne, vol. 19, , p. 437-447, 489-507, 551-556 (lire en ligne).

- Amable Plieux, Histoire de l'abbaye Saint-Pierre de Condom depuis son origine jusqu'à sa transformation en évêché (1011 ? - 1317), Auch, Imprimerie et lithographie Félix Foix, (lire en ligne)
- Joseph Gardère, « La cathédrale de Condom », Congrès archéologique de France. 68e session. Agen & Auch, Paris, Société française d'archéologie, , p. 320-330 (lire en ligne)
- Joseph Gardère, L'ancienne église cathédrale Saint-Pierre de Condom et ses constructeurs les évêques Jean Marre et Hérard de Grossoles, Condom, A. Bousquet,
- Ludovic Mazéret, Chroniques de l'église de Condom, Condom, A. Bousquet, (réimpr. 2007)
- Sylvain Daugé et Pierre Rouleau, La cathédrale de Condom : Histoire et description, Condom, A. Bousquet,
- M. Z. Baqué, « Filiation architectonique de la cathédrale de Condom », Bulletin de la Société archéologique, historique, littéraire & scientifique du Gers, , p. 95-100 (lire en ligne)
- Henri Polge, « Ancienne cathédrale Saint-Pierre (de Condom) », dans Robert Laffont (dir.), Dictionnaire des églises de France, t. 3-A, Éditions Robert Laffont, , p. 48-51
- Marcel Durliat, « La cathédrale et le cloître de Condom », Congrès archéologique de France. 128e session. Gascogne, Paris, Société française d'archéologie, , p. 145-163 (lire en ligne).

- Renée Mussot-Goulard, « Mémoire, tradition, histoire, en Gascogne au début du Xle siècle », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, vol. 13, , p. 141-156 (DOI 10.3406/shmes.1982.1390)
- Jacques Gardelles, Aquitaine gothique, Paris, Éditions Picard, coll. « Les Monuments de la France gothique » (no 4), .

- Christophe Balagna, « L’apparition des formes de la Renaissance dans l’architecture religieuse de la Gascogne centrale », dans Yves Esquieu (dir.), Du gothique à la Renaissance. [I], Architecture et décor en France (1470-1550) : actes du colloque de Viviers, 20-23 septembre 2001, Publications de l'Université de Provence, (lire en ligne), p. 145-162.

- Christophe Balagna, « Jean Marre et la reconstruction de la cathédrale Saint-Pierre de Condom au début du XVIe siècle », dans Philippe Nélidoff (dir.), Les cités épiscopales du Midi, Albi, Presses du Centre universitaire Champollion, (lire en ligne), p. 157-178.

Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives à la religion :
- Ressources relatives à l'architecture :
- L'Ancienne cathédrale Saint-Pierre et l'orgue, Condom, France sur musiqueorguequebec.ca
- Cathédrale Saint Pierre - Paroisse Sainte Germaine du Condomois - Messes.Info
