Charles Du Rozoir

professeur d'histoire au lycée Louis-le-Grand à Paris

Charles Du Rozoir, né Charles Cochon Durozoir le à Paris où il est mort le à Goussainville, est un littérateur, traducteur et journaliste français.

Biographie

modifier

Fils d’un avocat ayant travaillé comme caissier à la Comédie-Italienne pendant vingt-cinq ans, Du Rozoir à fait ses débuts dans le monde des lettres en 1811[a]. Il est alors soutenu par Lacretelle jeune, dont il suit les cours d’histoire à la faculté des lettres. Ce dernier le prend ensuite comme secrétaire avant de l’intégrer à la rédaction de la Gazette de France. Dès mars 1813, il participe activement au Journal général de France, où il est chargé de rédiger les comptes rendus des délibérations des deux chambres législatives[1].

Favorable à la Restauration[2], il joue un rôle actif dans le soulèvement royaliste du , au lendemain de là bataille de Paris. À cette occasion, il reçoit de l’empereur Alexandre Ier des messages de paix et de bienveillance, qu’il s’empresse de publier dans son journal. Arrêté le par la police du régime impérial, il n’est libéré deux jours plus tard que grâce à l’intervention de Lacretelle et Michaud ainé[1].

Enrôlé parmi les Volontaires royaux, il accompagne la Maison du Roi jusqu’à Beauvais, lorsque Louis XVIII doit se réfugier à Gand. De retour à Paris durant les Cent-Jours, il inscrit officiellement son vote contre l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire du sur les registres de la préfecture. Dans le même temps, il couvre les séances publiques de la Chambre des pairs instituée par Napoléon, se permettant de railler le roi Joseph, Cambacérès et certains ministres, sans subir de représailles immédiates, impunité qui ne ne durera pas[1].

Plus tard, il se heurte à l’intransigeance de la majorité royaliste, qui, bien qu’elle puisse le considérer comme un allié sur certains points, ne tolère pas tous ses écarts. Le , publiant dans le Journal général un appel signé « un grenadier de la Garde nationale », il invite ses camarades à se rallier à Louis XVIII, surnommé « Louis-le-Désiré », article qui lui vaut de vives attaques de la part du journal satirique et libéral le Nain jaune[1].

Lors de la session parlementaire de 1815, il est candidat au poste stratégique de secrétaire-rédacteur à la Chambre des députés. Bien qu’il arrive en tête du scrutin selon le témoignage de Jean Victor Couchery, c’est finalement ce dernier qui remporte l’élection. À la même époque, il utilise les colonnes du Journal général pour mener une fronde contre la ligne dure de la majorité ultra-royaliste de cette assemblée. Il critique notamment le rapport présenté par Corbière sur la loi d’amnistie, qu’il juge excessivement répressive. Il s’en prend également à une proposition débattue en comité secret visant à accorder au clergé le droit de recevoir des donations sans l’autorisation préalable du gouvernement, une mesure qu’il perçoit comme une rupture dangereuse de l’équilibre entre l’Église et le pouvoir civil[1].

La franchise de ses opinions sur ces deux dossiers a provoqué une telle colère chez les députés de la droite ultra-royaliste que la plupart ont réclamé son exclusion permanente de l’enceinte parlementaire. Certains sont allés plus loin en proposant son exil de Paris, et l’un d’eux, Chifflet, a même écrit au président de l’Assemblée, Lainé, pour exiger l’incarcération de l’audacieux rédacteur[1].

Aucune de ces demandes de mesures drastiques n’a été suivie, l’estime personnelle que portaient plusieurs figures influentes comme Lainé, Maine de Biran, Hyde de Neuville ou Kergorlay à Du Rozoir y ayant pourvu. Finalement, le ministre de la Police, Élie Decazes, a tranché par une sanction plus modérée, en ordonnant au plumitif du Journal général de cesser de signer ses analyses et de s’abstenir de rendre compte des comités secrets. La dernière clause, surtout, était dure à avaler et Du Rozoir n’a accepté de se plier à ces conditions qu’après de multiples mises en demeure[1].

En février 1817, il met fin à sa collaboration principale avec le Journal général pour multiplier les piges, travaillant souvent en parallèle pour plusieurs titres : le Messager des Chambres, les Annales politiques, le Journal des Maires, le Bon Français et surtout l’Étoile, où il écrit de 1816 à 1829.

En 1823, il revient à la Gazette de France se spécialisant alors dans le compte rendu des séances de l’Institut et des chambres législatives. Son style se distingue par des railleries acerbes visant des personnalités de tous bords, avec une prédilection pour les députés soutenant le gouvernement. Cependant, à partir de 1825, son activité journalistique se réduit considérablement : il se contente de fournir quelques articles de critique littéraire au Moniteur universel[3].

En 1817, il est nommé examinateur des livres auprès de la direction de la Librairie sous le ministère d’Élie Decazes, poste qu’il conserve jusqu’en 1819, date de sa suppression. En compensation de cet emploi, Pierre-Paul Royer-Collard le nomme alors professeur d’histoire au collège Louis-le-Grand. En 1827, il occupe toujours cette chaire, à laquelle s’ajoute celle de suppléant de son ancien mentor, Lacretelle jeune, professeur d’histoire à la faculté des lettres de Paris.

Il a conservé son poste de professeur malgré les turbulences politiques et les remaniements ministériels, alors même qu’il avait lui-même suscité les conditions de sa propre destitution[3]. Lorsque Lacretelle a été destitué de sa fonction de censeur dramatique en raison de sa conduite courageuse à l’Académie française, Du Rozoir publie, le dans le Journal des débats, une lettre de soutien qui lui fait grand honneur. Beaucoup se sont alors étonnés que ce disciple reconnaissant n’ait pas subi le même sort que son maitre et n’ait pas été révoqué à son tour. Loin de trahir une quelconque versatilité, les prises de position politiques de Du Rozoir témoignent au contraire d’une profonde intégrité et une indépendance d’esprit qui le préservent de toute allégeance aux partis extrêmes[1].

Outre de nombreux articles de presse, Du Rozoir a publié plusieurs ouvrages historiques bien reçus, dont un Programme de l’histoire romaine en 1820. Il a également apporté une contribution majeure à la Collection Panckoucke, ce projet éditorial culturel innovant de démocratisation des textes antiques proposés en édition bilingue, où il a annoté et traduit une partie des Discours de Cicéron[4].

Figure majeure du Dictionnaire de la Conversation, Du Rozoir était l’une des plumes les plus brillantes de cette publication. À la fin de sa vie, il assurait également la direction éditoriale de la célèbre Biographie universelle des frères Michaud, poste de haute responsabilité qu’il occupait encore au moment de sa mort[3].

Publications partielles

modifier
  • Chronologie historique des Rois de France, 1820, in-8º.
  • Programme de l’Histoire romaine.
  • Considérations générales sur les changements qu’a subis l’instruction publique depuis 1789 jusqu’en 1830, in-8º.
  • Louis XVIII à ses derniers moments, 1823, in-12º.
  • Éloge historique de Pie VI, 1825, in-8º.
  • Notice littéraire et historique sur les historiens du département du Nord, et particulièrement sur Froissart, Monstrelet et Commines. — ouvrage couronné par la Société d'émulation de Cambrai (d).
  • Description géographique, historique, militaire et routière de l’Espagne, 1823.
  • Les Bienfaiteurs de l’Humanité : études biographiques, Paris, Paul Ducrocq, , vii-350 p., in-16 (OCLC 3127635).

Notes et références

modifier
  1. De la même famille, originaire de la Picardie, où ses ancêtres, que Barnabé Farmian Durosoy, mais à un degré fort éloigné, et avec une légère différence dans le nom, dont les ancêtres habitant la petite ville du Rozoi, s’appelaient Cochon, un aïeul aurait quitté ce nom malsonnant, pour celui, moins porcin, de son pays natal[1].

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 « du rozoir (charles) », dans Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte-Preuve, Biographie universelle et portative des contemporains : ou, Dictionnaire historique des hommes vivants et des hommes morts depuis 1788 jusqu’à nos jours, qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes, t. 2, Paris, L’éditeur, , 225g (OCLC 555260179, lire en ligne), p. 1537.
  2. « M. Charles du rozoir », Le Biographe universel, Paris, vol. 4, t. 2, no 8, , p. 4 (ISSN 2428-5315, lire en ligne sur Gallica).
  3. 1 2 3 Champagnac, « du rozoir (Charles) : depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours », dans Ferdinand Höfer, Nouvelle Biographie générale, t. 19, Paris, Firmin-Didot, , 960 p. (lire en ligne sur Gallica), p. 474-5.
  4. Gustave Vapereau, « durozoir (Charles) », dans Dictionnaire universel des littératures, t. 2, Paris, Hachette, , xvi-2096, 25 cm (OCLC 500040555, lire en ligne sur Gallica), p. 418.

Liens externes

modifier