Charles d'Autane
Charles d'Autane, comte d'Autane, de son nom complet Marie René Charles Marc Antoine d'Autane, né le 14 avril 1787 à Allons et mort le 27 janvier 1830 à Toulon, est un officier français.
| Commandant (en) 3e régiment d'infanterie | |
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| Comte |
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| Naissance | |
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| Décès | |
| Nom de naissance |
Marie René Charles Marc Antoine d’Autane |
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| Allégeances | |
| Activité | |
| Période d'activité |
- |
| Parentèle |
Félix Charles Douay (neveu) Abel Douay (neveu et filleul) |
| Unités | |
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| Grade militaire |
Colonel () |
| Conflits | |
| Distinctions |
Issu d'une famille noble provençale émigrée sous la Révolution, il sert à treize ans dans l'armée de Condé, puis fait carrière dans l'armée du royaume d'Italie de 1806 à 1814. Admis dans l'armée française en 1814, il est grièvement blessé en 1815 en combattant sous les ordres du duc d'Angoulême, qui le protège ensuite. Il sert dans la Garde royale avant d'être promu en 1827 colonel du 3e régiment d'infanterie de ligne.
Le 27 janvier 1830, à Toulon, il est tué d'un coup de fusil par l'un de ses sous-officiers, le sergent de grenadiers Joseph Bitterlin (vers 1805-1830), qui est condamné à mort et fusillé à Marseille le 5 mars suivant. Il est l'oncle des généraux Abel Douay (1809-1870), dont il est aussi le parrain, et Félix Douay (1816-1879).
Biographie
modifierOrigines et famille
modifierAscendance
modifierOriginaire du Dauphiné, la famille d'Autane s'établit en Haute-Provence lorsque Pierre d'Autane, officier de dragons, épouse le 1er mai 1594 Marguerite de Requiston[1],[2]. Ce mariage lui apporte une partie de la seigneurie d'Allons, que la famille partage avec les Richery[3]. Elle y possède un château, sur la place du village, dont les deux ailes sont ajoutées en 1740[1].
Marie-René-Charles-Marc-Antoine d'Autane naît et est baptisé le 14 avril 1787 à Allons, dans les Basses-Alpes[4], au château familial[5]. Il est le fils de Jean-Charles-François d'Autane (né en 1757), seigneur d'Allons et officier des grenadiers royaux, et d'Abel-Jeanne-Marie-Magdelaine de Bardonenche, mariés en 1780[6]. Ses grands-parents paternels sont Jean-Charles d'Autane (né en 1726), seigneur d'Allons, des Sausses et de Roquebrune, et Gabrielle de Demandolx[7]. Son parrain est René-César-Nicolas de Bardonenche, colonel du régiment des grenadiers royaux de Languedoc, fils du vicomte Antoine-César de Bardonenche ; sa marraine est sa grand-mère maternelle, Marie-Magdelaine de Vachon de Belmont, épouse du vicomte[4]. Il porte le titre de comte[4].
Son père, entré comme sous-lieutenant au régiment de Lorraine-Infanterie en 1774, est passé en 1782 aux grenadiers royaux du Lyonnais. En 1789, il fait ses preuves pour entrer aux États de Provence. Le 3 avril, il prend la parole au nom de la noblesse à l'assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Castellane ; désigné député suppléant de la noblesse aux États généraux, il n'a pas à siéger[5],[6]. En mars 1791, il émigre en Piémont avec sa femme et ses enfants, par la montagne d'Annot, et fait la campagne de 1792 à l'armée des Princes ; ses biens d'Allons et des Sausses sont vendus comme biens nationaux[6].
Fils aîné[8], Charles d'Autane a deux sœurs et un frère[9],[10] :
- Adélaïde d'Autane (morte en 1866) : une tradition familiale veut qu'elle ait été égarée enfant pendant l'émigration de ses parents et recueillie par des paysans ; elle se fixe à Grenoble, où elle meurt célibataire[9] ;
- Alix-Charlotte d'Autane, qui épouse à Vérone, en 1806, Charles-Louis-Barthélemy Douay (né en 1772), officier originaire d'Amiens, capitaine au 1er régiment de ligne ; elle est la mère des généraux Abel et Félix Douay[9],[11] ;
- Charles-Gustave d'Autane (né en 1792), né en émigration à Puget-Théniers et reçu chevalier de Malte de minorité la même année ; garde du corps, il accompagne Louis XVIII à Gand en 1815, sert dans la Garde royale puis dans l'infanterie de ligne, et démissionne en 1825 pour prendre un emploi administratif[10],[12].
Armée de Condé et service d'Italie (1800-1814)
modifierÀ 13 ans, en décembre 1800, il entre comme chasseur noble à pied à l'armée de Condé, avec laquelle il fait la campagne de 1800-1801 en Allemagne ; il est licencié le 29 mars 1801[4],[5],[13].
Le 4 juillet 1806, il s'engage au régiment des vélites royaux d'Italie. Caporal le 29 octobre 1806 et sergent le 1er mars 1807, il est nommé sous-lieutenant au 4e régiment d'infanterie italien le 22 juin 1808, lieutenant le 30 juin 1810 et capitaine le 21 décembre 1811[5],[4],[14]. Le 3 octobre 1810, alors lieutenant, il tient sur les fonts, avec sa mère, son neveu Charles-Abel Douay, futur général, lors des cérémonies de son baptême à Casal[8].
Il fait campagne en Dalmatie de 1806 à 1808, en Allemagne en 1809, au Tyrol en 1810, en Espagne en 1811 et 1812, en Saxe en 1813 et en Italie en 1814[12],[13]. En Espagne, il est blessé d'un coup de sabre à Murviedro le 4 novembre 1811[4]. Parti en reconnaissance avec une compagnie de voltigeurs, il tombe sur un corps de trois mille espagnols commandé par un partisan réputé. Il tient cinq jours dans une maison fortifiée, fait même quelques prisonniers, et il est délivré au moment où on le croyait perdu ; cette action lui vaut d'être cité à l'ordre de l'armée[13],[15],[9],[12]. Le 23 août 1813, près de Berlin, il reçoit deux coups de feu, à l'aisselle et à la jambe gauche[4],[12],[13]. Il est fait chevalier de la Couronne de fer le 24 octobre 1813[13],[note 1], puis licencié du service d'Italie le 31 mai 1814[5],[14].
Sous la Restauration (1814-1827)
modifierAdmis au service de la France, il est nommé le 24 juin 1814 capitaine au 10e régiment d'infanterie de ligne, dit « Colonel-Général »[5],[4],[14]. Royaliste convaincu, il fait pendant les Cent-Jours la campagne du Midi sous les ordres du duc d'Angoulême[15],[4],[13]. Le prince lui accorde la croix de chevalier de la Légion d'honneur le 17 mars 1815[note 2]. Le 2 avril 1815, il est grièvement blessé d'un coup de feu à la jambe gauche au passage du pont de la Drôme, lors du combat de Loriol[4],[9],[13]. Il est recueilli à Montélimar par la famille de Labruyère[9],[15]. Le 6 avril, le duc vient le voir et lui remet de sa main la croix de Saint-Louis[12],[15],[13], que confirme une nomination du 15 novembre 1815[13],[note 3].
Il entre alors dans la Garde royale, où la protection du prince favorise son avancement[15]. Le 23 octobre 1815, il passe capitaine au 1er régiment d'infanterie de la Garde royale[4],[5],[14]. Il est nommé chef de bataillon le 30 octobre 1816[4],[5],[14] et reçoit une pension de 2 000 francs sur la cassette du duc d'Angoulême[12]. Affecté au 7e régiment d'infanterie de ligne le 30 mai 1821, il revient dans la Garde royale le 30 décembre 1822, comme chef de bataillon au 6e régiment d'infanterie[12],[14]. Il est promu officier de la Légion d'honneur le 23 mai 1825[4]. Le 8 juin 1825, il devient lieutenant-colonel du 7e de ligne[12],[14],[16].
Colonel du 3e de ligne (1827-1830)
modifierLe 28 août 1827, il est nommé colonel du 3e régiment d'infanterie de ligne[9],[12],[14]. Il rejoint à Toulon le 21 octobre le régiment, commandé jusque-là par intérim par le lieutenant-colonel Lelieure de l'Aubespin[14]. En décembre 1827, le régiment part tenir garnison à Gap, Embrun et Mont-Dauphin[14]. Le régiment reçoit inopinément l'ordre de regagner Toulon et se met en route le 19 août 1828[17],[14] ; il y est réuni le 3 septembre. Désigné pour l'expédition de Morée, il forme le 9 septembre deux bataillons de guerre, forts de 1 246 hommes, et un bataillon de dépôt. Le retour de l'expédition rend ces dispositions sans objet, et le régiment est remis sur le pied de paix le 1er mars 1829[14].
Il prend part aux débats sur la tactique d'infanterie. Dans un article, il regrette que soit remis en cause le passage des lignes du règlement de manœuvres de 1791, qu'un nouveau projet de règlement modifie. Un maréchal de camp anonyme, qui écrit de Modon, en Morée, le 27 juillet 1829, y voit une « hérésie ». Pour lui, la simplicité, la promptitude et la sûreté veulent qu'une première ligne en retraite traverse la seconde dans l'ordre où elle est venue, plutôt que de partager chaque bataillon « en huit tranches »[18].
Le colonel lui répond de Toulon, le 1er décembre 1829. Il soutient que le passage des lignes de l'ordonnance est souvent préférable à la manœuvre qu'on veut lui substituer, où les bataillons de la seconde ligne se forment en colonne double derrière le centre de la première pour se déployer ensuite sous le feu de l'ennemi. Il s'appuie sur les observations que le lieutenant-général vicomte Brenier (1767-1832) vient de publier sur le sujet, et sur l'exemple de ce général, qui a exécuté ce passage devant l'ennemi et sous un feu meurtrier. Il conclut : « j'ai une grande vénération pour cette ordonnance, dont on veut déchirer les pages, où nous avons puisé de si bonnes et utiles leçons »[19].
En janvier 1830, le 3e de ligne, caserné à Saint-Louis[20], est en garnison à Toulon avec le 54e[21]. Son neveu Abel Douay, sous-lieutenant au 54e depuis octobre 1829, l'y retrouve. Le colonel lui reproche de ne pas avoir demandé à servir sous ses ordres, mais l'accueille affectueusement et s'apprête à le traiter en fils[21].
Mort
modifierLe drame du 27 janvier 1830
modifierLe 27 janvier 1830, vers 16 heures, les deux régiments rentrent de l'exercice, tenu sur les glacis de Toulon, près du Champ-de-Mars[22],[23],[24]. Le 54e marche en tête. À quelques centaines de pas de la porte d'Italie, le colonel d'Autane s'arrête et fait face à la colonne pour voir défiler sa troupe. Il voit un sergent de grenadiers, Joseph Bitterlin, quitter son peloton et courir vers la ville ; il l'appelle et lui ordonne de reprendre son rang. Le sergent vient droit à lui et l'interpelle : « Mon colonel ! » Au moment où le colonel se retourne, il lui tire à bout portant, dans le ventre, un coup de fusil chargé de trois balles[21][note 4].
Le colonel, âgé de quarante-deux ans[note 5], est tué sur le coup, sans pouvoir prononcer un mot[23],[24],[note 6]. Son neveu, qui lui serrait la main cinq minutes plus tôt, écrit le lendemain à son père : « Mon pauvre oncle est tombé roide sur le coup, il n'a pas donné le moindre signe de vie et tout secours a été inutile. »[21] Pour épargner ce spectacle à sa femme et à ses enfants, son corps est porté à l'hôpital militaire[23][24].
Les soldats présents font un mouvement menaçant contre Bitterlin, qu'on soustrait aussitôt à leur colère[23],[24]. Le sergent tente de retourner son sabre contre lui-même ; le commandant Roussel et le tambour-major Clémence le désarment[25], et il se laisse arrêter sans résistance[26]. Il est conduit à la caserne, puis incarcéré au fort Lamalgue[23],[24].
Le sergent Bitterlin
modifierNé à Pont-à-Mousson vers 1805[note 7], Joseph Bitterlin, ouvrier ferblantier à Strasbourg, s'engage au 3e de ligne à Strasbourg en 1822[note 8]. Devenu sergent à la 1re compagnie de grenadiers, il est assez bien noté et apprécié du colonel[21],[13],[27].
Le soir du 26 janvier 1830, après des excès de boisson au cabaret, il rentre au quartier sans l'une de ses épaulettes et il est noté par l'adjudant sous-officier Bécu. Craignant de perdre son grade, il se répand en menaces contre l'adjudant, puis les désavoue le lendemain matin ; l'épaulette retrouvée, l'incident reste sans suite. Peu après, Bécu lui inflige deux jours de consigne pour avoir remplacé son col d'uniforme par un col de fantaisie ; Bitterlin murmure, et l'adjudant double la punition[28],[26],[27]. Se voyant déjà dégradé et chassé des grenadiers, il vend ses effets et songe à se tuer. Ses camarades s'inquiètent de son attitude ; l'un d'eux, Simon, le surprend chargeant son fusil, le ramène, puis tente de le désarmer[28],[26]. Ce jour-là, il a acheté en ville de la poudre et des balles, et charge et décharge son arme sur le terrain d'exercice[13],[27].
Ses mobiles ont donné lieu à des versions divergentes. Dans les jours qui suivent le drame, la presse lui prête une vengeance : contre le colonel, qui aurait jugé fondée l'une de ses punitions, ou contre l'adjudant, qu'il aurait guetté la veille et qu'il espérait rencontrer en chargeant son fusil ; appelé par le colonel, il se serait cru dénoncé[22],[23],[24],[15]. Au procès, en revanche, les témoins établissent qu'il méditait un suicide et non un meurtre ; l'accusation comme la défense admettent que la mort du colonel résulte d'un « mouvement involontaire, inexplicable », et ne s'opposent que sur ses conséquences, la simple voie de fait envers un supérieur étant punie de mort[28]. Des anciens du régiment ont eux aussi estimé qu'il n'avait pas voulu tuer son colonel, le coup étant parti par accident ou dans un accès de folie[25] ; une autre tradition veut que la balle ait été destinée à un autre[29].
Obsèques, sépulture et succession
modifierLe colonel est inhumé le 28 janvier, à 15 heures, en présence de toutes les autorités militaires et de quelques autorités civiles ; tout le 3e de ligne est sous les armes. Les officiers font célébrer un service funèbre le 1er février en l'église Saint-Louis de Toulon[23],[24].
Il est décrit comme un chef « sévère, mais bon »[22], aimé pour sa douceur et sa bienveillance[25], attentif au bien-être de ses soldats, « qu'il chérissait comme ses enfans »[23],[24]. Sous son commandement, le 3e de ligne est cité comme « un des plus remarquables dans tous les détails de l'instruction, de la tenue, de l'administration et de la discipline »[25]. On loue aussi sa connaissance du service et son dévouement au roi : « Il connaissait tous les noms de ses soldats, étudiait leur mérite, s'inquiétait de leurs besoins. » Sans fortune personnelle, il aurait souvent fait passer les besoins de ses subordonnés avant les intérêts de ses propres enfants[15].
La ville de Toulon accorde une concession au cimetière communal pour recevoir sa dépouille. Officiers, sous-officiers et soldats du régiment votent l'érection d'un monument à sa mémoire[23],[24],[15]. Bâti aux frais des officiers au fond de l'allée centrale, ce tombeau subsiste à la fin du XIXe siècle et encore dans les années 1920[25],[27],[11].
À la tête du 3e de ligne, il est remplacé par le lieutenant-colonel Roussel (1782-1851), du 1er régiment d'infanterie légère, promu colonel[30].
Procès et exécution de Bitterlin
modifierLe conseil de guerre de Toulon étant présidé par le lieutenant-colonel qui a dressé la plainte, Bitterlin est envoyé devant celui de Marseille : il quitte Toulon le 11 février, sous escorte de gendarmerie[31]. Plusieurs sous-officiers, arrêtés pour n'avoir pas dévoilé ses projets, y sont également transférés[32].
Détenu dans la tour carrée du fort Saint-Jean[33], Bitterlin comparaît les 26 et 27 février 1830 devant le 2e conseil de guerre permanent de la 8e division militaire, devant une affluence considérable[28]. Il est défendu par l'avocat Rey de Foresta et par Henricy, sergent-major au 6e de ligne[34] ; son avocat plaide la monomanie homicide instantanée[26]. Le 27 février, il est condamné à mort par six voix contre une[35],[36],[27],[26]. Il ne peut expliquer son geste : « Un instant avant de tuer le colonel, j'aurais donné ma vie pour sauver la sienne. »[27] Il accepte sa condamnation : « J'ai tué mon colonel […] ; je mérite la mort ; je la subirai avec résignation. »[26] Sur les instances de ses défenseurs, il se pourvoit en révision[26][35]. Le 1er mars, il écrit à son père : « Soyez persuadé que je saurai mourir en soldat français et comme un sergent de grenadiers. »[35] Le conseil de révision, réuni le jeudi 4 mars, écarte les trois moyens de nullité soulevés par Rey de Foresta[37].
Il passe une partie de la nuit suivante à écrire des lettres d'adieu à sa famille et à ses défenseurs. Le lendemain, vendredi 5 mars 1830, peu avant 6 heures, il quitte son cachot au bras de son confesseur et gagne, au milieu d'un piquet de voltigeurs, l'esplanade de la Tourette, où toute la garnison est rassemblée sans armes[33],[36],[37],[38]. Il y est fusillé à 6 heures[note 9]. Il noue lui-même son bandeau et commande le feu : « Mes amis, ne me manquez pas, traitez-moi en sergent de grenadiers. »[33],[38],[27] Atteint d'une balle au front, il tombe sans convulsion, et la troupe défile devant son corps[33].
Le procès passionne l'opinion[25]. Son compte rendu paraît en brochure dès 1830[36], et l'affaire est encore racontée dans la presse marseillaise en 1868[20].
Suicide de l'adjudant Bécu
modifierL'adjudant Bécu, que la rumeur désigne comme la véritable cible du tir, n'a pu comparaître au procès, ayant été placé dans une maison de santé[25]. Il se suicide le 31 mars 1830, à six heures du matin, à la caserne, en se perçant le cœur de la pointe de son sabre[39],[27],[40]. Très affecté par la perte du colonel, qui l'avait distingué[39], il dit dans une lettre ne plus supporter l'abandon où il est tombé au régiment depuis le drame, les propos injurieux tenus sur sa conduite dans un café, et le refus de l'admettre dans les bataillons de guerre qui doivent partir pour Alger[40]. Le remords d'avoir été la cause involontaire du drame l'accable également[27].
Postérité
modifierMariage et descendance
modifierLe 1er juillet 1816, il épouse à Montélimar Marie-Louise-Antoinette-Élisabeth de Labruyère, dont la famille l'a recueilli après sa blessure de 1815[5]. Le duc d'Angoulême tient sur les fonts baptismaux le premier enfant né de ce mariage[41].
À sa mort, il laisse une veuve et deux fils en bas âge[10]. Son neveu Abel Douay ramène la veuve et ses enfants dans leur famille, à Montélimar. Le 8 février 1830, alors qu'elle se trouve à Aix-en-Provence, l'archevêque, Mgr Charles-Alexandre de Richery (1759-1830), loue la conduite du jeune officier dans une lettre à son père : « Il s'est conduit comme un ange dans cette douloureuse circonstance ; il n'a quitté cette pauvre femme ni nuit ni jour et lui a prodigué les plus tendres soins. »[27] Le 30 mars 1830, le roi accorde à la veuve une pension de 1 000 francs[12].
Ses deux fils sont[10] :
- Charles d'Autane, l'aîné, qui épouse à Saint-Paul-Trois-Châteaux une demoiselle Donneaud ; aucun de leurs cinq enfants, René, Joseph, Mathilde, Louise et Marie, n'a fait souche, et Marie vit encore à Saint-Paul-Trois-Châteaux en 1927 ;
- Marie-Charles-Anatole-Augustin-Louis d'Autane (1827-1887), le cadet, né le 26 mars 1827 à Montélimar[16], élève du collège de Vendôme[10]. Entré dans l'administration des Postes en 1851 comme surnuméraire à Gap, il sert à l'armée d'Orient pendant la guerre de Crimée comme commis de trésorerie, puis pendant la campagne d'Italie comme payeur adjoint, puis payeur particulier[16], à la division Regnault de Saint-Jean-d'Angély[10] ; il reçoit la médaille de Crimée britannique et la médaille commémorative de la campagne d'Italie[16]. Contrôleur à Montpellier puis à Valence, il devient directeur départemental des Postes en Corrèze en 1877, puis directeur des Postes et Télégraphes de l'Ardèche la même année et de l'Aude en 1883. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur le 30 décembre 1885[16]. Il meurt à Albi en 1887[10]. De son mariage, célébré à Saint-Paul-Trois-Châteaux, avec Camille Monnet (morte en 1917)[10], naissent trois enfants[42] :
- Félicien d'Autane (1863-1890), employé à la Banque de France à Marseille ;
- Charles-Marie-Joseph d'Autane (né en 1869), qui épouse Marie-Marthe-Joséphine Séréna de Rey et s'établit à Forcalquier ;
- Alix d'Autane, qui épouse François Buffet-Delmas, dont postérité.
Distinctions et honneurs
modifier
Officier de la Légion d'honneur, le 23 mai 1825
Chevalier de la Légion d'honneur, le 17 mars 1815
Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, le 15 novembre 1815, avec rang du 6 avril 1815
Chevalier de l'ordre de la Couronne de fer, le 24 octobre 1813
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Le 24 décembre 1813 (Rampal, p. 245).
- ↑ La lettre qui lui annonce cette décoration, datée du quartier général de Nîmes, porte le 27 mars 1815, date reprise par son procès-verbal d'individualité de 1817 ; la couverture de son dossier et son état de services donnent le 17 mars (dossier Léonore LH/78/39 ; Rampal, p. 245).
- ↑ Le 16 novembre 1815 (Rampal, p. 245).
- ↑ Récit d'Abel Douay, témoin du drame, dans une lettre à son père datée de Toulon le 28 janvier 1830 (Rampal, p. 248). Autres versions : le colonel aurait été atteint au cœur (Gazette nationale ou le Moniteur universel, 4 février 1830) ; venant d'arriver, il aurait fait appeler le sergent par un caporal, et celui-ci se serait avancé au port d'armes avant de tirer (Gazette nationale ou le Moniteur universel, 5 février 1830 ; Gazette des tribunaux, 5 février 1830) ; il l'aurait fait approcher après l'avoir vu se débattre avec un camarade, Simon, qui tentait de lui ôter son arme (Gazette des tribunaux, 8-9 mars 1830 ; Journal du commerce, 9 mars 1830), ou parler avec animation à un autre sous-officier, et le coup serait parti à quatre pas (Bourgue, p. 345). Une version plus tardive situe la scène près du pont d'Italie : prévenu par un capitaine des idées de suicide du sergent, le colonel serait allé à pied à sa rencontre pour le consoler ; Bitterlin, qui guettait l'adjudant pour le tuer avant de se donner la mort, l'aurait d'abord pris pour lui en voyant le pompon blanc de l'état-major, puis, l'ayant reconnu et se voyant perdu, aurait tiré à six pas environ (Le Petit Marseillais, 25 juin 1868, p. 3).
- ↑ Quarante-trois ans dans sa nécrologie (Gazette nationale ou le Moniteur universel, 11 février 1830), mais il est né le 14 avril 1787 (dossier Léonore LH/78/39).
- ↑ Son état de services porte : « tué à Toulon, par accident, 27 janvier 1830 » (Rampal, p. 245).
- ↑ Les dates divergent : 1805 (Rampal, p. 248) ; 1804, avec vingt-six ans en janvier 1830 (Le Petit Marseillais, 25 juin 1868, p. 3) ; « environ 28 ans » en février 1830 (Gazette des tribunaux, 8-9 mars 1830).
- ↑ Le 31 mars 1822 (Rampal, p. 248) ou le 31 mai 1822 (Bourgue, p. 345).
- ↑ La date du 20 mars 1830 parfois avancée est erronée : l'historique du régiment qui la donne cite lui-même le récit de l'exécution publié par Le Sémaphore de Marseille dès le 6 mars (Bourgue, p. 345).
Références
modifier- 1 2 « Un peu de géographie et d'histoire », sur Commune d'Allons (consulté le )
- ↑ Gras-Bourguet, Antiquités de l'arrondissement de Castellanne, Repos, (lire en ligne), p. 258
- ↑ Laurent Alexeï, « Présentation de la commune d'Allons », sur Plateforme ouverte du patrimoine, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Archives nationales, base Léonore, dossier de Marie René Charles Marc Antoine d'Autane, cote LH/78/39 : brevet d'officier, extrait d'acte de naissance (Allons, 1787), lettre d'avis (Nîmes, 1815), état des services et procès-verbal d'individualité (Courbevoie, 1817), lire en ligne.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 244 (lire en ligne)
- 1 2 3 Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 239 (lire en ligne)
- ↑ Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 238 (lire en ligne)
- 1 2 Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 247 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 240 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 241 (lire en ligne)
- 1 2 Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 246 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 245 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Marius Bourgue, Historique du 3e régiment d'infanterie ex-Piémont, 1569-1891, Paris et Limoges, Henri Charles-Lavauzelle, , 448 p. (lire en ligne), p. 344
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Marius Bourgue, Historique du 3e régiment d'infanterie ex-Piémont, 1569-1891, Paris et Limoges, Henri Charles-Lavauzelle, , 448 p. (lire en ligne), p. 343
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Gazette nationale ou le Moniteur universel, 11 février 1830, p. 3 », sur RetroNews (consulté le )
- 1 2 3 4 5 Archives nationales, base Léonore, dossier de Marie Charles Anatole Augustin d'Autane, cote LH/78/38 : acte de naissance (Montélimar, 27 mars 1827), résumé des services dans l'administration des Postes et des Télégraphes (Carcassonne, 16 janvier 1886) et fiche de nomination, lire en ligne.
- ↑ « La Quotidienne, 23 août 1828, p. 3 », sur RetroNews (consulté le )
- ↑ « Le Spectateur militaire, t. VIII, p. 53-54 », sur RetroNews (consulté le )
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- 1 2 « Le Petit Marseillais, 25 juin 1868, p. 3 », sur RetroNews (consulté le )
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- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 249 (lire en ligne)
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- ↑ Gras-Bourguet, Antiquités de l'arrondissement de Castellanne, Repos, (lire en ligne), p. 258-259
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- 1 2 3 Procès de Joseph Bitterlin, sergent… condamné à mort par le 2e Conseil de guerre permanent de la 8e division militaire, séant à Marseille, le 27 février 1830, comme convaincu de voies de fait envers son supérieur, en tuant d'un coup de feu son colonel, M. d'Autane ; et fusillé sur l'esplanade de la Tourrette le vendredi 5 mars suivant, Marseille, impr. Feissat aîné et Demonchy, , 32 p. (lire en ligne)
- 1 2 « Le sergent Bitterling », Gazette des tribunaux, , p. 435-436 (lire en ligne)
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- 1 2 « Journal des débats politiques et littéraires, 7 avril 1830, p. 2 », sur RetroNews (consulté le )
- ↑ Dayre de Mailhol, Dictionnaire historique et héraldique de la noblesse française, t. 1, Paris, (lire en ligne), p. 176
- ↑ Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 242 (lire en ligne)
Bibliographie
modifierArchives
modifier- Archives nationales, dossier de Légion d'honneur de Marie René Charles Marc Antoine d'Autane, cote LH/78/39, lire en ligne.
- Archives nationales, dossier de Légion d'honneur de Marie Charles Anatole Augustin d'Autane, son fils, cote LH/78/38, lire en ligne.
Ouvrages
modifier- Marius Bourgue, Historique du 3e régiment d'infanterie ex-Piémont, 1569-1891, Paris et Limoges, Henri Charles-Lavauzelle, , 448 p. (lire en ligne), p. 343-345
- Gras-Bourguet, Antiquités de l'arrondissement de Castellanne, Repos, (lire en ligne), p. 258-259
- Gérard Hertault et Abel Douay, Généalogie des familles d'Autane, de Bardonenche, Douay, Garat, Schulmeister, [Étang-la-Ville], G. Hertault, 1996, 230 p.
- Procès de Joseph Bitterlin, sergent… condamné à mort par le 2e Conseil de guerre permanent de la 8e division militaire, séant à Marseille, le 27 février 1830, comme convaincu de voies de fait envers son supérieur, en tuant d'un coup de feu son colonel, M. d'Autane ; et fusillé sur l'esplanade de la Tourrette le vendredi 5 mars suivant, Marseille, impr. Feissat aîné et Demonchy, , 32 p. (lire en ligne)
- Auguste Rampal, « Autane, un arrière-fief des Baronnies et ses seigneurs du XIIe siècle au XIXe siècle », Provincia, vol. 6, , p. 216-256 (lire en ligne). Le chapitre « Origine provençale du général Abel Douay » (p. 246 et suiv.) reprend une notice communiquée au Congrès des sociétés savantes de Strasbourg en 1920, restée inédite jusque-là.