Conon Ier de Montaigu

Conon de Montaigu (également Cono ou Cuno[1]), mort le , est un noble de Basse-Lotharingie et un chef militaire de la Première croisade[2]. Il est l'un des principaux seigneurs de l'Ardenne, étant comte de Montaigu, seigneur de Rochefort et avoué de la ville de Dinant à partir de 1064[3]. Il figure également parmi les plus puissants vassaux de l'évêché de Liège. Son siège principal est le château de Montaigu.

Conon Ier de Montaigu
Biographie
Décès
Père
Conjoint
Ida de Boulogne (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Gozelo II, Count of Montaigu (en)
Lambert de Montaigu (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Famille

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Conon est le fils aîné de Gozelo, comte de Montaigu, et d'Ermentrude de Harenzey. Son frère cadet Henri est doyen de la cathédrale Saint-Lambert de Liège.

Sa seule épouse connue se nomme Ida. Selon le chroniqueur anglais Orderic Vital, elle est une sœur de Godefroy de Bouillon. Aucune autre source ne mentionne toutefois une telle sœur. La mère de Godefroy est Ide de Lorraine. À l'inverse, le Cantatorium de Saint-Hubert, chronique de l'abbaye de Saint-Hubert, indique qu'Ida est la fille de Lambert le Vieux, un noble de la région de Liège, inhumé à Saint-Hubert[2].

Conon et Ida ont quatre enfants connus :

  • Gozelo († 1097), mort durant la Première croisade ;
  • Lambert de Montaigu († après 1140), successeur de son père comme comte de Montaigu ;
  • Henri († après 1128), archidiacre puis prévôt de Fosses à partir de 1111 ;
  • Théobald († après 1086).

Les prénoms de son père et de son fils aîné laissent supposer un lien avec la maison d'Ardenne-Verdun, à laquelle appartient la famille de Godefroy de Bouillon[2],[4].

Succession

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Conon apparaît pour la première fois en 1055 aux côtés de son père et de son frère Rodolphe, lorsqu'ils confirment le diplôme par lequel l'empereur Henri III transfère l'église de Longlier à l'abbaye de Florennes. En 1064, il assiste avec son père et son frère à la confirmation de la fondation du prieuré de Longlier par le duc Frédéric de Basse-Lotharingie[5].

Le Cantatorium de Saint-Hubert, relatant la mort de Gozelo en 1064, lui donne uniquement le titre de « comte de Behogne » et non celui de Montaigu. Les historiens supposent que Gozelo a cédé auparavant le château de Montaigu à son fils aîné et installé sa résidence à Behogne, où s'élève par la suite le château de Rochefort[6]. Quoi qu'il en soit, Conon hérite des possessions et des titres de son père. Un acte du 1er janvier 1071 conservé à l'abbaye de Waulsort le mentionne comme comte sous l'autorité du duc Godefroid III de Basse-Lotharingie et de l'empereur Henri IV[5].

Activité politique en Basse-Lotharingie

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Les 30 août et 1er septembre 1080, Conon participe à une importante assemblée destinée à autoriser la construction d'un pont de pierre sur la Meuse à Dinant. Sont notamment présents le prince-évêque de Liège Henri Ier de Verdun, le comte Albert III de Namur ainsi que les représentants de la ville. L'accord de l'abbaye de Waulsort est indispensable, le nouveau pont supprimant le passage par bac dont elle tire d'importants revenus. Un compromis est finalement trouvé et le pont est construit[5].

En 1082, Conon compte parmi les grands seigneurs qui approuvent la proclamation de la Trêve de Dieu dans tout le diocèse de Liège, première application de cette institution dans le Saint-Empire romain germanique[7].

En 1086, il souscrit également à la charte de l'évêque établissant un tribunal permanent chargé de juger les crimes graves tels que l'enlèvement, le viol, le brigandage, l'incendie volontaire ou le meurtre. Selon le chroniqueur Jean de Stavelot, le comte Dodon de La Roche-en-Ardenne refuse de reconnaître cette juridiction ; après sept mois de siège, les assaillants reconnaissent néanmoins les privilèges de La Roche[5].

En 1087, Conon accompagne l'empereur Henri IV à Aix-la-Chapelle, où celui-ci place la collégiale Saint-Servais de Maastricht sous sa protection impériale[5].

À la mort de de prince-évêque Henri en 1091, Conon s'oppose à son successeur Otbert de Liège, partisan de l'empereur Henri IV dans la Querelle des Investitures. Lorsque celui-ci tente de déposer l'abbé Théodoric II de Saint-Hubert, Conon prend la tête de l'opposition nobiliaire. Les procédures rapportées par le Cantatorium le présentent comme un défenseur résolu de la justice[5].

En 1095, il assiste également à un duel judiciaire opposant les habitants d'Olne à l'abbaye de Stavelot, au sujet de terres situées à Fraipont[5].

Première croisade

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En 1083, le prince-évêque de Liège Henri Ier de Verdun confie à Conon l'avouerie du domaine de Nandrin, possession de la collégiale Saint-Paul de Liège située dans le comté de Montaigu, celui-ci ayant subi à plusieurs reprises les déprédations[8] du comte voisin de Clermont. En 1095, son successeur, l'évêque Otbert, achète le comté de Clermont à son titulaire, Giselbert de Clermont, puis l'inféode à Lambert, fils de Conon[2].

Conon participe à la Première croisade avec ses fils Gozelo et Lambert, aux côtés de Godefroy de Bouillon, de Giselbert de Clermont et de Frédelon d'Esch, au sein de l'armée lotharingienne[9].

Le contingent est parmi les premiers à parvenir à Constantinople. Durant les négociations entre Godefroy de Bouillon et l'empereur Alexis Ier Comnène, Conon, Baudouin du Bourg et Godefroid d'Esch rencontrent les représentants byzantin[10].

Son fils Gozelo meurt en Orient. Conon et Lambert poursuivent néanmoins le pèlerinage jusqu'à Jérusalem, avant de rentrer en Lotharingie à la fin de l'année 1099[2].

Selon une tradition rapportée par Albéric de Trois-Fontaines et Gilles d'Orval, Conon revient de Terre sainte en compagnie de Pierre l'Ermite. Pris dans une violente tempête, ils promettent de fonder une église s'ils survivent. Une fois sauvés, ils fondent l'abbaye du Neufmoustier, dédiée au Saint-Sépulcre et à saint Jean-Baptiste. La tradition de Neufmoustier affirme que Pierre l'Ermite y termine sa vie en 1115[9].

Conon meurt le 1er mai 1106. Son fils Lambert de Montaigu lui succède à la tête du comté de Montaigu et poursuit l'expansion de la maison de Montaigu, notamment par l'acquisition du comté de Clermont. Plus tard, son petit-fils Godefroi de Montaigu réunit sous son autorité les comtés de Montaigu, Clermont et Duras, portant la puissance de la famille à son apogée.

Notes et références

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  1. Ce prénom est un diminutif de Conrad (allemand Konrad > Kuno) et n'a aucun lien avec le prénom breton Conan, bien que les deux puissent être transcrits sous la forme « Conon »
  2. 1 2 3 4 5 Murray 1992.
  3. La Lotharingie, alors intégrée au Saint-Empire romain germanique, est divisée en deux duchés : la Haute-Lotharingie et la Basse-Lotharingie. Les possessions de Conon se situent en Basse-Lotharingie, sur le territoire de l'actuelle Belgique.
  4. Gozelo est un diminutif de Godefroid. Ces deux prénoms constituent des Leitnamen noms directeurs ») au sein de la maison d'Ardenne-Verdun, qui les considère toutefois comme deux prénoms distincts.
  5. 1 2 3 4 5 6 7 Roland 1893.
  6. Behogne (Bohania) constitue aujourd'hui un quartier de Rochefort.
  7. Le conflit à l'origine de cette intervention de l'évêque est la petite guerre qui oppose les villes voisines de Saint-Trond et de Brustem, chacune soutenue par ses alliés.
  8. Il s'agit du point de vue de l'évêque. Le comte de Clermont estime probablement, pour sa part, qu'il ne fait que percevoir les péages fluviaux qui lui reviennent légitimement.
  9. 1 2 (en) Jonathan Riley-Smith, The First Crusaders, 1095–1131, Cambridge, Cambridge University Press, , 94, 126, 148, 154, 203
  10. (en) Steven Runciman, A History of the Crusades, vol. 1, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 150

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • (en) Alan V. Murray, « The Army of Godfrey of Bouillon, 1096–1099: Structure and Dynamics of a Contingent on the First Crusade », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 70, no 2, , p. 301-329 (DOI 10.3406/rbph.1992.3824)
  • C. G. Roland, « Les seigneurs et comtes de Rochefort », Annales de la Société archéologique de Namur, no 20, , p. 63–141 (lire en ligne, consulté le )