Cristóbal Arnaldo de Ysassi
Cristóbal Arnaldo de Ysassi (également orthographié Isasi ou Xassi) est un militaire et administrateur colonial hispano-basque, né en Jamaïque au début du XVIIe siècle dans une famille créole d'origine guipuzcoane. Nommé gouverneur[1] pour le roi à partir de 1655, il dirige pendant cinq ans la résistance espagnole contre l'invasion anglaise de la Jamaïque, s'appuyant notamment sur des esclaves et des affranchis qui constituent le premier noyau des futurs Marrons de Jamaïque. Définitivement contraint à l'exil en 1660, il est considéré comme le dernier défenseur de la Jamaïque espagnole.
Origines et famille
modifierLa famille Ysassi est d'origine basque, issue de Guipuscoa, et porte les armes des Marzan de Isasi. Elle s'est implantée en Jamaïque dès les premières décennies de la colonisation espagnole, l'ancêtre fondateur ayant commandé le fort du premier établissement espagnol de l'île, à Sevilla la Nueva, sur la côte nord. Au fil des générations, la famille noue des alliances avec les principales familles créoles de l'île formant un réseau endogamique qui contrôle les charges et offices royaux. Leur position sociale et économique permit aux hommes de la famille d'accéder à des postes prestigieux en Jamaïque et à Cuba. Plusieurs familles créoles de l'élite jamaïcaine espagnole auraient été d'ascendance africaine, dont les Ysassi eux-mêmes. L'origine métis de Cristóbal Arnaldo de Ysassi ne devint un sujet de controverse que vers la fin de la guerre contre les Anglais, lorsque ses adversaires s'en servirent pour contester son commandement militaire[2].
Né et ayant grandi en Jamaïque au sein de l'une des familles les plus influentes de la Caraïbe, Ysassi considérait l'île comme sa patrie d'une manière que ses ancêtres espagnols n'auraient pu concevoir[3].
La résistance face à l'invasion anglaise
modifierLe 21 mai 1655, l'armada envoyée par Oliver Cromwell sous le commandement de l'amiral Penn et du général Venables débarque dans la baie de Caguaya ses quelque sept mille hommes. La colonie espagnole ne compte alors qu'environ deux mille habitants, dont cinq cents hommes en état de porter les armes[4]. Le vieux gouverneur Juan Ramírez de Arellano capitule le 27 mai à Santiago de la Vega. Une partie de la population espagnole choisit de quitter l'île. Femmes, enfants, vieillards et quelques hommes valides gagnent Cuba, s'établissant pour beaucoup aux environs de Santiago de Cuba, proche de la côte méridionale de la Jamaïque[5].
Refusant la reddition, Ysassi prend alors la tête de la résistance espagnole face aux Anglais, et se réfugie dans l’arrière-pays montagneux après la prise Santiago de la Vega, pour y mener une campagne de guérilla avec une soixantaine d'irréductibles dont Francisco de Proenza. Après avoir offert la liberté aux esclaves disposés à les suivre, il noue une alliance avec des groupes d'esclaves déjà fugitifs, dont les chefs Juan de Bolas et Juan de Serras, inaugurant une guerre d'escarmouche qui devait durer cinq ans[4]. Résolu à chasser les Anglais, il multiplie les appels de renfort vers Cuba[3]. Installé à Guatibacoa, à un jour de marche au sud de la capitale, Ysassi harcèle les garnisons anglaises et mène des embuscades meurtrières. En octobre 1656, le roi d'Espagne confirma officiellement son autorité en le nommant gouverneur de la Jamaïque[3].
Au printemps 1656, Ysassi mène un raid combiné contre Santiago de la Vega. Quarante-cinq ou quarante-six soldats anglais sont tués, plusieurs bâtiments incendiés et un convoi de ravitaillement intercepté. Du côté anglais, l'opération est attribuée aux seuls Africains, occultant la part espagnole que souligne pourtant Ysassi dans deux récits qu'il en fit[6].
Ysassi affirmait avoir obtenir la loyauté de l'ensemble des esclaves fugitifs, mais il surestimait son influence[7].
Quelques mois après sa nomination officielle, cinq cents hommes débarquent à Ocho Rios, sur la côte nord, non loin de Saint Ann's Bay. Ysassi, qui opére alors près des positions anglaises dans le sud, traverse les montagnes pour prendre le commandement des renforts[3].
Le gouverneur britannique choisit de contourner les montagnes par la côte est plutôt que de les franchir, et ses forces, supérieures en nombre, s'emparent des positions espagnoles au prix de lourdes pertes lors de la bataille de Las Chorreras le 30 octobre 1657[3]. Les survivants des renforts cubains regagnent Cuba. Ysassi se replie vers une crique proche de Santa Gloria, à laquelle on a donné le nom de Don Christopher's Cove[3].
Juan de Bolas, qui avait combattu aux côtés des Espagnols, passe aux côtés des Anglais avec un autre chef, Tyson, et attaque à leur tête un établissement espagnol. Informé de cette défection, Ysassi convoqua un conseil de guerre. Ses hommes concluent immédiatement que la résistance est devenue impossible. Conscients que les Africains connaissent si bien les montagnes qu'ils sont tous exposés au risque d'être tués sans possibilité de fuite, ils savent que de Bolas pourrait aisément localiser leurs positions et couper leurs ravitaillements[8].
Les négociations achoppent sur le sort des combattants non espagnols. Ysassi réclame que les Indiens, Noirs et mulâtres de ses troupes soient traités comme des soldats libres de quitter l'île, mais D'Oyley ne propose de sauf-conduit qu'aux seuls Espagnols de souche et considère tout Africain pris les armes à la main comme un butin. Un décret de 1656 autorise ses soldats à s'approprier le travail de tout captif africain pour trois ans[9]. Face à l'impasse, Ysassi fait construire deux embarcations. En mai 1660, soixante-seize personnes gagnent Cuba, laissant provisoirement trente-six ou trente-sept hommes sur l'île. Les villages africains indépendants, eux, y demeurent[9].
Réfugié à Santiago de Cuba, Ysassi s'y distingue en 1662 lors du raid anglais de Myngs sur la ville, où il commande deux cents miliciens. La date de sa mort demeure inconnue.
Notes et références
modifier- ↑ Jacques de Cauna, « La diaspora des colons de Saint-Domingue et le monde créole : le cas de la Jamaïque », Outre-Mers. Revue d'histoire, vol. 81, no 304, , p. 333–359 (DOI 10.3406/outre.1994.3230, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Schmitt 2022, p. 700.
- 1 2 3 4 5 6 Abrahams 1957, p. 19.
- 1 2 de Cauna 2024.
- ↑ Pestana 2017, p. 195.
- ↑ Pestana 2017, p. 196.
- ↑ Pestana 2017, p. 197.
- ↑ Pestana 2017, p. 202.
- 1 2 Pestana 2017, p. 203.
Bibliographie
modifier- (en) Peter Abrahams, Jamaica: An Island Mosaic, Londres, H.M. Stationery Office,
- (en) Casey Schmitt, « Brought from the Palenques », Early American Studies, University of Pennsylvania Press, vol. 20, no 4 « Special Issue: Sugar and Slaves at Fifty », , p. 695-713
- (en) Edward Long, The History of Jamaica, vol. 3, Londres, T. Lowndes,
- (en) Carla Gardina Pestana, The English Conquest of Jamaica, Cambridge (Mass.), Belknap Press of Harvard University Press,
- (en) Carey Robinson, The Fighting Maroons of Jamaica, Kingston, Collins & Sangster,