Culture de Thulé
Les membres de la culture de Thulé sont les ancêtres de tous les Inuits canadiens actuels.
| Lieu éponyme | Thulé (Groenland) |
|---|---|
| Auteur | James A. Ford, (1959) |
| Répartition géographique | Groenland, Arctique canadien, Alaska, Détroit de Béring |
|---|---|
| Période | De 1 000 à 1 600 ans apr. J.-C. |
| Type humain associé | Homo sapiens (Homme anatomiquement moderne ou Homme de Cro-Magnon) |
| Tendance climatique | polaire |
Objets typiques

Ils sont arrivés en Alaska vers l'an 500[réf. nécessaire], à la fin de l'ancienne culture de la mer de Béring (de -200 à +500) dont sont issues la culture de Birnirk (Alaska) la culture de Punuk (Îles Punuk), puis au Nunavut vers l'an mille, et un groupe émigra ensuite vers le Groenland au XIIIe siècle. Les liens entre la culture de Thulé et les Inuits sont à la fois biologiques, culturels et linguistiques.
Ils doivent leur nom à la localité de Thulé, au nord-ouest du Groenland, maintenant déplacée à Qaanaaq, où des restes archéologiques ont été trouvés pour la première fois, localité elle-même nommée par les Danois en allusion à l'île semi-légendaire de Thulé mentionnée par l'explorateur grec Pythéas à l’extrême-nord du monde connu.
En dehors des éventuels contacts avec les Vikings, ils étaient en contact avec des peuples d'Eurasie (on a retrouvé ainsi des objets en métaux venant d'Asie, dont une ceinture peut-être utilisée pour des chevaux, dans un village du cap Espenberg de la péninsule de Seward, en Alaska actuel[1]). Ils sont ensuite entrés en contact de manière plus importante avec les Européens au XVIIIe siècle.
La culture de Thulé au Groenland
modifierIls vivaient à la fois des animaux terrestres et marins et ont remplacé la culture de Dorset au XVe siècle. Les campements d'hiver étaient en général composés d'une à quatre maisons comptant environ dix habitants. Certains établissements comptant plus d'une douzaine de maisons ont également été retrouvés, même si elles n'étaient pas toutes habitées en même temps. Elles étaient bâties avec les os des baleines pêchées pendant l'été.
Des membres de la culture de Thulé ont migré au sud du Groenland, durant la « seconde expansion ». Il y a de bonnes raisons de croire qu'ils ont alors été en contact avec les Vikings avant que ces derniers ne disparaissent complètement du Groenland.
Culture matérielle
modifierCommunautés et organisation sociale
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La culture de Thulé diffère nettement de la culture antérieure de Dorset. La présence de baleines à bosse a permis à une poignée de communautés de Thulé de former de grands villages à travers l’Arctique préhistorique. Les premiers villages de pêcheurs comptaient entre quinze et vingt maisons, et l'un d'entre eux en a même compté jusqu'à soixante[2],[3].
Ces maisons étaient souvent accolées les unes aux autres, suggérant qu'elles devaient abriter des familles élargies à un groupe, et les archéologues ont reconnu des structures qui semblent avoir été utilisées pour des cérémonies[4],[5]. La disparité des tailles et des formes d'habitation, le mobilier retrouvé à l'intérieur, comme la présence d'outils fabriqués loin du village, suggèrent des différences de richesses entre foyers[3] : cela a amené quelques chercheurs à y voir la preuve d'une stratification sociale[3].
La chasse à la baleine exigeait la coordination de plusieurs embarcations : ainsi certaines communautés désignaient un chef d'expédition appelé umialik[6].
Les villages étaient reliés entre eux par des pistes, comme le montre les échanges de cuivre natif ramassé dans le nord-ouest de l'Arctique, et de fer météorique provenant du nord-ouest du Groënland[7].
Moyens de transport
modifierLes hommes de Thulé parcouraient l'Arctique grâce à leurs traîneaux, kayaks et l’oumiak, sorte de grosse barque couverte de peaux graissées qui a joué rôle central dans la chasse à la baleine. Les traîneaux tirés par des chiens ont élargi énormément le domaine de chasse[5].
Les chasseurs de Thulé utilisaient des types élaborés de harpons, hérissés de dents taillées dans des os de baleine ; le câble de ces harpons était lesté de flotteurs en peau pour se rapprocher des plus gros animaux et mieux les frapper[8]. Ils disposaient d'outils de cuivre et de fer[6] : chaque fois qu'ils trouvaient du fer météorique, ils le ramassaient, le forgeaient, échangeaient ces minéraux avec d'autres villages ; ainsi, la Météorite du cap York, retrouvée au Groënland, a été exploitée par plusieurs tribus de l’Arctique[9],[10]. Parmi les autres armes, il y a lieu de mentionner l'arc à renforts (avec utilisation occasionnelle de protège-poignets), le bolas pour la chasse aux oiseaux, les filets lestés, et même des cuirasses matelassées dans certaines régions[11].
Chasse, pêche et subsistance
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L'exploitation des baleines à bosse caractérise l'âge du Thulé moyen. Un seul animal pouvait procurer non seulement de la viande et du combustible, mais aussi, en l'absence de bois, les matériaux nécessaires pour la construction et l'outillage. On tirait du lard de l’huile d'éclairage et du combustible pour cuire les aliments ; les os (particulièrement les maxillaires de cétacé) étaient réemployés pour la charpente des maisons aussi bien que pour tailler des outils[12],[6].
Les recherches archéologique prouvent que presque tous les restes de baleine provenant des sites de Thulé ont été prélevés sur des animaux chassés plutôt que sur des carcasses échouées[13]
Hormis les plus gros villages de baleiniers, les hommes de Thulé subsistaient grâce au poisson, à la chasse des mammifère marins et du caribou. Comme avec les baleines, presque tout le corps du gibier était réutilisé d'une façon ou d'une autre[6].
Références
modifier- ↑ Asian Metal Found in Alaska Reveals Trade Centuries Before European Contact, Western Digs, 29 septembre 2016
- ↑ Robert W. Park, « Demography and the reconstruction of social organization from Thule wintering sites in Arctic Canada », Canadian Journal of Archaeology, vol. 22, no 2, , p. 115–126 (JSTOR 41103359)
- 1 2 3 (en) James M. Savelle, Beyond Foraging and Collecting: Evolutionary Change in Hunter-Gatherer Settlement Systems, New York, Springer US, coll. « Fundamental Issues in Archaeology », (ISBN 978-1-4615-0543-3, DOI 10.1007/978-1-4615-0543-3_4, lire en ligne), « Logistical Organization, Social Complexity, and the Collapse of Prehistoric Thule Whaling Societies in the Central Canadian Arctic Archipelago », p. 73–90
- ↑ James M. Savelle et George W. Wenzel, Hunter-gatherers of the North Pacific Rim: papers presented at the eighth International Conference on Hunting and Gathering Societies (CHAGS 8), Aomori and Osaka, October 1998, Osaka, Musée National d’Ethnology, (ISBN 978-4-901906-07-4, lire en ligne), p. 103–121
- 1 2 Bryan C. Hood, The Oxford Handbook of Archaeology, New York, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-885520-0, lire en ligne), p. 828–829
- 1 2 3 4 (en) Brian M. Fagan, Ancient North America : The Archaeology of a Continent, New York, Thames & Hudson, (réimpr. 4e) (ISBN 978-0-5002-8532-9, lire en ligne), p. 191–212
- ↑ Allen P. McCartney et Robert M. Ehrenreich, Metals in Society : Theory Beyond Analysis, Philadelphie, MASCA, The University Museum, University of Pennsylvania, (lire en ligne), p. 27–43
- ↑ « Thule Culture », sur Museum of the North (consulté le )
- ↑ Martin Appelt, Jens Fog Jensen, Mikkel Myrup et al., The cultural history of the Innaanganeq/Cape York meteorite, The Greenland National Museum & Archives, (lire en ligne) « The cultural history of the Innaanganeq/Cape York meteorite » (version du sur archive.org).
- ↑ (en) Heather Pringle, « New Respect for Metal's Role in Ancient Arctic Cultures », Science, vol. 277, no 5327, , p. 766–767 (DOI 10.1126/science.277.5327.766, S2CID 129339473)
- ↑ Karen M. McCullough, The Ruin Islanders: Early Thule Culture Pioneers in the Eastern High Arctic, Canadian Museum of Civilization, coll. « Mercury Series Paperback, Archaeological Survey of Canada 141 of », (ISBN 978-0-6601-0793-6)
- ↑ « Thule Whalebone House », sur The Glenbow Museum, (consulté le )
- ↑ Allen P. McCartney et James M. Savelle, « Thule Eskimo Bowhead Whale Interception Strategies », World Anthropology, Taylor & Francis, vol. 30, no 3, Arctic Anthropology, , p. 437 (JSTOR 124962)
Annexes
modifierSources
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Thule people » (voir la liste des auteurs).
Articles connexes
modifier- Premier peuplement de l'Amérique
- Paléoesquimaux
- Néoesquimaux
- Peuples circumpolaires (en)
- Histoire du Groenland, culture de Saqqaq (2500/2400-900/800)
- Jean Malaurie
- Giulia Bogliolo Bruna
- Qilakitsoq, site archéologique thuléen avec momies au Groenland
Bibliographie
modifier- (en) William W. Fitzhugh, « Exploring Cultural Boundaries : the less 'Invisible' Inuit of Southern Labrador and Quebec », dans Bjarne Grønnow, Christian Gulløv (dir.) et alii., On the track of the Thule culture from Bering Strait to east Greenland : proceedings of the SILA conference "The Thule culture -- new perspectives in Inuit prehistory", Copenhagen, Oct. 26th-28th, 2006 : papers in honour of Hans Christian Gulløv, vol. 15, Copenhague, Musée national du Danemark, (lire en ligne [PDF]).
- Jean Malaurie (dir.), L'Art du Grand Nord, Paris, Citadelle & Mazenod, 2001.
- Giulia Bogliolo Bruna, Les objets messagers de la pensée inuit, préface de Jean Malaurie, Paris, Institut Charles-Cros / L'Harmattan, 2016.
Liens externes
modifier- (en + da) « Thule », sur le site du musée national du Danemark (consulté le ).
- « Thulé, culture de », sur L'Encyclopédie canadienne (consulté le ).