Céramique bleu et blanc

La céramique bleu et blanc (chinois : 青花瓷 ; pinyin : qīng-huā cí ; litt. « Blue flowers/patterns ») est un vaste ensemble de poteries et de porcelaines blanches décorées sous glaçure à l’aide d’un pigment bleu, généralement de l’oxyde de cobalt. Le décor était traditionnellement appliqué à la main, à l’origine au pinceau, mais il est dorénavant également réalisé au pochoir ou par impression par transfert, bien que d’autres procédés aient aussi été employés. Le pigment au cobalt est l’un des rares à pouvoir résister aux très hautes températures de cuisson requises, notamment pour la porcelaine, ce qui explique en partie sa popularité durable. Historiquement, de nombreuses autres couleurs nécessitaient un décor sur glaçure puis une seconde cuisson à plus basse température afin de fixer les pigments.

L’origine des décors bleus est généralement située en Irak, où des artisans de Bassora cherchèrent à imiter les grès blancs chinois importés en utilisant leurs propres céramiques à glaçure stannifère blanche, auxquelles ils ajoutèrent des motifs décoratifs exécutés avec des glaçures bleues[1]. De telles pièces de l’époque abbasside ont été découvertes dans l’actuel Irak et datées du IXe siècle, soit quelques décennies après l’ouverture d’une route maritime directe entre l’Irak et la Chine[2]. Selon Jonathan Bloom (en), ces productions irakiennes des IXe et Xe siècle constituent les premiers exemples connus de céramique bleu et blanc. Cette technique fut ensuite transmise à l’Europe lors de la conquête arabe de l’Espagne et de l’Afrique du Nord ; elle aurait également influencé la céramique chinoise par l’intermédiaire des marchands musulmans[3]. L’influence de la céramique islamique est particulièrement visible dans les productions des potiers de Gongxian lorsqu’ils se tournèrent vers la fabrication de grès destinés à un usage quotidien. Leurs motifs de losanges anguleux et de palmettes, qui s’éloignent du répertoire ornemental traditionnel de la dynastie Tang, semblent directement inspirés de panneaux mésopotamiens en forme de quadrilobe ornés d’inscriptions arabes et entourés de rinceaux feuillagés.

En Chine, un style décoratif fondé sur des motifs végétaux ondoyants se développant sur l’ensemble de la surface de l’objet fut perfectionné et devint le plus répandu. Le décor bleu et blanc connut sa première grande diffusion dans la porcelaine chinoise au XIVe siècle, après que le cobalt utilisé pour obtenir le bleu commença à être importé de Perse. Ces productions furent largement exportées et inspirèrent des imitations dans les céramiques du monde islamique, au Japon puis, plus tard, dans les faïences stannifères (en) européennes telles que la faïence de Delft. Après la maîtrise des techniques de fabrication de la porcelaine en Europe au XVIIIe siècle, elles inspirèrent également les porcelaines européennes. La céramique bleu et blanc continue aujourd’hui d’être produite dans toutes ces traditions, le plus souvent sous des formes reprenant les styles historiques.

Origine et développement

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Faïence stannifère islamique à décor bleu et blanc, Irak, IXe siècle. La calligraphie arabe porte le mot ghibta (« bonheur », « félicité »)[4].

Le bleu de cobalt devint populaire dans la céramique islamique sous le califat abbasside, le cobalt étant alors extrait dans les environs de Kashan, en Oman et dans le nord du Hedjaz[5],[6]. Les premières céramiques bleu et blanc furent produites en Irak au IXe siècle[7]. À la suite d'une analyse de la littérature consacrée aux céramiques bleu et blanc, Howell Edwards et Philippe Colomban ont qualifié ce style décoratif d'innovation abbasside[8].

Les premiers artisans chinois produisant de la porcelaine bleu et blanc s'inspirèrent des styles de la céramique et de l'orfèvrerie islamiques. Plus tôt encore, dès le VIIIe siècle, les potiers chinois avaient adopté certains motifs, tels que les rinceaux de lotus, directement empruntés à l'orfèvrerie perse[9],[10].

Céramiques bleu et blanc des dynasties Tang et Song

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Assiette en grès à décor floral bleu et blanc (pigment au cobalt bleu sur engobe blanc), produite dans les fours de Gongxian (Henan). Découverte dans l'épave de Belitung ; vers 825-850, dynastie Tang[11].

L'utilisation du cobalt comme pigment bleu sous glaçure fut introduite en Chine depuis l'Irak, où les potiers abbassides l'employaient depuis le IXe siècle sur des céramiques à glaçure blanche. En Chine, il fut d'abord appliqué sur des terres cuites durant la dynastie Tang (618-907), puis sur la porcelaine[3]. Des tessons de céramiques bleu et blanc datant de la fin de la dynastie Tang ont été découverts sur les sites des fours de Huangye[12] et de Baihe, à Gongyi, dans la province du Henan[13].

Les productions bleu et blanc de l'époque Tang sont beaucoup plus rares que celles de l'époque Song et étaient inconnues avant 1985[14]. Ces pièces Tang ne sont toutefois pas des porcelaines, mais des terres cuites recouvertes d'un engobe blanc verdâtre et décorées avec des pigments au cobalt bleu[14]. Les trois seuls exemplaires complets de « bleu et blanc Tang » connus dans le monde ont été mis au jour en 1998 dans l'épave de Belitung, en Indonésie, puis vendus à Singapour[15]. Il semble que cette technique ait ensuite été oubliée pendant plusieurs siècles[5].

Les sources textuelles et les découvertes archéologiques suggèrent que des céramiques bleu et blanc ont pu être produites sous la dynastie Song. Toutefois, l'attribution de certaines pièces à cette période demeure controversée et continue de faire l'objet de débats parmi les spécialistes[16].

Développement au XIVe siècle

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Coupe et présentoir en porcelaine blanche de Jingdezhen, dynastie Song du Sud. Musée d'Art de Cleveland.

Au début du XXe siècle, l'apparition de la porcelaine bleu et blanc classique de Jingdezhen était attribuée au début de la dynastie Ming. Le consensus actuel considère toutefois que ces productions commencèrent à être fabriquées vers 1300-1320 et qu'elles étaient pleinement développées au milieu du XIVe siècle, comme le démontrent les vases David (en), datés de 1351, qui constituent une référence fondamentale pour cette chronologie[5],[16]. Certains chercheurs continuent néanmoins de soutenir que les premières pièces ont été mal datées et remonteraient en réalité à la dynastie Song du Sud. Cette hypothèse demeure cependant rejetée par la majorité des spécialistes[17].

Au début du XIVe siècle, la production à grande échelle de porcelaines bleu et blanc fines, translucides et de haute qualité débuta à Jingdezhen, parfois surnommée la « capitale de la porcelaine » en Chine. Ce développement résulta de la combinaison des techniques chinoises et des échanges commerciaux avec le monde islamique[18]. Ces nouvelles porcelaines furent rendues possibles par l'importation de cobalt perse — appelé huihui qing (回回青, « bleu islamique » ou « bleu musulman ») — associé à la blancheur translucide de la porcelaine chinoise obtenue grâce au kaolin[18],[19]. Le cobalt était alors si recherché que les fabricants de Jingdezhen le considéraient comme une matière précieuse dont la valeur atteignait environ le double de celle de l'or[18]. Les motifs décoratifs s'inspiraient également de l'ornementation islamique[18]. Une part importante de ces porcelaines bleu et blanc était ensuite exportée vers les marchés d'Asie du Sud-Ouest par l'intermédiaire des marchands musulmans établis à Canton[18].

La porcelaine chinoise bleu et blanc était cuite en une seule cuisson. Après séchage de la pâte, le décor était exécuté au pinceau avec un pigment bleu de cobalt raffiné mélangé à de l'eau. La pièce était ensuite recouverte d'une glaçure transparente puis cuite à haute température. À partir du XVIe siècle, des sources locales de cobalt bleu commencèrent à être exploitées, bien que le cobalt perse demeurât le plus coûteux[18]. La production de céramiques bleu et blanc s'est poursuivie à Jingdezhen jusqu'à nos jours. La porcelaine bleu et blanc produite à Jingdezhen atteignit probablement son plus haut degré de perfection technique sous le règne de l'Empereur Kangxi (1661-1722).

Evolution des céramiques chinoises bleu et blanc

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XIVe siècle

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Le véritable essor des céramiques chinoises bleu et blanc commença dans la première moitié du XIVe siècle. Elles remplacèrent progressivement la tradition pluriséculaire des porcelaines méridionales bleu-blanc non décorées, généralement connues sous le nom de qingbai, ainsi que les céramiques Ding (en) produites dans le nord de la Chine. Les productions les plus raffinées — et rapidement les plus importantes en volume — provenaient des fours de Jingdezhen, dans la province du Jiangxi.

La Chine possédait déjà une longue tradition de céramiques peintes, représentée notamment à cette époque par les populaires grès de Cizhou (en). Toutefois, ces productions n'étaient pas utilisées par la cour impériale. Pour la première fois depuis plusieurs siècles, les nouvelles céramiques bleu et blanc correspondaient aux goûts des souverains mongols qui dirigeaient alors la Chine.

Les céramiques bleu et blanc firent également leur apparition au Japon, où elles étaient connues sous le nom de sometsuke (染付?). Si leurs formes et leurs décors furent dans un premier temps fortement influencés par les modèles chinois, elles développèrent par la suite des caractéristiques stylistiques et des formes propres.

XVe siècle

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Avec l'avènement de la dynastie Ming en 1368, les céramiques bleu et blanc furent pendant un temps délaissées par la cour impériale, en particulier sous les règnes des empereurs Hongwu et Yongle, car elles étaient jugées trop inspirées de modèles étrangers[18]. À cette époque, les céramiques bleu et blanc ne correspondaient pas aux goûts chinois ; le traité Gegu Yaolun (格古要論), rédigé au début des Ming, qualifiait même les productions bleues et polychromes d'« extrêmement vulgaires »[16]. La porcelaine bleu et blanc retrouva toutefois son prestige au XVe siècle sous le règne de l'empereur Xuande, avant de connaître un nouveau développement durable[18].

Au cours de ce siècle, plusieurs expérimentations furent menées afin d'associer le bleu sous glaçure à d'autres couleurs, qu'il s'agisse de pigments sous glaçure ou d'émaux sur glaçure. Les rouges au cuivre et au fer furent d'abord les plus employés, mais leur cuisson était bien plus difficile à maîtriser que celle du bleu de cobalt ; un grand nombre de pièces ratées virent ainsi le gris terne remplacer le rouge recherché. Ces recherches se poursuivirent durant les siècles suivants et conduisirent notamment aux techniques doucai et wucai, qui combinaient le bleu sous glaçure avec d'autres couleurs appliquées sur glaçure[réf. nécessaire].

XVIe siècle

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Certaines céramiques bleu et blanc du XVIe siècle se distinguaient par des influences islamiques, notamment celles produites sous le règne de l'empereur Zhengde (1506-1521), qui portaient parfois des inscriptions en persan ou en arabe[20]. Cette particularité est généralement attribuée à l'influence des eunuques musulmans présents à sa cour.

À la fin du siècle, un important commerce d'exportation de porcelaines chinoises vers l'Europe s'était développé, donnant naissance au style dit Kraak. Selon les critères chinois, il s'agissait d'un style relativement ordinaire mais spectaculaire, généralement exécuté en bleu et blanc. Il connut un immense succès en Europe et apparaît dans de nombreuses peintures du siècle d'or néerlandais au cours du siècle suivant. Il fut rapidement imité par les ateliers européens.

XVIIe siècle

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Au cours du XVIIe siècle, de nombreuses pièces bleu et blanc furent produites en Chine comme porcelaines d'exportation (en) destinées aux marchés européens. Le style dit de la porcelaine de transition, principalement réalisé en bleu et blanc, élargit considérablement le répertoire iconographique utilisé. Il introduisit des scènes tirées de la littérature, des groupes de personnages et de vastes paysages, souvent inspirés de la peinture chinoise et des illustrations de livres imprimés par xylographie. Des motifs et des scènes européens coexitaient avec les sujets chinois sur ces objets[20].

Dans les années 1640, les rébellions qui secouèrent la Chine ainsi que les guerres opposant la dynastie Ming aux Mandchous endommagèrent de nombreux fours. Entre 1656 et 1684, le nouveau gouvernement de la dynastie Qing interrompit le commerce maritime en fermant les ports du pays. Les exportations chinoises cessèrent presque entièrement, ce qui obligea les marchés eurasiatiques à se tourner vers d'autres sources d'approvisionnement en céramiques bleu et blanc. Au Japon, des potiers chinois réfugiés introduisirent dans les fours d'Arita des techniques perfectionnées de fabrication de la porcelaine ainsi que des émaux céramiques.

À partir de 1658, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales se tourna vers le Japon pour se procurer des porcelaines bleu et blanc destinées à la vente en Europe. Dans un premier temps, les fours d'Arita, notamment ceux de Kakiemon, ne furent pas en mesure de fournir des quantités suffisantes de porcelaines de qualité, mais ils augmentèrent rapidement leurs capacités de production. Entre 1659 et 1740, les fours d'Arita exportèrent d'immenses quantités de porcelaines vers l'Europe et l'Asie. Progressivement, les fours chinois retrouvèrent leur activité et, vers 1740, la première grande période des exportations japonaises de porcelaine avait pratiquement pris fin[21].

À partir des années 1640, la faïence de Delft devint également une concurrente importante, en adoptant des styles ouvertement inspirés des décors d'Asie orientale.

XVIIIe siècle

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Au XVIIIe siècle, la production de porcelaines d'exportation destinées aux marchés européens se poursuivit[20]. Toutefois, en partie à la suite des travaux de François Xavier d'Entrecolles, un exemple précoce d'espionnage industriel ayant permis la transmission en Europe des procédés de fabrication de la porcelaine chinoise, les exportations chinoises de porcelaine diminuèrent considérablement, en particulier vers la fin du règne de l'empereur Qianlong[22].

Bien que les décors polychromes réalisés en émaux sur glaçure aient alors atteint un haut degré de perfection, notamment avec les palettes famille rose (en) et d'autres variantes décoratives, des céramiques bleu et blanc de très grande qualité continuèrent d'être produites à Jingdezhen pour la cour impériale et les élites du marché intérieur.

En dehors de la Chine

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Poterie islamique

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Les céramiques chinoises bleu et blanc devinrent extrêmement populaires au Moyen-Orient à partir du XIVe siècle, où les productions chinoises et islamiques coexistèrent[23].

Dès le XIIIe siècle, des motifs décoratifs chinois, tels que les grues en vol, les dragons ou les fleurs de lotus, commencèrent également à apparaître dans les productions céramiques du Proche-Orient, notamment en Syrie et en Égypte[24].

Des porcelaines chinoises des XIVe et XVe siècle furent introduites au Moyen-Orient et au Proche-Orient, en particulier dans l'Empire ottoman, soit sous forme de présents diplomatiques, soit comme butin de guerre. Les modèles chinois exercèrent une influence considérable sur les potiers d'Iznik, en Turquie. Le motif Ming dit « aux grappes de raisin » fut notamment très apprécié et largement reproduit sous l'Empire ottoman[24].

À gauche : plat Ming à décor de grappes de raisin, XVe siècle, fours de Jingdezhen, Jiangxi. British Museum.
À droite : plat en pâte siliceuse à décor de grappes de raisin, Iznik, Turquie, 1550-1570. British Museum.

Les Japonais furent parmi les premiers admirateurs des céramiques chinoises bleu et blanc et, malgré les difficultés d'approvisionnement en cobalt — importé d'Iran par l'intermédiaire de la Chine — ils produisirent rapidement leurs propres céramiques bleu et blanc, généralement en porcelaine japonaise, dont la fabrication débuta vers 1600. Cet ensemble de productions est désigné sous le nom de sometsuke (染付?).

Une grande partie de cette production est regroupée sous l'appellation régionale assez large d'Arita-yaki , mais certains fours, comme ceux produisant les porcelaines de Hirado, spécialisées dans les pièces de haute qualité, se consacrèrent presque exclusivement au bleu et blanc.

Une proportion importante des porcelaines fabriquées entre 1660 et 1740 fut destinée à l'exportation, principalement vers l'Europe.

Les fours les plus prestigieux, producteurs des porcelaines de Nabeshima destinées à servir de présents diplomatiques ou politiques plutôt qu'au commerce, réalisèrent également de nombreuses pièces uniquement décorées en bleu. Ils utilisèrent toutefois abondamment le bleu dans leurs porcelaines polychromes, où le décor des parois des plats est souvent exécuté exclusivement dans cette couleur.

Les productions de Hasami (Hasami-yaki) et de Tobe (Tobe-yaki) constituent des catégories plus courantes de céramiques faisant largement usage du décor bleu et blanc. On notera aussi l'existence de la glaçure bleu et blanc de Nankin (nanyo sometsuke)[25] ainsi que de décor de rinceaux en bleu et blanc sous glaçure (karakusamon sometsuke)[25].

Les Coréens commencèrent à produire des porcelaines bleu et blanc au début du XVe siècle, avec des décors influencés par les styles chinois. Par la suite, certains grès bleu et blanc furent également fabriqués. L'ensemble de cette production historique relève de la dynastie Joseon (1392-1897).

Dans les vases, les épaules larges caractéristiques des formes privilégiées en Corée offraient de vastes surfaces propices à la décoration peinte. Les dragons et les branches fleuries figuraient parmi les motifs les plus populaires.

Premières influences

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Les céramiques chinoises bleu et blanc furent imitées en Europe dès le XVIe siècle, notamment au moyen d'une technique de faïence bleu et blanc connue sous le nom d’alla porcellana. Peu après, les premières tentatives visant à reproduire la matière même de la porcelaine chinoise bleu et blanc furent réalisées avec la porcelaine Médicis[26].

Ces premières productions semblent combiner des influences issues à la fois des céramiques bleu et blanc islamiques et des céramiques bleu et blanc chinoises.

Imitations directes des modèles chinois

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Dès le début du XVIIe siècle, la porcelaine chinoise bleu et blanc était exportée directement vers l'Europe. Aux XVIIe et XVIIIe siècle, les porcelaines orientales bleu et blanc étaient particulièrement prisées en Europe et en Amérique. Elles étaient parfois enrichies de montures en argent ou en or finement ouvragées et faisaient l'objet de collections constituées par les rois et les princes.

La fabrication de la porcelaine en Europe débuta à Meissen, en Allemagne, en 1707. Les secrets de fabrication de la porcelaine chinoise à pâte dure furent transmis en détail à l'Europe grâce aux travaux du père jésuite François Xavier d'Entrecolles entre 1712 et 1722[27].

Les premières productions européennes furent fortement influencées par les porcelaines chinoises et, plus généralement, orientales. L'un des premiers décors à connaître un grand succès fut le motif dit de l'oignon , toujours produit aujourd'hui par la manufacture de Meissen. Les premières porcelaines françaises (en) furent elles aussi profondément marquées par les modèles chinois.

Les premières porcelaines anglaises subirent également l'influence des productions chinoises. Ainsi, lorsque la manufacture de Worcester commença à produire de la porcelaine, près de quarante ans après Meissen, les porcelaines orientales bleu et blanc inspirèrent une grande partie de ses décors. Des pièces décorées à la main ou imprimées par transfert furent produites à Worcester ainsi que dans d'autres manufactures anglaises selon un style connu sous le nom de « chinoiserie ». Les porcelaines de Chelsea et de Bow à Londres, ainsi que celles Porcelaine de Lowestoft (en) en Est-Anglie, firent un usage particulièrement abondant du décor bleu et blanc. Dans les années 1770, le Jasperware (en) de Wedgwood, qui utilisait également l'oxyde de cobalt, proposa une nouvelle interprétation de la céramique bleu et blanc et demeure populaire aujourd'hui.

De nombreuses autres manufactures européennes suivirent cette tendance. À Delft, aux Pays-Bas, des céramiques bleu et blanc inspirées des porcelaines chinoises d'exportation destinées au marché néerlandais furent produites en grandes quantités tout au long du XVIIe siècle. La faïence de Delft fut elle-même largement imitée par des manufactures d'autres pays européens, notamment en Angleterre, où elle est connue sous le nom d'English delftware (en).

L'assiette représentée sur l'illustration (à gauche) est décorée, au moyen de l'impression par transfert, du célèbre motif du "saule" (Willow pattern (en)) et a été fabriquée par la Royal Stafford, une manufacture située dans le comté anglais du Staffordshire.

La longévité exceptionnelle du willow pattern rend difficile une datation précise de la pièce illustrée ; elle est peut-être relativement récente. Des céramiques similaires ont toutefois été produites en très grandes quantités par les manufactures anglaises pendant de longues périodes et continuent d'être fabriquées aujourd'hui.

Le willow pattern, censé raconter l'histoire tragique de deux amants contrariés par le destin, est une création entièrement européenne, bien que son style ait été fortement influencé par des éléments décoratifs empruntés aux porcelaines chinoises d'exportation du XVIIIe siècle.

Ce motif fut à son tour imité par les potiers chinois, mais avec un décor peint à la main plutôt qu'appliqué par impression par transfert.

Grâce aux importantes relations commerciales entretenues entre la Pologne et les Pays-Bas, la production de faïence débuta à Gdańsk au XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, la faïence poméranienne fut également produite à Elbląg, Tolkmicko, Frombork et Malbork.

Dans la République des Deux Nations, les manufactures de faïence étaient appelées farfurnia[28],[29].

En 1770, le roi Stanislas II fonda la Manufacture royale de faïence à Belweder, où des céramiques étaient produites à partir de kaolin extrait localement dans le quartier de Mokotów. La production annuelle atteignit 45 000 pièces en 1778. La faïence de Belweder, fabriquée jusqu'en 1780, se distinguait par un niveau de décoration exceptionnellement élevé[30].

En 1778, la manufacture de faïence Wolff et Bernardi fut fondée dans le quartier de Bielino et demeura en activité jusqu'aux environs de 1800.

Vietnam

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On considère généralement que la migration de potiers chinois vers le Vietnam voisin sous la dynastie Yuan marque les débuts de la production vietnamienne de céramiques bleu et blanc[31]. Toutefois, l'occupation chinoise du Vietnam entre 1407 et 1427 est considérée comme la principale période d'influence chinoise sur la céramique vietnamienne[32]. Durant cette période, les potiers vietnamiens adoptèrent largement le décor bleu sous glaçure au cobalt, qui avait déjà acquis une grande popularité sur les marchés d'exportation du monde musulman. Les céramiques vietnamiennes bleu et blanc utilisaient parfois deux types de cobalt : le cobalt du Moyen-Orient produisait un bleu vif mais coûtait plus cher que le cobalt plus sombre provenant du Yunnan, en Chine[19].

Le village de Chu Đậu, dans la province de Hải Dương, constituait le principal centre de production céramique du pays[33].

Entre 1436 et 1465, la dynastie Ming interrompit brutalement le commerce avec l'extérieur, créant un vide commercial qui permit aux céramiques vietnamiennes bleu et blanc de dominer certains marchés, notamment ceux de l'Asie du Sud-Est maritime. Cette évolution fut renforcée par une pénurie intérieure de cobalt — le principal pigment utilisé pour les porcelaines bleu et blanc — qui limita la production chinoise durant cette période.

Les céramiques vietnamiennes de cette époque ont été retrouvées dans l'ensemble de l'Asie : au Japon, dans toute l'Asie du Sud-Est (Thaïlande, Indonésie, Philippines), mais aussi au Moyen-Orient (port arabe de Julfar, Perse, Syrie, Turquie, Égypte) ainsi qu'en Afrique orientale, notamment en Tanzanie[19],[34],[35],[36].

La poterie bleue de Jaipur est un artisanat traditionnel de Jaipur, dans l'actuel État indien du Rajasthan, largement reconnu comme étant d'inspiration centre-asiatique et persane. Contrairement à la plupart des traditions céramiques de l'Inde, la poterie bleue de Jaipur n'est pas fabriquée à partir d'argile, mais à partir d'une pâte frittée (en), généralement composée de poudre de quartz, de verre pulvérisé, de terre à foulon, de borax, de gomme et d'eau. Les pièces sont glaçurées puis cuites à basse température. Elles se distinguent par l'emploi du bleu cobalt, du turquoise, du vert, du jaune, du brun et du blanc. Les décors comprennent des arabesques florales, des motifs géométriques ainsi que des représentations d'oiseaux, d'animaux et des ornements hérités de la tradition moghole.

La technique serait arrivée vers l'est à partir des traditions de céramiques glaçurées bleues d'Asie occidentale et centrale, en passant par Delhi avant de s'implanter à Jaipur. Selon une autre version, la poterie bleue aurait été introduite à Jaipur au XIXe siècle sous le règne de Ram Singh II, qui encouragea les artisans locaux à apprendre cet art auprès de potiers de Delhi.

Au début du XXe siècle, les productions de Jaipur étaient considérées comme supérieures à celles de Delhi. L'école de Jaipur avait alors indianisé cette tradition en développant des décors inspirés de la vie indienne, comprenant des figures humaines, des divinités hindoues, des représentations de palais et des motifs animaliers locaux.

Dans les années 1950, cet artisanat avait presque disparu de Jaipur, mais il fut relancé grâce aux efforts de Kripal Singh Shekhawat (en), avec le soutien de personnalités telles que Gayatri Devi et Kamaladevi Chattopadhyay.

La poterie bleue de Jaipur continue aujourd'hui d'être produite sous des formes à la fois décoratives et utilitaires, notamment sous la forme de carreaux, de bols, de vases, de plateaux, de dessous-de-verre, de boutons de meuble et d'autres objets glaçurés.

Voir aussi

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Notes et références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Blue and white pottery » (voir la liste des auteurs).
  1. ↑ « "Tang Blue-and-White," by Regina Krahl » [archive du ] (consulté le )
  2. ↑ « Iraq and China: Ceramics, Trade, and Innovation » [archive du ], sur asia.si.edu (consulté le )
  3. 1 2 (en) Jonathan Bloom et Sheila Blair, Grove Encyclopedia of Islamic Art & Architecture: Three-Volume Set, OUP USA, (ISBN 978-0-19-530991-1, lire en ligne)
  4. ↑ Met description
  5. 1 2 3 Medley, 177
  6. ↑ Lazaward (Lajvard) and Zaffer Cobalt Oxide in Islamic and Western Lustre Glass and Ceramics
  7. ↑ (en) Jonathan M. Bloom et Sheila Blair, Grove Encyclopedia of Islamic Art & Architecture: Three-Volume Set, OUP USA, (ISBN 978-0-19-530991-1, lire en ligne)
  8. ↑ (en) Howell G. M. Edwards et Philippe Colomban, Blue by Fire: A Marker of the Technical History of Glass and Ceramics, Springer Nature, , 290 p. (ISBN 978-3-031-77122-4, lire en ligne) :
    « In conclusion, the continuous use of cobalt in Mesopotamia-Persia area since Antiquity as well as the Belitung cargo are consistent with the need to consider blue-and-white decoration as an Abbasid innovation. »
  9. ↑ Walter B. Denny, « Blue-and-White Islamic Pottery on Chinese Themes », Boston Museum Bulletin, vol. 72, no 368,‎ , p. 76–99 (ISSN 0006-7997, JSTOR 4171598, lire en ligne)
  10. ↑ (en) Robert Finlay, The Pilgrim Art: Cultures of Porcelain in World History, University of California Press, (ISBN 978-0-520-94538-8, lire en ligne)
  11. ↑ (en) Deborah A. Bekken, Lisa C. Niziolek et Gary M. Feinman, China: Visions through the Ages, University of Chicago Press, (ISBN 978-0-226-45617-1, lire en ligne), p. 274
  12. ↑ Huangye (黄冶) est un site de fours céramiques de la région de Gongyi
  13. ↑ A Landmark in the History of Chinese Ceramics: The Invention of Blue-and-white Porcelain in the Tang Dynasty (618–907 A.D.)
  14. 1 2 "Song blue-and-white was rare enough, but Tang blue-and-white was unheard of" in Chinese glazes: their origins, chemistry, and recreation Nigel Wood p.97
  15. ↑ curating the oceans and Belintung shipwreck
  16. 1 2 3 Kessler 2012.
  17. ↑ Kessler is a book devoted to arguing for earlier dates, as summarized in the Introduction. For earlier 20th-century views, see p. 3 in particular. See Medley, p. 176, for a rejection of such dates.
  18. 1 2 3 4 5 6 7 8 Finlay, p.158ff
  19. 1 2 3 Richard Gessert, « More Kinds of Blue », The Art Institute of Chicago,
  20. 1 2 3 Musée Guimet permanent exhibit
  21. ↑ Ford & Impey, 126-127
  22. ↑ China's last empire: the great Qing William T. Rowe, Timothy Brook p.84
  23. ↑ Medieval Islamic civilization: an encyclopedia by Josef W. Meri, Jere L. Bacharach p.143
  24. 1 2 Notice of British Museum "Islamic Art Room" permanent exhibit.
  25. 1 2 Michel Maucuer, Céramiques Japonaises : Un choix dans les collections du musée Cernuschi., Paris, PARIS musées, , 184 p. (ISBN 978 - 2 7596 - 0038 - 0)
  26. ↑ Western Decorative Arts National Gallery of Art (U.S.), Rudolf Distelberger p.238
  27. ↑ Baghdiantz McCabe, Ina (2008) Orientalism in Early Modern France, (ISBN 978-1-84520-374-0), Berg Publishing, Oxford, p.220ff
  28. ↑ Starzewska M., Jeżewska M., Polski Fajans, Wrocław: Zakład Narodowy im. Ossolińskich Wydawnictwo, 1978. p. 9–10, 16–18.
  29. ↑ Gubernat A., Zarzecka-Napierała M., Zarys historii ceramiki, Kraków: Wydawnictwa AGH, 2022, p. 82, 84, 86–89.
  30. ↑ Tadeusz Mańkowski. Królewska Fabryka Farfurowa w Belwederze. „Sztuki Piękne”. 8 (3), p. 73–90, 1932. (pol.).
  31. ↑ Regina Krahl, Vietnamese Ceramics: A Separate Tradition, Art Media Resources, , 148–149 p. (ISBN 1878529226), « Vietnamese Blue-and-White and Related Wares »
  32. ↑ Krahl 1997, p. 149.
  33. ↑ « Chu Đậu ceramics » [archive du ] (consulté le )
  34. ↑ Vietnamese Ceramics in the Malay World
  35. ↑ Early History and Distribution of Trade Ceramics in Southeast Asia
  36. ↑ Ueda Shinya et Nishino Noriko, « The International Ceramics Trade and Social Change in the Red River Delta in the Early Modern Period », brill.com, vol. 5, no 2,‎ , p. 123–144 (DOI 10.1163/22879811-12340008 Accès libre, S2CID 135205531)

Liens externes

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  • Finlay, Robert, 2010, The Pilgrim Art. Cultures of Porcelain in World History. University of California Press (ISBN 978-0-520-24468-9)
  • Ford, Barbara Brennan, and Oliver R. Impey, Japanese Art from the Gerry Collection in The Metropolitan Museum of Art, 1989, Metropolitan Museum of Art, fully online
  • Adam Theodore Kessler, Song Blue and White Porcelain on the Silk Road, Brill, (ISBN 978-90-04-23127-6, lire en ligne)
  • Medley, Margaret, The Chinese Potter: A Practical History of Chinese Ceramics, 3rd edition, 1989, Phaidon, (ISBN 071482593X)