Djesseré
Un Djesseré (également Djassaré, Jasare, Jasaré, Jeseré) est un conteur professionnel dans la société songhaï-zarma du Niger.
Fonction et art
modifierUn Djesseré raconte de longues épopées relatant l'histoire de la population, ses lignées et ses héros. Préserver la tradition culturelle de son art lui importe au moins autant que de transmettre un savoir[1]. Même lorsque ses thèmes ont un arrière-plan historique, il s'efforce de les replacer dans le contexte de son époque, par exemple en expliquant des distances géographiques à l'aide de lieux modernes[2].
Le récit est généralement accompagné musicalement par le molo, instrument à cordes[3]. Le conteur a une expression du visage réduite et ne chante pas, ce qui le distingue fondamentalement de la tradition narrative ouest-africaine incarnée par les griots[2]. Un griot, appelé le plus souvent Gawlo au Niger, a un statut social bas et est souvent associé à un comportement importun et à une maîtrise artistique inégale. Un Djesseré se conçoit au contraire comme membre d'un groupe social exclusif et de haut rang.
Histoire et tradition
modifierLa tradition des Djesseré remonte à l'empire songhaï, disparu en 1591. Les anciens maîtres sont appelés Djesserédounka[3]. Les conteurs étaient fortement intégrés au tissu politique, car ils n'étaient pas seulement des gardiens de la tradition, mais aussi des conseillers des souverains[1].
Une distinction existait déjà de longue date entre les Djesseré d'origine songhaï-zarma et ceux d'origine fulbe, même si ces derniers, dans l'exercice de leur activité au Niger, n'utilisent plus leur propre langue, le fulfulde, mais sont passés à la langue songhaï-zarma. Les conteurs d'origine songhaï-zarma (et en particulier leur maison respective) sont appelés Timeï, ceux d'origine fulbe sont appelés Mâbo. Une concentration particulièrement élevée de Timeï s'est développée dans les villages de Dartchandé, Koulikoira et Saya[3].
Sont considérés comme les grands maîtres Djesseré du XXe siècle: Koulba Baba, Djeliba Badjé, Badjé Bannya, Nouhou Malio, Djado Sékou et Tinguizi[3]. Des enregistrements sonores existent pour la plupart de ces artistes, réalisés par Radio Niger et par l'Institut de recherches en sciences humaines (IRSH) du Niger[4].
Formation
modifierLa formation, pluriannuelle, pour devenir Djesseré comprend l'apprentissage et la transmission du savoir historique ainsi qu'un apprentissage de l'élocution[1]. La pratique de l'instrument d'accompagnement, le molo, est également travaillée. Les élèves sont habituellement des fils de Djesseré.
La formation est institutionnellement ancrée dans des écoles propres, distinguant écoles songhaï et écoles zarma. Des écoles de Djesseré songhaï existent notamment à Dartchandé, Karma et Namaro. Le principal centre de formation en territoire zarma se trouve à Liboré, auxquels s'ajoutent d'autres établissements à N'Dounga et Saga[3].
Notes et références
modifier- 1 2 3 Ousmane Mahamane Tandina, «L'épopée», dans Marie-Clotilde Jacquey (dir.), Littérature nigérienne (coll. «Notre librairie», n° 107), CLEF, Paris, 1991, p. 59.
- 1 2 Hamadou Seini, Zarma-Songhoï Verbal Artistry and Expression: From the Epic to the Francophone Novel, with a Focus on Intertextual Dialogue Across the Genres, thèse, Université du Colorado, Boulder, 2013, p. 33–34 (PDF, consulté le 2 avril 2020).
- 1 2 3 4 5 Hamadou Seini, Zarma-Songhoï Verbal Artistry and Expression: From the Epic to the Francophone Novel, with a Focus on Intertextual Dialogue Across the Genres, thèse, Université du Colorado, Boulder, 2013, p. 30–32 (PDF, consulté le 2 avril 2020).
- ↑ Sandra Bornand, Le discours du griot généalogiste chez les Zarma du Niger, Karthala, Paris, 2005, (ISBN 2-84586-625-9), p. 224.
Pour approfondir
modifierBibliographie
modifier- Sandra Bornand, Le discours du griot généalogiste chez les Zarma du Niger, Karthala, Paris, 2005, (ISBN 2-84586-625-9).
- Hamadou Seini, Zarma-Songhoï Verbal Artistry and Expression: From the Epic to the Francophone Novel, with a Focus on Intertextual Dialogue Across the Genres, thèse, Université du Colorado, Boulder, 2013 (PDF).
- Ousmane Mahamane Tandina, «L'épopée», dans Marie-Clotilde Jacquey (dir.), Littérature nigérienne (coll. «Notre librairie», n° 107), CLEF, Paris, 1991, p. 58–62.