Droit social
Le droit social est une branche du droit qui regroupe le droit du travail et le droit de la sécurité sociale. Principalement classé dans la catégorie du droit privé, le droit social couvre également quelques aspects de droit public.
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Historique
modifierLe droit social moderne apparaît dans les années 1950-1960 suite au développement de la sécurité sociale depuis 1945. A mesure que les normes de cette dernière s'étoffent, le droit de la sécurité sociale prend son autonomie vis-à-vis du droit du travail, dont l'objet est de régir les relations individuelles et collectives de travail. Les deux matières entretiennent toutefois des liens très étroits, ce qui justifie leur regroupement au sein du droit social.
Ancien régime
modifierSous l'Ancien régime, le monde du travail est principalement organisé en corporations. Chacune de ces structures dispose de ses propres règles et régit un métier en particulier. Le pouvoir royal tend à imposer de nouvelles obligations par des ordonnances et des lettres patentes qui se cumulent avec les statuts de chaque corporation[1]. A travers les hôtels-dieu, l’Église prend en partie en charge le problème de la pauvreté. Les manufactures créées au XVIIe siècle, qui préfigurent les usines de la Révolution industrielle, sont régies par des règlements de police obligeant l'ouvrier à ne pas quitter son maître sans détenir un billet de congé sous peine d'amende[2]. En 1673, les premières retraites sont mises en place par Jean-Baptiste Colbert pour les marins et les danseurs d'opéra[3].
Révolution et Empire
modifierLa Révolution rompt avec l'organisation antérieure du travail en proclamant le principe de la liberté contractuelle. Au nom de celui-ci, les corporations perçues comme des structures contraignantes sont abolies par le décret d'Allarde tandis que la coalition (action collective de patrons ou d'ouvriers) est interdite par la loi Le Chapelier (1791). Les relations de travail deviennent ainsi contractuelles[4].
Le Code civil promulgué par Napoléon en 1804 consacre la liberté contractuelle[5]. Cela implique que l'Etat s'immisce très peu dans des relations de travail qui revêtent un caractère privé. Peu de lois règlementent ainsi le travail, hormis par exemple un décret de 1813 interdisant le travail des enfants de moins de 10 ans dans les mines[6]. Sous l'Empire, le corollaire de la liberté est l'ordre. Cela justifie alors que la coalition fasse l'objet de sanctions pénales et que le livret ouvrier soit créé. Forme plus contraignante du billet de congé, le livret ouvrier est un instrument obligatoire de police administrative destiné à identifier les ouvriers[7]. Le contrat de louage de services, ancêtre particulièrement précaire du contrat de travail, trouve à se développer sans pour autant susciter l'intérêt des juristes.
Révolution industrielle
modifierLa maîtrise des énergies fossiles comme le charbon conduit au développement du chemin de fer et des usines. Il en résulte un exode des populations rurales vers les villes et les grandes unités de production nouvellement créées telles que Le Creusot[8]. L'invention du gaz d'éclairage rallonge alors les journées de travail et permet le travail de nuit. Parmi le prolétariat, la classe nouvellement formée, le paupérisme se répand. En 1831 à Lyon, les ouvriers de la soie (les canuts) se révoltent et revendiquent la garantie d'un salaire[9]. En 1841, une loi limite le travail des enfants. Les enquêtes menées par le médecin Louis René Villermé font connaître au grand public les problèmes de misère et de santé dont souffre la classe ouvrière[10].
Avec la Révolution de 1848, plusieurs lois sont adoptées : l'esclavage est aboli, le travail effectif est limité à 12 heures par jour dans certains établissements industriels, et la liberté d'association professionnelle est reconnue[11]. Sous le Second Empire, Napoléon III introduit deux formes de sociétés de secours mutuels en 1852 et dépénalise la coalition ainsi que la grève en 1864[12],[13]. Naît alors la législation industrielle en tant que matière à part entière, marquant le début du développement du droit du travail.
La proclamation de la IIIe République continue ce développement malgré une période d'ordre moral en réaction à l'évènement de la Commune de Paris. L'inspection du travail est instaurée en 1874. Le travail est limité à six jours par semaine (1882), les syndicats sont légalisés par la loi Waldeck-Rousseau (1884), le travail quotidien est limité à 11 heures (1892) et l'indemnisation des accidents du travail est facilitée (1898)[14].
XX et XXIe siècles
modifierA partir de 1910, un ministère du Travail et un Code du travail sont créés avec les premières institutions représentatives du personnel[15]. Le temps de travail est limité à 8 heures par jour en 1919, et les syndicats sont autorisés à agir collectivement en justice l'année suivante. Les assurances sociales sont mises en place à la fin des années 1920[16]. Selon la chambre sociale de la Cour de cassation, le contrat de travail s'identifie par l'existence d'un lien de subordination entre le salarié et son employeur (Soc, 1931, Bardou)[17]. Des allocations familiales sont créées en 1932.
En 1936, le Front Populaire instaure la semaine de 40 heures et les congés payés, réduit le travail à cinq jours par semaine et permet la négociation des premiers accords collectifs interprofessionnels[18]. Les accords de Matignon réaffirment les libertés syndicales et instaurent les délégués du personnel. La revue Droit social est fondée en 1938 afin de traiter cette nouvelle matière juridique sous l'angle du lien social[19].
Le programme du CNR conduit à la création de la sécurité sociale en 1945[20]. En 1956, un Code de la famille et de l'aide sociale est promulgué et la discrimination syndicale peut faire l'objet de sanctions pénales. Dans les décennies suivantes, le travail hebdomadaire et les heures supplémentaires sont progressivement limités tandis que trois semaines de congés payés sont ajoutées. C'est alors que le droit social est véritablement formé.
Objectifs
modifierLe droit du travail résulte du constat que les relations de travail sont intrinsèquement déséquilibrées. L'employeur dispose en effet d'un triple pouvoir de direction, de contrôle et de sanction sur le salarié[21]. Le droit commun des obligations, fondé sur une relative égalité entre les parties, apparaît alors en décalage avec la réalité du monde du travail. Dès lors, le droit du travail permet de rééquilibrer les relations de travail en mettant à la charge de l'employeur un certain nombre d'obligations spécifiques[22].
Le droit de la sécurité sociale vise quant à lui à assurer le bon fonctionnement du système de sécurité sociale, notamment en recouvrant les cotisations sociales et en indemnisant les accidents du travail et les maladies professionnelles.
Institutions
modifierLe droit social concerne des institutions représentatives du personnel ainsi que des institutions administratives et juridictionnelles[23].
- le comité social et économique (CSE) : institution destinée à représenter les salariés dans les entreprises d'au moins 11 salariés ;
- le conseil de prud'hommes (CPH) : juridiction chargée de trancher les litiges individuels nés à l'occasion d'un contrat de travail, tant entre un employeur et un salarié qu'entre deux salariés ;
- la Cour de cassation : haute juridiction dont la chambre sociale et la deuxième chambre civile sont chargées de trancher en dernier ressort les litiges de droit du travail et du droit de la sécurité sociale ;
- le délégué syndical (DS) : personne désignée par un syndicat représentatif afin de négocier des accords collectifs au sein de l'entreprise ;
- la DREETS et la DDETS : administration régionale et départementale qui définit la politique de l'emploi et gère l'inspection du travail ;
- la médecine du travail : service chargé de prévenir l'altération de la santé des salariés à cause du travail ;
- la sécurité sociale : institution composée d'organismes de droit privé régissant les six branches du régime général ;
- le tribunal judiciaire (TJ) : juridiction chargée de trancher les litiges collectifs de travail (ex. : grève, élections professionnelles) ainsi que ceux relatifs au droit de la sécurité sociale.
Notes et références
modifier- ↑ « Le renouveau du commerce et de l’artisanat », sur BnF Essentiels (consulté le )
- ↑ Paul Delsalle, « Du billet de congé au carnet d'apprentissage : les archives des livrets d'employés et d'ouvriers (XVIe-XIXe siècle) », Persée, (lire en ligne)
- ↑ « Réforme des retraites : quand Colbert et Louis XIV créaient la retraite, pour les marins… et les danseurs de l’Opéra », sur SudOuest.fr, (consulté le )
- ↑ « 14 juin 1791 - Le Chapelier interdit les associations professionnelles - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
- ↑ « Article 1102 du Code civil », sur Légifrance
- ↑ « Le saviez-vous ? En 1813, Napoléon Ier fut le premier à interdire le travail des enfants… dans les mines », sur SudOuest.fr, (consulté le )
- ↑ Bruno Perrin-Turenne, « Le livret ouvrier, histoire et origine Le site de l'Histoire | Histoire | Historyweb.fr », sur Le site de l'Histoire | Histoire | Historyweb.fr, (consulté le )
- ↑ « Une ville-usine devenue empire », sur Office de Tourisme Creusot Montceau (consulté le )
- ↑ « 22 novembre 1831 - La révolte des canuts de Lyon - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
- ↑ Encyclopædia Universalis, « Biographie de LOUIS RENÉ VILLERMÉ (1782-1863) », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
- ↑ (en-US) François Jarrige, « La révolution de 1848 et le « droit au travail » », sur The Conversation, (consulté le )
- ↑ « A cotisé ! Histoire des sociétés de secours mutuel : épisode du podcast Universelle et solidaire, histoire de la Sécurité sociale », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ « Émile Ollivier (28 avril 1864) - Assemblée nationale », sur www2.assemblee-nationale.fr (consulté le )
- ↑ « Chronologie : histoire des relations du travail depuis la loi Le Chapelier de 1791 », sur vie-publique.fr (consulté le )
- ↑ « Publication du Code du travail en France », sur Passerelles (consulté le )
- ↑ « Les grandes dates » [archive du ], sur www.securite-sociale.fr (consulté le )
- ↑ « Le lien de subordination juridique en Droit du travail | Aideauxtd.com », (consulté le )
- ↑ « 20 juin 1936 - Le Front populaire généralise les congés payés - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
- ↑ Le Conseil d'État, « 80 ans de la sécurité sociale : article de Didier-Roland Tabuteau, vice-président du Conseil d’État », sur Conseil d'État, (consulté le )
- ↑ « Ordonnance n° 45-2250 du 4 octobre 1945 portant organisation de la sécurité sociale », sur Légifrance (consulté le )
- ↑ « Cour de Cassation, Chambre sociale, du 13 novembre 1996, 94-13.187 », sur legifrance.gouv.fr
- ↑ « Quelles sont les 5 obligations de l'employeur ? | Ouest-France Emploi », sur emploi.ouest-france.fr (consulté le )
- ↑ « L'organisation des cours et tribunaux », sur justice.gouv.fr (consulté le )