Federico Krutwig
Federico Krutwig Sagredo, né le à Getxo et mort le à Bilbao, est un homme politique, écrivain et académicien basque de langues basque et espagnole.
| Membre de l'Académie de la langue basque |
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Fernando Sarrailh de Ihartza, Heiko Sagredo de Ihartza |
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Vasconia: Estudio dialéctico de una nacionalidad (d) |
Son œuvre a notamment contribué au renouvellement de la pensée nationaliste basque et à la réflexion sur l’avenir politique et culturel du Pays basque au XXe siècle.
Biographie
modifierFils d'une famille bourgeoise d'origine allemande et d'une mère biscaïenne. Federico Krutwig apprend la langue basque de manière autodidacte. En 1941, il fait la connaissance de Resurrección María de Azkue avec qui il va collaborer jusqu'à sa mort. Il joint l'Académie de la langue basque en 1943, où il s'engage pour une standardisation du basque autour du dialecte labourdin et des premiers livres imprimés en basque, et ce, avec une orthographe étymologique. Cependant, l'Académie préféra finalement le dialecte guipuscoan comme base du basque unifié. La proposition de standardisation de la langue basque de Krutwig ne sera pas appliqué au-delà des membres de la société de Jakintza Baitha (de la « Chambre des connaissances »), hellénophile.
Fils d'un père allemand originaire de Cologne et d'une mère biscaïenne d'origine vénitienne, Federico Krutwig grandit dans une famille bourgeoise de Getxo. Il commence à apprendre le basque de manière autodidacte dès son enfance et en acquiert rapidement une bonne maîtrise[1]. Au début des années 1940, il se rapproche de l'Académie de la langue basque (Euskaltzaindia) et de Resurrección María de Azkue, dont il devient un proche collaborateur. Azkue le nomme membre correspondant (euskaltzain urgazle) le 29 octobre 1942. Krutwig devient ensuite membre titulaire (euskaltzain oso) le 29 novembre 1947[1]. Au sein de l'Académie, il contribue à sa réorganisation et à faire du basque une langue de travail de ses réunions[1].
Dans les années 1950, Krutwig défend une unification de la langue littéraire fondée sur le labourdin classique, en particulier sur la tradition littéraire de Joanes Leizarraga et d'Axular. Son projet entend également dépasser le purisme lexical en recourant à la terminologie culturelle internationale d'origine grecque et latine[1]. Il défend parallèlement une normalisation de l'orthographe et recourt notamment à une orthographe étymologique, dont plusieurs de ses proches finiront par s'éloigner[1]. Cette orientation s'opposait notamment au projet de Resurrección María de Azkue, qui avait élaboré le modèle du Gipuzkera Osotua à partir du guipuscoan[2]. Le modèle finalement retenu pour l'euskara batua s'inscrivit plus largement dans une base constituée par les dialectes centraux, notamment le guipuscoan, le haut-navarrais et le labourdin, plutôt que dans l'adoption du seul labourdin classique défendu par Krutwig[3].
La proposition de Krutwig ne s'imposa donc pas comme modèle général de la langue standard, même si elle exerça une influence sur plusieurs écrivains et intellectuels basques. Dans ses propres écrits, il continua à employer le modèle fondé sur le labourdin classique et sur l'usage de termes de culture grecque et latine[1]. En 1985, il fonda à Bilbao, avec plusieurs collaborateurs, l'association Jakintza Baitha, consacrée à la promotion des études et de la culture grecques ; l'association publia notamment la revue Halcón: Revista de Cultura Griega[1].
Avec Félix Likiniano, militant anarchiste basque, Federico Krutwig cherche à organiser une résistance au franquisme après la guerre civile espagnole[4]. Leur rapprochement entre anarchisme et nationalisme basque donne naissance à une orientation qualifiée d'anarkoabertzalismoa ou d'anarcho-indépendantisme, qui ne connaît toutefois pas de développement durable[5]. Au début des années 1990, cette articulation entre anarchisme et nationalisme basque est reprise comme référence par des militants autonomes de Bilbao, qui créent la Felix Likiniano Kultur Elkartea, un espace culturel et militant fondé en 1990[6].
En , dans un discours véhément à l'occasion de l'entrée de Luis Villasante à l'Académie de la langue basque, Federico Krutwig critique la position de l'église catholique par rapport à la langue basque. Dans ce discours, tout à fait inhabituel pour l'époque, Krutwig dénonce l'hypocrisie d'une église qui parraine la langue vernaculaire dans certains endroits et marginalise les autres, comme l'euskara au Pays basque.
Quelques jours plus tard, accusé d'avoir tenté de faire revivre l'« ancien esprit séparatiste », Federico Krutwig est contraint de franchir la frontière et de s'exiler en France[7]. À Saint-Jean-de-Luz, il rencontre le réfugié Lezo Urreiztieta ainsi que des membres du mouvement Jagi-Jagi[7].
En 1963, il édite le livre Vasconia, où il remet en cause une partie du nationalisme basque traditionnel de Sabino Arana et propose un nouveau nationalisme basque. Il collabore avec des ex-militants d'EGI et théorise au sujet de l'utilisation de la violence pour des buts politiques. Le livre écrit sous le pseudonyme de Fernando Sarrailh de Ihartza occupera une place centrale dans les débuts de l'histoire de l'ETA. En effet, la première stratégie politico-militaire de l'ETA, en termes strictement théoriques, commencera à se développer avec l'adoption du concept de « guerre révolutionnaire » mis en avant dans l'ouvrage, Krutwig faisant explicitement référence aux processus de résistance nationale et de décolonisation en Algérie, en Tunisie, à Chypre, ainsi qu'à la révolution cubaine[8].
En mai 1964, sous la pression des autorités franquistes, Federico Krutwig est expulsé de France et s'installe d'abord à Anvers, puis à Bruxelles en Belgique[9]. Depuis Bruxelles, il entre en contact avec des militants de ETA et participe à l'élaboration de textes destinés à la Ve Assemblée d'ETA, notamment un rapport politique et un rapport consacré aux structures de l'organisation[9]. Il se rend clandestinement à plusieurs reprises au Pays basque français et participe aux travaux qui aboutissent à la seconde partie de la Ve Assemblée[9].
En 1975, Federico Krutwig rompt définitivement ses relations avec ETA. Après la mort de Franco, il retourne à Zarautz, où la réflexion et la production littéraire deviennent ses principales occupations. Il collabore à plusieurs revues, notamment Egan, Gernika, Euskera, Eusko Gogoa, Branka et la Revue internationale des études basques, ainsi qu'au quotidien Deia. Il publie également plusieurs ouvrages en basque et en espagnol[7]. Il meurt le 12 novembre 1998[10].
Publications
modifierEssais
modifier- Vasconia: Estudio dialéctico de una nacionalidad, 1963 ;
- La Nueva Europa, 1976 ;
- Garaldea: Sobre el origen de los vascos y su relación con los guanches, 1978 ;
- La Nueva Vasconia, 1979.
Récits
modifier- Igibarziaren iphuinak, 1982. Haranburu ;
Romans
modifier- Belatzen Baratza Mikelditarrak. Euskal errankari hamaika irazkietan eta bedaratzi ilbetan, 1979. Ediciones Vascas. Luis Haranburu
- Ekhaitza, 1980. Haranburu ;
- Otsoaren bidea, 1982. Haranburu ;
- Garaziko oihanaren thauma, 1983. Haranburu ;
- Ortziren zaldiak, 1983. Haranburu ;
- Garaldea, 1978, Txertoa ;
- Sua ez da hiltzen, 1983. Haranburu ;
- Belatzen Baratza. Mikelditarrak (2. liburukia), 1982. Luis Haranburu ;
- Belatzen Baratza. Mikelditarrak (3. liburukia), 1982. Luis Haranburu ;
- Belatzen Baratza. Mikelditarrak (4. liburukia), 1982. Luis Haranburu ;
- Belatzen Baratza. Mikelditarrak (5. liburukia), 1982. Luis Haranburu ;
- Belatzen Baratza. Mikelditarrak (6. liburukia), 1982. Luis Haranburu ;
- Belatzen Baratza. Mikelditarrak (7. liburukia), 1983. Luis Haranburu ;
- Belatzen Baratza. Mikelditarrak (9. liburukia), 1983. Luis Haranburu.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 (eu) Xabier Kintana, Federiko Krutwig Sagredo (1921-1998), Vitoria-Gasteiz, Eusko Jaurlaritzaren Argitalpen Zerbitzu Nagusia, coll. « Bidegileak », , 20 p. (ISBN 84-457-1441-4), p. 1-4.
- ↑ (eu) Kintana Urtiaga, Xabier et Villasante, Luis, « Federiko Krutwig Sagredo (1921-1998) », Euskera, vol. XLIV, no 1, , p. 713-723 (ISSN 0210-1564).
- ↑ (eu) Zabala, Igone, « Euskara batua eta euskara tekniko-zientifikoa », dans Etxeberria, Pilartxo; Knörr, Henrike, Nerekin yaio nun: Txillardegiri omenaldia, Bilbao, Euskaltzaindia, , 485-511 p. (ISBN 84-95438-21-6).
- ↑ (es) Iparragirre, Pilar, Félix Likiniano : Miliciano de la utopía, Tafalla, Txalaparta, coll. « Orreaga », (ISBN 84-8136-938-1).
- ↑ (es) Nabarralde, « Federico Krutwig y Vasconia », Nabarralde (consulté le ).
- ↑ (es) Estebaranz, Juantxo et Delgado, Idoria, « Likiniano Elkartea: una experiencia de contracultura militante », Bidebarrieta, no 6, , p. 177-186 (ISSN 1137-4888).
- 1 2 3 (eu) Eusko Ikaskuntza, « Krutwig Sagredo, Federico », Donostia-San Sebastián, Eusko Ikaskuntza (consulté le )
- ↑ (en) Baris Tugrul, A generational analysis of the social reproduction and legitimacy of political violence in teh Basque and Kurdish Cases, Thèse de doctorat en Etudes politiques, p.77-78, 27 mai 2021
- 1 2 3 (es) Naiz, « Krutwig, el académico subversivo », 7K, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (eu) Haritschelhar, Jean, « Federiko Krutwig-en hileta zibilean », Euskera, vol. 43, no 2, , p. 647-648 (ISSN 0210-1564, lire en ligne, consulté le )
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- (es) Federico Krutwig Sagredo sur Auñamendi Eusko Entziklopedia
- (es) Sancho el Sabio Bibliographie annotée des œuvres publiées de Federiko Krutwig