Françoise Raison-Jourde

Françoise Raison-Jourde, née le 8 octobre 1938 et morte le 25 juin 2024, est une historienne française, spécialiste de l'histoire de Madagascar. Normalienne et agrégée d'histoire, elle enseigne à Madagascar entre 1965 et 1973, puis à l'université Paris-VII de 1974 à 1999[1],[2],[3].

Françoise Raison-Jourde
Naissance
Décès (à 85 ans)
Domaines Histoire de Madagascar, histoire religieuse, histoire politique, anthropologie historique
Institutions Université de Madagascar ; Université Paris-VII
Diplôme Agrégation d'histoire ; doctorat d'État ès lettres

Tout au long de sa carrière, elle s'intéresse aux relations entre formes de pouvoir, appartenances sociales, pratiques religieuses et constructions politiques sur la Grande Île. Ses recherches sur le royaume de Madagascar accordent une place centrale aux transformations de la souveraineté merina, à la diffusion du christianisme et à l'actualité des recompositions sociales du XIXe siècle[4]. Elles se prolongent par des travaux sur les usages sociaux du religieux, la formation historique des catégories ethniques, la mémoire de l'insurrection de 1947 et les crises politiques de Madagascar après l'indépendance[5].

Son ouvrage Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle. Invention d'une identité chrétienne et construction de l'État, 1780-1880, publié en 1991 à partir de sa thèse d'État, met en relation la formation de l'État merina et l'histoire de la christianisation. Dès sa publication, l'ouvrage et remarqué et s'impose jusqu'à aujourd'hui comme un ouvrage de référence, central pour comprendre l'historicité de la société merina contemporaine[6],[7]. En 2009, l'historien Didier Nativel et l'historienne Faranirina V. Rajaonah dirigent en son honneur le volume Madagascar revisitée. En voyage avec Françoise Raison-Jourde, qui rassemble des contributions d'historiens, d'anthropologues et de sociologues ainsi qu'une bibliographie de ses travaux[8].

Parcours et formation d'une pratique historienne

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De l'histoire sociale parisienne à Madagascar

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Françoise Raison-Jourde entre en 1957 à l'École normale supérieure de jeunes filles, dite alors École normale supérieure de Sèvres, et étudie l'histoire à la Sorbonne[1]. Ses premiers travaux ne portent pas sur Madagascar mais sur les migrations intérieures à la France et l'histoire sociale de Paris. Souhaitant initialement étudier le bidonville de Nanterre, elle est orientée par l'historien Louis Chevalier vers l'étude des migrants auvergnats installés dans la capitale[1].

Elle consacre à ce sujet une thèse de troisième cycle soutenue en 1968 puis publiée en 1976 sous le titre La Colonie auvergnate de Paris au XIXe siècle. L'enquête associe sources administratives et privées, reconstitution de trajectoires individuelles et analyse des réseaux migratoires et professionnels[1]. En 1978, l'historien Maurice Agulhon souligne la qualité d'un travail, relevant l'inscription de l'historienne dans les développements les plus récents de l'histoire sociale et de l'histoire des mentalités urbaines[9].

Cette première recherche précède son installation à Madagascar. Arrivée à Tananarive en 1965 dans le cadre de la coopération française, elle enseigne d'abord dans le secondaire avant de rejoindre l'Université de Madagascar. Elle y demeure jusqu'en 1973[1],[3]. Cette période la met en contact avec des historiens et chercheurs malgaches et avec plusieurs anthropologues travaillant dans l'île, parmi lesquels Gérard Althabe, Paul Ottino ou Maurice Bloch[5].

Le séjour malgache modifie progressivement son objet de recherche sans effacer les questions posées dans ses premiers travaux : les trajectoires sociales, les formes d'appartenance et les médiations entre individus, groupes sociaux et institutions restent au centre de ses recherches ultérieures[1]. À Madagascar, elle choisit d’abord d’apprendre la langue et de se placer en situation d’écoute. La fréquentation de Malgaches issus de milieux intellectuels et politiques, parmi lesquels Charles Ravoajanahary, l’introduit progressivement dans des espaces sociaux auxquels le monde de la coopération française donne peu accès. Elle décrira par la suite ces années comme un apprentissage fait de proximité et de remise en question, au cours duquel elle prend conscience de ses propres présupposés et cherche à comprendre la société malgache depuis les relations qu’elle y noue[10].

Paris-VII et la constitution d'un espace de recherche sur Madagascar

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Revenue en France, Françoise Raison-Jourde rejoint en 1974 l'université Paris-VII, où elle enseigne jusqu'en 1999[5]. Elle y anime à partir des années 1980 un séminaire consacré aux sociétés de l'océan Indien, qui devient un lieu de rencontre majeur entre chercheurs travaillant sur Madagascar et, plus largement, sur l'océan Indien occidental[1],[11].

Le séminaire contribue notamment à mettre en relation historiens et anthropologues ainsi que chercheurs français et malgaches. Stephen Ellis, alors engagé dans ses recherches sur les Menalamba, y présente ainsi ses travaux à la fin des années 1970. Plusieurs étudiants malgaches passés par l'Université de Madagascar puis par Paris-VII, notamment au sein de ce séminaire, poursuivent également une carrière d'enseignants-chercheurs[1],[5].

Cette articulation entre production scientifique et formation des chercheurs constitue une dimension durable de son activité. À sa mort, plusieurs de ses anciens étudiants et collègues malgaches soulignent son rôle dans la formation de plusieurs générations d'historiens et dans le développement d'une lecture critique des sources sur Madagascar[3],[12].

Pouvoir, christianisation et formes de souveraineté

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La royauté comme problème d'histoire sociale et politique

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Dans les années 1970 et 1980, Françoise Raison-Jourde travaille principalement sur les sociétés malgaches antérieures à la colonisation française et sur les transformations du pouvoir monarchique. Cette recherche aboutit notamment à la publication, en 1983, de Les Souverains de Madagascar. L'histoire royale et ses résurgences contemporaines, ouvrage collectif dont elle réunit et présente les dix-sept contributions[13].

La royauté y est envisagée moins comme une institution symbolique que comme un point d'entrée pour étudier les structures sociales, les rituels, l'exercice concret de l'autorité et les formes successives de légitimation du pouvoir dans différentes régions de Madagascar[13]. L'ouvrage réunit pour cette raison des historiens, des anthropologues et des linguistes et mobilise conjointement archives écrites, traditions orales et sources ethnographiques.

Dans son compte rendu pour les Annales, l'historien Jean-Pierre Chrétien considère que l'ouvrage dépasse l'histoire institutionnelle des monarchies pour proposer une relecture plus générale de l'histoire politique, sociale et culturelle de Madagascar depuis le XVIIe siècle. Il l'inscrit dans un nouveau courant de l'historiographie malgache caractérisé notamment par la réévaluation des sources orales et par les échanges entre chercheurs malgaches et étrangers[14]. Le politologue Jean-François Bayart souligne également l'intérêt comparatif de l'ouvrage pour l'étude de l'institution monarchique et du pouvoir politique[15].

Plus de vingt-cinq ans après sa parution, Stephen Ellis revient sur cette entreprise dans le volume d'hommage consacré à Raison-Jourde et réexamine l'histoire des souverains malgaches à la lumière de nouvelles sources, réaffirmant par la même l'actualité des analyses proposées par l'historienne[16].

Christianisation et construction de l'État merina

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La réflexion sur les formes de souveraineté se prolonge dans la thèse d'État de Françoise Raison-Jourde, soutenue en 1989 à l'université Lyon-III sous le titre Construction nationale, identité chrétienne et modernité, le premier XIXe siècle malgache[17]. Remaniée, elle paraît en 1991 sous le titre Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle. Invention d'une identité chrétienne et construction de l'État, 1780-1880[18].

L'ouvrage associe deux transformations généralement étudiées séparément : l'extension du pouvoir merina et la diffusion du christianisme protestant sous l'influence notamment de la London Missionary Society. Raison-Jourde suit les premières implantations missionnaires, les persécutions sous Ranavalona Ire, puis la conversion au protestantisme de la reine Ranavalona II et du Premier ministre Rainilaiarivony en 1869. Elle analyse les effets de cette conversion sur les formes de légitimation du pouvoir, la scolarisation, les pratiques de l'écrit et l'organisation sociale du royaume[18],[6]. L'étude repose notamment sur les archives britanniques de la London Missionary Society, les sources administratives du royaume, des correspondances et des textes malgaches. Elle s'intéresse ainsi à la circulation et à l'appropriation de nouvelles formes religieuses et politiques plutôt qu'à la seule progression institutionnelle des missions chrétiennes[6]. Nombre de pairs souligne la portée d'un ouvrage qui dépasse l'histoire missionnaire et concerne plus largement les relations entre religion, société et culture[6],[7], s'articulant aux plus récents développements sur le sujet, à l'image des lectures proposées alors par le jésuite et historien Michel de Certeau, dont Françoise Raison-Jourde est proche[19].

Entre histoire et anthropologie du religieux

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Un dialogue entre disciplines

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Le travail de Françoise Raison-Jourde se développe très tôt au contact de l'anthropologie. Durant son séjour malgache puis après son retour en France, elle entretient notamment des échanges avec Gérard Althabe, Paul Ottino et Maurice Bloch[5]. Cette proximité ne conduit pas à l'abandon de l'enquête historique mais à une attention accrue aux rituels, aux formes de parenté, aux médiations symboliques et aux usages sociaux du religieux.

Cette orientation est déjà perceptible dans Les Souverains de Madagascar, qui met en dialogue histoire, anthropologie et linguistique, et devient plus explicite dans les recherches consacrées aux pratiques religieuses contemporaines[14].

Des Églises aux ancêtres

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En 2001, Françoise Raison-Jourde publie avec les anthropologues Sophie Blanchy et Malanjaona Rakotomalala Madagascar : les ancêtres au quotidien. Usages sociaux du religieux sur les Hautes-Terres malgaches[20].

Alors que Bible et pouvoir privilégiait la christianisation et ses relations avec l'État et les élites, ce nouvel ouvrage étudie davantage les pratiques ordinaires du religieux : rapports aux ancêtres, pèlerinages, rituels, possession, pratiques thérapeutiques et relations à la terre et aux tombeaux. La perspective historique y est associée à des enquêtes anthropologiques contemporaines[20].

Dans Outre-Mers. Revue d'histoire, Didier Nativel replace l'ouvrage dans le renouvellement de l'histoire religieuse malgache auquel avait déjà contribué Bible et pouvoir et souligne la combinaison des démarches historique et anthropologique[21]. Le livre est également recensé dans The Journal of African History par Luke Freeman, qui insiste sur l'association entre perspectives historique et anthropologique dans l'étude des cultes ancestraux en Imerina[22].

Nation, ethnicité et usages politiques du passé

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Historiciser les appartenances

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La question de la construction des appartenances politiques et collectives traverse une grande partie des recherches de Françoise Raison-Jourde. Elle apparaît dans ses travaux sur l'expansion du royaume merina et prend une nouvelle forme lorsqu'elle s'intéresse à la construction historique des catégories ethniques et à leurs usages contemporains.

Avec l'historien Solofo Randrianja, elle dirige en 2002 La Nation malgache au défi de l'ethnicité, issu d'une table ronde organisée à Paris-VII sur les rapports interethniques à Madagascar[23]. L'ouvrage interroge notamment la formation du clivage entre Merina et populations dites « côtières », la fixation de stéréotypes collectifs depuis le XIXe siècle, les effets de la colonisation et les usages politiques plus récents de ces catégories. Il cherche ainsi à éviter aussi bien une lecture essentialiste des appartenances qu'une explication qui ferait de l'administration coloniale l'origine exclusive des divisions ethniques[23]. Cette problématique se retrouve dans plusieurs de ses travaux portant sur les récits d'origine et les reconstructions intellectuelles du passé. Dans un article publié en 2004, elle étudie par exemple la recherche d'origines « hindo-bouddhistes » attribués aux Malgaches par certains érudits durant la période coloniale et relie ces généalogies aux débats identitaires des années 1920 à 1950[24].

L'insurrection de 1947 entre histoire et mémoire

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Françoise Raison-Jourde s'intéresse également à la place de l'insurrection de 1947 dans la mémoire politique de Madagascar. Elle publie dès 1989 un article intitulé «Une rébellion en quête de statut : 1947 à Madagascar », et ne cessera de revenir sur les prolongements de l'événement dans les rapports entre États, anciens insurgés et populations jusque dans les périodes les plus récentes[25],[26].

Son intérêt porte donc autant sur l'événement que sur ses interprétations ultérieures, ses usages politiques et les conflits de mémoire qu'il suscite. Lors du soixantième anniversaire de l'insurrection, en 2007, elle revient dans un entretien au Monde sur l'ampleur de la répression, la controverse autour du nombre de victimes et le rôle attribué au MDRM[27].

Ces travaux prolongent une interrogation plus générale sur la manière dont des événements passés demeurent disponibles dans la culture politique contemporaine en démontrant la centralisé des références à la royauté, aux persécutions religieuses, à 1947 ou aux mouvements populaires urbains qui peuvent alors être réactivées dans des situations politiques nouvelles.

Le contemporain dans la longue durée

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Crises politiques et légitimité

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À partir des années 1980, Françoise Raison-Jourde consacre une part croissante de ses recherches à l'histoire politique de Madagascar après l'indépendance[5]. Ce déplacement ne constitue cependant pas une rupture complète avec ses travaux sur le XIXe siècle : les questions de souveraineté, de légitimité, de mobilisation religieuse et d'usages du passé restent présentes dans ses analyses du contemporain.

Elle dirige en 1993 un numéro de la revue Politique africaine consacré à Madagascar quant à la transition politique que connaît le pays à la suite de l'indépendance[28]. Elle s’attache alors à replacer dans une histoire plus longue les mobilisations démocratiques ouvertes après l’élection présidentielle de 1989, le mouvement populaire de 1991 et l’avènement de la Troisième République, afin d’en éclairer les ressorts et les limites[28].

Lors de la crise politique de 2001-2002, elle coordonne avec le géographe Jean-Pierre Raison un nouveau dossier de Politique africaine, intitulé « Madagascar, les urnes et la rue ». Dans leur article introductif, « Ravalomanana et la troisième indépendance ? », ils analysent l'affrontement entre Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana en replaçant la crise électorale dans les transformations plus longues de la société et des imaginaires politiques malgaches[29].

Dans « Le pouvoir en double », publié dans le même numéro, Françoise Raison-Jourde étudie les manifestations d'Antananarivo, les références religieuses qui accompagnent la mobilisation en faveur de Ravalomanana et les usages symboliques de l'espace urbain, notamment de la place du 13-Mai. Elle met ainsi en relation une crise contemporaine avec la longue histoire de la mise en scène du pouvoir dans la capitale[30].

Une histoire sociale des années 1960 et 1970

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Cette attention au contemporain aboutit au livre Paysans, intellectuels et populisme à Madagascar. De Monja Jaona à Ratsimandrava (1960-1975), publié avec le sociologue Gérard Roy en 2010[31].

Le livre porte sur la première période postcoloniale, depuis la présidence de Philibert Tsiranana jusqu'aux transformations politiques du milieu des années 1970. Il accorde une place centrale à deux trajectoires : celle de Monja Jaona, leader du soulèvement paysan de 1971 dans le Sud de l'île, puis du mouvement de contestation de 1972, et celle de Richard Ratsimandrava, assassiné quelques jours après son arrivée à la tête de l'État en février 1975[31]. L'enquête associe archives publiques, archives privées et entretiens avec différents acteurs.

Dans Le Mouvement social, Françoise Blum souligne l'originalité d'une combinaison entre enquête archivistique, témoignages, archives personnelles et expérience vécue qui caractérise le livre, Françoise Raison-Jourde et Gérard Roy étant contemporains des évènements[32]. La presse souligne également la capacité de l’ouvrage à éclairer le présent en le réinscrivant dans des temporalités plus longues, sans dissoudre pour autant la singularité des situations contemporaines[33].

De la coopération vécue à l'histoire de la coopération

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Le retour de Françoise Raison-Jourde sur les années 1960 et 1970 la conduit à transformer sa propre expérience de coopérante en objet de recherche. Cette dimension réflexive apparaît déjà dans Paysans, intellectuels et populisme, qui étudie les relations entre militants malgaches et Européens progressistes au lendemain de l'indépendance[31],[5].

Avec Odile Goerg, elle coordonne en 2012 ouvrage intitulé Les Coopérants français en Afrique. Portrait de groupe (années 1950-1990) avec pour objet central la question des profils sociaux, des motivations et des trajectoires des Français se retrouvant à travailler dans les États africains devenus indépendants, en distinguant notamment les anciens personnels coloniaux reconvertis et les jeunes coopérants attirés par le tiers-mondisme[34]. À partir notamment de son expérience d'enseignante au lycée Gallieni à la fin des années 1960, elle revient plus particulièrement sur les tensions entre reproduction du système scolaire français, volonté de transformation pédagogique et prise en compte de l'histoire et de la société malgaches[35].

Pratiques de recherche et transmission

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Les travaux de Françoise Raison-Jourde mobilisent un ensemble diversifié de sources : archives administratives malgaches et européennes, fonds missionnaires britanniques, correspondances, écrits privés, imprimés, traditions orales, entretiens et témoignages. Cette diversité documentaire accompagne son intérêt pour les relations entre institutions, groupes intermédiaires et expériences sociales[18],[1],[32].

Elle entretient parallèlement un dialogue constant avec les autres sciences sociales, notamment l'anthropologie. Ses ouvrages collectifs réunissent fréquemment historiens, anthropologues, sociologues et linguistes, tandis que son séminaire de Paris-VII participe à la circulation entre ces disciplines et entre chercheurs travaillant en France et à Madagascar[14],[1].

Cette dimension collective apparaît également dans ses relations avec les chercheurs malgaches. Plusieurs de ses ouvrages sont codirigés ou réalisés avec des collègues de Madagascar, notamment l'historien Solofo Randrianja. Le volume Madagascar revisitée réunit en 2009 une partie de ce réseau scientifique autour de son parcours et de ses principaux domaines de recherche[8].

Disparition et héritages

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À sa mort en juin 2024, le CESSMA rappelle qu'elle est l'auteure de plus de 110 articles et chapitres d'ouvrages et souligne conjointement ses recherches sur le XIXe siècle malgache, son ouverture vers l'histoire contemporaine et son dialogue avec l'anthropologie[5]. À Madagascar, des hommages lui sont rendus par des historiens de l'Université d'Antananarivo et par plusieurs de ses anciens étudiants[3],[12]. Une partie de sa bibliothèque est aujourd'hui léguée à l'université d'Antananarivo, au sein du département histoire[36].

Publications

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Ouvrages

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  • Françoise Raison-Jourde, La Colonie auvergnate de Paris au XIXe siècle, Paris, Imprimerie municipale, coll. « Commission des travaux historiques de la Ville de Paris », , 403 p..
  • Françoise Raison-Jourde, Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle : Invention d'une identité chrétienne et construction de l'État, 1780-1880, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 840 p. (ISBN 2865373177).
  • avec Pierrot Men, Madagascar. La Grande Île secrète, Paris, Autrement, , 136 p. (ISBN 9782746702622).
  • avec Gérard Roy, Paysans, intellectuels et populisme à Madagascar : De Monja Jaona à Ratsimandrava (1960-1975), Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 490 p. (ISBN 9782811103958, DOI 10.3917/kart.raiso.2010.01).

Directions et ouvrages collectifs

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  • Les Souverains de Madagascar : L'histoire royale et ses résurgences contemporaines, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 476 p. (ISBN 2865370593).
  • avec Malanjaona Rakotomalala et Sophie Blanchy, Madagascar : les ancêtres au quotidien : Usages sociaux du religieux sur les Hautes-Terres malgaches, Paris, L'Harmattan, (ISBN 2747500195).
  • avec Odile Goerg (dir.), Les Coopérants français en Afrique : Portrait de groupe (années 1950-1990), Paris, L'Harmattan, coll. « Études africaines », , 262 p. (ISBN 9782336008851).

Sélection d'articles et de chapitres

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  • « Ethnographie missionnaire et fait religieux au XIXe siècle. Le cas de Madagascar », Revue française de sociologie, 1978.
  • « Une rébellion en quête de statut : 1947 à Madagascar », Revue de la Bibliothèque nationale, no 34, 1989, p. 24-32.
  • « Un deuxième 1947 en 1957 ? Les prolongements du soulèvement dans la mémoire et dans le contact avec les administrés », Omaly sy Anio, no 41-44, 1995-1996, p. 227-244.
  • avec Jean-Pierre Raison, « Ravalomanana et la troisième indépendance ? », Politique africaine, no 86, 2002, p. 5-17, DOI 10.3917/polaf.086.0005.
  • « À la recherche d'ancêtres hindo-bouddhistes pour Madagascar. Une généalogie rêvée en situation coloniale (années 1920-1950) », Diasporas. Histoire et sociétés, no 5, 2004, p. 98-108, DOI 10.3406/diasp.2004.959.
  • « De la reproduction à la révolution pédagogique. Les coopérants face aux élèves malgaches », Outre-Mers. Revue d'histoire, no 384-385, 2014, p. 137-154, DOI 10.3406/outre.2014.5118.

Bibliographie sur Françoise Raison-Jourde

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  • Didier Nativel (dir.), « « Étrangère et pourtant parente ». Singularités du parcours de Françoise Raison-Jourde, historienne de Madagascar », dans Madagascar revisitée. En voyage avec Françoise Raison-Jourde, Paris, Karthala, (ISBN 9782811101749), p. 27-53.
  • Madagascar revisitée : En voyage avec Françoise Raison-Jourde, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 623 p. (ISBN 9782811101749).
  • Maurice Agulhon, « Françoise Raison-Jourde, La colonie auvergnate de Paris au XIXe siècle », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 33, no 3,‎ , p. 556-557 (DOI 10.1017/S0395264900153752).
  • Jean-Pierre Chrétien, « Françoise Raison-Jourde, Les souverains de Madagascar. L'histoire royale et ses résurgences contemporaines », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 40, no 6,‎ , p. 1420-1423.
  • Jean-François Bayart, « Raison-Jourde (Françoise) dir. – Les souverains de Madagascar. L'histoire royale et ses résurgences contemporaines », Politique africaine, no 20,‎ , p. 144-145.
  • Michel Lagrée, « Françoise Raison-Jourde, Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle. Invention d'une identité chrétienne et construction de l'État », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 52, no 1,‎ , p. 201-204 (DOI 10.1017/S0395264900052537).
  • Richard B. Allen, « Françoise Raison-Jourde. Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle », African Studies Review, vol. 36, no 1,‎ , p. 137-139 (DOI 10.2307/525515).
  • Didier Nativel, « Rakotomalala Malanjoana, Blanchy Sophie, Raison-Jourde Françoise, Madagascar : les ancêtres au quotidien », Outre-Mers. Revue d'histoire, vol. 89, nos 336-337,‎ , p. 408-410.
  • Françoise Blum, « Françoise Raison-Jourde et Gérard Roy, Paysans, intellectuels et populisme à Madagascar : de Monja Jaona à Ratsimandrava (1960-1975) », Le Mouvement Social, no 236,‎ , p. 112-113 (DOI 10.1353/lms.2011.0071).

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Didier Nativel (dir.), « « Étrangère et pourtant parente ». Singularités du parcours de Françoise Raison-Jourde, historienne de Madagascar », dans Madagascar revisitée. En voyage avec Françoise Raison-Jourde, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », (ISBN 9782811101749), p. 27-53
  2. ↑ « Raison-Jourde, Françoise », sur Persée (consulté le )
  3. 1 2 3 4 « Nécrologie – L'historienne Françoise Raison-Jourde passe l'arme à gauche », 2424.mg,‎
  4. ↑ CESSMA, « Françoise Raison-Jourde (1938-2024) », sur CESSMA, (consulté le )
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 « Françoise Raison-Jourde (1938-2024) », CESSMA,‎
  6. 1 2 3 4 Michel Lagrée, « Françoise Raison-Jourde, Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle. Invention d'une identité chrétienne et construction de l'État », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 52, no 1,‎ , p. 201-204 (DOI 10.1017/S0395264900052537)
  7. 1 2 Richard B. Allen, « Françoise Raison-Jourde. Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle », African Studies Review, vol. 36, no 1,‎ , p. 137-139 (DOI 10.2307/525515)
  8. 1 2 Madagascar revisitée : En voyage avec Françoise Raison-Jourde, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 623 p. (ISBN 9782811101749)
  9. ↑ Maurice Agulhon, « Françoise Raison-Jourde, La colonie auvergnate de Paris au XIXe siècle », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 33, no 3,‎ , p. 556-557 (DOI 10.1017/S0395264900153752)
  10. ↑ [vidéo] « Françoise Raison-Jourde », Ravoaja, , 14:13 min (consulté le )
  11. ↑ Didier Nativel et Faranirina V. Rajaonah, « Introduction », dans Madagascar revisitée. En voyage avec Françoise Raison-Jourde, Paris, Karthala, (ISBN 9782811101749), p. 7-13
  12. 1 2 « Histoire et recherche – Vibrant hommage à Françoise Raison-Jourde », L'Express de Madagascar,‎
  13. 1 2 Les Souverains de Madagascar : L'histoire royale et ses résurgences contemporaines, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 476 p. (ISBN 2865370593)
  14. 1 2 3 Jean-Pierre Chrétien, « Françoise Raison-Jourde, Les souverains de Madagascar. L'histoire royale et ses résurgences contemporaines », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 40, no 6,‎ , p. 1420-1423
  15. ↑ Jean-François Bayart, « Raison-Jourde (Françoise) dir. – Les souverains de Madagascar. L'histoire royale et ses résurgences contemporaines », Politique africaine, no 20,‎ , p. 144-145
  16. ↑ Stephen Ellis (dir.), « The History of Sovereigns in Madagascar: New Light from Old Sources », dans Madagascar revisitée. En voyage avec Françoise Raison-Jourde, Paris, Karthala, (ISBN 9782811101749), p. 405-431
  17. ↑ Françoise Raison-Jourde, Construction nationale, identité chrétienne et modernité, le premier XIXe siècle malgache (Thèse d'État ès lettres),
  18. 1 2 3 Françoise Raison-Jourde, Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle : Invention d'une identité chrétienne et construction de l'État, 1780-1880, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 840 p. (ISBN 2865373177)
  19. ↑ François Dosse, Michel de Certeau: le marcheur blessé, la Découverte, coll. « La Découverte-poche », (ISBN 978-2-7071-5076-9)
  20. 1 2 Malanjaona Rakotomalala, Sophie Blanchy et Françoise Raison-Jourde, Madagascar : les ancêtres au quotidien : Usages sociaux du religieux sur les Hautes-Terres malgaches, Paris, L'Harmattan, (ISBN 2747500195)
  21. ↑ Didier Nativel, « Rakotomalala Malanjoana, Blanchy Sophie, Raison-Jourde Françoise, Madagascar : les ancêtres au quotidien. Usages sociaux du religieux sur les Hautes-Terres malgaches », Outre-Mers. Revue d'histoire, vol. 89, nos 336-337,‎ , p. 408-410
  22. ↑ Luke Freeman, « Ancestor Cults in Imerina », The Journal of African History, vol. 43, no 3,‎ (DOI 10.1017/S0021853702368415)
  23. 1 2 La Nation malgache au défi de l'ethnicité, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 443 p. (ISBN 9782845863040)
  24. ↑ Françoise Raison-Jourde, « À la recherche d'ancêtres hindo-bouddhistes pour Madagascar. Une généalogie rêvée en situation coloniale (années 1920-1950) », Diasporas. Histoire et sociétés, no 5,‎ , p. 98-108 (DOI 10.3406/diasp.2004.959)
  25. ↑ Françoise Raison-Jourde, « Une rébellion en quête de statut : 1947 à Madagascar », Revue de la Bibliothèque nationale, no 34,‎ , p. 24-32
  26. ↑ Françoise Raison-Jourde, « Un deuxième 1947 en 1957 ? Les prolongements du soulèvement dans la mémoire et dans le contact avec les administrés », Omaly sy Anio, nos 41-44,‎ 1995-1996, p. 227-244
  27. ↑ Gaïdz Minassian, « Françoise Raison-Jourde : « 40 000 ou 89 000 morts, cela change peu la force du traumatisme » », Le Monde,‎
  28. 1 2 Françoise Raison-Jourde, « Une transition achevée ou amorcée ? », Politique africaine, no 52,‎ , p. 6-18 (DOI 10.3406/polaf.1993.5707)
  29. ↑ Françoise Raison-Jourde et Jean-Pierre Raison, « Ravalomanana et la troisième indépendance ? », Politique africaine, no 86,‎ , p. 5-17 (DOI 10.3917/polaf.086.0005)
  30. ↑ Françoise Raison-Jourde, « Le pouvoir en double », Politique africaine, no 86,‎ , p. 46-69 (DOI 10.3917/polaf.086.0046)
  31. 1 2 3 Françoise Raison-Jourde et Gérard Roy, Paysans, intellectuels et populisme à Madagascar : De Monja Jaona à Ratsimandrava (1960-1975), Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 490 p. (ISBN 9782811103958, DOI 10.3917/kart.raiso.2010.01)
  32. 1 2 Françoise Blum, « Françoise Raison-Jourde et Gérard Roy, Paysans, intellectuels et populisme à Madagascar : de Monja Jaona à Ratsimandrava (1960-1975) », Le Mouvement Social, no 236,‎ , p. 112-113 (DOI 10.1353/lms.2011.0071)
  33. ↑ Philippe Leymarie, « Paysans, intellectuels et populisme à Madagascar. De Monja Jaona à Ratsimandrava (1960-1975) », Le Monde diplomatique,‎ , p. 24
  34. ↑ Les Coopérants français en Afrique : Portrait de groupe (années 1950-1990), Paris, L'Harmattan, coll. « Études africaines », , 262 p. (ISBN 9782336008851)
  35. ↑ Françoise Raison-Jourde, « De la reproduction à la révolution pédagogique. Les coopérants face aux élèves malgaches », Outre-Mers. Revue d'histoire, vol. 101, nos 384-385,‎ , p. 137-154 (DOI 10.3406/outre.2014.5118)
  36. ↑ « ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR – Plus de 1 000 livres de François et Jean-Pierre Raison remis à la bibliothèque d’Histoire d », sur 2424.mg - L'actualité à Madagascar en temps réel, (consulté le )

Voir aussi

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