Fritz Kortner
Fritz Kortner, né le à Vienne et mort le à Munich, est un acteur et metteur en scène autrichien. Il s'installe en Allemagne à Berlin et se fait connaître comme acteur de théâtre et de cinéma d'avant-garde dans l'Allemagne des années 1920. Contraint de fuir l'Allemagne nazie en 1933, il s'installe et travaille en Grande-Bretagne puis aux Étas-Unis. Après son retour d'exil en 1949, il contribue, par ses talents d'innovateur, à redonner vie à la scène allemande. On lui doit notamment des interprétations particulièrement originales de grands chefs-d'œuvre classiques.
| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Fritz Nathan Kohn |
| Nationalité |
autrichienne |
| Activités | |
| Période d'activité |
À partir de |
| Conjoint |
Johanna Hofer (de à ) |
| Maître |
Ferdinand Gregori (d) |
|---|---|
| Distinctions | Liste détaillée Grand officier de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne () Berliner Kunstpreis () Médaille Kainz () Médaille d'or d'honneur de la ville de Munich (d) () Médaille Ernst-Reuter () Ordre Pour le Mérite pour les sciences et arts (d) () |
Biographie
modifierFritz Kortner, nom d'artiste de Fritz Nathan Kohn, est né dans le neuvième arrondissement de Vienne en Autriche le , fils d'un horloger et bijoutier juif. Il fait ses études de théâtre à l'Académie de musique et des arts du spectacle de Vienne où enseigne notamment Ferdinand Gregori (de)[1]. Il s'installe en Allemagne, travaille pour divers théâtres avant de rejoindre, à Berlin, Max Reinhardt en 1911 et Léopold Jessner en 1916. Il commence à jouer dans des films muets en 1916, et se fait très vite remarquer dans des rôles de « méchants ». Son énergie explosive, sa façon d'imposer un personnage font de lui un acteur idéal pour les drames expressionnistes de Jessner. On citera, parmi les rôles qui l'ont rendu célèbre, celui de Gessler dans le Guillaume Tell de Friedrich Schiller et celui de Richard III, le souverain cauteleux de Shakespeare, dans l'extraordinaire mise en scène de Jessner.
En 1924, il épouse l'actrice allemande Johanna Hofer (1896-1988).
Contraints de fuir l'Allemagne après l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933, Kortner et son épouse finissent par trouver refuge aux États-Unis. Kortner travaille comme acteur au cinéma, tout en écrivant et en montant des pièces pour le théâtre. Il revient en Allemagne en 1949 avec son épouse ; il s'y impose très vite comme metteur en scène. Son souci du détail, sa direction d'acteurs scrupuleuse font merveille dans des œuvres de Lessing, Schiller, Molière, Tennessee Williams ou bien encore Samuel Beckett. On n'a pas oublié ses réussites dans Richard III (1964), où la pièce s'achevait sur le roi en train de ramper sur des monceaux de cadavres, ou bien encore dans Père (1967) de Strindberg. Unanimement reconnu, Kortner continue de travailler pour le théâtre jusqu'à sa mort, le à Munich.
Hans-Jürgen Syberberg lui consacre deux films documentaires, Fünfter Akt, Siebte Szene. Fritz Kortner probt Kabale und Liebe en 1965 et Fritz Kortner spricht Monologe für eine Schallplatte.
Il a joué par ailleurs dans plus de quatre-vingt-dix films, dont, à l'époque du muet, Danton (1920 et 1931), Die Hintertreppe (1921), tous deux réalisés par Jessner, Die Schatten (1923) d'Arthur Robison, Orlac Hände (1925) de Robert Wiene, et Die Büchse der Pandora (1928) de G. W. Pabst. Il apparut également dans Beethoven (1927). Parmi les films qu'il réalisa lui-même, on retiendra Die brave Sünder (1931) et Die Stadt ist voller Geheimnisse (1955).
Son côté homme de la rue un peu bourru permit à Kortner d'incarner une grande diversité de personnages. S'il est resté fameux pour sa façon de camper des traîtres ou des criminels flamboyants, le très vaste registre affectif qui était le sien lui permit de donner vie à des héros plus policés ou à de grandes figures historiques.
Théâtre
modifier- Acteur


- 1919 : La Transformation (de), pièce écrite en prison par Ernst Toller en 1917-1918, mise en scène de Karlheinz Martin (création), Théâtre Tribüne (de), Berlin - rôle de Friedrich.
- 1921 : Othello de William Shakespeare, mise en scène de Leopold Jessner, Schauspielhaus, Berlin - rôle-titre ; sa future épouse Johanna Hofer joue Desdémone.
- 1932 : Sainte Jeanne des Abattoirs (allemand : Die heilige Johanna der Schlachthöfe), pièce de Bertolt Brecht, adaptation radiophonique à Berlin dirigée par Alfred Braun - Fritz Kortner y joue avec Carola Neher, Helene Weigel et Peter Lorre.
- Metteur en scène
- 1940 : Another Sun, pièce écrite avec Dorothy Thompson, avec Johanna Hofer, National Theatre, Broadway, New York[2].
- 1963 : Léonce et Léna, comédie de Georg Büchner, Kammerspiele, Munich.
Filmographie
modifierActeur
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- En Allemagne
- 1920
- Les Frères Karamazov (allemand : Die Brüder Karamasoff) de Carl Froelich et Dimitri Buchowetzki - le vieux Karamazov.
- Die Nacht der Königin Isabeau de Robert Wiene - le connétable.
- Gerechtigkeit (de) de Štefan Lux : le film est terminé lorsqu'éclate le Putsch de Kappe ; la première est ajournée et le film oublié.
- Satanas de Friedrich Wilhelm Murnau - le pharaon Amenhotep ; le film est considéré comme perdu.
- 1921 : Escalier de service (allemand : Hintertreppe), film muet Paul Leni et Leopold Jessner - le facteur.
- 1922 : Pierre le Grand (allemand : Peter der Große) de Dimitri Buchowetzki - le patriarche Adrien.
- 1923
- Le Montreur d'ombres (allemand : Schatten - Eine nächtliche Halluzination) d'Arthur Robison - le mari.
- Nora de Berthold Viertel, d'après la pièce d'Henrik Ibsen Une maison de poupée - l'avocat Krogstadt.
- 1924 : Les Mains d'Orlac (allemand : Orlacs Hände) de Robert Wiene - Nera.
- 1927
- Mata Hari de Friedrich Fehér.
- Beethoven (allemand : Das Leben des Beethoven) de Hans Otto Löwenstein - rôle-titre.
- 1928 : Odette de Luitz-Morat, adapté d'une pièce de Victorien Sardou - Frontenac.
- 1929
- L'Énigme (allemand : Die Frau, nach der man sich sehnt), film muet de Curtis Bernhardt - Dr. Karoff[3].
- Le Navire des hommes perdus (allemand : Das Schiff der verlorenen Menschen) de Maurice Tourneur - le capitaine Vela.
- Loulou (allemand : Die Büchse der Pandora) de Georg Wilhelm Pabst - Dr Ludwig Schön.
- 1930 : L'Affaire Dreyfus (allemand : Dreyfus) de Richard Oswald - Alfred Dreyfus[4].
- 1931 :
- Danton de Hans Behrendt - rôle-titre.
- Der Mörder Dimitri Karamasoff (de) d' Erich Engels et Fedor Ozep, adaptation du roman de Les Frères Karamazov de Dostoïevski - rôle-titre de Dmitri Karamazov.
- Au Royaume Uni
- 1934 : Chu Chin Chow de Walter Forde - Abu Hasan.
- 1935 : Le Sultan rouge (anglais : Abdul the Damned) de Karl Grune : Sultan Abdülhamid II -
- Aux États-Unis
- 1943
- The Strange Death of Adolf Hitler de James P. Hogan - Bauer.
- V, le Signe de la victoire (anglais : The Purple V) de George Sherman - Thomas Forster.
- 1944 : Hitler et sa clique (anglais : The Hitler Gang) de John Farrow - Gregor Strasser.
- 1946
- Le Fil du rasoir (anglais : The Razor's Edge) d'Edmund Goulding - Kosti.
- La Femme de Monte-Cristo (anglais : ''The Wife of Monte Cristo) d'Edgar Georg Ulmer - Bonnett.
- Quelque part dans la nuit (anglais : Somewhere in the Night) de Joseph L. Mankiewicz - Dr Anzelmo alias Oracle.
- 1947 : La Pièce maudite (anglais : The Brasher Doubloon) de John Brahm - Rudolph Vannier.
- En Allemagne
- 1948 : Berlin Express, film d'espionnage de Jacques Tourneur - Franzen.
- 1949 : La Chair (allemand : Der Ruf) de Josef von Báky - le professeur Mauthner.
- 1951 : Barbe-Bleue, film franco-germano-suisse de Christian-Jaque - le concierge dans la version allemande.
Réalisateur
modifier- Cinéma
- 1931 : Der brave Sünder (de) - avec Heinz Rühmann dans le rôle de Wittek.
- 1955 : Sarajevo (allemand : Um Thron und Liebe) - avec Klaus Kinski dans le rôle de Cabrinovic.
- Télévision
- 1961 : Lysistrata (allemand : Die Sendung der Lysistrata) — téléfilm, adapté de la comédie d'Aristophane Lysistrata ; le film se déroule partiellement dans les années 1960 et dans l'Antiquité. Il s'agit d'un des premiers rôles de Romy Schneider qui joue Myrrhiné dans l'antiquité et Uschi Hellwig dans les années 60.
- 1970 : Clavigo (en), co-réalisé avec Marcel Ophuls - téléfilm adapté de la pièce Clavigo de Goethe écrite en 1774 ; c'est l'adaptation cinématographique de la pièce mise en scène par Fritz Kortner[5].

Publications
modifier- Autobiographie
- Aller Tage Abend. Autobiographie, Munich, Kindler Verlag, 1959
- rééditions : Munich, Droemer-Knaur, 1996 (ISBN 3-426-02336-9) ; avec une postface de Klaus Völker (de) : Berlin, Alexander Verlag, 2005 (ISBN 3-89581-098-3).
- Pièces de théâtre
- Die Sendung der Lysistrata. Schauspiel, Munich, Kindler, 1961, 87 p.
- Die Zwiesprache. Schauspiel, Munich, Kindler, 1964, 116 p.
- Theaterstücke. Nacht und Nebel, Donauwellen, édité par Matthias Brand, Cologne, Prometh-Verlag, 1981, 200 p. (ISBN 978-3-922009-35-1).
Distinctions
modifier- 1967 : Médaille Kainz de la ville de Vienne.
Notes et références
modifier- ↑ Jean-Michel Palmier 2008.
- ↑ (en) Another Sun sur l’Internet Broadway Database.
- ↑ Jacques Siclier, « La Femme dont on rêve », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Jacques Siclier, « Dreyfus », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ « Clavigo » (présentation de l'œuvre), sur l'Internet Movie Database.
Bibliographie
modifier- (de) Rolf Badenhausen, « Kortner, Fritz », dans Neue Deutsche Biographie (NDB), Berlin, Duncker & Humblot, (lire en ligne), vol. 12, p. 602–603.
- (de) Die Kortner-Hofer-Künstler-GmbH : Fritz Kortner (1892-1970) und Johanna Hofer (1896-1988), Berlin, Akademie der Künste, , 141 p. (ISBN 3883310662).
- Jean-Michel Palmier, « Kortner Fritz », dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Paris, Bordas, (ISBN 9782047312957), p. 348-349.
Liens externes
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