Gabriel Monnet

acteur, metteur en scène et directeur de théâtre français (1921-2010)

Gabriel Monnet, né le à Montmédy dans la Meuse et mort le à Montpellier, est un comédien, metteur en scène et directeur de théâtre français. Il est l'une des figures marquantes de la décentralisation théâtrale en France.

Gabriel Monnet
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Gabriel Henri Léon MonnetVoir et modifier les données sur Wikidata
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Biographie

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Gabriel Henri Léon Monnet, né le à Montmédy dans la Meuse, passe son enfance au Cheylard en Ardèche, et est initié au théâtre par son père comédien. Il intègre l’École normale de Privas et entre en résistance dans les maquis du Vercors[1] et de l’Ardèche, sous le nom de "prof". Déjà, il monte des spectacles, et écrit le chant des Pionniers du Vercors.

Il entame sa carrière à la Libération en intégrant en 1946 la Direction départementale de la Jeunesse et des Sports de Haute-Savoie en tant qu’instructeur national d’art dramatique. Il anime à Annecy le réseau Peuple et culture. Pour sa première mise en scène, il monte Noces de sang de Federico García Lorca en 1951, puis Sainte Jeanne de George Bernard Shaw pour le Festival de Sarlat en 1951. En 1954, il crée le festival des Nuits Théâtrales d’Annecy, avec la représentation d'Hamlet de Shakespeare dans la cour du château[2],[3] ; 1500 personnes assistent à cette représentation, dans le froid et la brume ; les spectateurs se voient distribuer des tisanes et des couvertures. Michel Vinaver rend compte du spectacle dans la revue Théâtre populaire[4]. Un de ses techniciens invente un plateau en pente : c'est un dispositif architecturalement très intéressant et circulaire, dont les acteurs peuvent entrer et sortir par plusieurs trous. On surnommera ce plateau "la saucoupe". Monnet rencontre à Annecy le jeune dramaturge Michel Vinaver qui écrit pour lui Les Coréens ; face à l'interdiction de la pièce par le ministère de l’Éducation Nationale dont dépendent les Nuits, Gabriel Monnet quitte la direction départementale. Il rejoint alors, comme acteur et metteur en scène, la troupe de Jean Dasté à la Comédie de Saint-Étienne, entre 1957 et 1961[3].

Gabriel Monnet à Annecy en 1959.

Le poste de directeur de la Comédie de Bourges lui est proposé. La Comédie, centre dramatique national en 1963, ouvre le , et s’installe trois ans plus tard dans la Maison de la culture, que Monnet a conçue avec Jean Rouvet et dont il devient directeur.

Le , Charles de Gaulle et le ministre des Affaires culturelles André Malraux viennent inaugurer la maison de la culture de Bourges, félicitant Gabriel Monnet ; ce dernier déclare : « La première ou la dernière Maison de la Culture, c'est une personne humaine ».

Il monte des pièces de Shakespeare (Timon d’Athènes, Macbeth, La Tempête, Hamlet), Tchekov (La Mouette), Brecht (Dialogues d’Exilés), Molière (L’école des femmes, La critique de l’école des femmes, Dom Juan) et de créateurs contemporains comme Pierre Halet (La provocation, avec des décors et costumes d'Alexander Calder et une musique de Jean Ferrat), Alan Seymour (L’unique jour de l’année).

En mai 1968, les employés de la Maison de la Culture sont en grève ; Gabriel Monnet les soutient. Pour cette raison, en juillet, la ville de Bourges dénonce les contrats qui la lient à la troupe du Centre d’art dramatique et à la Maison de la culture ; André Malraux retire alors à Bourges le statut (et le budget) de centre d’art dramatique et le transfère à Nice : Monnet est nommé à Nice en 1969 et quitte la Comédie de Bourges avec la majeure partie de sa troupe[1]. Il fonde le Théâtre de Nice, qui devient centre dramatique national, qu’il ouvre au théâtre amateur[5],[6].

Le maire de Nice, Jacques Médecin lui fait signer un engagement à ne pas faire représenter de spectacle qui « porte atteinte au beau renom de la ville de Nice » et à laisser la ville intervenir « pour éviter que le théâtre ne soit un lieu d'agitation politique, d'exhibitions licencieuses ou encore de manifestations insultantes pour l'armée, les anciens combattants, la religion, la libre pensée »[7]. L'accueil par Gabriel Monnet dès 1969 de la première mise en scène en France d'une pièce du dramaturge américain Edward Bond : Route étroite vers le grand Nord (anglais : Narrow Road to the Deep North), pièce satirique sur l'empire britannique qui met en cause l'armée et la religion, mise en scène par Guy Lauzin et la troupe des Tréteaux de France[8] déclenche un conflit avec le maire qui critique publiquement Monnet.

En conflit avec Jacques Médecin et la mairie, Gabriel Monnet quitte Nice en 1975 pour diriger le Centre dramatique national des Alpes à Grenoble. Il y accueille le Théâtre partisan, une jeune compagnie que dirige Georges Lavaudant, associe ce dernier à la direction du centre dramatique et joue comme acteur dans ses pièces[1]. Il quitte Grenoble fin 1981 pour poursuivre le jeu, la mise en scène et l'enseignement théâtral dans l'Hérault.

En 1978, dans le Hamlet de Daniel Mesguich, Gabriel Monnet joue Horacio.

Outre ses activités théâtrales, il a participé à deux films de Jean-Jacques Beineix, La Lune dans le caniveau et Roselyne et les Lions. En 1989 il joue Montfleury, l'acteur ridicule que Cyrano (joué par Gérard Depardieu) chasse de la scène de l'hôtel de Bourgogne dans le film de Jean-Paul Rappeneau.

Grand orateur, Gabriel Monnet admirait les poètes et les citait, particulièrement René Char.

Il meurt le à Montpellier, à l'âge de 89 ans[9],[10],[1],[11] ; il est inhumé à Saint-Bauzille de Montmel dans l'Hérault[2].

En 2003, l'association Double Coeur publie Au coeur de la ville, au coeur du temps : Comédie de Bourges, Gabriel Monnet, Centre dramatique national, 1961-1968[12]. En 2021, l'association publie un ouvrage multimédia complété, La belle saison, qui référence l'histoire de la maison de la culture de Bourges de 1960 à 1969, peu avant sa création jusqu'au départ de Gabriel Monnet. Le livre est rempli de témoignages de compagnons et d'acteurs de la politique culturelle nationale (Catherine Tasca, Robert Abirached) et accompagné d'un dvd, contenant une série d'interviews réalisés par Pascal Ory et Laurent Bignolas. Son fils, Jean-Claude Monnet, en signe la postface[13],[14].

Gabriel Monnet est l'un des acteurs et metteurs en scène qui témoignent dans le film documentaire Une aventure théâtrale. 30 ans de décentralisation de Daniel Cling, sorti en 2017, consacré à la décentralisation théâtrale en France[15],[16].

Metteur en scène

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  • 1962
    • C'est la guerre, Arlequin, comédie de Michel Arnaud d'après L'amante militare et La guerra de Carlo Goldoni - joue aussi le rôle du comte Werner.
    • Dom Juan, comédie de Molière, spectacle de la Comédie de Bourges joué au Festival de Beaugency et à Châteauroux, décors, costumes et masques de Jean Saussac - joue aussi le rôle de dom Louis.

Grenoble

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Après 1980

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Comédien

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Au théâtre
Au cinéma
À la télévision

Prix, distinctions et hommages

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Notes et références

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  1. 1 2 3 4 Jean-Pierre Thibaudat, « Gabriel Monnet : mort d'un héraut du théâtre, livre en main. Merci Gaby », Le Nouvel Obs, (lire en ligne).
  2. 1 2 « Décès de Gabriel Monnet : ses amis “l’applaudissent” une dernière fois », Le Dauphiné libéré, (lire en ligne).
  3. 1 2 3 Jean-Jacques Lerrant 2008.
  4. Catherine Brun, Michel Vinaver : une pensée du théâtre, Paris, Honoré Champion, (ISBN 978-2-7453-3033-8), p. 62.
  5. Nicole Zand, « Gabriel Monnet installe le Centre dramatique national Nice - Côte d'Azur », Le Monde, (lire en ligne).
  6. Magalie Tosello, « Le Théâtre national de Nice », Recherches régionales : Alpes-Maritimes et contrées limitrophes, vol. 48, no 186, , p. 99-125 (lire en ligne, consulté le ).
  7. Michel Franca et Jean Crozier, Nice, la baie des requins, Paris, Éditions Alain Moreau, (ISBN 978-2-402-12532-1, lire en ligne), p. 140-141.
  8. Bertrand Poirot-Delpech, « La Route étroite vers le grand Nord d'Edward Bond, à Nice », Le Monde, (lire en ligne).
  9. « L'acteur et metteur en scène Gabriel Monnet est mort », Midi libre, (lire en ligne).
  10. René Solis, « Gabriel Monnet, fin du théâtre vivant », Libération, (lire en ligne).
  11. Brigitte Salino, « Gabriel Monnet, acteur, metteur en scène et directeur de théâtre », Le Monde, (lire en ligne).
  12. René Solis, « Gabriel Monnet à théâtre ouvert », Libération, (lire en ligne).
  13. Chloé Frelat, « L'histoire berruyère de Gabriel Monnet à l’honneur dans un livre-DVD, présenté ce 1er juillet », Le Berry républicain, (lire en ligne).
  14. Gilles Costaz, « La Belle Saison, 1960-1969, Gabriel Monnet à Bourges », Le Monde diplomatique, (lire en ligne).
  15. Didier Méreuze, « Une exception française : la décentralisation théâtrale », La Croix, (lire en ligne).
  16. Armelle Héliot, « La décentralisation : les témoignages par-delà le temps », Le Figaro, (lire en ligne).
  17. « Quand Gabriel Monnet et sa “Comédie de Bourges” faisaient un tabac avec Hyménée de Nicolas Gogol », sur www.gilblog.fr.
  18. « Hyménée - 1963 », sur Les Archives du spectacle.
  19. « L'Unique jour de l'année - 1965 », sur Les Archives du spectacle.
  20. « Gabriel Monnet monte Dostoïevski à Montpellier. Gaby le magnifique », Le Monde, (lire en ligne).
  21. « Le Songe d’un homme ridicule - 1969-1996 », sur Les Archives du spectacle.
  22. Colette Godard, « Pucelle d'Audiberti à Nice », Le Monde, (lire en ligne).
  23. « Coquin de coq - 1971 [notice de spectacle] », sur Bibliothèque nationale de France.
  24. Michel Cournot, « Œdipe roi à Grenoble », Le Monde, (lire en ligne).
  25. Colette Godard, « Dans le miroir de Tchékhov. La Cerisaie à Grenoble. Un monde étouffé », Le Monde, (lire en ligne).
  26. « Travaux d'acteurs. 2 [notice de spectacle] », sur Bibliothèque nationale de France.
  27. « Carton plein - 1991-1992 », sur Les Archives du spectacle.
  28. Daniel Cande, « Photographies de la représentation du au Théâtre national de Chaillot », sur Gallica.
  29. Annie Coppermann, « Deux drôles de zèbres », Les Échos, (lire en ligne).
  30. Milekovic, « Gabriel Monnet, ancien directeur de la MCB, a désormais une place à son nom », Le Berry républicain, (lire en ligne).
  31. Jérémy Bernède, « On a vu Gaby mon spectre de Julien Bouffier à Montpellier : une ode mystérieuse au théâtre », Le Midi libre, (lire en ligne).
  32. Jean-Pierre Thibaudat, « Gaby, haut Gaby ! », Mediapart, (lire en ligne).
  33. Martine Pesez, « Retrouvailles autour de Gabriel Monnet à la Maison de la Culture de Bourges », Le Berry républicain, (lire en ligne).
  34. « Gaby mon spectre - 2024-2025 », sur Les Archives du spectacle.
  35. « Fiche technique. Théâtre d’O – Studio Gabriel Monnet », sur Domaine d'Ô.

Bibliographie

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  • François Carré (dir.), Xavier Laurent (dir.) et Pascal Ory (dir.), La belle saison : 1960-1969, Gabriel Monnet à Bourges, Bourges, Double-Coeur, (ISBN 2-9520394-5-3)
    Multimédia multisupport : 1 vol. de 296 p. et 1 DVD vidéo
  • « Gabriel Monnet (1921-2010) », sur Comité d'histoire, Ministère des Sports, .
  • Jean-Jacques Lerrant, « Monnet Gabriel », dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Paris, Bordas, (ISBN 9782047312957), p. 946-947.
  • Géraldine Mercier, « De vous à moi "lettre à Gabriel Monnet, 15 octobre 2021" », Théâtre/Public, vol. 4, no 242, , p. 137-141 (lire en ligne Accès libre).
  • Georges Patitucci, Au coeur de la ville, au coeur du temps : Comédie de Bourges, Gabriel Monnet, Centre dramatique national, 1961-1968, Bourges, Double-coeur, , 256 p.-[6] p. dépl. (ISBN 2-9520394-0-2).
  • Roland Narboux, « Gabriel Monnet à Bourges », sur L’Encyclopédie de Bourges (consulté le ).

Liens externes

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