Gaillard I de Durfort
Gaillard Ier de Durfort (occitan : Galhart, né vers 1299, mort entre le 26 novembre 1356 et le 26 octobre 1357[1]), connu sous le nom de Gaillard Ier l'Archidiacre, est un religieux et un noble issu de la famille Durfort.
| Formation | |
|---|---|
| Père |
Arnaud de Durfort, Seigneur de Clermont-Dessus et de Lacour (d) |
| Mère |
Marguerite de Got (d) |
| Conjoint |
Marguerite de Caumont (d) |
| Enfants |
Gailhard III de Durfort Pierre de Durfort (d) |
| A travaillé pour |
|---|
Héritier en 1345 des terres et des titres de son frère Aymeric, mort lors de la bataille d'Auberoche, dont les berceaux familiaux de Lacour et de Clermont ainsi que la seigneurie de Duras, il renonce alors à sa carrière ecclésiastique pour épouser Marguerite de Caumont.
Il prend d'abord le parti des Anglais pendant la guerre de Cent Ans . En tant que commandant, il joue ainsi un rôle majeur dans les campagnes de 1345-1346 dans le duché de Gascogne . En 1352, il change de camp, mais retourne en 1356 aux côtés des Anglais.
Jeunesse et carrière ecclésiastique
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Né vers 1299, Gaillard est le fils d'Arnaud (mort en 1321), seigneur de Clermont et de Lacour, et de Marquèse de Got. Ses frères sont Aymeric (actif de 1336 à 1345), l'aîné, seigneur de Duras ; Bertrand (actif de 1322 à 1360), seigneur de Gageac ; et Raymond-Bernard (actif de 1345 à 1366), seigneur de Fenouillet[2].
Gaillard fut l'un des clercs les plus prospères de son époque en matière d'accumulation de bénéfices . Grâce au népotisme de son oncle maternel, le pape Clément V (1305-1314), il reçoit dès 1309 le canonicat ainsi que des revenus sur le diocèse de Saintes, et le prieuré bénédictin de Moncaret. Il est par ailleurs aussi chanoine d'York. En 1314, il devient chanoine et archidiacre de Périgueux, d'Aurillac, d'Outre-Loire (Angers), chanoine à Agen, chanoine et chantre à Cahors[1]. Il reçoit aussi les archidiaconés d'Orléans et de Tours, ainsi que de nombreux autres revenus sur des prieurés et des églises, la plupart avant d'atteindre quinze ans. Toutes ces charges lui sont accordées avec dispense de résidence[3]. Il renonce tout de même en 1318 aux canonicats de Périgueux, Angers et Aurillac. Les revenus que Gaillard tirait de ses nombreux bénéfices cléricaux s'élevaient à environ 3 000 livres tournois par an[4]. Il étudie par ailleurs à l'université de Toulouse, et devient bachelier en décret en 1332, puis docteur en 1341. Il y devient ensuite professeur de droit canonique.
Il ne subsiste qu'un seul manuscrit de l'enseignement juridique de Gaillard, intitulé Reportationes date per excellentissimum dominum Gualhardum de Duroforti. Il contient des leçons que Gaillard aurait données à Toulouse en 1337 ou 1338 et a été compilé soit par Gaillard lui-même, soit par ses élèves. Parmi les sujets abordés figurent les Décrétales de Grégoire IX et le Manuel de Sextus Pomponius[5].
Guerre de Cent Ans : le choix stratégique du camp anglais
modifierAu début de l'an 1337, son frère aîné, Aymeric, a pris le parti des Français. Ce choix lui coûte des terres dans le Bordelais, confisquées par les Anglais (comme Blanquefort), mais il conserve ses terres de l'Agenais et du Périgord et reçoit du roi Philippe VI des domaines confisqués à des barons pro-Anglais (il obtient par exemple le 16 avril 1339 la garde de Puyguilhem). Aymeric est tué à la bataille d'Auberoche en octobre 1345[1].
Dans ce contexte, en novembre 1345, Gaillard, qui n'a jamais reçu que des ordres mineurs, abandonne les ordres pour hériter des possessions de son frère et se marie avec Marguerite de Caumont[1].
Sa politique est très différente de celle de son prédécesseur : ses terres sont menacées par leur proximité avec des zones sous influence anglaise alors même que les Valois viennent de subir plusieurs défaites face à Henri de Grosmont, comte de Derby. Il choisit donc le parti d’Édouard III. Gaillard se soumet avec ses terres au comte de Derby, à La Réole, le 26 novembre 1345 et, en échange, il récupère Blanquefort. Par ailleurs, le roi d’Angleterre lui assigne en 1348 une rente d'environ 2000 écus d’or assise sur les bastides et lieux de Miramont, Castelsagrat, Molières et Beaumont où il exerce aussi le droit de justice[1].
Il est alors seigneur de Lacour, Duras, Blanquefort, Moissaguel et Villandraut[6].
Durant la campagne militaire en Gascogne de 1345 et le siège d'Aiguillon en 1346, il tient la place forte de Bajamont face aux Français, depuis laquelle il lance plusieurs raids contre Agen et les rives de la Garonne entre Moissac et Aiguillon. Il coupe ainsi le ravitaillement des assaillants. Robert de Houdetot, sénéchal de l'Agenais, assiège Bajamont pour l'en déloger, aidé par 2 000 hommes en renfort envoyés par le duc de Normandie, futur roi de France. Les préparatifs du siège à peine commencés, Gaillard tente une sortie et capture Houdetot, infligeant une défaite importante aux Français[7].
Après la levée des sièges d'Aiguillon et de Bajamont, le comte de Derby mène une chevauchée en territoire français début septembre 1346. Il divise son armée en trois colonnes à La Réole et Gaillard prend le commandement de celle qui pille ensuite l'Agenais. L'Agenais sécurisé, Gaillard lance des raids dans le Quercy, atteignant Cahors. À la tête de 400 cavaliers, il pille la Corrèze durant les dix derniers jours de septembre et s'empare de la ville de Tulle . Ce raid sème la panique en Auvergne : la nouvelle de la prise de Tulle parvient à Montferrand le 30 septembre et la ville commence immédiatement à se préparer à une attaque. L'armée du comte Jean d'Armagnac fut détournée vers Tulle, qu'elle assiégea de la mi-novembre à la fin décembre. Les occupants gascons se rendirent et furent faits prisonniers ; finalement, tous furent rachetés[4].
Allégeance au roi de France, puis retour au service d'Edouard III
modifierLe 22 juillet 1348, Gaillard reçut du trésor anglais le dernier versement qui lui était dû en vertu de la convention de novembre 1345. Dès octobre 1349, il semble préparer son passage dans le camp français en formant une alliance avec le comte de Foix, lieutenant du roi de France en Gascogne, encouragé par son parent le seigneur de Caumont, commissaire du roi de France chargé de faire respecter les trêves, qui lui promet 26000 écus d’or contre son ralliement à sa cause[1]. Il se range du côté des Valois à partir de 1350, nouvelle allégeance rendue officielle le 3 mai 1352, alors que la France prenait l'ascendant en Aquitaine, par la signature d'une convention avec Carlos de la Cerda, connétable de France, à Limoges. Son frère Bertrand et son parent Bertrand de Goth, seigneur de Puyguilhem, furent également signataires de cet accord, approuvé par le roi Jean II de France en février 1354. En échange de son allégeance, Gaillard obtint une amnistie complète, la restitution de ses terres occupées par les troupes françaises et d'importantes subventions pour financer la défense de ses châteaux et compenser les pertes de revenus provenant des domaines qu'il possédait ou qu'il allait perdre au profit des Anglais (il est en effet dépossédé de ses seigneuries de Duras et Blanquefort). La famille de Caumont a probablement joué un rôle dans l'obtention de ces conditions favorables. Celles-ci s'avèrent cependant bien éloignées de conditions promises à l'origine : il n’est plus question de 26000 mais de 14000 écus pour aider les Durfort à entretenir leurs garnisons, et de 1500 livres tournois de revenu annuel[1].
Gaillard change donc de nouveau d'allégeance en 1356, après la chevauchée d' Édouard de Woodstock en 1355. Le 6 avril, il signe une convention avec les Anglais, similaire dans ses termes à celle qu'il avait signée quatre ans plus tôt avec les Français. Elle est ratifiée par Édouard III à Westminster le 6 juillet 1358, bien que Gaillard est déjà décédé à cette date. Il récupère ainsi ses domaines perdus, à commencer par Duras et Blanquefort. Les Durfort sont ainsi du côté des vainqueurs de la bataille de Poitiers en septembre 1356. Il meurt peu après : on sait qu'il est encore en vie le 26 novembre 1356, mais il est mort avant le 26 octobre 1357[1].
Son fils, Gaillard II, né de son union avec Marguerite, lui succéde, encore mineur[1].
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Frédéric Vincent, « Maîtrise de Frédéric Vincent »
(consulté le ) - ↑ Léon Jéquier, « Les armoiries de la maison de Durfort au Moyen Âge », Archivum heraldicum, vol. 96 (1–2), , p. 7–12.
- ↑ Jacques Bernard, « Le népotisme de Clément V et ses complaisances pour la Gascogne », Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, vol. 61, nos 7-8, , p. 369-411 (www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1949_num_61_7_5674
) - 1 2 (en) Jonathan Sumption, The Hundred Years' War, Volume 1: Trial by Battle, London, Faber and Faber, , p. 478
- ↑ Paul Fournier, « Notes complémentaires pour l'histoire des canonistes au XIVe siècle, III: Gaillard de Durfort, canoniste et seigneur féodal », Nouvelle revue historique de droit français et étranger, no 44, , p. 516–524
- ↑ Nicole de Peña, « Documents sur la maison de Durfort: XIe–XVe siècle, Partie 2 », Fédération historique du Sud-Ouest, , p. 1091
- ↑ (en) Nicholas A. Gribit, Henry of Lancaster's Expedition to Aquitaine, 1345–1346: Military Service and Professionalism in the Hundred Years' War, London, Boydell, , p. 140–43.
