Giovanni da Milano

peintre italien


Giovanni da Milano, né vers 1325 à Caversaccio, près de Côme, et mort après 1369, est un peintre italien d'origine lombarde, actif surtout à Florence.

Giovanni da Milano
Pietà (1365), Galerie de l'Académie, Florence.
Biographie
Naissance
Vers 1325
Caversaccio, près de Côme
Décès
Après 1369
Activités
Période d'activité
Œuvres principales
Cristo in pietà (d), Christ in throne adored by angels (d), Polyptych of Ognissanti (d), Prato Polyptych (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Documenté à Florence dès 1346 parmi les peintres étrangers, il s'inscrit à l'Arte dei Medici e Speziali en 1363 et obtient la citoyenneté florentine en 1366. En 1369, le pape Urbain V l'appelle à Rome pour travailler au Vatican avec d'autres peintres.

Ses œuvres principales sont le polyptyque de la Pinacothèque communale de Prato, le polyptyque d'Ognissanti, aujourd'hui à la galerie des Offices, les fresques de la chapelle Rinuccini de la basilique Santa Croce et la Pietà signée et datée de 1365 de la Galleria dell'Accademia de Florence.

Le Dizionario biografico degli italiani le présente comme le principal intermédiaire entre la culture picturale toscane et celle de la plaine du Pô à l'époque postérieure à Giotto, et comme un précurseur significatif du gothique international.

Biographie

modifier

Origines

modifier

Giovanni da Milano naît vers 1325[1],[n 1]. Le nom « da Milano », qu'il emploie lui-même pour signer deux de ses œuvres, indique sa provenance de la métropole lombarde, mais un document florentin précise son lieu de naissance, « Kaversaio », identifié avec Caversaccio di Valmorea, non loin de Côme[1],[2].

Arrivée en Toscane

modifier

Les motifs de son installation en Toscane sont inconnus. Le Dizionario biografico rappelle que des sculpteurs, des tailleurs de pierre et des architectes de la région de Côme et des lacs lombards y étaient actifs depuis des générations, formant une communauté prospère dont il fut peut-être proche. Il n'exclut pas qu'il y ait été amené par les peintres florentins de l'atelier de Giotto actifs à Milan avant le milieu du siècle[1].

Ses collaborations florentines restent incertaines : Vasari le place dans l'entourage de Taddeo Gaddi, Alessandro Marabottini le rattache en 1950 à l'atelier d'Orcagna, et Mina Gregori lui prête en 1980 une position plus autonome, proche de Bernardo Daddi[1],[3],[4],[n 2].

Florence

modifier

Le plus ancien document qui le concerne, en 1346, le nomme « Iohannes Iacobi de Commo ». Il est alors déjà actif à Florence comme peintre, mais exclu, en tant qu'étranger, des charges électives[1],[5]. Il demeure à Florence pendant la plus grande partie de sa vie, s'inscrit à l'Arte dei Medici e Speziali en 1363 et devient citoyen florentin en 1366[1],[2],[n 3].

En 1369, le pape Urbain V l'appelle à Rome pour peindre au Vatican, avec Bartolomeo Bulgarini, Giottino, Giovanni et Agnolo Gaddi, et peut-être Matteo Giovannetti. Rien ne subsiste de ces travaux[1],[5]. La National Gallery de Londres l'identifie, comme probable, avec le « Iohannes de Mediolano » qui travaille alors au Vatican[2].

Dernières années

modifier

Sa présence en Lombardie à l'époque de sa maturité n'est pas assurée, mais le Dizionario biografico juge plus que probable qu'il y soit retourné pour certaines périodes[1]. Selon Vasari, il se rend à Milan, où il exécute de nombreuses œuvres à la tempera et à fresque, et y meurt[5].

L'année de sa mort est inconnue. Un document de 1375 sur la reconstruction de l'abbaye du Mont-Cassin mentionne un peintre Giovanni « de Comes », sans qu'il soit possible de l'identifier avec certitude à Giovanni da Milano[1].

Reconstitution du catalogue

modifier

Le catalogue de Giovanni da Milano a été reconstitué progressivement et assez récemment, en raison du démembrement de nombreux retables florentins et de l'intérêt tardif de la critique, à partir de la première réévaluation de Rumohr en 1827[1].

Autour de la Pietà signée et datée de l'Accademia se sont réunis d'abord les panneaux latéraux du polyptyque d'Ognissanti, déjà signalé par Vasari, puis le polyptyque de Prato, publié par Milanesi et Pini en 1850, et les fresques de la chapelle Rinuccini, attribuées par Crowe et Cavalcaselle en 1864 et confirmées par un document publié par Milanesi en 1878. Les études de Toesca, à partir de 1912, puis de Boskovits, de Bellosi et de Gregori, ont cherché à éclairer ses années de formation en Lombardie[1].

Selon Larousse, les rares repères chronologiques sûrs semblent indiquer une évolution de formes amenuisées et gothiques vers des formes plus amples et plus monumentales[6].

Débuts en Lombardie

modifier

Le Dizionario biografico lui attribue d'abord une lunette à fresque de la Vierge à l'Enfant entre saint Jean-Baptiste et une sainte, peut-être Catherine d'Alexandrie, à Santa Maria delle Grazie de Mendrisio, dans le canton du Tessin. Il la tient pour l'une des conséquences les plus notables du passage de Giotto à Milan. Sa datation reste discutée, avant le séjour florentin de 1346 ou lors d'un retour en Lombardie[1].

Le même dictionnaire rattache à cette période deux petites Crucifixions de collections particulières et une œuvre de petit format, Dieu le Père, le Christ et des saints, conservée à la National Gallery de Londres. Un dessin de la Crucifixion conservé au cabinet des estampes de Berlin pourrait être plus tardif[1].

L'Enciclopedia De Agostini voit le signe de sa formation lombarde dans les fresques, endommagées, de la chapelle du château de Montiglio[7].

Premières œuvres florentines

modifier

Les œuvres probablement peintes entre son arrivée à Florence et 1354 lui sont toutes attribuées sur des critères stylistiques. Parmi elles, un petit panneau de la Galerie nationale d'art ancien de Rome, au palais Barberini, révèle sa connaissance de la peinture florentine jusqu'aux années 1340, en particulier des couleurs pâles de Bernardo Daddi et des formes nettes de Maso di Banco[1].

Polyptyque de Prato

modifier

Le grand polyptyque signé de la Pinacothèque communale de Prato représente la Vierge à l'Enfant en majesté entre sainte Catherine d'Alexandrie, saint Bernard de Clairvaux, saint Barthélemy et saint Barnabé, avec une double prédelle. Il est commandé par Francesco Tieri, recteur de l'hôpital de la Misericordia e Dolce de Prato de 1334 à sa mort, en 1363[1]. La critique le date le plus souvent entre le milieu des années 1350 et 1360[1] ; Larousse précise qu'il ne peut être postérieur à 1363[6],[n 4].

Œuvres de la maturité

modifier

Dans sa période de maturité, Giovanni da Milano s'intéresse aussi, selon le Dizionario biografico, au gothique siennois, aux peintres actifs à Pise et à la culture de la cour pontificale d'Avignon. Le dictionnaire rattache à cette période une petite Pietà d'une collection particulière parisienne, peut-être d'origine pisane, la Crucifixion du Rijksmuseum d'Amsterdam et la lunette de New York[1].

La lunette de la Vierge à l'Enfant avec des donateurs du Metropolitan Museum of Art, vers 1365, à la tempera sur bois et fond d'or (68,9 × 144,1 cm), était probablement placée dans un arc au-dessus d'une tombe. Elle représente un mari et une femme défunts accueillis au ciel par l'Enfant Jésus[8].

Panneaux d'un polyptyque pisan

modifier

Le Dizionario biografico signale une Vierge de l'Annonciation du musée national San Matteo de Pise, peut-être issue du couronnement d'un polyptyque pisan perdu, auquel pourraient avoir appartenu un Saint François du musée du Louvre et un Saint Antoine du musée du Williams College à Williamstown[1].

Le Louvre présente son Saint François d'Assise comme le panneau latéral droit d'un polyptyque qui comprenait également un Ange, d'une autre main, et la Vierge de l'Annonciation de Pise, ainsi qu'un Saint Antoine abbé conservé à Williamstown[3],[9]. Le panneau parisien, autrefois attribué à Taddeo Gaddi[9], mesure 113 × 39,5 cm[3],[n 5].

Polyptyque d'Ognissanti

modifier

Le polyptyque d'Ognissanti, la chapelle Rinuccini et la Pietà de l'Accademia se succèdent, selon le Dizionario biografico, en peu d'années, après 1360 et avant le voyage à Rome de 1369[1].

Le polyptyque réalisé pour les Humiliés d'Ognissanti, aujourd'hui aux Offices, était peut-être centré sur un Couronnement de la Vierge autrefois à Buenos Aires. Chaque panneau y réunit deux représentants de catégories différentes de saints, en correspondance avec l'assemblée chorale des panneaux inférieurs, tandis que le couronnement figure les jours de la Création[1]. Le Dizionario biografico y relève des réminiscences de Simone Martini, peut-être transmises par les peintres d'éducation siennoise actifs à Pise, et le compte parmi les retables les plus nouveaux et les plus élaborés de la seconde moitié du XIVe siècle à Florence[1].

Pietà de l'Accademia

modifier

En 1365, il peint la Pietà signée et datée de la Galleria dell'Accademia de Florence, provenant du Tiers-Ordre franciscain des saints Jérôme et François alla Costa[1],[10]. Le Dizionario biografico y voit l'interprétation d'une iconographie d'origine nordique[1] ; selon la Web Gallery of Art, c'est l'une des premières représentations de ce sujet peintes à Florence[11].

Chapelle Rinuccini

modifier

La même année, il peint les fresques de la chapelle Rinuccini, dans la sacristie de Santa Croce, alors sous le patronage des Guidalotti. Laissé inachevé, le décor est repris quelques années plus tard, sous les armes des Rinuccini, par un anonyme florentin appelé Maître de la chapelle Rinuccini, que Bellosi propose en 1974 d'identifier avec Matteo di Pacino[1].

Les histoires de la Vierge et de Marie-Madeleine peintes par Giovanni da Milano occupent les registres supérieur et central des deux murs latéraux ; les voûtes accueillent des Prophètes et le Rédempteur, et les arcs et piliers des Apôtres et des Saints[1].

Sur le mur gauche, l'Annonce à Joachim et la Rencontre à la Porte dorée partagent un même compartiment ; la lumière nocturne de la première scène renvoie, selon le Dizionario biografico, au précédent de Taddeo Gaddi dans la même église. La Nativité de la Vierge voisine, encore plus célébrée, est une étude d'intérieur dominée par les figures féminines[1].

Maestà de Scandicci

modifier

La Maestà de l'église San Bartolo in Tuto à Scandicci, panneau publié en 1983 par R. C. Proto Pisani, est présentée par le Dizionario biografico comme peut-être l'œuvre la plus avancée du peintre aujourd'hui conservée à Florence[1].

Polyptyque de Santa Maria degli Angeli

modifier

Un autre polyptyque, vraisemblablement destiné au monastère camaldule de Santa Maria degli Angeli à Florence, est aujourd'hui dispersé entre la pinacothèque de Brera à Milan, la Galleria Sabauda à Turin et la National Gallery de Londres. Son panneau central, un Christ en majesté, se rapproche du style de Giusto de' Menabuoi et de Bartolomeo Bulgarini, et appartient peut-être à une phase postérieure au voyage à Rome[1].

modifier

La National Gallery de Londres conserve trois pinacles provenant du registre supérieur d'un grand retable, la Vierge, le Christ de l'Apocalypse et Saint Jean-Baptiste, ainsi qu'un petit panneau du Christ et la Vierge en majesté avec six saints, qu'il a peut-être peint à Sienne[2].

Réception critique

modifier

Le Dizionario biografico souligne qu'il fut l'un des très rares peintres non toscans à travailler durablement et avec succès à Florence au milieu du XIVe siècle, et qu'il resta longtemps en marge de l'historiographie toscane préscientifique, marquée par une composante patriotique. Il le présente comme le principal intermédiaire entre la culture picturale toscane et celle de la plaine du Pô à l'époque postérieure à Giotto, plus encore que Giusto de' Menabuoi, et comme un précurseur significatif du gothique international[1].

Pour le Metropolitan Museum, il compte parmi les principaux peintres italiens du milieu du XIVe siècle ; formé en Lombardie, il y développe un style d'une douce délicatesse et d'une observation précise de la nature, et le naturalisme raffiné de ses figures influence les artistes actifs dans les décennies qui suivent la peste noire[8]. Le site Arte.it décrit son style comme une fusion de la leçon de Giotto et d'éléments du gothique français[12].

Larousse place la Pietà de la collection du Luart à mi-chemin entre la culture d'Avignon et l'œuvre des frères de Limbourg, et voit dans sa manière une voie qui mènera à Jan van Eyck ; en Italie, il transmet selon lui son héritage à Gentile da Fabriano, à Masolino et au Sassetta[6].

Le Dizionario biografico relève enfin l'écho de sa manière dans les cycles lombards des oratoires de Solaro, de Mocchirolo et de Lentate sul Seveso, et dans les miniatures de Giovanni di Benedetto da Como[1].

Exposition

modifier

En 2008, la Galleria dell'Accademia de Florence lui consacre sa première exposition monographique, Giovanni da Milano. Capolavori del gotico fra Lombardia e Toscana, qui réunit les principales œuvres d'un catalogue d'environ vingt-cinq numéros[13],[4].

Saint François d'Assise, musée du Louvre, Paris.
Naissance de la Vierge.

Œuvres

modifier
Sélection
DateŒuvreLieu de conservation
Vierge à l'Enfant entre saint Jean-Baptiste et une sainte, lunette à fresqueSanta Maria delle Grazie, Mendrisio[1]
Petit panneauGalerie nationale d'art ancien, palais Barberini, Rome[1]
milieu des années 1350 – 1360Polyptyque de la Vierge à l'Enfant en majesté avec quatre saintsPinacothèque communale, Prato[1]
Saint François d'AssiseMusée du Louvre, Paris[3]
CrucifixionRijksmuseum, Amsterdam[1]
vers 1365Vierge à l'Enfant avec des donateursMetropolitan Museum of Art, New York[8]
après 1360Polyptyque d'OgnissantiGalerie des Offices, Florence[1]
1365PietàGalleria dell'Accademia, Florence[1],[10]
1365Histoires de la Vierge et de Marie-Madeleine, fresquesChapelle Rinuccini, Santa Croce, Florence[1]
MaestàSan Bartolo in Tuto, Scandicci[1]
Christ en majesté et autres panneaux d'un polyptyquePinacothèque de Brera, Milan ; Galleria Sabauda, Turin ; National Gallery, Londres[1]
Trois pinacles d'un grand retableNational Gallery, Londres[2]

Notes et références

modifier
  1. ↑ Le musée du Louvre indique « 1320 ? », le site Sinequanon vers 1320.
  2. ↑ La version antérieure de l'article le présentait comme élève de Taddeo Gaddi, d'après un ouvrage de vulgarisation de 1931.
  3. ↑ L'Enciclopedia De Agostini propose une autre chronologie : il aurait quitté Florence après la peste de 1348 pour la Lombardie, où il aurait peint des cycles aujourd'hui disparus, avant de revenir à Florence vers 1365.
  4. ↑ Le site Arte.it indique qu'il signe ce polyptyque à Prato en 1354.
  5. ↑ Le musée du Louvre le date entre 1350 et 1375 ; la base AGORHA, vers 1360-1365.

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 (it) Valerio Ascani, « Giovanni da Milano », sur Dizionario biografico degli italiani, Treccani, (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 5 (en) « Giovanni da Milano (documented 1346 - 1369) », sur National Gallery (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 « Saint François d'Assise », sur Collections, Musée du Louvre (consulté le ).
  4. 1 2 (it) « Giovanni da Milano alla Galleria dell'Accademia », sur Sinequanon, (consulté le ).
  5. 1 2 3 (it) « Personaggi celebri », sur Comune di Valmorea (consulté le ).
  6. 1 2 3 « Giovanni da Milano », sur Larousse (consulté le ).
  7. ↑ (it) « Giovanni da Milano », sur Sapere.it, De Agostini (consulté le ).
  8. 1 2 3 (en) « Madonna and Child with Donors », sur The Metropolitan Museum of Art (consulté le ).
  9. 1 2 « Saint François d'Assise », sur AGORHA, Institut national d'histoire de l'art (consulté le ).
  10. 1 2 (it) « Giovanni da Milano, Cristo in pietà tra la Madonna, san Giovanni Evangelista e santa Maria Maddalena », sur Fondazione Federico Zeri (consulté le ).
  11. ↑ (en) « Pietà by Giovanni da Milano », sur Web Gallery of Art (consulté le ).
  12. ↑ (it) « Giovanni Da Milano – Biografia, opere e mostre », sur Arte.it (consulté le ).
  13. ↑ (it) « Giovanni da Milano. Capolavori del gotico fra Lombardia e Toscana », sur Artelab (consulté le ).

Voir aussi

modifier

Bibliographie

modifier
  • (it) Alessandro Marabottini, Giovanni da Milano, Florence, Sansoni, .
  • (it) M. Boskovits, Giovanni da Milano, Florence, .
  • (it) M. Gregori, Giovanni da Milano alla cappella Rinuccini, Milan, .
  • M. Boskovits, « Notes sur Giovanni da Milano », Revue de l'art, no 11,‎ , p. 55-58.
  • (it) Valerio Ascani, « Giovanni da Milano », dans Dizionario biografico degli italiani, vol. 56, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, .

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :