Guillaume le Maréchal

chevalier anglo-normand

Guillaume le Maréchal (Willame li Mareschal en anglo-normand, William Marshal en Anglais), né vers 1145 ou 1147 et mort le à Caversham, 1er comte de Pembroke, est un chevalier anglo-normand de langue française et un tournoyeur réputé. Il est décrit comme « le meilleur chevalier du monde » dans le manuscrit Histoire de Guillaume le Maréchal, rédigé peu après sa mort[1].

Guillaume le Maréchal
Gisant de Guillaume le Maréchal en l'Église du Temple à Londres.
Fonction
Comte-maréchal
-
Titre de noblesse
Comte de Pembroke
-
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata
Caversham (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Willame li Mareschal
Activités
Famille
le Maréchal
Père
Mère
Sibylle de Salisbury (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Conjoint
Isabelle de Clare (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Joan Marshal (d)
Guillaume le Maréchal
Richard le Maréchal
Maud Marshal
Gilbert Marshal (en)
Walter Marshal (en)
Isabelle le Maréchal
Sibylle (d)
Eva Marshal
Anselme Le Maréchal (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Propriétaire de
Grade militaire
Blason de Guillaume le Maréchal, premier comte de Pembroke: Parti d'or et de sinople, un lion de gueules brochant sur le tout

Guillaume participe à cinq batailles au cours de sa vie, chose rare car l'on considère qu'un chevalier ayant survécu à deux batailles est un vétéran aguerri[2].

Sa devise est « Dieu aide le Maréchal » et ses armes sont « parti d'or et de sinople, au lion de gueules brochant sur le tout »[3].

Biographie

modifier

Enfance

modifier

Chevalier anglo-normand, il nait en Angleterre, vers 1145[4] ou 1147[5], de Jean le Maréchal et de Sybille de Salisbury, sa seconde épouse. Le surnom de Maréchal remonte à son grand-père Gilbert le Maréchal, maréchal de la cour du roi Henri Ier Beauclerc, charge familiale héréditaire.

Alors que Guillaume est âgé d'environ cinq ou six ans, son père doit le livrer en otage au roi Étienne d'Angleterre, en garantie d'une trêve négociée à l'occasion du siège de Newbury (Berkshire) par l'ost royal. Lorsque Jean en profite pour approvisionner et renforcer le château assiégé, Étienne, pour l'intimider, menace de pendre ou de catapulter l'enfant. Par bravade, le père de Guillaume fait répondre qu'il possède encore « l'enclume et le marteau pour en forger un plus beau ». Le jeune garçon est bien sûr épargné et reste quelque temps otage auprès du roi, qui le traite fort bien[6].

Jeune chevalier

modifier

Guillaume fait son apprentissage en Normandie avec Guillaume de Tancarville, qui est le cousin de sa mère, chambellan d'Angleterre, les Tancarville assurant la charge héréditaire de chambellans en chef du duc de Normandie. Il est armé chevalier (adoubé) par Guillaume de Tancarville, sans doute au printemps 1167[7]. Il entre ensuite au service de Patrice de Salisbury, son oncle maternel. Il se fait remarquer, en 1168, en défendant vaillamment Aliénor d'Aquitaine, dont le convoi qu'il escorte est attaqué, près de Poitiers, par le seigneur de Lusignan. Son oncle meurt au cours de l'affrontement et Guillaume est grièvement blessé d'un coup d'épieu à la cuisse, avant d'être emmené comme otage. Aliénor paie sa rançon, lui fait donner un équipement de chevalier et le prend à son service[8],[9],[10].

Au service des Plantagenêts

modifier

Pour cet acte de bravoure et pour sa fidélité, Henri II désigne Guillaume le Maréchal, à l'été 1170, « pour garder et enseigner le jeune roi d'Angleterre » Henri le Jeune. Il devient son « maître en chevalerie » et le chef de sa maisonnée[11],[12]. En 1173, Guillaume « ceint à nouveau de l'épée et embrasse » le jeune roi (qui a déjà été adoubé par son père en 1170, lors de son premier couronnement)[13].

En 1173-1174, il le suit dans la révolte de celui-ci contre son père Henri II d'Angleterre. Pendant plusieurs années, il mène une bande de chevaliers réunis autour du jeune roi de tournoi en tournoi dans le Nord de la France actuelle.

En 1182, toujours célibataire, « bachelier », il fait partie des « jeunes » (juventus)[14] de la maison militaire d'Henri le Jeune et jouit d'une très grande faveur auprès de ce dernier. Cinq chevaliers de cette même mesnie, jaloux du Maréchal, ourdissent un complot en vue de le perdre auprès du jeune roi, et font courir une rumeur d'adultère avec la jeune reine Marguerite. Sur fond de rivalité entre Normands et Anglo-Normands lors des tournois : « Nous sommes tous abâtardis, si nous nous laissons damer le pion par cet Anglais » ; la calomnie est bientôt portée devant Henri le jeune. Guillaume quitte la cour, mais est finalement rappelé par le jeune roi, quelques semaines plus tard[15].

À la mort d'Henri le Jeune, le [16], il escorte son corps à Rouen où il va être enterré en la cathédrale Notre-Dame. Puis il part deux ans en croisade en Terre sainte. C'est là qu'il prend la décision d'être enterré chez les templiers[17]. Il est de retour en 1186 ou 1187, quelque temps avant la défaite de Hattin[18],[19]. Bien qu'il n'existe aucun document d'époque en référence à cette période, les techniques de construction des châteaux employées par Guillaume le Maréchal principalement à Pembroke[20] montrent qu'elles ont été inspirées par ce qu'il a observé en Terre Sainte[21].

Le roi Henri II le prend alors à son service[19]. Guillaume fait partie des chevaliers de la suite du roi[18], qui lui accorde le modeste fief de Cartmel dans le Lancashire[22]. Il est l'un des derniers fidèles du vieux roi dans la lutte de ce dernier contre ses fils, au premier chef desquels le jeune Richard Cœur de Lion. À cette occasion, alors que Richard s'est lancé à la poursuite de son père, Guillaume tue son cheval sous lui d'un coup de lance, épargnant volontairement le prince dépourvu de haubert[23],[24].

Mariage

modifier

Henri II lui avait promis la « pucelle de Striguil », promesse confirmée par Richard Cœur de Lion, qui l'a pris à son service[25]. En 1189, à 44 ans, il épouse donc Isabelle de Clare (née vers 11721220), âgée tout au plus de 17 ans, fille de Richard de Clare dit Strongbow (mort en 1176), comte de Pembroke et de Buckingham. Isabelle était la petite-fille de Diarmait MacMurrough, roi de Leinster, et aussi l'arrière-petite-fille de Robert de Beaumont, comte de Meulan, et de sa deuxième épouse Élisabeth de Vermandois, de la maison capétienne. Isabelle lui apporte tous ses titres et terres : le comté de Pembroke, la moitié de l'honneur de Longueville et près du quart de l'Irlande, et lui donne au moins dix enfants[26].

Dernières années et mort

modifier

Régent d'Angleterre, il part guerroyer, le [4], contre des barons anglais révoltés alliés aux troupes françaises du dauphin Louis, lors de la bataille de Lincoln. Pourtant septuagénaire, il y combat et capture le jeune comte Thomas du Perche âgé d'une vingtaine d'années seulement[27].

Pour le médiéviste Martin Aurell, Guillaume, à la fin de sa vie, « jadis protégé d'Aliénor, est devenu un quasi-roi d'Angleterre à la place d'Henri III (1216-1272), un enfant dont il préside le conseil de régence. »[28]

Le grand chevalier meurt dans son manoir de Caversham[29], le [30]. Sur son lit de mort, ad succurrendum, il remet son corps à l'ordre du Temple[31] et revêt le manteau blanc à croix rouge des templiers[32]. Il déplore enfin que les gens d'Église ne comprennent pas la morale de la chevalerie. S'il reconnait avoir capturé, au cours de sa vie, au moins cinq cents chevaliers dont il s'est « approprié les armes, les chevaux, les harnais », il en fait repentance devant l'assemblée réunie, et espère que cela ne lui coutera pas son salut[33],[34]. Sa femme Isabelle meurt un an plus tard.

C'est en apprenant la nouvelle de sa mort que son ennemi et suzerain, le roi de France Philippe Auguste, demande aux chevaliers de sa cour de porter un toast à la mémoire de son plus formidable adversaire, en lequel Guillaume des Barres reconnut le « meilleur chevalier du monde »[35].

L'écuyer de Guillaume le Maréchal, Jean d'Early[36] (ou Johan d'Erlée)[37], était son plus proche compagnon de bataille. À la demande du fils aîné de Guillaume, « qui en supporta tout le coût », Il narrera les histoires du chevalier à Jean le Trouvère, qui rédigea la chanson de Guillaume, sa biographie[38].

Famille et descendance

modifier
Blason de Guillaume le Maréchal.

Famille

modifier

Il épousa Isabelle de Clare (vers 11711220), fille de Richard de Clare dit Strongbow (mort en 1176), comte de Pembroke et d'Aoife MacMurrough. La famille Clare est originaire d'Orbec dans le Pays d'Auge (Normandie). Par ce mariage, Guillaume reçoit les seigneuries d'Orbec et de Bienfaite en dot. Ils ont cinq fils et cinq filles qui atteignent tous l'âge adulte :

Descendance

modifier

Aucun de ses cinq fils n'engendre de descendance légitime. Ils meurent tous un à un après leur père. À la suite de leur mort, les vastes domaines de Guillaume le Maréchal sont partagés entre les époux de ses cinq filles.

Étant assez proche du pouvoir (ayant même été régent), Guillaume le Maréchal s'attire les foudres de l'Église d'Angleterre, et plus particulièrement de l'archevêque de Cantorbéry. Celui-ci essaiera de récupérer l'héritage et le titre de Guillaume à sa mort.

Par sa fille Isabelle, Guillaume le Maréchal est l'ancêtre des dynasties écossaises Bruce puis Stuart. Par ses autres filles Mathilde et Ève, il est l'ancêtre direct des rois Plantagenets Édouard V et Richard III puis de tous les monarques d'Angleterre à partir d'Henri VIII[réf. nécessaire].

Guillaume le Maréchal dans la fiction

modifier
Bande dessinée
Cinéma
Jeux vidéo
  • Dans le jeu Vampyr, il est décrit comme un ancien chevalier vampire ayant, en plus de ses accomplissements réels, sauvé l'Angleterre d'un désastre vampirique, et ayant un rôle important au travers de l'histoire du jeu.
  • Il est présent dans la campagne du jeu vidéo Age of Empires IV.

Biographies

modifier

La biographie de Guillaume le Maréchal émane principalement de l’Histoire de Guillaume le Maréchal, œuvre de 19 214 vers, en couplets rimés octosyllabiques, rédigée par un trouvère « Jean l'Anonyme»[39], peu de temps après sa mort à la demande de son fils, en anglo-normand, à partir du témoignage de son écuyer Jean d’Early[36].

Sa vie a aussi inspiré une célèbre biographie de Georges Duby intitulé Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, parue en 1984[40], centrée sur sa loyauté à l'égard de ses suzerains ennemis, les rois d'Angleterre et de France, l'ouvrage a été lu par l'historien en une édition audio abrégée à La Bibliothèque des voix[41].

Notes et références

modifier
  1. (en) Sidney Painter, William Marshal, Knight-Errant, Baron, and Regent of England, University of Toronto Press, , 305 p. (ISBN 978-0-8020-6498-1, lire en ligne)
  2. Georges Duby, Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Paris, Fayard, folio histoire, , 189 p. (ISBN 2-07-032344-7), p. 21
  3. Early Blazon
  4. 1 2 Duby 1984, p. 7.
  5. Crouch 2002, p. 12 et 20.
  6. Duby 1984, p. 79-81.
  7. Duby 1984, p. 86.
  8. Duby 1984, p. 98.
  9. Martin Aurell, Aliénor d'Aquitaine, Souveraine femme, Paris, Grandes Biographies, Flammarion, , 503 p. (ISBN 978-2-0804-6324-1), p. 45-46
  10. Jean Flori, Aliénor d'Aquitaine, La reine insoumise, Paris, Payot, , 544 p. (ISBN 2-228-89829-5), p. 121-122
  11. Duby 1984, p. 99.
  12. Flori 2004, p. 122.
  13. Aurell 2003, p. 117.
  14. Duby, Georges, « Dans la France du Nord-Ouest au XIIe siècle : les « jeunes » dans la société aristocratique », Annales, vol. 19, no 5, (DOI 10.3406/ahe, lire en ligne [archive du ], consulté le )
  15. Duby 1984, p. 58-66.
  16. Aurell 2024, p. 54.
  17. Martin Aurell, L'Empire des Plantagenêts, 1154-1224, Paris, Perrin, , 406 p. (ISBN 9782702880852), p. 317 (note 297)
  18. 1 2 Crouch 2002, p. 39.
  19. 1 2 Duby 1984, p. 145.
  20. Pembroke Castle, http://www.castlewales.com/pembroke.html
  21. William Marshal Earl of Pembroke, Catherine A. Armstrong, 1998, http://www.castlewales.com/marshall.html
  22. Duby 1984, p. 146.
  23. Jean Flori, Richard Coeur de Lion, Le roi-chevalier, Paris, Payot & Rivages, Biographie Payot, , 599 p. (ISBN 9782228892728), p. 83
  24. Duby 1984, p. 149.
  25. Duby 1984, p. 150-151.
  26. Duby 1984, p. 153-161.
  27. Le jeune chevalier sera « par mégarde » tué d'un coup d'épieu dans l'œil (Duby 1984, p. 183).
  28. Aurell 2024, p. 19.
  29. Duby 1984, p. 8.
  30. Duby 1984, p. 28.
  31. Aurell 2003, p. 92.
  32. Duby 1984, p. 19-20.
  33. Sébastien Nadot, Rompez les lances ! Chevaliers et tournois au Moyen Âge, Paris, ed. Autrement, 2010.
  34. Duby 1984, p. 25-26.
  35. Duby 1984, p. 33-34.
  36. 1 2 Duby 1984, p. 44.
  37. Meyer 1882, p. 26.
  38. Duby 1984, p. 41-42.
  39. Duby 1984, p. 41.
  40. Jean Flori, « Georges Duby, "Guillaume le Maréchal ou le meilleur chevalier du monde" », Cahiers de Civilisation Médiévale, vol. 30, no 120, , p. 371-373 (lire en ligne).
  41. Georges Duby, Guillaume le Maréchal, Paris, des femmes-Antoinette Fouque, coll. « La Bibliothèque des voix », (EAN 3328140020205)

Voir aussi

modifier

Articles connexes

modifier

Bibliographie

modifier
  • Amaury Chauou, Les Plantagenêts et leur cour, Paris, Presses Universitaires de France, 2019, 420 p.
  • (en) David Crouch, William Marshal, Knighthood, War and Chivalry, 1147-1219, Harlow, Pearson Education Limited, , 248 p. (ISBN 978-0-582-77222-9, lire en ligne)
  • Georges Duby, Guillaume le Maréchal (extraits audio de l'édition Fayard, lus par l'auteur), Paris, La Bibliothèque des voix, des femmes-Antoinette Fouque, 1985, 68 min.
  • Georges Duby, Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Fayard, folio histoire, 1984, 189 p., (ISBN 2-07-032344-7)
  • Paul Meyer, Histoire de Guillaume le Maréchal, Paris, Société de l’Histoire de France, 1891-1901, avec une traduction partielle des sources originales en français moderne.
  • Paul Meyer, « L'histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre. Poème français inconnu », Romania, t. 11, no 41, , p. 22-74 (lire en ligne, consulté le ).
  • Catherine A. Armstrong, William Marshal Earl of Pembroke, Édition spéciale, Seneschal Press, 2007.
  • Sébastien Nadot, Rompez les lances ! Chevaliers et tournois au Moyen Âge, Paris, ed. Autrement, 2010.
  • David Fiasson, « Guillaume le Maréchal : Pilier chevaleresque de la maison Plantagenêt », Guerres et Histoire, no 89, , p. 42-45.

Liens externes

modifier