Joseph Vantini
Joseph Vantini, dit « Yusuf » (ou « Yousouf »), né le à l'île d'Elbe et mort le à Cannes, est un général français.
| Gouverneur de la province de Constantine | |
|---|---|
| - |
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 57 ans) Cannes |
| Nom de naissance |
Joseph Vantini |
| Surnom |
Général Yusuf |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Conjoint |
Mme Weyer |
| Grade militaire | |
|---|---|
| Conflits | |
| Distinction |
Grand-croix de la Légion d'honneur |
Interprète dans l'armée d'Afrique, à la tête d'un corps de cavaliers indigènes (spahis), il participe à la conquête de l'Algérie.
Il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur en 1860.
Biographie
modifierOrigines et jeunesse
modifierLe Général Yusuf[1] n'a conservé aucun souvenir de sa famille ; il se rappelait seulement avoir vu Napoléon Ier en 1814[2].
Il serait né d'un grenadier corse au service de Napoléon Ier et élevé par la sœur de l'empereur, Pauline Bonaparte, jusqu'à l'âge de trois ans[3].
À cette époque, il est embarqué pour Florence pour continuer ses études. Le navire qui le transporte est capturé par un pirate barbaresque[4], conduit à Tunis et livré au Bey. Il devient musulman temporairement, est placé dans le sérail de Mahmoud Bey, et gagne son affection[2].
Il apprend le turc, l'arabe, l'espagnol[2], brille dans les exercices militaires, et devient l'ami du Bey[2]. Il séduit une des filles du Prince ; surpris dans un de ses rendez-vous, il tue le gardien, jette le corps dans une piscine, sauf la tête. Le lendemain, il montre la tête de l'esclave à la jeune princesse pour la rassurer.
Il décide de quitter Tunis, prépare son évasion, avec l'aide de Jules de Lesseps[3], fils du consul de France et d'Amédée Van Gaver, important négociant français de Tunis[5].
Au mois de , un canot doit le conduire à bord du brick français L'Adonis. Malgré cinq soldats turcs, il gagne l'embarcation[6] et rallie la flotte française à Alger. Le [7], il débarque à Sidi-Ferruch[4].
Campagne de 1830 en Algérie
modifierLe général en chef Comte de Bourmont le délègue auprès du commissaire général de police comme interprète militaire. Il accomplit plusieurs missions auprès des chefs des diverses populations éloignées, et s'engage dans la carrière militaire[8]. Il est nommé capitaine dans le 1er régiment des chasseurs d'Afrique le [4]. Il est promu aux fonctions de khalifa auprès de l'agha des Arabes[9].
Il est désigné par le duc de Rovigo pour faire partie de l'expédition de Bône. Il assiste le capitaine d'artillerie d'Armandy. Il mène l'assaut de la citadelle, la nuit du : Émile de Kératry racontera en 1887 que Yusuf escalada la Kasbah par une corde de soixante mètres de long[10], suivi par 29 marins de la Béarnaise. Il est décoré de la croix de chevalier de la Légion d'honneur à cette occasion.
Il contribue ensuite à conserver cette conquête à la France[11]. Clausolle[12] cite un de ses faits d'armes dans la sauvegarde d'Alger[Note 1].
Autres campagnes en Algérie
modifierYusuf se fait remarquer pendant les campagnes de 1832 et 1833, et est nommé, le , chef d'escadron dans le corps des spahis réguliers du « colonel-agha » Marey.
Lors de l'expédition du maréchal Clauzel sur Mascara, le maréchal lui confie le beylik de Constantine par décret en date du . Il est nommé officier de la Légion d'honneur, le .
Pour sa conduite en 1836 et 1837, une ordonnance royale l'élève au grade de lieutenant-colonel des spahis réguliers de Bône, le [13].
Il fait les campagnes de 1838 à 1841 à la tête de son corps de spahis. Il est nommé colonel de la cavalerie indigène d'Afrique le , et promu au grade de maréchal de camp après la bataille d'Isly[14].
Lors de la prise de la smala d'Abd el-Kader par le duc d'Aumale, le , le premier échelon est composé des spahis et du goum, commandés par le colonel Yusuf ; le , il domine l'émir à Tenda dans un combat de cavalerie. Le , il l'atteint de nouveau, le bat, capture ses bagages et est sur le point de le capturer lui-même.
Le , il prend l'oasis de Laghouat avec le général Aimable Pélissier[15].
La guerre de Crimée
modifierEn 1854, durant la guerre de Crimée, le général Yusuf est chargé, en Bulgarie, d'organiser en spahis quatre régiments de spahis d'Orient, ou bachi-bouzouk. Ils n'épargnaient personne et, à la suite de grosses pertes, seront licenciés au bout de deux mois[16].
Création du corps des spahis
modifierLe , il crée le corps des spahis dans l'armée française, et recrute ces nouveaux régiments.
États de service
modifierLes archives militaires détaillent sa carrière[17].
- Capitaine, le
- Capitaine, 1er Régiment de Chasseurs d'Afrique, le
- Capitaine, 3e Régiment de Chasseurs d'Afrique, le
- Chef d'escadron, 3e Régiment de Chasseurs d'Afrique, le
- Chef d'escadron, Spahis réguliers de Bône, le
- Lieutenant Colonel, Spahis réguliers d'Oran, le
- Colonel, commandant les vingt escadrons de Spahis, le
- Maréchal de camp, commandant la brigade des trois régiments de Spahis, le
- Général de Brigade, commandant la division d'Alger, 1855
- Général de Division, commandant la division d'Alger, le
Décorations
modifier
Grand-croix de la Légion d'honneur (19 septembre 1860)[18]
- Grand Officier,
- Commandeur,
- Officier, le
- Chevalier,
- Médaille de Crimée
- Grand-croix du Nichan Iftikhar (Tunisie)
- Décoré des ordres de l'Aigle rouge de Prusse et de Saint Lazare
Publications
modifierIl publie sa vision de la guerre en Algérie, et de la manière de la faire, en rendant hommage au général Bugeaud. L'opuscule se termine sur un plaidoyer pour une conquête de la Kabylie ; il est ré-édité trois fois :
- La Guerre en Algérie, Alger, 1850, Imprimerie de A. Bourget (1re édition) ;
- De la Guerre en Afrique, Paris, 1851, Librairie Militaire de J. Dumaine (2e édition) ;
- De la Guerre en Afrique, 2023, Éditions de la Germonière, avec annotations, (ISBN 9798375227924) édité erroné (3e édition).
Vie privée
modifierIl est naturalisé français par des lettres reçues le [19].
Mariage
modifierQuand des parents vont tenter de se rapprocher de lui, alors qu'il est au faîte des honneurs, il répond : « Je suis le fils de mes œuvres et de mon sabre. »
Il abjure la religion musulmane et est baptisé le , dans la chapelle de l'église Saint-Thomas-d'Aquin de Paris, en présence uniquement de la famille Weyer et de l'intendant général Genty de Bussi[20]. Ses parrains et marraines seront : le duc de Mortemart et sa femme, la duchesse, M. et Mme Horace Vernet.
Le , dans la même église, il épouse Adélaïde Weyer, sœur du maréchal des logis Gustave Weyer, qu'il a décoré pour fait de guerre après la charge d'Isly[3].
Mort
modifierIl meurt à Cannes, le , à 2 h 10 du matin. Il est inhumé au côté de son épouse au cimetière Saint-Eugène d'Alger[21].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Depuis huit jours, une poignée d'hommes, enfermée dans la casbah, était responsable de la défense de la ville. Yusuf fut averti que les Turcs voulaient l'assassiner, massacrer les Français et s'emparer du fort. Il déclare au capitaine d'Armandy, commandant la garnison :
« II faut, que je sorte avec mes Turcs, ajoute-t-il. — Mais ils te tueront, répond l'officier français. — Que m'importe, répond Yusuf ; j'aurai le temps d'enclouer les pièces qui sont à la marine. Je succomberai, je le prévois, mais tu seras sauvé, et le drapeau français ne cessera pas de flotter sur Bône. »
Il sort suivi de ses Turcs. La porte de la casbah est murée derrière lui ; Yusuf s'adressant à sa troupe :« Je sais, dit-il, qu'il y a parmi vous des traîtres qui ont résolu de se défaire de moi dans la nuit prochaine. Je les connais, qu'ils frappent d'avance ceux qui ne craindront pas de porter la main sur leur chef. »
Puis se tournant vers l'un d'eux : « Toi, tu es du nombre » , lui dit-il, et il l'étend mort à ses pieds ; ils tombent à ses genoux, et lui jurent une fidélité à laquelle ils n'ont pas manqué depuis. P. Clausolles, Histoire de la régence d'Alger, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Toulouse, J.-B. Paya, 1843, p. 152.
Références
modifier- ↑ Tramond, J., « Constantin-Weyer (Maurice). - La Vie du général Yusuf », Outre-Mers. Revue d'histoire, Persée, vol. 19, no 80, , p. 197–199 (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 Robert Christophe, Napoléon, Empereur de l'île d'Elbe, Paris, Arthème Fayard, 1959, 318 p., p. 236.
- 1 2 3 « Valentini Joseph dit Le Général Yusuf », sur babelouedstory.com (consulté le )
- 1 2 3 « Joseph Vantini », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition], p. 205-6.
- ↑ Charles Marcotte de Quivières, Deux ans en Afrique, ¨Paris, (lire en ligne), pages 281-282.
- ↑ Philippe Le Bas, France : Dictionnaire encyclopédique, t. 12, Paris, Firmin Didot frères, 1845, p. 1 002-3.
- ↑ « La Dépêche algérienne : journal politique quotidien », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ Joseph Vantini ou Vanini, dit Yousouf, Encyclopédie Larousse en ligne.
- ↑ Corneille Trumelet, Le Général Yusuf, t. 1, Paris, Paul Ollendorff, 1890, p. 529.
- ↑ « Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche », sur Gallica, (consulté le )
- ↑ L'Univers : histoire et description de tous les peuples, Paris, Firmin Didot frères, 1845, p. 1 003.
- ↑ P. Clausolles, Histoire de la régence d'Alger, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Toulouse, J.-B. Paya, 1843, p. 152.
- ↑ Maurice (1881-1964) Constantin-Weyer, La vie du général Yusuf, , 237 p. (lire en ligne), p. 163
- ↑ Gabriel Esquer, Les débuts de Yusuf à l'armée d'Afrique, d'après des documents inédits (1830-1838), Paris, A. Jourdan, 1910, 300 p., p. 225-282.
- ↑ Pierre Montagnon, La conquête de l'Algérie : Les germes de la discorde, , 470 p. (ISBN 978-2-7564-0877-4, lire en ligne), p. 450.
- ↑ Le Spectateur militaire : recueil de science, d'art et d'histoire militaires, Paris, Direction du spectateur militaire, 1856, p. 203.
- ↑ « Recherche - Base de données Léonore », sur www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ Michel Wattel et Béatrice Wattel (préf. André Damien), Les Grand’Croix de la Légion d’honneur : De 1805 à nos jours, titulaires français et étrangers, Paris, Archives et Culture, 2009, p. 129.
- ↑ Maurice (1881-1964) Constantin-Weyer, La vie du général Yusuf, , 237 p. (lire en ligne), p. 164.
- ↑ Maurice (1881-1964) Constantin-Weyer, La vie du général Yusuf, , 237 p. (lire en ligne), p. 195.
- ↑ Krungthep86, Français : Télégramme adressé au Général François Durrieu, annonçant la mort de "notre pauvre Yusuf"., (lire en ligne).
Bibliographie
modifier- « Joseph Vantini », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition].

- Corneille Trumelet, Le Général Yusuf, (2 volumes, 1890).
- Victor-Bernard Derrécagaix, Yusuf, Paris, R. Chapelot, 1907.
- Gabriel Esquer, Les débuts de Yusuf à l'armée d'Afrique, d'après des documents inédits (1830-1838), Paris, A. Jourdan, 1910, 300 p.

- Maurice Constantin-Weyer, La vie du général Yusuf, Paris, Gallimard, 1930, 263 p.
- Edmond Jouhaud, Yousouf, esclave, mamelouk et général de l'Armée d'Afrique, Paris, Robert Laffont, 1980, 263 p. (ISBN 978-2-22100-553-8).
- Jean Busson, Yusuf Prince des Spahis, Paris, Éditions du Triomphe, 2016, 326 p.
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- Vantini Marie Édouard - Cimetières de Montpellier

