Hommage au capitaine Dreyfus

sculpture de Tim

Hommage au capitaine Dreyfus est une statue honorant Alfred Dreyfus, réalisée en par l'artiste français Louis Mitelberg dit Tim. Celui-ci souhaite qu'elle soit installée dans la cour d'honneur de l'École militaire, où Dreyfus a été dégradé en , mais l'armée s'y oppose. Elle connaît alors « une longue errance incertaine à travers Paris »[1] : elle est d'abord installée en au jardin des Tuileries dans le 1er arrondissement, puis en sur la place Pierre-Lafue dans le 6e arrondissement, et enfin en au pied du Palais de Justice, sur l'île de la Cité, où Dreyfus a été réhabilité en .

Hommage au capitaine Dreyfus
Le monument sur la place Pierre-Lafue, où il a été installé entre et .
Artiste
Date
Type
Technique
Dimensions (H × L × l)
3,50 × 1 × 0,80 m
Propriétaire
Localisation
Paris (France) :
 : jardin des Tuileries (1er arr.)
 : place Pierre-Lafue (6e arr.)
 : au pied du Palais de Justice (1er arr.)
Coordonnées
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Description

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La statue représente Alfred Dreyfus, en pied, tenant son sabre brisé devant le visage, faisant référence à sa dégradation le .

C'est un bronze de 3,50 × 1 × 0,80 m[2] qui a été fondu par l'atelier Clementi à Meudon[3].

Un cartel situé sur le socle mentionne le nom de l'œuvre et de l'artiste, le nom et la date de la commande publique, et le message « Si tu veux que je vive, fais-moi rendre mon honneur »[4] (extrait d'une lettre de Dreyfus à son épouse Lucie Dreyfus lorsqu'il était détenu sur l'île du Diable).

Historique

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Création et polémique (-) et jardin des Tuileries (-)

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Cette statue est une commande publique du ministère de la Culture et de la Francophonie en . Elle s'inscrit dans une série de monuments en hommage à des grands hommes, voulue à partir de par le président de la République, François Mitterrand, avec des monuments tels que L'Homme aux semelles devant d'Ipoustéguy ou l'Hommage à Georges Pompidou par Louis Derbré[5].

Le sculpteur, Tim, propose d'installer la statue dans la cour d'honneur de l'École militaire, à l'endroit où Dreyfus fut dégradé. Le ministre de la Culture de l'époque, Jack Lang donne son accord, mais le ministre de la Défense, Charles Hernu, est contre, arguant que la cour n'est pas accessible au public. À la place, il propose les jardins de la montagne Sainte-Geneviève, qui abritent les locaux de l'École polytechnique où Dreyfus a étudié[6]. Le président Mitterrand lui-même est hostile à l'idée d'installer la statue à l'École militaire, estimant qu'« il faut donner aux militaires un exemple, pas un remords »[7].

Un autre emplacement est proposé sur la place Dauphine, en face du Palais de Justice où siège la Cour de cassation, qui a réhabilité Dreyfus en , mais cette proposition est également rejetée[8].

La polémique amène Renée Bernard dans L'Express du - à s'interroger sur « Une nouvelle affaire Dreyfus ? », avant d'atteindre la presse anglo-saxonne (The New York Times, [9], International Herald Tribune, -[6], Los Angeles Times, [6], Newsweek, The Wall Street Journal, Der Spiegel[10]).

Il faut attendre le pour voir l'inauguration de la statue au jardin des Tuileries, près de la terrasse dite du « bord de l'eau »[11].

Ces tribulations conduisent Norman Kleeblatt (en), conservateur du musée juif de New York, à comparer la statue de Dreyfus au tableau Le Juif errant (he) de Samuel Hirszenberg (en), qui a connu un sort similaire à l'Exposition universelle de [12].

De même Claude Mollard, du cabinet de Jack Lang, compare le destin de la statue de Dreyfus à celui qu'a connu la statue de Léon Blum sculptée par Philippe Garel : le maire du 11e arrondissement de l'époque, Alain Devaquet, a en effet refusé en son implantation sur la place Léon-Blum, et elle a dû être installée dans le jardin des Tuileries avant de pouvoir être déplacée sur la place Léon-Blum en [13].

Place Pierre-Lafue (-)

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48° 50′ 41,1″ N, 2° 19′ 44,7″ E

La statue est transférée le sur la place Pierre-Lafue, à l'angle de la rue Notre-Dame-des-Champs et du boulevard Raspail, dans le 6e arrondissement de Paris. Ce déplacement a lieu à l'initiative de Jacques Chirac, le maire de Paris de l'époque, pour le centenaire de l'arrestation de Dreyfus[14].

En , la statue est l'objet d'un vandalisme antisémite, maculée de peinture jaune, sans doute en référence à l'étoile jaune, avec l'insulte « sale traître », et une étoile de David peinte sur le socle[15]. Le maire de Paris de l'époque, Bertrand Delanoë, dépose une gerbe sur le monument le suivant[16].

En , à l'occasion du centenaire de la réhabilitation de Dreyfus, Jack Lang et Bertrand Delanoë expriment leur souhait de voir la statue transférée dans la cour de l'École militaire[17], mais les militaires, notamment le général Henri Bentégeat, alors chef d'état-major des armées, continuent de s'y opposer[18].

Le , 130 ans après la dégradation militaire du capitaine Dreyfus, le journal Le Monde publie une tribune rédigée par l'avocat pénaliste David Curiel, qui soutient que la statue devrait être transférée sur la place de Fontenoy, située derrière l'École militaire, afin qu'elle ne demeure pas dans l'oubli[19].

Au pied du Palais de Justice (depuis )

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48° 51′ 24″ N, 2° 20′ 37″ E

En , la statue est déplacée sur une place à l'angle de la rue de Harlay et du quai de l'Horloge, sur l'île de la Cité, dans le 1er arrondissement de Paris. Elle se trouve ainsi au pied du Palais de Justice, où Alfred Dreyfus a été réhabilité par la Cour de cassation[20].

Elle est inaugurée en présence du président de la République, Emmanuel Macron, le , date de la première « Journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l'innocence d'Alfred Dreyfus », qui célèbre sa réhabilitation le [21]. Le même jour, la place Maurice-Barrès est inaugurée sous son nouveau nom, la place Lucie-Dreyfus, en mémoire de Lucie Dreyfus, pour le soutien indéfectible qu'elle a apporté à son époux Alfred dans son combat pour la justice[21]. Cette place a été choisie car elle tenait son nom de l'écrivain et homme politique Maurice Barrès, antisémite assumé qui s'était acharné contre Dreyfus[21].

Une copie en résine de la statue de 3,95 × 1,16 × 0,92 m a été réalisée en et figure dans la cour du musée d'Art et d'Histoire du judaïsme[22].

Une autre a été inaugurée à Tel Aviv-Jaffa le [23],[24], non loin de l'Institut français.

Réception

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La statue est mal reçue par la critique. On accuse Tim, dont le domaine de prédilection est le dessin de presse, et non la sculpture, d'avoir réalisé ici une caricature, à la fois en raison des proportions de l'œuvre, et de sa texture rappelant Giacometti ; on lui reproche aussi le motif du sabre brisé, fixant Dreyfus dans sa disgrâce plutôt que dans le combat pour la justice[25],[26].

Artiste

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Tim (-) est un artiste français.

Références

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  1. Tillier 2003, cité par Vincent Duclert, L'affaire Dreyfus, Paris, Larousse, coll. « L'Œil des archives », , 2e éd., 239 p. (ISBN 978-2-03-584820-8), p. 217.
  2. Caroline Cros (dir.) et Laurent Le Bon (dir.), L'art à ciel ouvert : Commandes publiques en France, -, Paris, Flammarion, coll. « La création contemporaine », , 271 p. (ISBN 978-2-08-120277-1).
  3. Vincent Duclert, Dreyfus au Panthéon : Voyage au cœur de la République, Paris, Galaade, , 596 p. (ISBN 978-2-35176-029-1), p. 223.
  4. Jack Lang, François Mitterrand, fragments de vie partagée, Paris, Seuil, , 298 p. (ISBN 978-2-02-103793-7 et 978-2-02-104908-4), p. 127 (lire en ligne Accès limité).
  5. Claude Allemand-Cosseau, « Le rôle de la commande publique de l'État aux artistes vivants depuis la fin du XVIIIe siècle » [PDF], sur louvre.fr, Musée du Louvre, (version du sur archive.org).
  6. 1 2 3 Marc Knobel, « Chronique dreyfusienne : L'hommage au capitaine Dreyfus », Les Cahiers naturalistes, no 63, , p. 256 (lire en ligne) repris dans Marc Knobel, « Les derniers antidreyfusards ou l'antidreyfusisme de à nos jours », dans Michel Denis (dir.), Michel Lagrée (dir.) et Jean-Yves Veillard (dir.), L'affaire Dreyfus et l'opinion publique en France et à l'étranger, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 346 p. (ISBN 2-86847-160-9 et 978-2-7535-2610-5), p. 113–124 [99] (DOI 10.4000/books.pur.16507, lire en ligne Accès limité).
  7. Témoignage de Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur, -, p. 11. Jean Daniel raconte avoir ensuite demandé à Mitterrand s'il fallait plutôt mettre la statue du colonel Picquart, ce à quoi le président a acquiescé. Cité par Vincent Duclert, « La mémoire et le service de l'État l'affaire Dreyfus », Pouvoirs, no 117, , p. 145–155 (DOI 10.3917/pouv.117.0145) et Vincent Duclert, « L'affaire Dreyfus : De l'affrontement des mémoires à la reconnaissance de l'histoire », dans Pascal Blanchard (dir.) et Isabelle Veyrat-Masson (dir.), Les guerres de mémoires : La France et son histoire, enjeux politiques, controverses historiques, stratégies médiatiques, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », , 334 p. (ISBN 978-2-7071-5463-7), p. 71–82 [77] (DOI 10.3917/dec.blanc.2008.01.0071 Accès payant, lire en ligne [PDF]).
  8. (en) Dora E. Polachek, « A Witness to Its Time: Art and the Dreyfus Affair: A Review Essay », Modern Judaism (en), Johns Hopkins University Press, vol. 10, no 2, , p. 205–214 [213] (DOI 10.1093/mj/10.2.205 Accès payant, JSTOR 1396262).
  9. (en) Frank J. Prial (en), « The Talk of Paris : Dreyfus, a Driver, and Disneyland-by-the-Marne », The New York Times, , p. A2 (lire en ligne), cité par Kleeblatt 1987, p. 22.
  10. Tillier 2003.
  11. Emmanuelle Réju, « La France célèbre Alfred Dreyfus », La Croix, .
  12. (en) Norman L. Kleeblatt, The Dreyfus Affair : Art, Truth, and Justice, Berkeley, University of California Press, , 315 p. (ISBN 0-520-05939-5 et 0-520-06239-6), p. 20 : « a veritable 'Wandering Jew' of late twentieth century sculptural monument ». Cité par Polachek 1990.
  13. Mollard 2015.
  14. Marc-Olivier Baruch et Vincent Duclert, « La justice dans l'affaire Dreyfus, le sens d'une commémoration », dans Marc-Olivier Baruch (dir.) et Vincent Duclert (dir.), Justice, politique et République : De l'affaire Dreyfus à la guerre d'Algérie, Bruxelles/Paris, Complexe/Institut d'histoire du temps présent, coll. « Histoire du temps présent », , 266 p. (ISBN 2-87027-926-4), p. 23-47 [30–31] (lire en ligne Accès limité).
  15. Vincent Duclert, « Antisémitisme, République et démocratie : Le modèle Dreyfus », Esprit, no 286, , p. 171–174 (JSTOR 24279780, lire en ligne Inscription nécessaire).
  16. Pierre Birnbaum, « Le recul de l'État fort et la nouvelle mobilisation antisémite dans la France contemporaine », Pôle Sud, no 21, , p. 15–29 (DOI 10.3406/pole.2004.1199).
  17. « La statue de Dreyfus fait débat », 20 Minutes, .
  18. Jean-Dominique Merchet, « Un beau discours et pas de statue pour le capitaine Dreyfus », Libération, (version du sur archive.org).
  19. David Curiel, « Il est impensable, 130 ans après l'affaire, de laisser la statue d'Alfred Dreyfus dans l'oubli » Accès payant, Le Monde, .
  20. Juliette Duclos, « « Des années qu'on en parle » : snobée par l'armée, la statue du capitaine Dreyfus s'installe sur l'Île de la Cité à Paris » Accès payant, Le Parisien - Le Grand Parisien - 75, , p. IV.
  21. 1 2 3 Ewen Berton, « Paris débaptise la place Maurice-Barrès et honore Lucie Dreyfus », sur ActuaLitté, .
  22. « Hommage au capitaine Dreyfus », sur mahj.org.
  23. (he) Corinne Elbaz-Alush, « דרייפוס מגיע לתל־אביב », sur ynet, Yediot Aharonot, (consulté le ).
  24. Thierry Oberlé, « De Paris à Tel Aviv, les tribulations de la statue du capitaine Dreyfus », Le Figaro, .
  25. Bertrand Tillier, À la charge ! : La caricature en France de à (texte en partie issu d'un séminaire de maîtrise en histoire de l'art animé par l'auteur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne durant l'année -, publié à l'occasion de l'exposition au Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis, -), Paris, L'Amateur, , 255 p. (ISBN 2-85917-423-0), p. 79.
  26. (en) June Ellen Hargrove, The Statues of Paris : An Open Air Pantheon, New York, Vendome Press, , 382 p. (ISBN 0-86565-121-3) [trad.  Marie-Thérèse Barrett, Les Statues de Paris : La représentation des grands hommes dans les rues et sur les places de Paris, Anvers, Fonds Mercator (ISBN 90-6153-208-6), et Paris, Albin Michel (ISBN 2-226-03811-6)], p. 331.

Voir aussi

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Bibliographie

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Témoignages

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  • Claude Mollard, chap. 36 « Blum et Dreyfus dans le « Carré des refusés » (-) », dans La culture est un combat : les années Lang-Mitterrand, -, cinquante histoires édifiantes, Paris, Presses universitaires de France, , 465 p. (ISBN 978-2-13-065440-7), p. 309–314 (lire en ligne Accès payant). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Tim (interviewé) et Peter Ronge (intervieweur), « Entretien à propos de Hommage au capitaine Dreyfus », Ridiculosa, no 1 « L'Affaire Dreyfus dans la caricature internationale », , p. 12–24.

Articles connexes

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