Hugo Gellert
Hugo Gellert (1892-1985) est un artiste et essayiste américain d'origine hongroise, réputé pour ses illustrations liées au mouvement de la gauche radicale, entre autres en lien avec le Parti communiste des États-Unis d'Amérique.
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Biographie
modifierFils de Katica Schwartz et d'Ábrahám Grünbaum, tailleur de son métier, Hugó est né le 3 mai 1892 à Budapest dans une famille de confession juive et en partie convertie au catholicisme, qui choisit d'émigrer aux États-Unis en 1906, s'installant à New York. Ils changent leur patronyme en « Gellert ». Hugo à quatre autre frères, dont Otto (?-?), Ernest (1895-1918) et Lawrence (né László, 1898-1979). Leurs parents ont quitté l'Autriche-Hongrie pour éviter éventuellement à leurs fils la conscription militaire[1].
En 1910, Hugo Gellert devient étudiant à la Cooper Union puis entre à l'Académie américaine des beaux-arts. Il épouse une femme prénommée Livia, née en Australie.
Gellert est bientôt gagné par les idées socialistes. Toute sa vie, il considéra ses convictions politiques comme indissociables de son art. Ayant rejoint le Parti communiste américain, dans un discours intitulé « Le rôle de l'artiste communiste », Gellert devait déclarer[2] : « Être communiste et être artiste sont les deux faces d'une même pièce et, pour ma part, je ne vois pas comment je pourrais être l'un sans être l'autre ». Dans sa vingtaine, il commence à utiliser son art pour promouvoir ses idéaux en faveur du peuple. Son conseil aux jeunes artistes était le suivant[2] : « Descendez dans la rue et manifestez. Criez de toutes vos forces ! ». Une grande partie de son œuvre dépeint ce qu'il percevait être des injustices liées aux divisions raciales et au capitalisme. Ses œuvres sont souvent accompagnées de slogans qui renforcent leur propos. La Journée du travailleur, par exemple, représente un ouvrier noir dos à dos avec un mineur blanc. Elle est accompagnée d'une phrase tirée du Capital de Karl Marx : « Le travail sous peau blanche ne peut s'émanciper là où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri »[3].
Opposé à la Première Guerre mondiale, Gellert publia ses premières œuvres pacifistes en 1916. Son travail graphique est d'abord largement diffusé dans la revue illustrée publiée par la Fédération socialiste hongroise du Parti socialiste d'Amérique, Előre (« En avant »), ainsi que dans le magazine mensuel radical de Max Eastman, The Masses, à la même époque. Il livre ensuite de nombreuses couvertures et illustrations pour le magazine suivant d'Eastman, The Liberator ainsi que pour diverses publications liées au Parti communiste des États-Unis après sa création, telles que The Workers Monthly et New Masses. Entre 1919 et 1924, il collabore à la revue satirique et littéraire Playboy: A Portfolio of Art and Satire fondée par Egmont Arens[4]. Plus tard, Gellert se voit offrir un poste d'illustrateur permanent pour le magazine The New Yorker. En 1925, il rejoint la rédaction du New York Times[1].
En 1927, Gellert est élu chef de la Ligue anti-Horthy (The Anti-Horthy League), la première organisation antifasciste américaine, qui s'oppose au dictateur hongrois Horthy. À ce titre, il organise une manifestation contre le président américain Calvin Coolidge, lequel s'enlise dans des affaires de corruption, et Gellert et sa femme sont arrêtés alors qu'ils manifestaient devant la Maison-Blanche[2].
En 1928, il reçoit sa première commande de peinture murale, elle est destinée à la Workers Party Caféteria sur Union Square (Manhattan)[5].
En 1932, le Museum of Modern Art de New York, mal à l'aise avec la personnalité publique et les opinions politiques de Gellert, demande le retrait de ses œuvres des collections du musée. Cependant, le MoMA doit reconsidérer sa décision lorsque d'autres artistes, dont certains ne partageaient pas les idées socialistes radicales de Gellert, prennent sa défense et menacent de retirer leurs propres œuvres[2].
Début 1934, Gellert figure parmi les dirigeants de l'Artists Committee of Action, un groupe informel constitué pour protester contre la destruction, par Nelson Rockefeller, de la fresque de Diego Rivera, Man at the Crossroads (« L'Homme contrôleur de l'univers »), exécutée pour le Rockefeller Center. Gellert joue un rôle déterminant dans la création de la revue Art Front, dont la publication débute en novembre 1934 et qui était initialement publiée conjointement par l'ACA et l'Artists Union[2]. Vingt-cinq numéros sont publiés jusqu'en décembre 1937, supervisés par Herbert Baron et Stuart Davis[6].
En 1939, Gellert contribue à fonder le groupe « Artists for Defense ». Il devient par la suite président d’« Artists for Victory », une organisation qui compta plus de 10 000 membres ; tournant le dos aux convictions pacifistes affirmées dans sa jeunesse, il produit des affiches propagandistes en faveur de la conscription[2].
Cependant, ses sympathies communistes lui valent, dès 1941, une forme de persécution politique, qui culmine au moment de la répression maccarthyste aux États-Unis. Face à l’intensification des pressions, Gellert quitte les États-Unis avec son épouse Livia pour l'Australie en novembre 1945, avant de revenir aux États-Unis trois ans plus tard[1].
En 1994, une demande d'accès à l'information adressée au FBI a révélé que l'agence avait enquêté sur l'artiste, ainsi que sur son frère Otto Gellert, pendant des décennies, rassemblant environ 3 000 pages de documents. Ces documents ont montré que l'agence avait commencé à le surveiller dès 1920, mais que l'enquête s'était approfondie à partir de juillet 1941, pour ne cesser que dans les années 1970. Les dossiers comprenaient « des photographies de lui, des échantillons de son écriture… ainsi que des recherches et des rapports d'informateurs confidentiels concernant sa nationalité, ses affiliations, ses déplacements nationaux et internationaux, et ses revenus et dépenses ». Un agent du FBI avait noté que Gellert était considéré comme « potentiellement dangereux en raison de son pouvoir d'attraction en tant que dessinateur ». Lors de séances de convocation avec le FBI, Gellert se montrait d'une intransigeance totale. Au cours d'une intervention, des agents du FBI qui le surveillaient tentèrent de se présenter en lui tendant la main ; Gellert aurait alors déclaré, d'une voix forte et véhémente : « Je n'ai rien à vous dire », avant de s'éloigner rapidement en direction de son domicile. Peu après cet incident, Gellert est convoqué devant la Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentants. Il est interrogé le 13 novembre 1956. À quelques exceptions près, Gellert refusa de répondre à la quasi-totalité des questions, invoquant le Cinquième Amendement. Cette expérience le laissa relativement indemne, puisqu'il ne fut pas expulsé, mais elle affecta son niveau de vie, car les soupçons qui pesaient sur lui réduisirent considérablement ses possibilités de gagner de l'argent[2].
Entre 1954 et 1957, il dirige la Art of Today Gallery à New York, pour exposer des artistes comme lui figurant sur la liste noire du Gouvernement américain, tels que Rockwell Kent, Maurice Becker et Charles W. White[1].
Illustrateur jusqu'en 1963 pour Masses & Mainstream (en), Gellert s'engage auprès de la communauté afro-américaine pour l'égalité des droits, et demeure un fervent communiste jusqu'à sa mort ; lorsque Paul Avrich l'interviewe en 1972, Gellert demeure ferme dans ses convictions et affirme[2] « que l'Union soviétique était un État ouvrier, que les conseils ouvriers contrôlaient les usines et géraient l'économie, que Staline était un grand dirigeant qui avait sauvé le monde d'Hitler, etc. ».
Il meurt le 9 décembre 1985 à Freehold Township, New Jersey (en). Ses restes reposent au Cimetière national de Fiumei út (Budapest).
Analyse et postérité de son art
modifierL'œuvre graphique de Gellert, associée à ses convictions, l'ont placé parmi les plus grands artistes sociaux américains des périodes expressionniste et Art déco, selon les experts du domaine.
Bien que surtout connu pour ses estampes (affiches lithographiées[7], sérigraphies) et ses dessins destinés à la presse, Gellert a également réalisé des huiles sur toile[8], et de nombreuses fresques et peintures murales publiques. Parmi les fresques qui subsistent figure la série ornant les entrées principales des quatre immeubles de la Seward Park Housing Corporation du Cooperative Village situés à Manhattan, une coopérative d'habitation de 1 728 appartements, conçue et construite par Herman Jessor dans le cadre des coopératives de logements sociaux édifiées par Abraham Kazan et la United Housing Foundation. En 2003, cette série a suscité la controverse suite à la transformation de la coopérative, initialement à capital limité, en une coopérative résidentielle entièrement privée, rehaussant les loyers au prix du marché. La coopérative a alors tenté de faire retirer ou détruire les quatre fresques monumentales de Gellert. Le conseil d'administration estimait que ces peintures de style socialiste n'étaient plus représentatives de la population ni du quartier du Lower East Side. Des manifestations publiques et des lettres, accompagnées de menaces de poursuites judiciaires et d'autres obstacles, ont entraîné le report du projet. Les œuvres de Gellert sont toujours visibles dans chacun des immeubles[2].
Œuvre
modifierAffiches lithographiées
modifier- American student delegation to Russia[9], 1927.
- First National Workers Theatre Spartakiade New York, 1932.
- Daily Worker Carries Your Fight..., 1935.
- Daily Worker May Day, 1935.
- See The Soviet Union In The Making. World Tourist, New York, 1935.
- 4th Convention of the United Office and Professional Workers of America, C.I.O., President Hotel, Atlantic City, 1941.
- Labor Unity for Victory Rally, Yankee Stadium, 1943.
- Share Your Clothing! Russian War Relief Inc., c. 1943.
- Register and Enroll. American Labor Party, 1944.
- Detente for Jobs and Peace, éditée par Sign the Stockholm Peace Appeal!, New York, 1950.
- March for Peace May 1st 1952, United Labor and People's Committee for May Day, New York, 1952.
- Peace Civil Rights Equality May Day New York, 1962.
- Racism Chains Both[10], National Black Liberation Commission, c. 1965.
- People Before Profits, 1980.
Ouvrages illustrés
modifier- Walt Carmon (éd.), Red Cartoons from the Daily Worker, Chicago, The Daily Worker Publishing Company, 1926.
- Stanley Kimmel, The Kingdom of Smoke, Sketches of My People, illustrations, New York, Nicholas L. Brown, 1932.
- (en) [texte anonyme] The Mirrors of Wall Street, dessins, New York, G.P. Putnam's Sons, 1933.
- Karl Marx, Das Kapital in Lithographs, lithographies, New York, R. Long and R.R. Smith, 1934.
- Comrade Gulliver: An Illustrated Account of Travel into that Strange Country the United States of America, New York, G.P. Putnam's Sons, 1935.
- Aesop Said So, album lithographié, New York, Covici Friede, 1936.
- Lawrence Gellert, Negro Songs of Protest, illustrations, New York, American music league, 1936.
- Henry A. Wallace, Century of the Common Man, sérigraphies, New York, International Workers Order, 1943[11].
- 8 Drawings, Hugo Gellert Anniversary Committee, 1952.
Galerie
modifier- Œuvres de Hugo Gellert
- Couverture de Elöre, ().
- Couverture de The Masses, ().
- Couverture de The Liberator, ().
- Couverture de New Masses, ().
- Affiche lithographiée (1944).
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 (en) John Simkin,« Hugo Gellert : Biography », in: Spartacus Educational, Spartacus Educational Publishers Ltd., avril 2013, sur archive.org.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) « Hugo Gellert's Seward Park Murals », in: James Wechsler, Hugo Gellert: History of a Controversy, CUNY Art History Department, 1998 — sur archive.org.
- ↑ Karl Marx, Le Capital, Livre premier, III, Chapitre 10, texte de 1867 dans sa traduction française en ligne.
- ↑ (en) « Playboy: a portfolio of art and satire », notice bibliographique de la New York Public Library.
- ↑ (en) D. Silverman, Unions on the Square. Cooperative restaurants and workers’ rights served up in the Village, in: Village View, 3 septembre 2024.
- ↑ (en) « Art Front, 1934-1937 », notice bibliographique, Archives of American Arts / Smithsonian.
- ↑ (en) Merrill. C. Berman Collection, notice en ligne.
- ↑ (en) Lauren Rodriguez, « An Artist obscured », in: The Huntington, 2 octobre 2019.
- ↑ (en) Notice œuvre, Archives of American Art / Smithsonian.
- ↑ (en) Racism Chains Both, notice du catalogue numérisé de la Bibliothèque du Congrès.
- ↑ (en) Century of the Common Man, notice bibliographique et numérisation, catalogue des collections du Whitney Museum of Art.
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à l'audiovisuel :