Ilumber
Ilumber, également appelé Ilumberris, est une divinité locale de la région pyrénéenne, attestée par deux inscriptions votives découvertes dans l'ancien territoire des Convènes, à Saint-Béat et à Saint-Bertrand-de-Comminges, dans l'actuelle Haute-Garonne. Le théonyme est attesté sous les formes [I]lumber[ri] et [Ilu]mberri[1].
| Ilumber | |
| Religion aquitaine | |
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[I]LUMBER[RI] / DOMESTI[CVS] / SERANI LIB / V.S.L.M. « À [I]lumber[ri], Domesticus, affranchi de Seranus, s'est acquitté de son vœu de bon gré et avec une juste reconnaissance » | |
| Caractéristiques | |
| Autre(s) nom(s) | Ilumberris, [I]lumberri |
| Nom aquitain | Ilumberris |
| Fonction principale | Divinité locale aquitaine |
| Représentation | Inconnue |
| Lieu d'origine | Saint-Béat et Saint-Bertrand-de-Comminges |
| Période d'origine | Antiquité romaine |
| Groupe divin | Divinité aquitaine |
| Culte | |
| Région de culte | Haute-Garonne, dans le territoire des Convènes |
| Mentionné dans | Deux inscriptions votives découvertes à Saint-Béat et Saint-Bertrand-de-Comminges |
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Inscriptions
modifierLa première inscription provient de Saint-Béat. L'autel, aujourd'hui conservé au musée Saint-Raymond à Toulouse, porte la restitution :
« [I]LUMBER[RI] / DOMESTI[CVS] / SERANI LIB / V.S.L.M. »
— « À [I]lumber[ri], Domesticus, affranchi de Seranus, s'est acquitté de son vœu de bon gré et avec une juste reconnaissance[2]. »
La lecture moderne de l'inscription, proposée par Laëtitia Rodriguez et Robert Sablayrolles, diffère des lectures anciennes. Les lacunes de l'inscription rendent notamment incertaine la restitution du théonyme et de la filiation ou de l'affranchissement du dédicant. Les auteurs retiennent la lecture [I]lumber[ri] et identifient le dédicant comme « Domesticus, affranchi de Seranus[2] ».
L'autel est en marbre et mesure 34,7 cm de hauteur conservée. Sa provenance précise à l'intérieur de la commune de Saint-Béat est inconnue. Il est entré dans les collections du musée de Toulouse en 1844[2]. Une seconde inscription provient de Saint-Bertrand-de-Comminges. Sa lecture ancienne, [---]aberri deo, a été réexaminée et proposée sous la forme [Ilu]mberri deo[1]. Cette restitution a conduit à rapprocher cette inscription de celle de Saint-Béat et à y reconnaître une seconde attestation du même théonyme[1].
Théonyme
modifierLe nom Ilumber est la forme retenue par la documentation moderne pour désigner la divinité. La forme Ilumberris apparaît également dans les publications consacrées aux divinités pyrénéennes, tandis que les inscriptions connues présentent les formes [I]lumber[ri] à Saint-Béat et [Ilu]mberri à Saint-Bertrand-de-Comminges[2],[1].
Le théonyme est analysé comme un composé comprenant un élément ilum- ou ilur- et un second élément -berri, rapproché du basque berri, « nouveau »[2]. Joaquín Gorrochategui a rapproché ilum- de ilur-, attesté dans plusieurs théonymes aquitains, notamment Ilurberrixus, Ilurgorri et Iluron[2]. Le rapprochement entre ilum- et ilur- n'est toutefois pas unanimement accepté : d'autres analyses ont envisagé un rapprochement avec ilun-, également attesté dans plusieurs noms divins aquitains[2][1].
L'élément ilur-/ilum- a également été rapproché de racines ibériques telles que iltur-/iltun- et d'un élément apparenté au basque ili- ou hiri, parfois interprété avec une valeur liée à la « cité ». Ces rapprochements demeurent hypothétiques[2].
L'association de -berri avec le basque berri, « nouveau », a conduit à interpréter Ilumber comme pouvant évoquer une « cité neuve » ou une « ville nouvelle »[2]. Cette interprétation ne constitue toutefois pas une traduction assurée du théonyme, les incertitudes concernant le premier élément et l'onomastique aquitaine empêchant d'en établir le sens complet[2].
Fonction et culte
modifierLa fonction précise d'Ilumber est inconnue. Les deux inscriptions connues ne lui attribuent aucune épithète permettant de préciser son domaine d'action et aucun attribut iconographique propre à la divinité n'est conservé[2]. La formule deo dans l'inscription de Saint-Bertrand-de-Comminges établit néanmoins explicitement le caractère divin du nom, tandis que l'autel de Saint-Béat est explicitement votif par la formule V.S.L.M., développée en votum solvit libens merito[1][2].
Le culte d'Ilumber est attesté à deux endroits de la cité des Convènes : Saint-Béat et Saint-Bertrand-de-Comminges. Jean-Luc Schenck-David classe ces deux inscriptions parmi les occurrences des éléments Ilum- et Ilur- relevées dans le territoire des Convènes[1].
L'inscription de Saint-Béat montre qu'un homme nommé Domesticus, identifié comme l'affranchi de Seranus, accomplit un vœu auprès d'une divinité portant un nom indigène[2]. Elle témoigne ainsi de la coexistence de l'onomastique latine et de traditions religieuses indigènes dans la société gallo-romaine des Pyrénées centrales. La concentration des attestations connues dans le territoire des Convènes ne permet cependant pas de déterminer l'existence d'un sanctuaire commun ni l'étendue réelle du culte[1].
Langue basque
modifierIlumber est également mentionné dans une publication épigraphique en langue basque. Koldo Larrañaga Elorza reproduit l'inscription de Saint-Béat sous la forme Ilumber / Domesti(cus) / Serani li(bertus) / v(otum) s(olvit) l(ibens) m(erito) dans son ouvrage Euskal Herria Antzinatean. Materiale eta Agiriak[3].
Une reproduction en ligne de cette documentation épigraphique en basque reprend la même inscription et la présente comme une dédicace de Domesticus, affranchi de Seranus, au dieu Ilumber[4]. Cette documentation confirme ainsi l'emploi de la forme Ilumber pour désigner la divinité[3].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 Jean-Luc Schenck-David, « Les divinités indigènes dans la cité des Convènes », Aquitania, vol. 22, , p. 165-178 (ISSN 0758-9670, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 « Autel votif épigraphe incomplet : [I]lumber[ri] », Toulouse, Ministère de la Culture (consulté le )
- 1 2 (eu) Koldo Larrañaga Elorza, Euskal Herria antzinatean : Materiale eta agiriak, Donostia, UNED, , 391 p. (ISBN 84-7728-104-1), p. 301
- ↑ (eu) « Ilumber jainkoa », Klasikoen Gordailua (consulté le )