Jacques Tanguy Marie Guermeur
Jacques Tanguy Marie Guermeur, né le à Quimper (intendance de Bretagne, actuel département du Finistère), mort le 29 fructidor an VI (le ) dans la même ville[1], est un homme politique de la Révolution française.
| Jacques Tanguy Guermeur | |
Jacques Guermeur (Coll. Part) | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Député à la Convention | |
| – (3 ans, 1 mois et 17 jours) |
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| Comité de Marine et des Colonies | |
| – (1 mois et 27 jours) |
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| Membre du Conseil des Anciens | |
| – (1 an, 6 mois et 24 jours) |
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| Secrétaire du Conseil des Anciens | |
| – (1 mois) |
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| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Quimper, Royaume de France |
| Date de décès | (à 48 ans) |
| Lieu de décès | Quimper, France |
| Nationalité | Française |
| Parti politique | Montagne puis Plaine |
| Conjoint | Marie Thérèse Eon en 1778 |
| Enfants | 8 enfants dont Tanguy Guermeur |
| Profession | Avocat, magistrat |
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Entre 1792 et 1797, il est député du Finistère à la Convention nationale, où il vote la mort de Louis XVI et où il est envoyé en mission dans les départements, puis au Conseil des Anciens.
Biographie
modifierFamille
modifierJacques Guermeur est le fils aîné de Tanguy Guermeur (Poullan-sur-Mer, ca 1730 - Poullan-sur-Mer, 1795), commerçant à Douarnenez, capitaine des canonniers gardes-côtes à Tréboul et de Marguerite Caillou (Quimper, 1732 - Poullan sur Mer, 1804), elle-même fille de Jacques Caillou, commerçant à Quimper, né en Flandres en 1699 à Menin (à 10 km de Courtrai).
La mère de Jacques Guermeur est une cousine germaine de Louise-Augustine Caillou (1724-1744) dont la fin tragique le dans le naufrage du Saint-Géran à l'Isle de France (Île Maurice) inspire à Bernardin de Saint-Pierre le personnage de Virginie, l'héroïne de Paul et Virginie[2].
Jacques Guermeur épouse en Marie-Thérèse Éon de Kerlavarec, fille d'Alain Éon (1716-1770), notaire et procureur à Languidic (Morbihan), capitaine des Gardes-Côtes à Port-Louis (Morbihan)[3].
Tanguy Hervé (1781-1848), pilote au port de Lorient, l'un de leurs huit enfants, leur donne une large postérité jusqu'à nos jours, dont Charles Guermeur, officier de l'armée de Terre, Yves Guermeur, officier de Marine, Dominique Waquet, économiste et historien, Henri Waquet[4], archiviste-paléographe, directeur départemental des archives du Finistère, Jean-Claude Waquet, historien, Nicolas Waquet, traducteur, Philippe Waquet, avocat au Conseil d'état et à la Cour de cassation, puis conseiller à ladite cour, Pierre Waquet, magistrat.
Études et profession
modifierJacques Guermeur accomplit ses humanités au collège de Quimper où il bénéficie des enseignements de l'abbé Le Coz, futur évêque constitutionnel de Rennes. Il s'inscrit tardivement et « par bénéfice d'âge », à la faculté de droit de Rennes. Il y côtoie Joseph Le Malliaud, de Vannes, qu'il retrouve 20 ans après, député comme lui à la Convention nationale. Il est reçu licencié en droit en [5].
Avocat au Parlement, il s'établit à Quimperlé. Il y est, en outre, procureur fiscal de l'abbaye Sainte-Croix. En , il est procureur du roi à la sénéchaussée de Quimperlé, auprès du sénéchal Simon Bernard Joly de Rosgrand[6].
Il est élu, en , commissaire du roi auprès du tribunal de district de Quimperlé[7].
Considéré par son ami Théophile Laënnec, juge à Quimperlé pendant la Révolution, comme « doté de connaissances très étendues en législation et en littérature »[8], Jacques Guermeur possède une bibliothèque riche de plus de 900 volumes, exceptionnelle par sa taille et sa diversité pour un modeste juriste d'une petite ville de l'Ouest[9].
À sa sortie de la vie politique, en , il est nommé par le Directoire, le , juge au tribunal civil du Morbihan[10], puis, le , substitut auprès des tribunaux du Finistère[11]. Dix mois plus tard, son acte de décès[12] le désigne comme président du tribunal criminel du Finistère à Quimper, où il avait été nommé le [13].
Représentant du Peuple
modifierMandat à la Convention
modifierLa monarchie constitutionnelle, mise en application par la constitution du 3 septembre 1791, prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré, avec sa famille, à la tour du Temple.
En septembre 1792, Jacques Guermeur est élu député du département du Finistère, le septième sur huit, à la Convention nationale[14].
Il siège sur les bancs de la Plaine, selon l'historienne Françoise Brunel. Lors du procès de Louis XVI, il rejette l'appel au peuple lors du deuxième appel nominal[15] :
La cumulation des pouvoirs que nous avons reçus de nos commettants, le mandat spécial qui nous a officiellement été donné pour venir prononcer sur le sort du roi, sur la nature de l'acte que nous exerçons, et qui n'est pas un acte constitutionnel, les dangers de convoquer les assemblées primaires pour délibérer sur le sort d'un individu, m'engagent à dire non.
Lors du troisième appel, relatif à la peine à infliger, il vote la mort[16] :
Si vous me demandez seulement quelle peine Louis a encourue, je réponds la mort.
Le 13 avril 1793, il est absent lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul Marat[17]. Le 28 mai, il est également absent lors du scrutin sur le rétablissement de la Commission des Douze[18].
Le 9 mars 1793, Jacques Guermeur est en effet envoyé en mission, aux côtés de Joseph-François Le Malliaud (député du Morbihan) dans les départements du Finistère et du Morbihan afin d'y accélérer la levée en masse[19].
Le tandem Jacques Guermeur - Joseph Le Malliaud, député du Morbihan, envoyé en mission dans les départements du Finistère et du Morbihan, doit passer par Rennes pour joindre Vannes. Empêchés par les « brigands et les séditieux » de prendre la route de Josselin, les représentants décident de passer par Redon. La rive droite de la Vilaine étant tenue par des « révoltés », Guermeur fait savoir au directoire du département du Finistère que Le Mailliaud et lui ont dû revenir à Rennes : « Les militaires qui commandent [à Redon] nous ayant assuré qu'il leur était impossible de protéger notre passage dans le Morbihan »[20]. Ils arrivent quand même à Vannes le , où ils prennent plusieurs arrêtés, en particulier sur l'approvisionnement en grains à Brest, le transfert du tribunal criminel du Finistère de Quimper à Brest et le sur le recrutement des troupes dans le Morbihan[21]. Ils déclarent « suspects les pères et mères d'émigrés » (), et émet des doutes sur l'efficacité du recrutement des 300 000 hommes : « Peut-on compter, écrit-il, sur des hommes levés à la baïonnette et au canon ? »
- Membre du Comité de Marine : . La Convention nomme Jacques Guermeur membre du Comité de la marine et des colonies sur la proposition de Pierre Marec, l'un de ses collègues députés du Finistère[22]. Il en sort le .
- . Contrairement à ce qu'avancent de nombreux biographes à la suite d'une lecture trop rapide d'une lettre de Prieur de la Marne lue à la Convention le [23], Jacques Guermeur n'a pas pris part à la lutte contre l'insurrection vendéenne, ni aux massacres de Savenay, marquant la fin de la « virée de Galerne ». Il n'était pas envoyé en mission à cette date. Il n'a donc pas « tué de sa main, dans un engagement, le Vendéen Chatelux ». C'est à Claude Royou dit Guermeur qu'il faut attribuer ce fait. Celui-ci, protégé de Danton et Marat, membre de la Commune du , se présentait à Quimper le , avec un dénommé Jullien, comme « agents du Comité de Salut Public de la Convention, chargés de pouvoir par les représentants du Peuple près les côtes de Brest et de Lorient[24] ». Ce sont les mêmes que l'on retrouve deux mois plus tard aux côtés de Prieur.
- Deuxième mission : - . Guermeur est envoyé en mission avec Claude Guezno près l'armée des Côtes de Brest et de Cherbourg. La Convention, comme à une dizaine d'autres députés, leur a donné pour objectif de pacifier la Bretagne après les excès de la Terreur et l'écrasement des Chouans. Les conventionnels écartés du pouvoir pendant la Terreur bénéficient très vite de cette nouvelle politique. Ainsi le , Guermeur et Guezno fournissent un sauf-conduit à Lanjuinais et, le , confirment un arrêté de Boursault autorisant Roujoux à rentrer dans ses foyers. Guermeur et Guezno participent aux négociations préalables au traité de la Mabilais () et rendent compte de la signature de ce traité à la Convention.
Mandat aux Anciens
modifierSous le Directoire, Jacques Guermeur est réélu député en vertu du décret des deux tiers. Le 4 brumaire an IV (le 26 octobre 1795), lors de la session d'ouverture, il est élu au troisième tour de scrutin par ses collègues conventionnels, membre du Conseil des Anciens[25],[26].
Le 1er floréal an V (le ), il est élu secrétaire du Conseil, aux côtés de Jean-André Barrot (député de la Lozère), de Michel-Pascal Creuzé-Dufresne (député de la Vienne) et de Florent-Guiot (député de la Côte-d'Or), sous la présidence d'Edme-Bonaventure Courtois (député de l'Aube)[27].
Le 1er prairial an V (le 20 mai 1797), il quitte le Conseil après avoir été tiré au sort[28].
Jacques Guermeur meurt le 29 fructidor an VI (le ) à Quimper[1]. Le 24 brumaire an VII (le 14 novembre), sa veuve Marie-Thérèse Éon de Kerlavarec réclame un secours financier au Conseil des Cinq-Cents qui rejette sa demande[29].
Notes et références
modifier- 1 2 Archives municipales de Quimper, « État-civil de Quimper, registre des décès de 1797 à 1803, vue 98 / 557, 2 Mi 38 »
, sur https://archives.quimper.bzh (consulté le ) - ↑ Henri Bourde de La Rogerie, Les Bretons aux Iles de France et de la Réunion, Rennes, Oberthür, 1934, rééd. Ed. La Découvrance, Rennes, 1998, p. 288-292 (ISBN 2-84265-054-9).
- ↑ Charles Durand, Les milices gardes-côtes de Bretagne de 1716 à 1792, Rennes, Imprimerie Riou-Reuzé, 1927, en particulier le chapitre 6, p.98-109.
- ↑ Henri Waquet a pu rassembler de très nombreux documents sur Jacques Guermeur et sa famille aujourd'hui consultables aux Archives départementales du Finistère dans le Fonds Guermeur-Malingre (AD 29, 30/J 1 à J 8).
- ↑ Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, Registre des examens de la Faculté de Droit de Rennes 1771-1778, sous-série 1D 20 F°37).
- ↑ Il remplace dans cette fonction Jean-René Lalau-Dézauté (AM Quimperlé, Registre des délibérations de la municipalité de Quimperlé, 1790-an III, Délibération du , f°67, Ro).
- ↑ Le 14 juillet 1790, J. Guermeur participe à la célébration organisée par la municipalité de Quimperlé « es-qualité de procureur du Roi de ce siège » (AM Quimperlé, Registre des délibérations de la municipalité de Quimperlé, 1790-an III, f°37).
- ↑ « Lettre de T.-M. Laënnec à V. de la Roque, de Quimperlé le », dans Jean Savina, « Autour de R.-Th. Laënnec. Quelques lettres inédites de son père et de ses oncles », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, Tome LIII, 1926, p. 79 (Lire en ligne). T.-M. Laënnec, né à Quimper en 1747, est devenu avocat au Parlement en 1772 et juge au tribunal criminel de Quimperlé en 1791.
- ↑ Dominique Waquet, « La bibliothèque de Guermeur, avocat finistérien, conventionnel. Montagnard ? » , Annales Historiques de la Révolution Française, N° 380, juin 2015, p. 45-76.
- ↑ Pierre-Dominique Cheynet, Les Procès-Verbaux du Directoire exécutif An V-An VIII, Paris, Assemblée Nationale, 2001, t. II, p. 245.
- ↑ Id., 2008, t. IV, p. 11.
- ↑ Registre des décès de Quimper 1797 (an VI)-1803 (An XII), AM Quimper 2 Mi 38, vue 98.
- ↑ P.-D. Cheynet, op. cit, t. 2, p. 245, n. 5).
- ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 52, Liste des députés par départements »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 57, séance du 15 janvier 1793 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 57, séance du 16 et du 17 janvier 1793 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 62, séance du 13 avril 1793 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 65, séance du 28 mai 1793 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « Recueil des actes du Comité de salut public, avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du conseil exécutif provisoire. Tome 2 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Lettre de Le Malliaud et Guermeur au directoire du département à Quimper, Rennes, ce . L'an 2 de la République, AD du Finistère, 8 L 14, de la main de Guermeur, inédite, transcription D. Waquet.
- ↑ A. Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut Public, Paris, Imprimerie Nationale, 1900, t. III, p. 304, lettre lue en séance à la Convention le (Archives parlementaires, t. 63, p. 182)
- ↑ Archives Parlementaires, t. 73, p. 6 et Archives Nationales, Série D, Missions des représentants du peuple et Comités des assemblées, D*/XVI/3, f° 6-32.
- ↑ Lataste, Claveau, Pionnier, Archives parlementaires, La Convention nationale, Paris, 1897-1913, Volume 82, p. 431, col. 2
- ↑ J. Trévédy, « Rouyou-Guermeur », Revue de Bretagne et de Vendée, 1892 Vol 7 p. 125 Voir aussi : Vol. 1, pp. 424 - 438 ; vol 7, pp. 25-42, pp. 121 -132 et pp. 169 - 179
- ↑ Gazette nationale ou le Moniteur universel n°44, « Conseil des Cinq-Cents et Conseil des Anciens, séance du 4 brumaire (26 octobre) »
, sur https://gallica.bnf.fr, 14 brumaire an 4 (5 novembre 1795) (consulté le ) - ↑ Kuściński, August (1842-1913), « Les députés au Corps législatif : Conseil des Cinq-cents, Conseil des Anciens de l'an IV à l'an VI I; listes, tableaux et lois »
, sur https://archive.org, (consulté le ) - ↑ Gazette nationale ou le Moniteur universel n°216, « Conseil des Anciens, séance du soir du 1er floréal (20 avril) »
, sur https://gallica.bnf.fr, 6 floréal an 5 (25 avril 1797) (consulté le ) - ↑ Gazette nationale ou le Moniteur universel n°167, « Conseil des Anciens et Conseil des Cinq-Cents, séance du 15 ventôse (5 mars) »
, sur https://gallica.bnf.fr, 17 ventôse an 5 (7 mars 1797) (consulté le ) - ↑ Gazette nationale ou le Moniteur universel n°56, « Conseil des Cinq-Cents, séance du 24 brumaire (14 novembre) »
, sur https://gallica.bnf.fr, 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798) (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Assemblée nationale - Biographie
- Dictionnaire des parlementaires français par Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny, tome 3, Fes-Lav, Bourloton éditeur, Paris, 1891.
- Dominique Waquet, « La bibliothèque de Guermeur, avocat finistérien, conventionnel. Montagnard ? », Annales historiques de la Révolution française, no 380, , p. 45–76 (ISSN 0003-4436, DOI 10.4000/ahrf.13500, lire en ligne).
- Dominique Waquet et Anne de Mathan, « Guermeur, Jacques Tanguy Marie », dans Michel Biard, Philippe Bourdin, Hervé Leuwers (dir.), Dictionnaire des Conventionnels : 1792-1795, vol. 1, Ferney-Voltaire, Centre international d’étude du XVIIIe siècle, , xxxiii-1308 (ISBN 978-2-84559-153-0).
