Joe Brainard, né le à Salem (Arkansas), et mort le à New York, est un artiste et écrivain américain du XXe siècle, associé à l'École de New York.

Joe Brainard
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Biographie

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Né à Salem (Arkansas) le 11 mars 1942, Joe Brainard grandit à Tulsa, dans l'Oklahoma. Encore au lycée, il travaille comme illustrateur des publicités de presse d'un grand magasin. Il réalise aussi les couvertures et les illustrations de The White Dog Review, magazine littéraire fondé avec les futurs poètes Ron Padgett et Dick Gallup (en). Tous trois se lient avec Ted Berrigan, étudiant dans le même lycée[1].

Après la fin de ses études secondaires, Joe Brainard passe quelques mois au Dayton Art Institute (Ohio), avant de rejoindre Ron Padgett à New York[1], et de rencontrer les figures principales de l'École de New York, cercle d'avant garde artistique regroupant entre autres les poètes Frank O'Hara et John Ashberry et les peintres Alex Katz et Jasper Johns[2].

En 1963, il commence une relation  qui durera jusqu'à sa mort avec le poète, romancier et artiste de performance Kenward Elmslie (en). Ils passent de nombreux étés dans la maison que possède ce dernier à Calais, dans le Vermont, où Joe Brainard dispose d'un atelier[3]. C'est là qu'il réalise la majeure partie de ses découpages, natures mortes et paysages[4].

Sa première exposition se tient en 1965. En 1975, il expose, de manière « époustouflante » 1 500 collages à la Galerie Fischbach (en) de New York[1]. C'est « un long jeune homme timide, avalant ses mots, qui portait des jeans serrés et des chemises blanches, généralement ouvertes jusqu'à la ceinture en toute saison, et fumait sans arrêt ses Tareyton. Il était d'une irrésistible gentillesse et ne perdit jamais sa légereté d'éternel adolescent[5]. »

Joe Brainard cesse toute création artistique dans les années précédant sa mort, sans doute par perfectionnisme, ses œuvres ne le satisfaisant plus[6], ou du moins ne les expose pas, ne se sentant pas à la hauteur d'artistes comme Willem de Kooning[7]. Il meurt du SIDA le 25 mai 1994.

En 2021, le couturier Jonathan Anderson dit s'être inspiré de Joe Brainard pour la collection automne-hiver de la maison Loewe[2].

Œuvre graphique

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Images externes
Œuvres de Joe Brainard à la galerie Tibor de Nagy
Oeuvres de Joe Brainard au MOMA

L'une des premières œuvres abouties de Brainard est un détail d'une publicité pour 7-Up, qu'il réalise en 1962, avant même d'avoir découvert Andy Warhol ou de Roy Lichtenstein. Il délaisse les sujets relevant d'une approche Pop et s'oriente d'abord vers des assemblages comme Necklace, puis vers les collages et les dessins qui lui valent sa plus grande notoriété[8].

Ses œuvres ne cherchent ni à choquer ou transgresser, ni à susciter polémique ou réaction passionnée. Elles court-circuitent les tentatives habituelles d’appréhender l’œuvre d’art comme un objet de critique distant ; elles amènent plutôt, de manière désarmante, à ressentir quelque chose — de la pitié, voire de l’empathie, par exemple, face à une pensée peinte et à sa visibilité précaire et vulnérable[9]. Cette absence de provocation dans son travail met à mal l'approche critique habituelle. Le critique Peter Schjeldahl (en) écrit ainsi qu'« il est assez déconcertant de se retrouver face à une parfaite petite aquarelle de pensées avec « la conscience qu’aucune réponse appropriée n’est possible[10]. » Ses œuvres ne sont pas ambitieuses au sens habituel du mot. Elles ne sont pas monumentales par leur taille ou leur portée, elles ne proposent aucune réinterprétation audacieuse de la réalité. Elles recherchent plutôt des alternatives aux expressionnistes abstraits et évitent toute volonté de puissance esthétique[11].

Au début des années 1970, Joe Brainard s’approprie Nancy, personnage emblématique de bande dessinée. Dans une série intitulée If Nancy Was... (Si Nancy était...), il la met en scène dans de multiples situations sexuelles et sociales alternatives, dans le contexte du mouvement de libération gay[12]. Le dépouillement visuel de chaque œuvre laisse place à diverses interprétations, invitant le spectateur à y projeter des significations, des récits et des désirs qui, bien qu'esquissés dans l'image, ne sont jamais définitivement figés par son contenu manifeste[13].

Écrits

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Les écrits de Joe Brainard sont multiples  essais, journaux, autoportaits  et dispersés sur des supports variés. L'anthologie en langue anglaise de ces textes, partiellement traduite en langue française, est « d'une ampleur surprenante »[14],[15]. « La force de ces écrits est d’être si bien inscrits dans la vie de Brainard que l’esprit de l’époque s’y conserve intact et nous est restitué comme nous pensions la musique seule capable de le faire, sans nostalgie, avec toute l’émotion du présent. Le poète s’adresse toujours à un lecteur supposé, y compris dans ses journaux : « Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? », feint-il parfois de s’étonner. Ou : « Devinez qui a baisé hier ? Votre serviteur, M. Coincé, moi ! » Joe Brainard s’observe, mais c’est un modeste Narcisse, complexé – bègue et maigrichon –, parfois aussi comme étonné d’être lui-même. Il note un jour, assis en maillot de bain au soleil, « couvert de beurre de cacao » : « J’ai une vision très nette de moi-même dans ce coin de verdure (…). Et combien je paraîtrais curieux à “quelque chose” qui ne saurait pas ce que je suis. Si différent de la nature. Comme une œuvre d’art dans la blancheur d’une grande galerie[16]. »

De la même manière que pour ses œuvres picturales, ses écrits se soustraient systématiquement aux oppositions binaires conflictuelles qui ont marqué la réception de la poésie américaine d’après-guerre, refusant de choisir entre expression et formalisme, entre lyrisme et poétique du langage[17].

I remember

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Le texte le plus connu de Joe Brainard est I remember, constitué de 1970 à 1975. En 1497 souvenirs[18], il crée « comme malgré lui, une autobiographie délicate, intime, nostalgique un peu mais pas trop, imagée, colorée et d'une franchise qui pourrait paraître naïve si elle n'était pas totalement maitrisée, autobiographie éclatée et minutieuse, comme le sont ses collages qui lui ressemblent[5],[19]. » L'ouvrage a été comparé par la critique à un assemblage, une mosaïque, une litanie, et par Paul Auster à un concerto pour plusieurs instruments[20]. Bien que nombre des souvenirs individuels de Brainard puissent s’inscrire dans des schémas autobiographiques conventionnels — tels que le passage à l’âge adulte, l’acceptation progressive de son homosexualité, le départ de la province pour une métropole ou l’accession au statut d’artiste —, il veille à ne laisser aucun d’entre eux se cristalliser au point de réduire son expérience à une formule ou à un cliché[21].

I remember inspire la structure de l'ouvrage de Georges Perec, Je me souviens.

Publications

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Liste non exhaustive
  • (en) I remember, New York, Full Court Press, (ISBN 9780916190026)
    Édition revue et augmentée regroupant : I remember (1970) ; I remember more (1972) ; More I remember more (1973) ; I remember Christmas (1973)
  • (en) John Ashbery (ill. Joe Brainard), The Vermont notebook, Los Angeles, Black Sparrow Press, (ISBN 9780876852279)
    • Traduction française : Le carnet du Vermont (trad. Olivier Brossard), Nantes, Joca Seria, (ISBN 978-2-84809-211-9)
  • (en) The Nancy Book, Siglio Press, (ISBN 978-0979956201)
  • (en) « Nothing to Write Home About », Ploughshares, vol. 5, no 2, (lire en ligne)
  • (en) The complete C comics, New York Review of Books, (ISBN 9781681379876)

Anthologies

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Bibliographie

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Ouvrages

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Articles

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  • (en) Gavin Butt, « Joe Brainard's queer seriousness, or how to make fun out of the avant-garde », dans David Hopkins, Neo-Avant-Garde, Brill, (ISBN 978-90-420-2125-9, lire en ligne)
  • Roland Brasseur, « Je me souviens de I remember », Le Cabinet d'amateur, Presses Universitaires du Mirail, no 6, (ISBN 2-85816-369-3)
  • (en) Richard Deming, « Everyday Devotions: The Art of Joe Brainard », Yale University Art Gallery Bulletin, (lire en ligne) — Contient des reproductions en couleur.
  • (en) Wojciech Drąg, « Joe Brainard’s I Remember, Fragmentary Life Writing and the Resistance to Narrative and Identity », Text Matters : A Journal of Literature, Theory and Culture, Wydawnictwo Uniwersytetu Łódzkiego, no 9, (lire en ligne)
  • (en) Ramzi Fawaz, « Stripped to the Bone: Sequencing Queerness in the Comic Strip Work of Joe Brainard and David Wojnarowicz », ASAP/Journal, Johns Hopkins University Press, vol. 2, no 2, (lire en ligne) — Contient des reproductions de la série Nancy.
  • (en) Brian Glavey, « Friending Joe Brainard », Criticism, Wayne State University Press, vol. 60, no 3, (lire en ligne)
  • André Goulet, « Les restes de Joe Brainard », Liberté, vol. 41, no 3 (243), (lire en ligne)
  • (en) Nathan Kernan, « Joe Brainard: All Possible Colors », On Paper, vol. 1, no 4, (lire en ligne)
  • (en) Kristin Prevallet (en), « Kenward Elmslie (en) in conversation with Kristin Prevallet », Jacket, no 16, (lire en ligne)

Articles connexes

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Liens externes

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Notes et références

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  1. 1 2 3 Kernan 1997, p. 36.
  2. 1 2 « Qui est Joe Brainard, l’artiste qui a inspiré Jonathan Anderson pour sa nouvelle collection Loewe ? », sur Numéro Art 18,
  3. Prevallet 2002.
  4. Constance Lewallen (en), citée par Prevallet 2002
  5. 1 2 Marie Chaix, préface à sa traduction d'I remember (Je me souviens), Actes Sud, 1997
  6. « Je me souviens de Joe Brainard. », Libération, (lire en ligne [archive du ])
  7. Kenward Elmslie (en), cité par Prevallet 2002
  8. Deming 2008 (contient des reproductions)
  9. John Ashbery, cité par Butt 2006
  10. Cité par Butt 2006
  11. Deming 2008.
  12. Fawaz 2017, p. 338.
  13. Fawaz 2017, p. 357.
  14. Glavey 2018, p. 316.
  15. Padgett 2013.
  16. « Le feuilleton. Le paradoxe du poète », Le Monde, (lire en ligne)
  17. Glavey 2018.
  18. Goulet 1999.
  19. « Livres de poche - Le proto-Je me souviens d'un Américain », Le Monde, (lire en ligne)
  20. Drąg 2019, p. 230.
  21. Drąg 2019, p. 231.