Khentkaous Ire
Khentkaous Ire est une femme de la famille royale qui vivait dans l'Égypte antique au tournant des IVe et Ve dynasties. Il y a en effet une forte incertitude sur les liens qui l'unissent avec les rois de ces deux dynasties.
| Khentkaous Ire | ||||||
La reine Khentkaous Ire. | ||||||
| Nom en hiéroglyphe | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Transcription | Ḫn.t-kȝw=s | |||||
| Période | Ancien Empire | |||||
| Dynastie | IVe et Ve dynasties | |||||
| Fonction principale | Reine consort d'Égypte | |||||
| Famille | ||||||
| Père | Khéphren (?)Mykérinos (?) | |||||
| Enfant(s) | ♂ Chepseskaf (?)♂ Djédefptah (?)♂ Ouserkaf (?) | |||||
| Fratrie | ♂ Mykérinos (?) | |||||
| Sépulture | ||||||
| Nom | Pyramide de Khentkaous Ire | |||||
| Type | Pyramide | |||||
| Emplacement | Plateau de Gizeh | |||||
| Découvreur | John Shae Perring (1837) | |||||
| Fouilles | Karl Richard Lepsius (1843), Selim Hassan (1932-1933) | |||||
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Attestations
modifierLa seule attestation certaine de la reine est son tombeau à Gizeh — la tombe LG-100 —, situé tout près du complexe pyramidal de Mykérinos[1],[2]. Selon Michel Baud, deux prêtres funéraires de la Ve dynastie, nommés respectivement Akhetchèpses et Renpetnéfer et chargés du culte d'une « mère du roi » et dont les tombes sont situées près de celle de Khentkaous Ire, seraient des prêtres de cette reine[3].
Dans son tombeau, dont les inscriptions sont très lacunaires, Khentkaous Ire porte les titres suivants[1],[4] :
- « Mère de deux Rois de Haute et Basse-Égypte » (mw.t-nsw.t-bity-nsw.t-bity),
- « Fille du Dieu » (sȝ.t nṯr),
- « Celle pour qui toute chose qu'elle ordonne est accomplie » (ḏd.t ẖt nb.t jr(.tw) n=s).
Si le titre de mw.t-nsw.t-bity-nsw.t-bity peut être traduit grammaticalement par « Mère de deux rois de Haute et Basse-Égypte » ou « Mère du roi de Haute et Basse-Égypte et roi de Haute et Basse-Égypte »[5],[4], il semble que ce soit bien la première solution qui doit être conservée. En effet, d'une part, rien ne prouve que Khentkaous Ire soit devenue roi, et d'autre part, une autre reine, nommée également Khentkaous (II), est également connue pour avoir porté ce titre et est surtout connue pour avoir été la mère de deux rois, à savoir Néferefrê et Niouserrê. Miroslav Verner a également proposé que ce titre, portée uniquement par deux reines proches chronologiquement et probablement de la même famille, pourrait avoir été créé parce qu'elles étaient chacune la mère de deux rois vrais jumeaux[note 1],[5],[7].
Une dalle, provenant probablement d'un autel et découvert dans le bâtiment que Selim Hassan a appelé le « temple de la vallée de la pyramide de Khentkaous », porte les restes de l'inscription « [bien aimée de] son père, fille du roi ... » ([mr.t n] jt=s sȝ.t nsw.t ...) et en dessous les reste du nom ...kaou...[8],[9]. Il n'est pas certain que cette inscription renvoie à la reine Khenkaous Ire, mais cela n'est pas exclu[8].
Généalogie
modifierAscendance et époux
modifierParmi les titres clairement attestés pour cette reine, elle ne porte ni le titre de « fille du roi » (sȝ.t-nsw.t), ni celui d'« épouse du roi » (ḥm.t-nsw.t). Cependant, cela ne signifie pas qu'elle ne portait aucun de ces titres. En effet, certains indices tendent à montrer qu'elle était une fille de roi[10] :
- la dalle provenant probablement d'un autel[9] et mentionnée précédemment pourrait attester du titre de « fille du roi » pour Khentkaous[8],[10],
- une base de statue de Khéphren a été découverte dans le « temple de la vallée de la pyramide de Khentkaous »[11],
- un fragment de tête de de massue au nom de Khéphren découvert dans la tombe de Khentkaous [12],
- un fragment de statue de roi assis découvert dans le « temple de la vallée de la pyramide de Khentkaous »[13].
Sur la base de ces éléments, Miroslav Verner suppose que Khentkaous Ire était la fille du roi Khéphren, ce qui ferait d'elle la sœur du roi Mykérinos[10]. De par la proximité de la tombe de Khentkaous Ire avec le temple de la vallée du complexe pyramidal de Mykérinos et le potentiel titre de « fille du roi », Vivienne Gae Callender reste plus ouverte et suppose simplement que Khentkaous Ire devait être la fille ou la sœur du roi Mykérinos[14].
Quant à son époux, aucun élément ne permet de supposer qu'elle était l'épouse d'un roi, même si le roi Chepseskaf a été proposé de manière spéculative[15],[16]. Selon le conte inscrit sur le papyrus Westcar, les trois premiers rois de la Ve dynastie étaient les fils du dieu Rê et d'une certaine Reddjédet, épouse d'un prêtre d'Héliopolis. Ainsi, il est possible que l'époux de Khentkaous Ire était un prêtre de ce dieu, mais cela reste une simple hypothèse[10].
Descendance
modifierConcernant ses fils devenus rois, la chronologie de la période permet de proposer trois rois : Chepseskaf, Thamphthis et Ouserkaf. Si le premier et le dernier sont parfaitement attestés, le deuxième n'est pas attesté dans le registre archéologique et n'est présent que dans la chronologie de Manéthon, et peut-être dans les listes royales de la table de Saqqarah et du Canon royal de Turin, bien que ces deux dernières listes soient lacunaires concernant la fin de la IVe dynastie. Ainsi, ce Thamphthis est en général ignoré et les hypothèses aujourd'hui s'orientent en général vers une reine Khentkaous Ire mère des rois Chepseskaf et Ouserkaf[17],[18].
Hypothèses abandonnées
modifierPlusieurs chercheurs avaient proposés plusieurs reconstructions généalogiques, principalement en assimilant plus ou moins Khentkaous Ire avec le personnage de Reddjédet du papyrus Westcar :
- Rainer Stadelmann a proposé que Khentkaous Ire soit la mère des trois premiers souverains de la Ve dynastie - Ouserkaf, Sahourê, Néferirkarê - tout en précisant que les textes ne permettent pas de clarifier si elle fut l'épouse ou la fille de Chepseskaf[19],
- Christiane Desroches Noblecourt supposait que Khentkaous Ire était la fille de CHepseskaf et l'épouse d'Ouserkaf, ce qui aurait permis à ce dernier de monter sur le trône[20],
- Nicolas Grimal supposait quant à lui que Khentkaous Ire était la fille de Hordjédef, fils de Khéops et frère de Khéphren, l'épouse d'Ouserkaf et la mère de Sahourê et Néferirkarê[21].
Cependant, comme le souligne Vivienne Gae Callender, le texte du papyrus Westcar n'est pas un récit historique et ne peut en aucun cas être pris pour réalité historique[22]. Elle ajoute également que les découvertes faites à Saqqarah et à Abousir tendraient à montrer que le roi Néferirkarê est le fils du roi Sahourê et peut-être de la reine Méretnebty, et Sahourê le fils du roi Ouserkaf et de la reine Néferhétepès[23].
D'un autre côté, Khentkaous Ire a été longuement identifiée à la reine Khentkaous II qui se fit édifier un complexe pyramidal à Abousir jusqu'à ce que des recherches récentes écartent définitivement cette hypothèse, plaçant ainsi cette dernière au cœur de la Ve dynastie[24].
Sépulture
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Khentkaous Ire a été enterrée à Gizeh. Sa tombe est connue sous les noms de LG 100 et G 8400 et se trouve le long du flanc nord de la chaussée du temple funéraire de Mykérinos. Le complexe pyramidal de Khentkaous Ire comprend sa pyramide, une fosse à bateaux, un temple de la vallée et une ville associée au tombeau.
Le complexe pyramidal de Khentkaous Ire
modifierLe complexe pyramidal de Khentkaous Ire se compose de la pyramide, d'une chapelle, d'un bateau solaire, de la ville pyramidale, d'un réservoir d'eau et de greniers[25]. La pyramide a été décrite à l'origine au XIXe siècle comme une pyramide inachevée et on avait supposé qu'elle appartenait au roi Chepseskaf. La pyramide a été fouillée par Selim Hassan à partir de 1932[26]. Le tombeau a reçu le numéro LG-100 de Lepsius[26].
La chapelle se composait d'une salle principale et d'une chapelle intérieure. Un passage taillé dans le sol de la chapelle intérieure mène à la chambre funéraire. Le sol de la chapelle était recouvert de calcaire de Tourah. Les murs étaient recouverts de relief, mais les scènes sont très endommagées. Des fragments de relief ont été trouvés dans les débris lors des fouilles de la tombe par Selim Hassan. Le passage vers la chambre funéraire et la chambre elle-même étaient recouverts de granit rouge. Le passage est long de 5,6 m et descend sous la structure principale de la pyramide. La chambre funéraire est grande et ressemble beaucoup à la chambre funéraire du roi Chepseskaf à Saqqarah[26].
La chambre funéraire abritait peut-être un sarcophage d'albâtre : de nombreux morceaux ont été trouvés dans le sable et les débris qui remplissaient la chambre. La chambre contenait également un petit scarabée en calcaire brun. Son artisanat laisse supposer qu'il date de la XIIe dynastie[27]. Cela laisse croire que sa tombe a été réutilisée pour d'autres personnes plus tard.
Son bateau solaire est situé au sud-ouest de la pyramide. Une fosse d'environ 30,25 m de long et 4,25 m de profondeur a été creusée dans la roche. La proue et la poupe du bateau ont été relevées et le bateau semble avoir eu un toit. Il peut représenter le bateau de nuit du dieu du soleil Rê. Si c'est le cas, il se peut qu'il y ait un bateau de jour, mais qu'on ne l'ait pas encore trouvé[26].
Immédiatement à l'est de la pyramide se trouve une ville associée au complexe funéraire. La ville s'étend le long de plusieurs rues qui la divisent en groupes de maisons. Ces maisons avaient leurs propres magasins et greniers. La ville a été construite en briques de boue non cuites et les surfaces étaient recouvertes d'un enduit jaune. La ville était probablement la demeure des prêtres et des serviteurs du complexe pyramidal. La ville a été construite vers la fin de la IVe ou le début de la Ve dynastie et semble avoir fonctionné jusqu'à la VIe dynastie[26].
Une chaussée relie le tombeau au temple de la vallée de Khentkaous Ire. Le temple se trouve près du temple de la vallée de Mykérinos, ce qui suggère une relation entre Khentkaous Ire et Mykérinos. Devant le temple, une petite structure appelée tente de lavage a été découverte. Cette structure était l'endroit où son corps aurait été placé pour être purifié avant d'être embaumé[26]. Les débris qui remplissaient cette chambre contenaient de nombreux fragments de vases en pierre, de tessons de poterie et d'instruments en silex[26]. Au niveau du sol se trouve l'ouverture d'un drain de calcaire qui descend sous le sol sur une distance de 7,20 m et se vide dans un grand bassin rectangulaire[28]. Le drain est recouvert de sections arquées du même matériau, le tout formant un tuyau de pierre presque circulaire. Bien qu'il ne s'agisse pas du plus ancien canal d'eau souterrain connu dans l'architecture funéraire égyptienne, selon Hassan, c'est le plus ancien de ce type et de cette construction particulière[28].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Selon Verner, une autre reine au moins aurait été la mère de deux jumeaux, à savoir la reine Méretnebty, mère des princes Rânéfer et Netjerirenrê. Étant donné que seul le premier serait devenu roi, à savoir Néferirkarê Kakaï, elle n'aurait pas pu porter un tel titre de mw.t-nsw.t-bity-nsw.t-bity[6].
Références
modifier- 1 2 Baud 2005, p. 546.
- ↑ Callender 2011, p. 136.
- ↑ Baud 2005, p. 402, 514 et 546.
- 1 2 Callender 2011, p. 147.
- 1 2 Baud 2005, p. 552.
- ↑ Callender 2011, p. 148 et 167.
- ↑ Callender 2011, p. 147-148.
- 1 2 3 Callender 2011, p. 144.
- 1 2 Hassan 1943, Pl. XXVIIC.
- 1 2 3 4 Verner 2014, p. 24.
- ↑ Hassan 1943, Pl. XXVA.
- ↑ Hassan 1943, Pl. VIIE.
- ↑ Hassan 1943, Pl. XXVB.
- ↑ Callender 2011, p. 149.
- ↑ Callender 2011, p. 150.
- ↑ Lauer 1978, p. 91.
- ↑ Callender 2011, p. 150-153.
- ↑ Verner 2014, p. 23-24.
- ↑ Stadelmann 1998, p. 70.
- ↑ Desroches Noblecourt 1986, p. 98-99.
- ↑ Grimal 1994, p. 96.
- ↑ Callender 2011, p. 151.
- ↑ Callender 2011, p. 151-152.
- ↑ Verner 2014, p. 49-804.
- ↑ Porter et Moss 1974, p. 288-289, plans 20, 22, 23.
- 1 2 3 4 5 6 7 Hassan 1943, p. 18-62.
- ↑ Hassan 1943, p. 26.
- 1 2 Hassan 1943, p. 53.
Bibliographie
modifier- Michel Baud, Famille royale et pouvoir sous l'Ancien Empire égyptien, t. 2, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, coll. « Bibliothèque d'étude » (no 126/2), , 2e éd. (1re éd. 1999), 678 p. (ISBN 2-7247-0248-4 et 2-7247-0250-6, ISSN 0259-3823, lire en ligne) ;
- (en) Vivienne Gae Callender, In Hathor's Image : The Wives and Mothers from Egyptian Kings from Dynasties I-VI, vol. I, Prague, Czech Institute of Egyptology, Charles University in Prague, , 406 p. (ISBN 978-80-7308-381-6) ;
- Christiane Desroches Noblecourt, La femme au temps des Pharaons, Paris, Stock, , 343 p. (ISBN 978-2234019416) ;
- (en) Aidan Mark Dodson et Dyan Hilton, The Complete Royal Families of Ancient Egypt, Londres, Thames & Hudson, , 320 p. [détail des éditions] (ISBN 978-977-424-957-0) ;
- Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte Ancienne, Paris, Le Livre de Poche, (1re éd. 1988), 668 p. [détail des éditions] (ISBN 978-2253065470) ;
- (en) Selim Hassan, Excavations at Gîza IV: 1932-1933, Le Caire, Government Press, (lire en ligne) ;
- Jean-Philippe Lauer, « Architecture », dans Jean Leclant (dir.), Les Pharaons, vol. III : Le Temps des Pyramides, Paris, Gallimard, coll. « L'Univers des Formes », , 392 p. ;
- (en) Bertha Porter et Rosalind Moss, Topographical Bibliography of Ancient Egyptian Hieroglyphic Texts, Reliefs, and Paintings, vol. III : Memphis, Part I: Abu Rawash to Abusir, Oxford, The Clarendon Press, 2e édition, revue et augmentée par Jaromir Málek, (1re éd. 1929) (lire en ligne) ;
- (en) Rainer Stadelmann, « Royal Tombs from the Age of the Pyramids », dans Regine Schulz et Matthias Seidel (dir.), Egypt. The World of the Pharaohs, Cologne, Éditions Könemann, coll. « Arts et civilisations », , 540 p. (ISBN 978-3895089138) ;
- Joyce Anne Tyldesley (trad. Aude Gros de Beler et Pierre Girard), Chronique des reines d'Égypte : Des origines à la mort de Cléopâtre [« Chronicle of the queens of Egypt: from early dynastic times to the death of Cleopatra »], Arles, Actes Sud, (1re éd. 2006), 224 p. (ISBN 978-2-7427-7566-8) ;
- Bretislav Vachala, Guide des sites d’Abousir, Institut français d'archéologie orientale (IFAO), coll. « Bibliothèque générale », , 112 p. (ISBN 978-2724703269) ;
- (en) Miroslav Verner, Sons of the Sun : Rise and Decline of the Fifth Dynasty, Prague, Czech Institute of Egyptology, Charles University in Prague, , 308 p. (ISBN 978-80-7308-541-4) ;