Khirbat Jiddin
Khirbat Jiddin (خربة جدين) est un village palestinien du sous-district d'Acre, connu à l’époque du royaume de Jérusalem comme le château de Judin. Comme des centaines d’autres villages, il a été dépeuplé lors de la guerre de Palestine de 1948, le 11 juillet 1948.
| Noms locaux |
(ar) جِدّين, (he) מבצר יחיעם |
|---|
| Pays | |
|---|---|
| Pays méditerranéen | |
| District | |
| Superficie |
7,59 km2 |
| Altitude |
420 m |
| Coordonnées |
| Population |
1 500 hab. |
|---|---|
| Densité |
197,6 hab./km2 |
| Remplacé par |
Yehiam (en) |
|---|---|
| Événement clé |
Dépopulation (11 juillet 1948) |
Le château teutonique, construit en 1220, détruit en 1271 est reconstruit dans les années 1760 puis à nouveau détruit en 1775. Ses ruines sont intégrées au parc national de la forteresse de Yehi'am (en).
Toponymie
modifierLittéralement, le nom du village signifie les ruines de Jiddin (voir Khirbet).
Géographie
modifierLe village était situé à 375 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 16 kilomètres au nord-est d’Acre (Akka)[1].
Les localités voisines étaient al-Kabri et Tarshiha au nord, Yanuh au sud-est, Abou Sinan (en) au sud, Amqa au sud-ouest et al-Ghabisiyya à l’ouest[1]. Le wadi Jiddin, profondément encaissé, passe au sud du village, dans une zone boisée[1].
En 1945, la répartition de la propriété des terres en dounams était[2],[3] :
| Propriétaires | Dounams |
|---|---|
| Arabes | 4,238 |
| Juifs | 3,349 |
| Total | 7,587 |
Utilisation des terres en 1945[2],[3],[4] :
| Utilisation des terres | Arabes | Juifs |
|---|---|---|
| Céréales[5] | 22 | 32 |
| Non-cultivable | 4216 | 3317 |
Histoire
modifierEmpire byzantin
modifierLe site était habité sous l’Empire byzantin[6].
Croisades
modifierLes croisés appelaient le lieu Judin ou Judyn. Un château y est construit par l’ordre Teutonique après mai 1220, date à laquelle l’ordre achète le village voisin de Shifaya[7],[8]. Le village tombe aux mains du sultan Baybars entre 1268 et 1271. En 1283, Burchard de Mont Sion décrit le château détruit[8],[9].
En 1322, Marino Sanuto y fait référence comme au château des chevaliers teutoniques[10].
Empire ottoman
modifierLa Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.
Les ruines actuellement visibles sont construites au 18e siècle par Dahir al-Umar, le chef bédouin qui devient gouverneur ottoman de la Galilée, qui l‘appelle Qal'at Jiddin (arabe : قلعة جدين)[11],[6]. Actuellement, il est généralement appelé forteresse de Dahr al-Omar, sauf par les Israéliens qui l’appellent le château de Yehiam et la considèrent comme un château croisé[12],[13]. La forteresse est construit autour de deux tours avec une enceinte extérieure[14]. Le mur d’enceinte, les tours et les douves datent du 18e siècle, ainsi que la porte d‘entrée coudée, voûtée d’une manière similaire à celle qui prévalait à l’époque croisée[15]. La salle voûtée au niveau inférieur du château est le soubassement d’une résidence palatiale comprenant une petite mosquée et des bains. Le toit de la salle repose sur une série de piliers carrés du côté de la pente. Les murs sont dotés de puits et d’ouvertures pour les tirs d’artillerie. La mosquée est un petit bâtiment initialement couverte de quatre voûtes en croisée d’arêtes reposant sur un pilier central. Les bains sont un petit bâtiment alimenté en eau par des puits proches[14].
L’Italien Giovanni Mariti visite "Geddin" dans les années 1760 et affirme avoir reçu un accueil généreux par le cheikh gardant la place forte pour Dahir[16].
Le successeur de Dahir al-Omar, Djezzar Pacha, fait raser la forteresse vers 1775[6].
La carte de Pierre Jacotin dessinée à partir des notes prises lors de la campagne d’Égypte et de Syrie du général Napoléon Bonaparte montre la forteresse, qui est nommée Château de Geddin[17].
Victor Guérin visite le site de Kalla't Djeddin en 1875. Le château est alors en ruines et occupé seulement le soir par les bergers qui y parquent leurs troupeaux. Il décrit sa construction en moyen appareil régulier et ses deux grandes tours carrées qui ont perdu leur couronnement. Leurs salles sont alors en très mauvais état. Les marches des escaliers ont été en partie retirées. Il note également les « magasins et écuries » en arcades, les citernes taillées dans le roc sous la cour pavée. « En-dessous se trouve une seconde enceinte, flanquée de tours semi-circulaires [qui] contient intérieurement les vestiges de nombreuses maisons démolies, des citernes[...][18] ».
Mandat britannique
modifier
De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Khirbat Jiddin est conquise fin 1918 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Les ruines sont habitées à partir de cette période par les Bédouins de la tribu des al-Suwaytat et qui pratiquent principalement l’élevage[19]. Un village se construit au pied de la forteresse ottomane[1]. D’après les statistiques de Village, ils cultivaient aussi l’orge et le tabac sur 22 dounams (2,2 hectares)[20],[19]. Des Juifs cultivaient les 32 dounams de terres officiellement classées comme cultivables[19].
En 1945, les populations de Khirbat Jiddin et de la tribu bédouine des Arab al-Suwaytat qui campaient autour sont estimées ensemble à environ 1500 personnes[1],[2].
Guerre de 1948
modifier- Vue générale de la forteresse (2015).
- Vue des créneaux (2009).
- Salles voûtées (2010).
- Intérieur d’une tour avec puits (2026).
- Mosquée de Khirbat Jiddin.
- Colons du kibboutz de Yehiam patrouillant dans les ruines de la forteresse (mai 1948).
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Khirbat Jiddin était attribué à l’État arabe[21].
Le 27 mars 1948, un convoi à destination des kibboutzim de Yechiam et transportant ravitaillement et munitions est attaqué à proximité d’al-Kabri. Les miliciens de la Haganah ont 47 morts dans l‘embuscade. Voir attaque du convoi de Yehiam (en)
Début juillet 1948, pendant la guerre pour la Palestine, la brigade israélienne Sheva ou la brigade Carmeli s’empare de Khirbat Jiddin au cours de l’opération Dekel[1].
Le kibboutz Yehiam est fondé en 1946[22]. Yehiam[20] par des membres de Qiryat Chayyim. Le village lui-même est construit en novembre 1947[1].
Après la guerre, Khirbat Jiddin est annexé par Israël. Ga'aton[20],[23] est également implanté sur les terres de Khirbat Jiddin en octobre 1948[1].
Voir aussi
modifierBibliographie complémentaire
modifier- Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
- Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Palestine Remembered: Khirbat Jiddin
- Khirbat Jiddin, Zochrot
- Survey of Western Palestine, Map 3: IAA, Wikimedia commons
- Official archaeology website: Yehiam National Park « https://web.archive.org/web/20140306083444/http://old.parks.org.il/BuildaGate5/general2/data_card.php?Cat=~25~~728371949~Card12~&ru=&SiteName=parks&Clt=&Bur=838722428 »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?),
Notes
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Khirbat Jiddin » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Khirbat Jiddin — خِرْبَة جِدِّين », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 5 juin 2026.
- 1 2 3 Government of Palestine, Department of Statistics, 1945, p. 4.
- 1 2 Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 40.
- ↑ Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 131.
- ↑ Note: Khalidi, 1992, p. 19 indique qu’il s’agit de tabac.
- 1 2 3 Pringle et al., 1994.
- ↑ Pringle, 1997, p. 80-82.
- 1 2 Pringle, 1998, p. 162.
- ↑ Laurent, 1864, p. 34.
- ↑ Conder, Kitchener, 1881, SWP I, p. 154.
- ↑ « Yeruham National Park, English version, 18/8/2013. » [archive du ] (consulté le )
- ↑ Cohen, 1973, p. 124. Cité par Khalidi, 1992, p. 19.
- ↑ Benvenisti, 2000, p. 302 : 'The arbitrary designation of any especially massive structure as "Crusader" verges on the absurd in the case of Jidin Castle (on Kibbutz Yehiam), which was built by Sheikh Dahr al-'Omar al-Zaidani . Within this large fortress are remnants of a small Crusader fort; nevertheless the Israelis refer to Yehiam Castle (as Dahr al-'Omar's fortress is called today) as "a Crusader castle that was destroyed at the time of the Muslim conquest and partially reconstructed by Dahr al-'Omar."
- 1 2 Petersen, 2001, p. 251 « https://web.archive.org/web/20161010172730/http://archive.org/stream/surveyofwesternp01conduoft »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?),
- ↑ Daniel Jacobs, Shirley Eber, Francesca Silvani, Israel and the Palestinian Territories,Rough Guides, 1998 p. 235.
- ↑ Mariti, 1792, p. 333, cité par Petersen, 2001, p. 251 « https://web.archive.org/web/20161010172730/http://archive.org/stream/surveyofwesternp01conduoft »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?),
- ↑ Karmon, 1960, p. 160 « https://web.archive.org/web/20191222063351/http://jchp.ucla.edu/Bibliography/Karmon,_Y_1960_Jacotin_Map_(IEJ_10).pdf »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?), .
- ↑ Guérin, 1880, p. 24-26.
- 1 2 3 Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 81.
- 1 2 3 Khalidi, 1992, p. 19.
- ↑ Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
- ↑ About Kibbutz Yehiam
- ↑ Morris, 2004, p. xxi, settlement #30
Bibliographie
modifier- M. Benveniśtî, Sacred landscape: the buried history of the Holy Land since 1948, University of California Press, (ISBN 978-0-520-23422-2, lire en ligne)
- Amnon Cohen, Palestine in the Eighteenth Century: Patterns of Government and Administration, Jerusalem, Hebrew University, (ISBN 1-59045-955-5) Cited in Khalidi, (1992)
- C.R. Conder et H.H. Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 1, London, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- Government of Palestine, Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, (lire en ligne)
- V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 3: Galilee, pt. 2, Paris, L'Imprimerie Nationale, (lire en ligne)
- S. Hadawi, Village Statistics of 1945: A Classification of Land and Area ownership in Palestine, Palestine Liberation Organization Research Center, (lire en ligne [archive du ])
- Karmon, Y., « An Analysis of Jacotin's Map of Palestine », Israel Exploration Journal, vol. 10, nos 3,4, , p. 155–173; 244–253 (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- W. Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne)
- Kitchener, H.H., « Lieutenant Kitchener's Report », Quarterly Statement - Palestine Exploration Fund, vol. 9, , p. 165–178 (DOI 10.1179/peq.1877.9.4.165, lire en ligne)
- Kitchener, H.H., « List of Photographs Taken in Galilee with Descriptions », Quarterly Statement - Palestine Exploration Fund, vol. 10, no 3, , p. 134–141 (DOI 10.1179/peq.1878.10.3.134, lire en ligne)
- (la) Peregrinatores Medii Aevi Quatuor, Leipzig, J.C. Hinrichs, (lire en ligne)
- G. Mariti, Travels Through Cyprus, Syria, and Palestine; with a General History of the Levant, vol. 1, Dublin, P. Byrne, (lire en ligne)
- B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne)
- E.H. Palmer, The Survey of Western Palestine: Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne) (p. 51)
- Andrew Petersen, A Gazetteer of Buildings in Muslim Palestine (British Academy Monographs in Archaeology), vol. I, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-727011-0, lire en ligne [archive du ])
- Pringle, R. D., A. Petersen, M. Dow and C. Singer (1994), Qulʿat Jiddin: A castle of the Crusader and Ottoman periods in Galilee. Levant, 26: 135–66.
- D. Pringle, The Churches of the Crusader Kingdom of Jerusalem: L-Z (excluding Tyre), vol. II, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-39037-0, lire en ligne) Also cited in Petersen (2001)
- D. Pringle, Secular buildings in the Crusader Kingdom of Jerusalem: an archaeological Gazetter, Cambridge University Press, (ISBN 0521-46010-7, lire en ligne)
