Le Hussard noir de Brunswick
Le Hussard noir de Brunswick – ou en anglais : The Black Brunswicker – est un tableau réalisé par le peintre britannique John Everett Millais en 1860. Cette huile sur toile est une scène de genre historique qui représente le moment d'adieux entre un officier prussien et sa compagne à la veille de la Bataille des Quatre Bras, en 1815. Exposée à la Royal Academy of Arts l'année de sa création, l’œuvre est conservée aujourd'hui à la Lady Lever Art Gallery, à Port Sunlight, en Angleterre.
| Artiste | |
|---|---|
| Date |
1860 |
| Type | |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
104 × 68.5 cm |
| Mouvement | |
| No d’inventaire |
LL 3643 |
| Localisation |
Description et symbolique
modifierLe tableau représente en pied un officier et une jeune femme debout devant une porte en bois sombre située sur la droite.
À gauche, l'homme, vêtu de l'uniforme noir du corps des Brunswickers, cherche à franchir la porte. À droite, la femme, habillée d'une robe de satin blanc ornée de rubans rouges, s'interpose : sa main gauche tient la poignée pour maintenir la porte fermée tandis que sa main droite s'appuie contre le torse du soldat. En bas à gauche, un petit chien noir portant un nœud rouge au cou se dresse contre la jambe de l'officier.
En haut à gauche, un cadre suspendu au mur tapissé de vert contient une gravure représentant Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard de Jacques-Louis David. Cette présence rappelle le contexte de la bataille de Waterloo (1815) et fait écho aux événements politiques de 1860 lors de la campagne d'Italie de Napoléon III.
Symbolique de la gravure
modifierLa gravure suspendue au mur d'après Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard de Jacques-Louis David possède un double sens :
- Un rappel historique : Elle identifie la menace napoléonienne que l'officier s'apprête à combattre lors de la campagne de Belgique (notamment à la bataille des Quatre Bras), annonçant l'issue tragique du combat.
- Un écho à l'actualité de 1860 : Lors de la création du tableau, la seconde guerre d'indépendance italienne menée par Napoléon III suscite de nouveau la méfiance du public britannique envers les ambitions militaires françaises.
Contexte historique et création
modifierContexte et sujet
modifierLe tableau s'inscrit dans un contexte de fascination pour l'épopée napoléonienne dans la Grande-Bretagne victorienne. Millais choisit de représenter un épisode se déroulant dans la nuit du 15 au 16 juin 1815. L'officier et sa compagne viennent de participer au mythique bal de la duchesse de Richmond à Bruxelles, organisé à la veille de la bataille des Quatre Bras. La fête est brutalement interrompue par l'annonce de l'avancée des troupes de Napoléon, forçant les officiers à rejoindre leurs unités en toute hâte.
L'homme appartient aux Black Brunswickers, un corps de volontaires prussiens mené par le duc de Brunswick. Ce régiment d'élite était célèbre pour sa tenue sombre ornée d'une tête de mort sur le shako — symbole de leur dévouement jusqu'à la mort — ainsi que pour les lourdes pertes qu'il subira lors des combats.
Réalisation et modèles
modifierMillais travaille sur la toile pendant environ trois mois au début de l'année 1860. Pour garantir l'exactitude historique de la scène, il s'entoure de conseils, notamment ceux du journaliste William Howard Russell, correspondant de guerre pour The Times.
Les deux personnages principaux ont été peints séparément en atelier, sans jamais se rencontrer, en faisant poser les modèles individuellement contre un mannequin de bois :
- Pour la jeune femme, l'artiste fait appel à Kate Perugini (née Dickens), fille de l'écrivain Charles Dickens[1].
- Pour le soldat, il fait poser un membre anonyme des Life Guards.
Millais porte une attention particulière aux costumes. La robe de la jeune femme est un compromis historique entre la mode de l'époque napoléonienne (1815) et les goûts victoriens contemporains de la création du tableau (1860), tandis que l'uniforme noir montre le souci du détail caractéristique des préraphaélites.
Provenance
modifierL'historique des propriétaires de l'œuvre s'établit comme suit :
- 1860 : acheté directement auprès de l'artiste par le marchand d'art Ernest Gambart pour la somme de 1 000 guinées.
- 1860 : revendu au collectionneur Thomas Edward Plint de Leeds.
- 1862 : vendu aux enchères chez Christie's après le décès de Thomas Plint, puis acquis par le marchand d'art Thomas Agnew & Sons.
- 1898 : acheté par l'industriel et mécène William Hesketh Lever.
- 1922 : intégré à la collection permanente de la Lady Lever Art Gallery à Port Sunlight lors de l'inauguration du musée, où le tableau est conservé depuis.
Notes et références
modifier- ↑ Tate Gallery 1984, p. 185.
Bibliographie
modifier- (en) Tate Gallery, The Pre-Raphaelites, Londres, Tate Gallery, , 312 p. (lire en ligne)
