Louis-Michel Letort de Lorville
Louis-Michel Letort de Lorville, né le à Saint-Germain-en-Laye et mort le à Charleroi, est un général français du Premier Empire.
| Louis-Michel Letort de Lorville | ||
Portrait du général Louis-Michel Letort de Lorville (par Charles-Aimé Forestier). | ||
| Surnom | « Le Brave » | |
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| Naissance | Saint-Germain-en-Laye |
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| Décès | (à 41 ans) Charleroi, Belgique Mort au combat |
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| Origine | ||
| Allégeance | ||
| Arme | Cavalerie | |
| Grade | Général de division | |
| Années de service | 1791 – 1815 | |
| Commandement | Dragons de la Garde impériale 14e régiment de dragons |
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| Conflits | Guerres de la Révolution française Guerres napoléoniennes |
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| Faits d'armes | Bataille de Jemappes Bataille de Neerwinden Bataille d'Iéna Bataille de Friedland Bataille de Burgos Bataille de Wagram Combat de Gorodnia Bataille de Leipzig Bataille de Hanau Bataille de Château-Thierry bataille de Pozzolo Bataille d'Eylau |
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| Hommages | Nom gravé sur l'arc de triomphe de l'Étoile, 8e colonne. | |
| Autres fonctions | Aide de camp de Napoléon Ier | |
| Famille | Eugène Georges Jacques Beuret, son beau-père | |
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Après avoir servi lors des guerres de la Révolution française, il est nommé major des dragons de la Garde impériale par Napoléon Ier en 1806. Aide de camp de l'Empereur pendant les Cent-Jours, il est mortellement blessé en chargeant des unités prussiennes en retraite à Gilly, dans les premières heures de la campagne de Belgique.
Biographie
modifierOrigines et début de carrière
modifierLouis-Michel Letort de Lorville naît le à Saint-Germain-en-Laye[1]. Il est le fils de Louis Landry Letort de Lorville et d'Henriette Audry, issus de la petite bourgeoisie[2].
Il entre au service le en qualité de volontaire au 1er bataillon d'Eure-et-Loir, dont il devient lieutenant le suivant. Alors que son unité sert à l'armée du Nord, il est capturé le mais, rapidement relâché, combat dès le mois suivant sous les ordres du général Dillon puis, en novembre, du général Dumouriez, avec lequel il participe à la bataille de Jemappes, le 6 de ce mois. Promu lieutenant adjudant-major le , Letort est blessé le de la même année à la bataille de Neerwinden, perdue par les Français[1], bien que son bataillon effectue sa retraite en bon ordre[3]. À nouveau fait prisonnier le , il est finalement libéré le , non sans avoir été nommé dans l'intervalle au grade de capitaine le [1].

Passé à l'armée de la Moselle en tant qu'aide de camp du général Huet le , il prend part aux opérations devant Landau et reçoit un coup de sabre au bras droit dans les environs de cette place le . Affecté en 1795 à l'armée des côtes de Cherbourg, il y reste en poste jusqu'à l'année suivante[1]. Dans sa correspondance, le général Hoche décrit Letort comme « patriote, excessivement brave »[4] ainsi que comme un soldat « très brave et très intelligent » qui « s'est toujours conduit avec zèle et bravoure »[5]. Letort renonce néanmoins à son grade de capitaine dans l'infanterie pour être transféré, à sa demande, dans un régiment de cavalerie ; sa démarche est soutenue par les généraux Huet et Hoche[6]. De fait, brièvement suspendu de ses fonctions le , il est incorporé le 28 du même mois au 9e régiment de dragons avec le grade de sous-lieutenant[1].
Il est envoyé trois mois plus tard à l'armée d'Italie[1], où il se révèle comme un cavalier de talent[7]. Il végète toutefois longtemps dans son grade[8] et n'est promu lieutenant que le . Après avoir eu la jambe fracturée par une balle lors d'un engagement le , il est nommé capitaine le suivant. Quelques jours plus tard, il défend la ville de Lecco à la tête d'un contingent de dragons[1] et capture 30 soldats russes[8] mais, compte tenu de la victoire remportée la veille par les Austro-Russes à la bataille de Cassano, doit rallier le gros des forces françaises en retraite sur la rivière Tessin[1]. De retour en France, il est présent avec un escadron de dragons lors du coup d'État du 18 brumaire, qui permet à Napoléon Bonaparte de s'emparer du pouvoir[8]. Letort reprend ensuite le chemin de l'Italie, pour y servir à la division du général Delmas[1]. Il fait successivement le coup de sabre à la bataille de Pozzolo, le [6], et au combat de Montebello le . Ces faits d'armes lui valent d'être promu chef d'escadron le de la même année[1], sur recommandation du général Davout[6]. Le , il est fait major du 14e régiment de dragons[1].
Au service de Napoléon Ier
modifierLetort est nommé chevalier de la Légion d'honneur le , l'insigne lui étant remis en août au camp de Boulogne[9]. Il dirige le dépôt de son unité pendant deux ans, de 1803 à 1805[1]. En , il est cependant autorisé à prendre le commandement du 14e dragons à la suite du départ de son chef, le colonel Lafon-Blaniac, pour le royaume de Naples[9]. Il part alors rejoindre le 14e dragons à la Grande Armée le 8[1] ou le [9]. Lors de la campagne de Prusse, il participe à la bataille d'Iéna, le , durant laquelle son régiment enfonce un carré prussien et s'empare d'une importante quantité de matériel[6]. Il est blessé d'un coup de sabre au cours de l'action[1].
Peu avant Iéna, le , Letort devient officiellement major du nouveau régiment de dragons de la Garde impériale[1] ; Charles Montjean ne date toutefois cette promotion, approuvée par Napoléon en personne, que du [10]. Sous son commandement, les dragons de la Garde luttent contre les partisans prussiens dans les environs de Berlin au commencement de l'année 1807[11]. Quant à Letort, il est bénéficiaire d'une dotation sur le Mont-de-Milan le , pour un montant de 2 000 francs de rente. Un peu plus tard dans l'année, il accompagne Napoléon lors de l'intervention de ce dernier en Espagne et se signale le à la bataille de Burgos[1], ce qui lui vaut la croix d'officier de la Légion d'honneur quatre jours plus tard[12]. Au cours de la guerre de la Cinquième Coalition en 1809, il sert contre les Autrichiens en Allemagne sous les ordres du colonel Guyot[1]. Il est proposé pour l'ordre des Trois-Toisons d'Or peu après la signature de la paix, mais l'ordre n'est finalement pas décerné[13]. À la suite du mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche, ses dragons — dits « de l'Impératrice » — sont chargés d'escorter la nouvelle souveraine dans tous ses déplacements[6]. Déjà titulaire d'une rente annuelle de 4 000 francs sur le département de Rome depuis le [1], Letort est fait baron de l'Empire le de la même année[14], préalablement à l'octroi d'une dotation supplémentaire de 4 000 francs sur le territoire de l'Illyrie le [1].

Il participe la même année à la campagne de Russie, toujours au sein des dragons de la Garde[1]. Le , au combat de Gorodnia, il enlève son régiment au cri de « À nous les dragons ! » et dégage Napoléon et son état-major d'une attaque des cosaques de Platov[15]. Rescapé de l'éprouvante retraite[6], Letort obtient les épaulettes de général de brigade le [1]. Il reprend du service à l'occasion de la campagne d'Allemagne, notamment à la bataille de Lützen, le , où il dirige une brigade de 1 700 sabres de la cavalerie de la Garde, et au combat de Toeplitz, le , au cours duquel les dragons de l'Impératrice essuient plusieurs pertes[6]. Deux jours plus tard, il est provisoirement transféré au Ier corps de cavalerie pour y remplacer le général Berckheim à la tête d'une brigade de la 1re division de cuirassiers[1]. Il combat par la suite à la bataille de Leipzig et, quoique sérieusement blessé à la tête, n'en prend pas moins part à celle de Hanau, où il a un cheval tué sous lui[16].
Au commencement de la campagne de France, en , il résiste avec 2 400 hommes dans le secteur de Colombey-les-deux-Églises et Rouvré aux troupes du prince de Wurtemberg, jusqu'à l'arrivée de la division du général Friant[16]. Le , il se distingue à Château-Thierry[17] et est promu général de division le lendemain[1] ; sa nomination lui est annoncée par Napoléon en personne[16]. Le de la même année, il capture un équipage de ponts de l'armée des Coalisés à Méry-sur-Seine[18] avant de bousculer les Russes de Wintzingerode à Saint-Dizier le [19].
Mort en Belgique
modifierSous la Première Restauration, Letort est successivement nommé chevalier de l'ordre de Saint-Louis le , commandeur de la Légion d'honneur le et major des dragons de France le [1]. L'année suivante, d'abord fidèle au roi, il tarde à se rallier à Napoléon pendant les Cent-Jours[20], ce qui n'empêche pas ce dernier de l'attacher à sa personne en qualité d'aide de camp le [1]. Il obtient par ailleurs, une fois de plus, le commandement des dragons de la Garde, remplaçant le général d'Ornano blessé en duel[6].
À l'ouverture de la campagne de Belgique, il se rend à l'armée en compagnie de l'Empereur et de son frère Jérôme Bonaparte[20]. Le , au moment où Napoléon vient de donner l'ordre d'attaquer le corps du général Ziethen adossé au bois de Fleurus, celui-ci refuse le combat et se retire. L'Empereur, impatienté de voir ce corps lui échapper, donne l'ordre à son aide de camp Letort de prendre les quatre escadrons de service de la Garde et de charger l'arrière-garde ennemie : c'est le combat de Gilly. Letort s'élance aussitôt, poursuit l'infanterie prussienne, enfonce deux carrés d'infanterie et détruit un régiment entier ; mais il tombe mortellement blessé d'une balle au bas-ventre au cours de cette charge et meurt le lendemain, en dépit des soins du chirurgien Larrey. Ce dernier écrit :
« Le projectile, après avoir blessé les intestins, s'était enclavé dans la colonne vertébrale […]. Mes soins furent inutiles[21]. »
Apprenant sa mort, Napoléon écrit à son frère Joseph qu'il « regrette beaucoup la perte du général Letort »[21] et attribue une pension à sa veuve[22]. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (43e division)[23]. Décrit par l'historien Jean Tulard comme un « intrépide fonceur »[24] et par Bernard Quintin comme l'« un des cavaliers les plus brillants de l'Empire »[25], Letort est surnommé « le Brave » par Napoléon, qui lègue 100 000 francs aux enfants du général dans son testament rédigé depuis son exil de Sainte-Hélène[26]. L'Empereur souligne à son propos qu'il « était l'un des cavaliers les plus distingués, on n'était pas plus brave ; nul officier ne possédait à un plus haut degré l'art d'enlever une charge et de communiquer l'étincelle électrique aux hommes comme aux chevaux ; à son exemple, les plus timides devenaient intrépides »[27].
Famille
modifierIl épouse, le dans le 3e arrondissement de Paris, Sarah Newton ( — ). Ensemble, ils ont une fille, Fanny Rosalba Letort ( — ). Il meurt trois mois après sa naissance. Fanny épouse, le à Paris, le vicomte Eugène Georges Jacques Beuret, de qui elle a deux filles.
Distinctions
modifier- Comte de l'Empire (vers 1814)
Grand officier de la Légion d'honneur
l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis
l'Ordre des Trois-Toisons d'Or
l'Ordre de la Couronne de fer (Royaume d’Italie) (vers1807)
l'Ordre militaire de Saint-Henri (Saxe)
Hommages
modifierLe nom du général Letort est inscrit sur le côté nord de l'arc de triomphe de l'Étoile[1]. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la rue Letort et l'impasse Letort dans le 18e arrondissement de Paris prennent son nom.
Armoiries
modifier| Figure | Blasonnement |
| Armes du comte Louis-Michel Letort de Lorville
et de l'Empire
Coupé : au I, parti d'or au casque taré de profil et contourné de sable, et des barons militaires ; au II, d'or au bouclier de sable, chargé d'une croix d'argent, cantonnée de quatre étoiles du même ; à la bordure d'argent cloutée de sable[28]. |
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Philip Haythornthwaite (ill. Patrice Courcelle), Napoleon's Commanders (II): c1809-1815, Osprey Publishing, coll. « Osprey / Elite » (no 83), , 64 p. (ISBN 1-84176-345-4).
- Charles Montjean, « Un cavalier de la Grande Armée, le général Letort (1773-1815) », Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, nos 3-4, , p. 147-158 (lire en ligne).
- « Louis-Michel Letort de Lorville », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition]
- Jean-Jacques Prévost et Vincent Bourgeot, « Les Dragons de la Garde impériale : ou Dragons de l'Impératrice de 1806 à 1815 », Soldats Napoléoniens, Éditions de la Revue Napoléon, no 22 « Les Dragons de l'Impératrice », , p. 3-41 (ISSN 1770-085X).
- Archives conservées par : Service historique de la Défense (GR 7 YD 628, FRSHD_PUB_00000355.pdf)
- Ressource relative aux beaux-arts :
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 Georges Six (préf. commandant André Lasseray), Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire, t. 2, Paris, Georges Saffroy Éditeur, (lire en ligne), p. 114.
- ↑ Montjean 1937, p. 148.
- ↑ Montjean 1937, p. 149.
- ↑ Arthur Chuquet, Quatre généraux de la Révolution : Hoche et Desaix, Kléber et Marceau, t. 1, Paris, Fontemoing et Cie, , 332 p. (lire en ligne), p. 107.
- ↑ Arthur Chuquet, Quatre généraux de la Révolution : Hoche et Desaix, Kléber et Marceau, t. 2, Paris, Fontemoing et Cie, , 474 p. (lire en ligne), p. 6, 22.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Terry J. Senior, « The Top Twenty French Cavalry Commanders : #19 General Louis-Michel Letort », sur The Napoleon Series, (consulté le ).
- ↑ Haythornthwaite 2002, p. 26.
- 1 2 3 Montjean 1937, p. 150.
- 1 2 3 Montjean 1937, p. 151.
- ↑ Montjean 1937, p. 152.
- ↑ Prévost et Bourgeot 2009, p. 10.
- ↑ Montjean 1937, p. 152-153.
- ↑ Henry Lachouque (préf. Maxime Weygand), Napoléon et la Garde impériale, Paris, Bloud et Gay, , 1114 p., p. 259.
- ↑ Jean Tulard, Napoléon et la noblesse d'Empire : suivi de la liste complète des membres de la noblesse impériale, Paris, Tallandier, , 359 p. (ISBN 2-235-00694-9), p. 255.
- ↑ Prévost et Bourgeot 2009, p. 34-36.
- 1 2 3 Montjean 1937, p. 154.
- ↑ Michel Bernard, Hiver 1814, Campagne de France, Récit, Paris, Éditions Perrin, , p. 95.
- ↑ Prévost et Bourgeot 2009, p. 31.
- ↑ Montjean 1937, p. 154-155.
- 1 2 Montjean 1937, p. 155.
- 1 2 Alain Pigeard, La Garde impériale, Tallandier, , 637 p. (ISBN 978-2-84734-177-5), p. 122.
- ↑ Montjean 1937, p. 157.
- ↑ Jules Moiroux, Le cimetière du Père Lachaise, Paris, S. Mercadier, (lire en ligne), p. 231
- ↑ Jean Tulard, « Letort (Louis-Michel), 1773-1815, général », dans Jean Tulard (dir.), Dictionnaire Napoléon, Fayard, (1re éd. 1987), p. 1073.
- ↑ Bernard Quintin, « Officiers généraux du Premier Empire nés, décédés ou enterrés dans le département des Yvelines », Revue de l'histoire de Versailles et des Yvelines, t. 62, 1976-1977, p. 77 (lire en ligne).
- ↑ (en) Philip Haythornthwaite (ill. Patrice Courcelle), Napoleon's Commanders (II) : c1809-1815, Osprey Publishing, coll. « Osprey / Elite » (no 83), , 64 p. (ISBN 1-84176-345-4), p. 27.
- ↑ Montjean 1937, p. 147.
- ↑ Albert Révérend, Armorial du Premier Empire : titres, majorats et armoiries concédés par Napoléon Ier, t. 3, Paris, Bureau de l'annuaire de la noblesse, , 351 p. (lire en ligne), p. 124.