Dynastie alaouite
La dynastie alaouite — ou les Alaouites, Alawites (de l'arabe [‘alawī], « descendant d'Ali », gendre et cousin du prophète Mahomet) — est la dynastie régnante du Maroc. Son représentant actuel est Mohammed VI, roi du Maroc.
| Type | Maison princière, sultanienne puis royale |
|---|---|
| Dénomination | al-Ousrah al-‘Alawiyyah (arabe) |
| Pays |
Principauté de Tafilalet (1631-1666) Empire chérifien (1666-1957) Royaume du Maroc (depuis 1957) |
| Titres |
Princes du Tafilalet Empereurs du Maroc Sultans du Maroc Rois du Maroc (depuis 1957) |
| Chef actuel | Mohammed VI, roi du Maroc |
| Fondation |
(entre 394 et 395 ans) Moulay Chérif, Émir du Tafilalet |
D'origine arabe, elle migre du Hedjaz et s'installe à Sijilmassa au XIIIe siècle. Sous l'impulsion de Rachid ben Chérif, elle étend son contrôle sur le territoire marocain et établit un sultanat en 1666 dont la capitale est Fès (et pendant un temps Meknès). Malgré des périodes de troubles politiques et de pressions étrangères, les Alaouites maintiennent leur souveraineté. Sous le protectorat français au Maroc, Mohammed V joue un rôle important dans le mouvement indépendantiste et, après son obtention, devient roi du Maroc.
Histoire
modifierOrigines
modifierLa dynastie des Alaouites descendrait de Muhammad al-Nafs al-Zakiya (690-762), lui-même descendant de Abdallah El-Kamil, fils de Hassan al-Mouthanna, fils de Hassan as-Sibt, fils aîné d'Ali ibn Abi Talib et de Fatima Zahra, fille du prophète de l'islam Mahomet[1],[2].
Les chérifs alaouites descendent de Hassan ad-Dakhil, un chérif originaire de Yanbo, 21e descendant de Mahomet et 17e descendant de Muhammad al-Nafs al-Zakiya[2],[3]. Il s'installe au Tafilalet au milieu du XIIIe siècle, à l’invitation des habitants, confrontés à une sécheresse sévère et espérant bénéficier de la bénédiction du chérif[4]. Hassan ad-Dakhil se serait installé en 1266 à Sijilmassa. À sa mort, la succession se poursuit par Abu ‘Abd Allah Mohamed, puis par un petit-fils portant le même nom[4]. Son 8e descendant, Cherif ben Ali, est le père du premier sultan du Maroc de la dynastie alaouite, Moulay Rachid (1631-1672)[2].
À la différence des Saadiens, issus eux aussi du Hedjaz, les Alaouites ne s’appuient pas sur les régions littorales pour affirmer leur autorité. Leur ascension emprunte l’axe intérieur Tafilalet-Fès dominé par la Zaouïa Dila'iya, où l’ennemi intérieur prime sur les puissances étrangères qui contrôlent encore largement les ports[5]. La consolidation durable du pouvoir alaouite repose sur plusieurs principes : l’attachement à l’intégrité du territoire, la fidélité aux idéaux de la civilisation musulmane et le soutien aux études et à l’enseignement. Contrairement aux dynasties précédentes, à l’exception des Mérinides, les Alaouites ne revendiquent pas une mission religieuse mais se fixent pour objectif l’unification du pays et l’établissement d’un pouvoir stable et fort. Leur généalogie, rattachée au Prophète, est établie par les principaux savants du Maroc, ce qui contribue à leur prestige dans la région du Tafilalet[6].
Montée en puissance au XVIIe siècle
modifierSous Moulay al-Chérif, la famille s’impose dans le Sud marocain alors que la dynastie saadienne décline et que diverses figures politico-religieuses cherchent à prendre le pouvoir. En conflit avec les habitants de Tabu’asamat, Moulay al-Chérif sollicite en 1631 l’aide du cheikh Bu Dmi’a du Tazerwalt, qui en profite pour étendre son influence dans le Tafilalet. Arrêté en 1637 et déporté dans le Souss, il revient après sa libération pour constater que son fils, Moulay Mohammed b. al-Chérif, est proclamé à sa place comme sultan de Sijilmassa[7],[4]. Moulay Mohammed chasse Bu Dmi’a du Tafilalet en 1640 puis étend son autorité vers le Dra’, le Haut-Guir, Oujda et le Touat, avant d’être contraint par le pacha d’Alger d’abandonner une avancée en direction de Tlemcen et Nédroma. Revenu vers le nord, il intervient à Fès contre la Zawiya de Dila’, mais en 1649 les Dilaïtes le repoussent et saccagent Sijilmassa[8].
Après le décès de Moulay al-Chérif en 1659, Moulay Mohammed est proclamé chef de Tafilalet et son frère Rachid ben Chérif conteste son autorité et s'enfuit. Il acquiert progressivement une base militaire et financière et s’impose après la mort de Mohammed en 1664, avant d’être proclamé sultan en 1666. Avec la prise de Fès en 1667 et l’élimination des pouvoirs régionaux concurrents entre 1668 et 1670, la dynastie s’établit durablement et inaugure une nouvelle phase d’unification politique au Maroc[9],[10],[11].
Sultanat alaouite
modifierAprès la capture de Fès en 1666, Rachid ben Chérif bat la Zaouïa Dila'iya, s'empare de Marrakech (1669) et du Souss. Il meurt à Marrakech en 1672. Ismaïl ben Chérif lui succède et consolide le pouvoir de la dynastie en demandent le soutien des banu Maqil du Sud et en établissement certains groupes en tant que jaysh. Le second pivot employé est la constitution de l'armée noire qui permet de sécuriser le contrôle par l'emploi d'esclaves noirs. Cependant, à la mort d'Ismaïl, cette armée prend le contrôle durant une période d'anarchie et nomme les sultans durant 30 ans[7].
Mohammed ben Abdallah prend le pouvoir en 1757 et reprend le contrôle de l'État. Il réorganise l'armée et ramène la paix. Sa politique avec l'Espagne lui permet de conserver Ceuta et Melilla. Par la suite, Slimane ben Mohammed (1792-1822), Abderrahmane ben Hicham (1822-1859), Mohammed ben Abderrahmane (1859-1873) et Hassan ben Mohammed (1873-1894) préservent le Maroc dans une situation relativement prospère[7].

Royaume du Maroc
modifierSous le Protectorat français au Maroc, les souverains de la dynastie alaouite ne se distinguent pas particulièrement jusqu'à Mohammed V (1927-1961) qui joue un rôle majeur dans le mouvement d'indépendance. Il prend le titre de Roi du Maroc. Son fils Hassan II lui succède de 1961 à 1999, lui même remplacé par Mohammed VI[7].
Liste des souverains alaouites
modifierChefs du Tafilalet
modifier| Nom | Règne | Notes |
|---|---|---|
| Moulay Ali Chérif | 1631 - 1636 | |
| Sidi Mohammed ben Chérif, dit ultérieurement « Mohammed Ier » | 1636 - août 1664 | Fils de Moulay Ali Chérif |
| Moulay Rachid | 1664 - 1666 | Frère de « Mohammed Ier » |
Sultans du Maroc
modifier| Nom | Règne | Notes |
|---|---|---|
| Moulay Rachid | 1666 - 1672 | Frère de Sidi Mohammed ben Chérif, dit ultérieurement « Mohammed Ier » |
| Moulay Ismaïl | 14 avril 1672 - 21 mars 1727 | Frère de Moulay Rachid |
| Moulay Ahmed | 22 mars 1727 - avril 1728 | Fils de Moulay Ismaïl, 1er règne |
| Moulay Abdelmalek | Avril 1728 - juin 1728 | Frère de Moulay Ahmed. |
| Moulay Ahmed | Juin 1728 - 5 mars 1729 | Fils de Moulay Ismaïl, 2e règne |
| Moulay Abdallah | 5 mars 1729 - septembre 1734 | Frère de Moulay Ahmed, 1er règne |
| Moulay Ali | Septembre 1734 - 12 mai 1736 | Frère de Moulay Abdallah |
| Moulay Abdallah | 12 mai 1736 - août 1736 | 2e règne |
| Sidi Mohammed ben Arbiya, dit ultérieurement « Mohammed II » | Août 1736 - juin 1738 | Frère de Moulay Abdallah |
| Moulay Mostadi | Juin 1738 - février 1740 | Frère de « Mohammed II », 1er règne |
| Moulay Abdallah | Février 1740 - juin 1741 | 3e règne |
| Moulay Zine El Abidine | Juin - novembre 1741 | Frère de Moulay Abdallah |
| Moulay Abdallah | Novembre 1741 - février 1742 | 4e règne |
| Moulay Mostadi | Février 1742 - mai 1743 | 2e règne |
| Moulay Abdallah | Mai 1743 - 1747 | 5e règne |
| Moulay Mostadi | 1747 - octobre 1748 | 3e règne |
| Moulay Abdallah | Octobre 1748 - 1757 | 6e règne |
| Sidi Mohammed ben Abdallah, dit ultérieurement « Mohammed III » | 1757 - 1790 | Fils de Moulay Abdallah |
| Moulay Yazid | 1790 - 1792 | Fils de « Mohammed III » |
| Moulay Slimane | 1792 - 1822 | Frère de Moulay Yazid |
| Moulay Abderrahmane | 30 novembre 1822 – 28 août 1859 | Neveu de Moulay Slimane, fils de Moulay Hicham, petit-fils de « Mohammed III » |
| Sidi Mohammed ben Abderrahmane, dit ultérieurement « Mohammed IV » | 28 août 1859 - 16 septembre 1873 | Fils de Moulay Abderrahmane |
| Moulay Hassan ben Mohammed, dit ultérieurement « Hassan Ier » | 16 septembre 1873 – 7 juin 1894 | Fils de « Mohammed IV » |
| Moulay Abdelaziz | 7 juin 1894 – 4 janvier 1908 | Fils de « Hassan Ier » |
| Moulay Abdelhafid | 4 janvier 1908 – 12 août 1912 | Frère de Moulay Abdelaziz |
| Moulay Youssef | 13 août 1912 – 17 novembre 1927 | Frère de Moulay Abdelhafid |
| Sidi Mohammed ben Youssef (futur roi Mohammed V) | 18 novembre 1927 – 20 août 1953 | Fils de Moulay Youssef, 1er règne |
| Mohammed Ben Arafa | 20 août 1953 – 16 novembre 1955 | Cousin de Moulay Youssef, petit-fils de « Mohammed IV », proclamé sultan par les oulémas sous l'impulsion des autorités du protectorat français, titre non reconnu par les nationalistes marocains et la famille régnante[12] |
| Sidi Mohammed ben Youssef (futur roi Mohammed V) | 16 novembre 1955 – 14 août 1957 | 2e règne |
Rois du Maroc
modifier| Nom | Règne | Notes |
|---|---|---|
| Mohammed V, ex-sultan Sidi Mohammed — ben Youssef | 14 août 1957 – 26 février 1961 | Prend le titre de roi |
| Hassan II (Moulay Hassan — ben Mohammed — jusqu'à son accession au trône) | 3 mars 1961 – 23 juillet 1999 | Fils de Mohammed V |
| Mohammed VI (Sidi Mohammed — ben Hassan — jusqu'à son accession au trône) | Depuis le 23 juillet 1999 | Fils de Hassan II |
Arbre généalogique des monarques alaouites du Maroc
modifier| Moulay Hicham | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Moulay Tahar | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
épouse 3°) Lalla Bahia | ép. 1°) Lalla Abla bint Tahar | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Lalla Fatima Zahra | Lalla Amina | épouse 2°) Latifa Hammou | Lalla Malika | Lalla Nuzha | Lalla Aicha | Moulay Abdellah épouse Lamia es-Solh | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Lalla Meryem | Lalla Asma | épouse Salma Bennani | Lalla Hasna | Moulay Rachid | Moulay Hicham | Moulay Ismael | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Moulay Hassan | Lalla Khadija | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Notes et références
modifier- ↑ « Alawites ou Alaouites », sur Encyclopédie Larousse en ligne, Éditions Larousse (consulté le ).
- 1 2 3 Bensoussan 2012, p. 67.
- ↑ Jacques Benoist-Méchin, Histoire des Alaouites, Paris, Librairie Académique Perrin, , 285 p. (ISBN 2-262-01064-1), "un petit-fils du prophète Mahomet que celui-ci avait envoyé conquérir le Tafilalet..." p28.
- 1 2 3 Abitbol 2014, p. 205.
- ↑ Rivet 2012, p. 224.
- ↑ El Fasi 1999, p. 247.
- 1 2 3 4 (en) Aomar Boum et Thomas K. Park, Historical Dictionary of Morocco, Bloomsbury Publishing PLC, (ISBN 978-1-4422-6297-3, lire en ligne), p. 40-41
- ↑ Abitbol 2014, p. 206.
- ↑ Abitbol 2014, p. 206-208.
- ↑ El Fasi 1999, p. 253-257.
- ↑ Rivet 2012, p. 224-225.
- ↑ Si tel n'était pas le cas, Mohammed VI serait en fait Mohammed VII. Cf. « Le saviez-vous ? Le roi aurait dû être « Mohammed VII » », Zamane, Casablanca, no 5, , p. 15 (lire en ligne, consulté le ).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- Ahmed ben Khâled Ennâsiri Esslâoui. (trad. de l'arabe par Eugène Fumet), Kitâb Elistiqsâ li-Akhbâri doual Elmâgrib Elaqsâ [« Le livre de la recherche approfondie des événements des dynasties de l'extrême Magrib »], vol. IX et X : Chronique de la dynastie alaouie au Maroc, Paris, Ernest Leroux, coll. « Archives marocaines », 1906-1907 — Sur les XVIIIe et XIXe siècles :
- « Volume IX (1906) » [PDF], sur BNRM
- « Volume X (1907) » [PDF], sur BNRM
- Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Éditions Perrin, (ISBN 978-2-262-03816-8, lire en ligne).

- Henri Terrasse, Histoire du Maroc : Des origines à l’établissement du protectorat français, Casablanca, Atlantides, (OCLC 902145108), ?[réf. incomplète] — Rééd. : Casablanca, Frontispice, 2005 (OCLC 93655947).
- Jean Brignon, Abdelaziz Amine, Brahim Boutaleb, Guy Martinet et al., Histoire du Maroc, Paris/Casablanca, Hatier/Librairie nationale, (OCLC 3261671), ?[réf. incomplète]
- Jacques Benoist-Méchin (préf. Alain Decaux), Histoire des Alaouites : 1268-1971, Paris, Perrin, , 284 p. (ISBN 2-262-01064-1, OCLC 417101355)
- Charles André Julien, Le Maroc face aux impérialismes : 1415-1956, Paris, Jaguar, , 549 p. (OCLC 4805379) — Réimp. : 2011 (OCLC 758774279), 554 p., p. 361-519
- Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord : Des origines à 1830, Paris, Payot, , 866 p. (OCLC 32160417), p. 571-623 — Édition revue et augmentée.
- Jocelyne Dakhlia, « Pouvoir du parasol et pouvoir nu », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, Versailles, Centre de recherche du château de Versailles, (lire en ligne)
- Issa Babana El Alaoui, Histoire de la dynastie régnante au Maroc, Paris, Fabert, , 283 p.
- Souleiman Bencheikh, « Enquête. La vraie histoire des [A]laouites », TelQuel, Casablanca, no 408, (lire en ligne)
- Histoire des révolutions de l'empire de Maroc, depuis la mort du dernier Empereur Muley Ismael, écrite par John Braithwaite, traduite de l'anglais, Amsterdam : chez Pierre Mortier, 1731 — retrace les luttes des années 1727 & 1728.
- David Bensoussan, Il était une fois le Maroc : Témoignages du passé judéo-marocain, iUniverse, , 620 p. (lire en ligne)

- Coissac de Chavrebière, Histoire du Maroc, Paris, Payot, , 554 p. (OCLC 600494265) — Rééd. : Rabat, Dar Al Amane, 2012, 554 p. (OCLC 899271393), p. 361-519* Coissac de Chavrebière, Histoire du Maroc, Paris, Payot, , 554 p. (OCLC 600494265) — Rééd. : Rabat, Dar Al Amane, 2012, 554 p. (OCLC 899271393), p. 361-519
- Souleiman Bencheikh, « Histoire : Petits crimes entre Alaouites », TelQuel, Casablanca, no 614, , p. 24-29 (lire en ligne) — « Quand les sultans du royaume chérifien s'entretuaient pour le pouvoir » (première de couverture).
- Daniel Rivet, Histoire du Maroc, Fayard, (ISBN 978-2-213-67465-0, lire en ligne).

- Mohammed El Fasi, Histoire générale de l’Afrique : L'Afrique du XVIe au XVIIIe siècle, UNESCO Publishing, , 1089 p. (ISBN 978-92-3-201711-6, lire en ligne), « Le Maroc », p. 237-271
Liens externes
modifier- « Dynastie [a]laouite », sur Feu Sa Majesté le roi Mohammed V : Commémoration du cinquantenaire de la révolution du Roi et du peuple,