Bataille de Koursk

bataille de la Seconde Guerre mondiale
(Redirigé depuis Opération Zitadelle)

La bataille de Koursk, également appelée bataille du saillant de Koursk, est une importante bataille du Front de l'Est de la Seconde Guerre mondiale, opposant les forces de l’Allemagne et de l’Union soviétique près de Koursk, dans le sud-ouest de la Russie pendant l’été , et qui se solde par une victoire soviétique. La bataille de Koursk est l'une des plus importante de l’histoire militaire mondiale en termes de moyens humains et matériels engagés[28],[29],[30]. Elle constitue, après la bataille de Stalingrad quelques mois plus tôt, l’un des tournants les plus souvent cités dans le théâtre européen de la guerre. Il s’agit de l’une des batailles les plus coûteuses sur les plans humains et matériels de la Seconde Guerre mondiale, de la plus grande bataille de chars de l'Histoire, tandis que le premier jour de combat, le , représente la journée la plus coûteuse de l’histoire de la guerre aérienne en termes d’avions abattus[32],[33].

Bataille de Koursk
Photo noir et blanc montrant un grand nombre de soldats de dos, derrière des chars. L'arrière plan est masqué par de la fumée
Des soldats soviétiques et des des chars T-34 du Front de Voronej à Prokhorovka pendant la bataille de Koursk, le 12 juillet 1943.
Informations générales
Date
(1 mois et 18 jours)
Lieu Région de Koursk, environ 200 km au nord de Kharkov et 130 de Belgorod, environ 210 km à l'ouest de Voronej, 140 km au sud d'Orel
Issue Victoire stratégique soviétique. La Wehrmacht perd définitivement l'initiative sur le front de l'Est
Belligérants
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand Drapeau de l'URSS Union soviétique
Commandants
Groupe d'armées Centre:

Drapeau de l'Allemagne nazie Günther von Kluge
Drapeau de l'Allemagne nazie Walter Weiß
Drapeau de l'Allemagne nazie Walter Model
Drapeau de l'Allemagne nazie Erich-Heinrich Clößner

Groupe d'armées Sud:
Drapeau de l'Allemagne nazie Erich von Manstein
Drapeau de l'Allemagne nazie Hermann Hoth
Drapeau de l'Allemagne nazie Werner Kempf

Luftwaffe:
Drapeau de l'Allemagne nazie Otto Deßloch

Drapeau de l'Allemagne nazie Robert von Greim
Commandement suprême:

Drapeau de l'URSS Gueorgui Joukov

Front de l'Ouest:
Drapeau de l'URSS Vassili Sokolovski
Drapeau de l'URSS Hovhannes Bagramian

Front de Briansk:
Drapeau de l'URSS Markian Popov
Drapeau de l'URSS Alexandre Gorbatov
Drapeau de l'URSS Pavel Belov

Front central:
Drapeau de l'URSS Constantin Rokossovski
Drapeau de l'URSS Ivan Tcherniakhovski
Drapeau de l'URSS Pavel Batov

Front de Voronej:
Drapeau de l'URSS Nikolaï Vatoutine
Drapeau de l'URSS Kirill Moskalenko

Front de la steppe:
Drapeau de l'URSS Ivan Koniev

Drapeau de l'URSS Alekseï Jadov
Forces en présence
Opération Citadelle :
  • 780 900 hommes[1]
  • 2 928 chars[1]
  • 9 966 canons et mortiers[2]

Contre-offensive soviétique:

  • 940 900 hommes[1]
  • 3 253 chars[1]
  • 9 467 canons et mortiers[3]
  • 2 110 avions[4]
Opération Citadelle:
  • 1 910 361 hommes (dont 1 426 352 combattants)[5]
  • 5 128 chars[5]
  • 25 013 canons et mortiers[2]

Contre-offensive soviétique:

  • 2 500 000 hommes[5]
  • 7 360 chars[5]
  • 4 7416 canons et mortiers[3]
  • 2 792[6] à 3 549[7] avions
Pertes
Opération Citadelle:
  • 54 182 tués, blessés et prisonniers[8],[9]
  • 252 à 323 chars et canons d'assaut détruits[10],[11] et 1 612 autres endommagés[12]
  • 159 avions[13],[14]
  • c. 500 canons[13]

Ensemble de la bataille de Koursk:

  • Données médicales allemandes: de 165 314 à 203 000 tués et blessés[15]
  • Estimations d'après les effectifs des unités: de 380 000 à 430 000 tués et blessés
  • Estimation moderne: plus de 500 000 morts, blessés, disparus et prisonniers[16],[17].
  • Pertes matérielles: Au moins 2 952 chars et canons d'assaut détruits ou endommagés[18] et entre 681[19] et 1 300 avions détruits[20]
Opération Citadelle:
  • 177 847 tués, blessés, disparus ou prisonniers[9]
  • Entre 1 614[21] et 1 956[22] chars et canons d'assaut détruits
  • Entre 459[21]et 1 000 avions détruits[23]

Ensemble de la bataille de Koursk:

  • 254 470 tués, prisonniers ou disparus[24] et 608 833 blessés ou malades[25],[24]
  • Entre 6 064[26],[11] et 7 000[27] chars et canons d'assaut détruits
  • Entre 1 626[21] et 3 300 avions[22]
  • 5 244 canons et mortiers détruits[21]

Batailles

Front de l’Est
Prémices :

Guerre germano-soviétique :

  • 1941 : l'invasion de l'URSS

Front nord :

Front central :

Front sud :

  • 1941-1942 : la contre-offensive soviétique

Front nord :

Front central :

Front sud :

  • 1942-1943 : de Fall Blau à la 3e bataille de Kharkov

Front nord :

Front central :

Front sud :

  • 1943-1944 : libération de l'Ukraine et de la Biélorussie

Front central :

Front sud :

  • 1944-1945 : campagnes d'Europe centrale et d'Allemagne

Allemagne :

Front nord et Finlande :

Europe orientale :


Front d’Europe de l’Ouest


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Bataille de l’Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

Coordonnées 51° 42′ nord, 36° 06′ est
Géolocalisation sur la carte : Russie européenne
(Voir situation sur carte : Russie européenne)
Bataille de Koursk
Géolocalisation sur la carte : oblast de Koursk
(Voir situation sur carte : oblast de Koursk)
Bataille de Koursk
Géolocalisation sur la carte : Ukraine
(Voir situation sur carte : Ukraine)
Bataille de Koursk

Le but des Allemands dans cette offensive est d'affaiblir le potentiel offensif soviétique pour l’été , en isolant et en encerclant les forces qu’ils s'attendent à trouver dans le saillant de Koursk[34]. Hitler estime qu’une victoire dans ce secteur du front réaffirmerait la puissance allemande et renforcerait son prestige auprès de ses alliés, qu’il pense prêts à se retirer du conflit[35]. Il est également prévu de capturer un grand nombre de prisonniers soviétiques pour les utiliser comme travail forcé dans l’industrie de l’armement allemande[36]. Le gouvernement soviétique dispose toutefois de renseignements sur les plans allemands grâce au réseau Lucy. Prévenus plusieurs mois à l’avance que l’attaque viserait le « cou » du saillant, les Soviétiques préparent une défense en profondeur destinée à épuiser les troupes allemandes[37]. Les Allemands retardent le déclenchement de l’offensive pour renforcer leurs forces et attendre de nouvelles armes[38],[39],[40], ce qui laisse à l'Armée rouge le temps de mettre en place sa série de ceintures défensives profondes[41] et de constituer une importante réserve pour des contre-offensives[42].

La bataille débute avec le lancement par la Wehrmacht de l’opération Citadelle (allemand : Unternehmen Zitadelle), le , dont l’objectif est de couper le saillant de Koursk par des attaques simultanées au nord et au sud. Après l’échec de l’offensive allemande sur le flanc nord, acté pour le , les Soviétiques lancent à leur tour leur opération offensive stratégique de Koursk avec l’opération Koutouzov (russe : операция «Кутузов») contre l’arrière des forces allemandes sur ce même flanc nord. Sur le flanc sud, les Soviétiques déclenchent également de puissantes contre-attaques le même jour, dont l’une mène à un important affrontement blindé, la bataille de Prokhorovka. Le , les Soviétiques entament la seconde phase de l’opération offensive stratégique de Koursk avec le lancement de l’opération offensive Belgorod-Kharkov (aussi nommée opération Polkovodets-Roumiantsev) contre les forces allemandes sur le flanc sud du saillant de Koursk.

La bataille de Koursk constitue la dernière offensive stratégique allemande sur le Front de l’Est. Comme l’invasion alliée de la Sicile commence pendant la bataille, Adolf Hitler est contraint de détourner des troupes en formation en France pour répondre à la menace alliée en Méditerranée, plutôt que de les utiliser comme réserve stratégique sur le Front de l’Est[43]. En conséquence, Hitler annule l’offensive à Koursk après seulement une semaine et sans avoir obtenu de résultat, en partie pour redéployer des forces en Italie[44]. Les lourdes pertes humaines et matérielles allemandes permettent à l’Armée rouge de conserver l’initiative stratégique pour le reste de la guerre. La bataille de Koursk constitue le premier échec d’une offensive stratégique allemande avant de percer les défenses et d'atteindre sa profondeur stratégique[45],[46]. Bien que l’Armée rouge ait déjà mené des offensives hivernales avec succès, ses contre-offensives après l’attaque allemande à Koursk sont également ses premières offensives estivales réussies de la guerre[47].

Contexte

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Avancée soviétique durant les opérations Uranus, Mars et Saturne.

Alors que la bataille de Stalingrad se termine, l’Armée rouge passe à une offensive générale dans le sud, lors de l’opération Saturne. En , un écart de 160 à 300 km s’ouvre entre le Groupe d’armées B et le Groupe d’armées Don, et les armées soviétiques menacent de couper toutes les forces allemandes au sud du Don, y compris le Groupe d’armées A opérant dans le Caucase[48],[49]. Le Groupe d’armées Centre subit également une pression importante. Le ville de Koursk est reprise par les Soviétiques le , et Rostov le [50]. Les Fronts de Briansk, de l'Ouest et le nouveau Front central soviétiques se préparent alors à une nouvelle offensive qui prévoit l’encerclement du Groupe d’armées Centre entre Briansk et Smolensk[48],[51]. En , le secteur sud du front allemand se trouve ainsi confronté à une crise[52].

Depuis , le Feldmarschall Erich von Manstein, commandant du Groupe d’armées Don, réclame une « liberté opérationnelle illimitée » pour lui permettre d’utiliser ses forces à bon escient[53]. Le , Manstein rencontre Hitler à son quartier général de Görlitz (actuellement Gierłoż, Pologne) pour discuter des propositions qu’il a précédemment envoyées. Il reçoit l’approbation d’Hitler pour une contre-offensive contre les forces soviétiques avançant dans la région du Donbass[54]. Le , les forces allemandes sont réorganisées. Au sud, le Groupe d’armées Don est renommé Groupe d’armées Sud et placé sous le commandement de Manstein. Directement au nord, le Groupe d’armées B est dissous, ses forces et ses zones de responsabilité étant réparties entre le Groupe d’armées Sud et le Groupe d’armées Centre. Manstein hérite ainsi de la responsabilité de la brèche massive dans les lignes allemandes[55]. Le , Hitler arrive au quartier général du Groupe d’armées Sud à Zaporijjia quelques heures avant la libération de Kharkov par les Soviétiques et doit être évacué précipitamment le lendemain[56].

Une fois sa liberté d’action accordée, Manstein entend utiliser ses forces pour lancer une série de contre-attaques sur les flancs des formations blindées soviétiques, dans le but de les détruire tout en reprenant Kharkov et Koursk[55],[57]. Le 2e SS-Panzerkorps arrive de France en , après avoir été reconstitué[58]. Des unités blindées de la 1re Panzerarmee du Groupe d’armées A se retirent du Caucase et viennent également renforcer les forces de Manstein[59].

Carte montrant (en orange pâle) le territoire repris par la Wehrmacht lors de la troisième bataille de Kharkov. Au nord du territoire reconquis se trouve le saillant de Koursk.

L’opération de Manstein est préparée à la hâte et ne reçoit pas de nom. Plus tard connue sous le nom de troisième bataille de Kharkov, elle commence le lorsque la 4e Panzerarmee, sous les ordres général Hoth, lance une contre-attaque. Les forces allemandes coupent les têtes de pont soviétiques et poursuivent leur avancée vers le nord[60], reprenant Kharkov le et Belgorod le [57]. Une offensive soviétique lancée le par le Front central contre le Groupe d’armées Centre doit être abandonnée le pour permettre aux formations attaquantes de se désengager et de se redéployer vers le sud afin de contrer la menace des forces de Manstein[61],[62]. L’épuisement de la Wehrmacht et de l’Armée rouge, couplé à la perte de mobilité due à l’arrivée de la raspoutitsa printanière, entraîne l’arrêt des opérations pour les deux camps à la mi-mars[63]. La contre-offensive laisse un saillant soviétique s’étendant sur 250 km du nord au sud et 160 km d’est en ouest dans la zone de contrôle allemande[64], centré sur la ville de Koursk[63].

Plans et préparation allemands

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Plan d’attaque allemand. Les zones colorées montrent la position au , les flèches indiquent la direction prévue des attaques allemandes, les lignes pointillées la division entre les groupes d’armées allemands et les fronts soviétiques, et les zones cerclées la localisation approximative des réserves soviétiques.

Les lourdes pertes subies par l’Allemagne depuis le début de l’opération Barbarossa entraînent une pénurie chronique d’infanterie et d’artillerie[65]: 470 000 hommes manquent dans les rangs[66]. Pour que la Wehrmacht puisse entreprendre une offensive en 1943 afin de détruire le saillant de Koursk, l'essentiel des responsabilités  attaquer les défenses soviétiques et tenir le terrain sur les flancs  reposent sur les divisions blindées[67]. Le , Manstein présente à Hitler un plan prévoyant d'étrangler le saillant de Koursk grâce une offensive rapide dès la fin de la raspoutitsa printanière[68],[69].

Le , Hitler signe l’Ordre opérationnel no 5, autorisant plusieurs offensives, dont une contre le saillant de Koursk[70],[71]. En parallèle de la fin de la résistance soviétique à Kharkov, Manstein tente de persuader Günther von Kluge, commandant du Groupe d’armées Centre, d’attaquer immédiatement le Front central, qui défend le flanc nord du saillant[69]. Kluge refuse, estimant ses forces trop faibles pour lancer une telle attaque[69]. L'avancée allemande lors de la bataille de Kharkov est donc enrayée par les forces soviétiques déplacées depuis le Front central vers la zone au nord de Belgorod[57]. À la mi-avril, dans des conditions météorologiques défavorables et alors que les forces allemandes sont épuisées et doivent être reconstituées, les offensives de l’Ordre opérationnel no 5 sont reportées[59],[72].

Le , Hitler émet l’Ordre opérationnel no 6, qui prévoit le lancement de l’opération offensive sur Koursk, sous le nom de code Zitadelle Citadelle »), à partir du ou peu après[73]. Pour que l’offensive réussisse, il est jugé essentiel d’attaquer avant que les Soviétiques n’aient le temps de préparer des défenses dans le saillant ou de lancer leur propre offensive[74],[75].

L’opération Citadelle prévoit un mouvement en tenaille visant Koursk, pour fermer le saillant et piéger ainsi 5 armées soviétiques[76]. Le Groupe d’armées Centre fournit la 9e armée du général Walter Model pour former la pince nord[77]. Elle doit traverser le flanc nord du saillant, progresser vers le sud jusqu’aux collines à l’est de Koursk et sécuriser la voie ferrée contre toute attaque soviétique[77]. Le Groupe d’armées Sud engage la 4e Panzerarmee, sous les ordres d'Hermann Hoth, et le détachement d’armée Kempf, commandé par Werner Kempf, pour percer le flanc sud du saillant[78],[79]. L’attaque principale envisagée par Manstein doit être conduite par la 4e Panzerarmee de Hoth: le 2e SS Panzerkorps de Paul Hausser en tête[80], tandis que le 48e Panzer Corps, commandé par Otto von Knobelsdorff, doit avancer sur la gauche, et que le détachement Kempf doit faire de même sur la droite[80]. La 2e armée, sous le commandement de Walter Weiß, maintient quant à elle la portion ouest du saillant, entre les deux pinces[81],[79].

Le , Model rencontre Hitler pour exprimer ses inquiétudes concernant les renseignements montrant que l’Armée rouge construit des positions très solides dans les « épaules » du saillant et a retiré ses forces mobiles de la zone située à l’ouest de Koursk[82]. Il soutient que plus la phase de préparation dure, moins l’opération Citadelle peut se justifier[83],[84]. Bien qu’à la mi-avril Manstein juge encore l’offensive profitable, en mai il partage les doutes de Model[84],[74].

Le , Hitler réunit ses officiers supérieurs et conseillers à Munich[85]. Il parle environ 45 minutes des raisons de reporter l’attaque, reprenant essentiellement les arguments de Model[85]. Plusieurs options sont débattues : attaquer immédiatement avec les forces disponibles, retarder l’offensive pour attendre de nouveaux chars, réviser radicalement l’opération ou l’annuler[85]. Manstein préconise une attaque rapide mais demande deux divisions d’infanterie supplémentaires ; Hitler répond qu’aucune n’est disponible[85]. Kluge s’oppose fermement au report et conteste les renseignements de Model[86]. Albert Speer, ministre de l’Armement et de la Production de guerre, évoque les difficultés rencontrées pour reconstituer les formations blindées et les limites de l’industrie allemande pour remplacer les pertes[87]. Le général Heinz Guderian s’oppose vigoureusement à l’opération, affirmant que « l’attaque est inutile »[87]. La conférence se termine sans décision d’Hitler, mais l'opération Citadelle n’est pas annulée[87]. Trois jours plus tard, l’OKW reporte la date de lancement au [88],[89].

Photo noir et blanc d'un général regardant par le hublot d'un avion
Heinz Guderian en route vers le front de l’Est en 1943.

À la suite de cette réunion, Guderian continue d’exprimer ses réserves quant à une opération susceptible d’épuiser les forces blindées qu’il s’efforce de reconstituer. Il estime que l’offensive, telle qu'elle est prévue, constitue un mauvais emploi des unités blindées, car elle enfreint deux des trois principes qu’il a défini comme essentiels à une attaque réussie des panzers : la surprise, la concentration des forces et un terrain adapté[note 1]. Selon lui, les ressources limitées de l’Allemagne en hommes et en matériel doivent être préservées, car elles seront nécessaires pour la défense à venir de l’Europe de l’Ouest. Lors d’un entretien avec Hitler le , les deux hommes discutent une nouvelle fois de l'opération Citadelle, et Guderian rapport cet échange dans ses mémoires[91] :

« Guderian: Est-il vraiment nécessaire d’attaquer Koursk, et même à l’Est cette année ? Pensez-vous que quelqu’un sache seulement où se trouve Koursk ? Le monde entier se moque que nous prenions Koursk ou non. Quelle est la raison qui nous oblige à attaquer cette année Koursk, ou même le front de l’Est ?
Hitler: Je sais. La seule pensée de cette opération me retourne l’estomac.
Guderian: Dans ce cas, votre réaction est la bonne. Laissez tomber. »

Malgré ces réserves, Hitler reste déterminé à lancer l’offensive. Lui et l’OKW, dès les premières phases de préparation, espèrent que cette opération permettra à l'Allemagne de reprendre l'initiative à l’Est. Alors que les défis posés par l’opération Citadelle s’accumulent, Hitler se concentre de plus en plus sur les nouvelles armes qu’il croit décisives pour la victoire : principalement le char Panther, mais aussi le chasseur de chars Ferdinand et un plus grand nombre de chars lourds Tigre I[38]. En conséquence, il reporte encore une fois l’opération afin d’attendre leur arrivée[83]. Informé de puissantes concentrations soviétiques derrière la zone de Koursk, Hitler retarde encore l’offensive pour permettre à davantage de matériel d’atteindre le front. Face au pessimisme autour de l'opération Citadelle qui va croissant à chaque report, Alfred Jodl, chef d’état-major de l’OKW, ordonne au bureau de propagande des forces armées de présenter la prochaine opération comme une contre-offensive limitée[92],[88]. En raison de craintes d’un débarquement allié dans le sud de la France ou en Italie, et des retards dans la livraison des nouveaux chars, Hitler reporte une nouvelle fois l’opération, cette fois au 20 juin. Kurt Zeitzler (le chef d'état-major de l'armée de terre) est profondément préoccupé par ces reports[93], mais il soutient toujours l’offensive[84],[70]. Les 17 et , après une discussion au cours de laquelle l’état-major des opérations de l’OKW suggère d’abandonner l’offensive, Hitler reporte une nouvelle fois l’opération au [92], puis, le , annonce le comme date de lancement de l’offensive[94],[95],[96].

Le Ferdinand, le Panzerkampfwagen V Panther et le Panzerkampfwagen VI Tigre, les trois nouveaux blindés lourds attendus par Hitler pour l'opération Citadelle
Photo couleur de deux militaires, l'un faisant la circulation, l'autre arrêté sur une moto, avec en fond un camion sur chenilles.
Un Raupenschlepper Ost (sorte de camion chenillé), conçu pour pallier le mauvais état des routes russes, transporte du matériel peu avant l’offensive de Koursk.

Une période de calme s'est installée sur le front de l’Est pendant ce temps. Les Soviétiques la mettent à profit pour préparer leurs défenses et les Allemands tentent de renforcer leurs troupes, particulièrement en formant spécialement leurs unités d’assaut[97]. Toutes les unités suivent un entraînement et des répétitions de combat. La Waffen-SS construit une réplique grandeur nature d’un point fort soviétique, utilisée pour s’entraîner à neutraliser ce type de position. Les divisions blindées reçoivent des renforts en hommes et en matériel, et tentent de retrouver leur pleine capacité opérationnelle. Les forces allemandes engagées dans l’opération Citadelle comprennent 12 divisions de panzers et 5 divisions de Panzergrenadiers, dont quatre disposent d’un parc blindé supérieur à celui des divisions de panzers qu'elles vont côtoyer. Cependant, cette force manque cruellement de divisions d’infanterie, essentielles pour tenir le terrain et sécuriser les flancs[98]. Au moment où les Allemands lancent l’offensive, leurs effectifs engagés s’élèvent à environ 777 000 hommes, 2451 chars et canons d’assaut (soit 70 % des blindés allemands sur le front de l’Est) et 7 417 pièces d’artillerie et mortiers[81],[99]. Ces chiffres datent du et ne concernent que les unités qui ont finalement participé à l'opération Citadelle. Le chiffre des effectifs en hommes se réfère aux effectifs rationnés (qui comprennent donc aussi les non-combattants et les soldats blessés encore hospitalisés). Les chiffres concernant les canons et les mortiers sont des estimations basées sur la force théorique et le nombre d'unités prévues pour l'opération; les chiffres concernant les chars et les canons d'assaut incluent ceux qui se trouvaient dans les ateliers de réparation à ce moment[99].

Préparation soviétique

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En 1943, une offensive du Front central, ainsi que celui de Briansk et de l'Ouest contre le groupe d'armées Centre est abandonnée peu après son lancement début mars, lorsque le flanc sud du front central est menacé par le groupe d'armées Sud[48],[62]. Les services de renseignement soviétiques reçoivent des informations sur les concentrations de troupes allemandes repérées à Orel et Kharkov, ainsi que des détails concernant une offensive allemande prévue dans le secteur de Koursk via le réseau d'espionnage Lucy de Rudolf Roessler en Suisse. Les Soviétiques vérifient ces renseignements grâce à leur agent double en Grande-Bretagne, John Cairncross, un mathématicien en poste à la Government Code and Cypher School de Bletchley Park et qui transmet clandestinement des décryptages bruts de communications allemandes directement à Moscou[100],[101]. Cairncross fournit également aux services de renseignement soviétiques des informations sur les aérodromes de la Luftwaffe dans la région[102]. Staline et certains officiers supérieurs sont impatients de frapper les premiers une fois la raspoutitsa terminée[103],[104], mais plusieurs officiers clés, dont le commandant en chef adjoint Gueorgui Joukov, recommandent de rester dans un premier temps sur une posture défensive avant de passer à l'attaque. Dans une lettre adressée à la Stavka et à Staline le , Joukov écrit[105],[106] :

Photo noir et blanc de militaires accroupis autour de cartes, en train de discuter.
Joukov avec Ivan Koniev, commandant du Front de la Steppe, pendant la bataille de Koursk

Dans la première phase, l'ennemi, en rassemblant ses meilleures forces  y compris 13 à 15 divisions de chars et avec le soutien d'un grand nombre d'avions  frappera Koursk avec son groupement de Kromy-Orel depuis le nord-est et son groupement de Belgorod-Kharkov depuis le sud-est... Je considère qu'il est déconseillé à nos forces de passer à l'offensive dans un avenir proche afin de devancer l'ennemi. Il serait préférable de laisser l'ennemi s'épuiser contre nos défenses, de détruire ses chars, puis, en engageant des réserves fraîches, de passer à l'offensive générale qui anéantirait définitivement sa force principale.

Staline consulte ses commandants de front et les officiers supérieurs de l'état-major général du 12 au . Finalement, lui et la Stavka conviennent que les Allemands cibleront probablement Koursk[107]. Staline croit que la décision de défendre donnera l'initiative aux Allemands, mais Joukov rétorque que les Allemands seront attirés dans un piège où leur puissance blindée sera détruite, créant ainsi les conditions d'une contre-offensive soviétique majeure[107]. Ils décident de contenir l'attaque ennemie en préparant des positions défensives pour user les troupes allemandes avant de lancer leur propre offensive[106],[108]. La préparation des défenses et des fortifications commence à la fin avril et se poursuit jusqu'à l'attaque allemande début juillet[109]. Le délai de deux mois entre la décision allemande d'attaquer le saillant de Koursk et sa mise en œuvre permet à l'Armée rouge de se préparer minutieusement[89],[110]. Le Front de Voronej, commandé par Nikolaï Vatoutine, est chargé de défendre la face sud du saillant. Le Front central (reconstitué en à partir du Front du Don, qui avait fait partie de la tenaille nord de l'opération Uranus[111]), commandé par Konstantin Rokossovski, défend la face nord. En réserve se trouve le Front de la Steppe, commandé par Ivan Koniev[112],[113].

Photo noir et blanc de deux militaires allongés sous des rouleaux de barbelés
Sapeurs du Front Central en train de couper des barbelés en juin 1943.

Les Fronts du Centre et de Voronej construisent chacun trois ceintures défensives principales dans leurs secteurs, chacune subdivisée en plusieurs zones de fortification[114],[115],[116]. Pour cela, l'Armée rouge réquisitionne 300 000 travailleurs civils[115]. Chaque ceinture est renforcée par un réseau interconnecté de champs de mines, de barbelés, d'obstacles et de fossés antichars, de tranchées profondes pour l'infanterie, de véhicules blindés enterrés pour servir de positions fixes et de casemates de mitrailleuses[117]. Derrière les trois ceintures défensives principales se trouvent trois autres ceintures préparées comme positions de repli : la première n'est pas entièrement occupée ni grandement fortifiée, et les deux dernières, bien que suffisamment fortifiées, sont inoccupées à l'exception d'une petite zone dans les environs immédiats de Koursk[116],[118]. La profondeur combinée des trois zones défensives principales est d'environ 40 km. Dans leur globalité, les six ceintures défensives de part et d'autre de Koursk ont une profondeur de 130 à 150 km[118]. Si les Allemands parvenaient à percer ces défenses, ils se heurteraient ensuite à des ceintures supplémentaires à l'est, tenues par le Front de la Steppe, ce qui porte la profondeur totale des défenses de la région de Koursk à près de 300 km[116]. Les Fronts de Voronej et du Centre creusent respectivement 4200 et 5 000 km de tranchées[119], disposées en croisillons pour faciliter les mouvements[117]. Dans ce but également, les Soviétiques construisent plus de 686 ponts et environ 2 000 km de routes dans le saillant[119]. Les ingénieurs de combat de l'Armée rouge posent 503993 mines antichars et 439348 mines antipersonnel, en les concentrant particulièrement dans la première ceinture défensive principale[115],[117] Les champs de mines de Koursk atteignent des densités de 2500 mines antipersonnel et 2200 mines antichars par kilomètre carré, soit six fois la densité utilisée lors de la défense de Moscou[120],[121]. Par exemple, la 6e armée de la Garde du Front de Voronej, déployée sur près de 64 km de front, est protégée par 69688 mines antichars et 64430 mines antipersonnel dans sa première ceinture défensive, auxquelles s'ajoutent 20200 mines antichars et 9097 mines antipersonnel supplémentaires dans sa deuxième ligne[114],[122],[123]. De plus, des détachements mobiles sont créés afin de poser davantage de mines directement sur le chemin des formations blindées allemandes au cours de leur progression lorsque l'offensive va être déclenchée[124]. Ces unités sont employées aussi bien à l'échelle de la division (le détachement est alors composé de deux pelotons de sapeurs de combat équipés de mines) qu'à celui du corps d'armée (une compagnie de sapeurs de combat normalement équipée de 500 à 700 mines dans ce cas de figure) et servent de réserve antichar mobile[125].

Photo noir et blanc de gens en train d'évacuer un village avec des charrettes à bras.
Évacuation de civils dans la région de Koursk en .

Dans une lettre datée du , le général Joukov met en garde contre une attaque allemande sur le saillant de Koursk avec une forte force blindée[106] :

Nous pouvons nous attendre à ce que l'ennemi accorde la plus grande confiance, dans les opérations offensives de cette année, à ses divisions de chars et à son aviation, car son infanterie semble bien moins préparée aux opérations offensives que l'année dernière... Face à cette menace, nous devons renforcer les défenses antichars des Fronts Central et de Voronej, et rassembler nos forces dès que possible.

Presque toute l'artillerie, y compris les obusiers, les canons, les armes antiaériennes et les lance-roquettes, est chargée de la défense antichar[125], que viennent encore renforcer les chars enterrés et les canons automoteurs[117]. La lutte antichar est la priorité à tous les niveaux de commandement, avec la création d'un grand nombre de points d'appui antichars, concentrés sur les routes d'attaques probables des Allemands, mais aussi largement répartis dans toute la région[125]. Chacun de ces points d'appui se compose de quatre à six canons antichars, de six à neuf fusils antichars et de cinq à sept mitrailleuses lourdes et légères. Ils sont soutenus par les détachements mobiles de poseurs de mines ainsi que par de l'infanterie équipée d'armes automatiques[126]. Les brigades et régiments indépendants de chars et de canons automoteurs sont également chargés de coopérer avec l'infanterie lors des contre-attaques[126].

Photo noir et blanc de trois hommes autour d'une mitrailleuse
Une équipe de mitrailleuse soviétique pendant la bataille de Koursk.

Les préparatifs soviétiques incluent également une activité accrue des partisans, qui attaquent les lignes de communications et de ravitaillement allemandes[127]. Cette activité est principalement concentrée sur les arrières des groupes d'armées Nord et Centre[38]. En , les partisans opérant dans la zone arrière du groupe d'armées Centre détruisent 298 locomotives, 1222 wagons de chemin de fer et 44 ponts, tandis que dans le secteur de Koursk, 1092 attaques de voies ferrées sont recensées[115],[128],[129]. Ces opérations retardent la concentration des ressources et des matériels de la Wehrmacht, et immobilise des troupes pour assurer la sécurité, retardant ainsi leur entraînement pour l'offensive[38]. En juin, les forces aériennes soviétiques (en russe : Военно-Воздушные Силы, Voïenno-Vozdouchnye Sily, abrégé en VVS) effectuent plus de 800 sorties de nuit pour réapprovisionner les groupes de partisans opérant derrière le groupe d'armées Centre[130]. Les VVS fournissent également des communications et parfois même un soutien aérien diurne pour les grandes opérations de partisans[127].

Photo noir et blanc d'une colonne de chars dans un paysage vallonné, avec des fantassins assis sur chaque chars.
Colonne de chars soviétiques près de Koursk pendant l'été 1943.

Un entraînement spécial est dispensé à l'infanterie soviétique tenant les défenses de Koursk pour les aider à surmonter la peur des chars, apparue depuis le début de l'invasion allemande[131],[132]: les soldats sont entassés dans des tranchées tandis que des chars roulent au-dessus d'eux jusqu'à ce que tous les signes de peur disparaissent[note 2],[132]. Au combat, les soldats sont en effet censés laisser passer les chars puis surgir devant l'infanterie qui les suit afin de séparer les deux éléments de l'attaque. Les véhicules blindés ainsi isolés peuvent alors être pris pour cible avec des fusils antichars comme le PTRD-41, ou par des cocktails Molotov ou des charges de démolition[134]. Ce genre de tactique est particulièrement efficace contre les chasseurs de chars Ferdinand, dépourvus de mitrailleuses pour assurer leur protection rapprochée[134]. Les soldats de l'Armée rouge se voient également promettre des récompenses financières pour chaque char détruit, le Commissariat du peuple à la défense offrant une prime de 1000 roubles pour chaque destruction[135].

Les Soviétiques emploient largement la maskirovka (un terme russe qui désigne l'art de la désinformation militaire) pour masquer les positions défensives et la disposition des troupes et pour dissimuler le mouvement des hommes et du matériel[136],[137] Cela inclut le camouflage des emplacements de canons, la construction de faux aérodromes et dépôts, la génération de faux trafic radio, et la propagation de rumeurs parmi les troupes soviétiques de première ligne et la population civile dans les zones tenues par les Allemands[138]. Le mouvement des forces et des approvisionnements vers et depuis le saillant de Koursk a lieu uniquement la nuit, les caches de munitions sont soigneusement dissimulées pour se fondre dans le paysage, les transmissions radio sont restreintes et les feux sont interdits, les postes de commandement sont cachés et le transport motorisé dans et autour d'eux est interdit, etc.[139],[140]. Ces mesures ont une certaine efficacité puisque selon un rapport de l'état-major général soviétique, 29 des 35 raids majeurs de la Luftwaffe sur les aérodromes soviétiques dans le secteur de Koursk en visent les faux aérodromes[138]. Les efforts de tromperie sont si fructueux que les estimations allemandes publiées à la mi-juin placent la force blindée soviétique totale à 1 500 chars, bien en-deçà de la réalité[141]. Le résultat n'est pas seulement une vaste sous-estimation de la force soviétique, mais aussi une méconnaissance des intentions stratégiques soviétiques de la part des Allemands[139].

Photo noir et blanc d'une colonne de chars dans un paysage de bocage
Des chars américains M3 Lee/Grant, employés par des soldats de la 6e armée de chars de la Garde, en .

Sur le plan matériel, l'Armée rouge oppose plusieurs types de chars face aux Panzers allemands. Dans le saillant de Koursk, les Soviétiques utilisent un grand nombre de chars issus du prêt-bail, comme les chars moyens M3 Lee fabriqués aux États-Unis et les chars d'infanterie britanniques Churchill, Matilda II et Valentine. Cependant, la majorité des blindés présents dans le secteur sont des T-34 ou des chars légers T-70[142]. Les efforts de dissimulation soviétiques empêchent les Allemands de mesurer l'ampleur des forces présentes dans le saillant de Koursk: sans inclure les réserves plus profondes organisées par le Front de la Steppe, les Soviétiques massent environ 1 300 000 hommes, 3600 chars, 20 000 pièces d'artillerie et 2792 avions pour stopper l'offensive allemande[105],[143]. Cela représente 26 % de l'effectif total de l'Armée rouge, 26 % de ses mortiers et de son artillerie, 35 % de ses avions et 46 % de ses chars[105]. Certains historiens estiment que ces proportions sont encore plus élevées: 40 % des effectifs et 75 % des forces blindées de l'Armée rouge seraient employées dans la bataille de Koursk selon Niall Ferguson[144] et 80 % de la flotte aérienne selon David Glantz et Jonathan House[145].

Lutte pour la domination aérienne

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En , la puissance de la Luftwaffe sur le front de l'Est commence à s’affaiblir, avec la défaite de Stalingrad et le détournement de ressources vers la campagne d'Afrique du Nord[146]. Les forces aériennes allemandes à l’Est sont encore réduites par le redéploiement d’unités de chasse vers l’Allemagne afin de défendre le Reich contre l’intensification de la campagne de bombardement alliée[147]. À la fin du mois de juin, seuls 38,7 % des avions de la Luftwaffe se trouvent encore sur le front de l’Est[148]. En , la Luftwaffe est toutefois encore capable d’obtenir une supériorité aérienne locale en concentrant ses forces. La majorité des avions allemands disponibles sur le front de l’Est est ainsi affectée à l’opération Citadelle[149]. Les objectifs de la Luftwaffe dans la bataille à venir demeurent inchangés par rapport aux opérations précédentes : obtenir la supériorité aérienne, puis isoler le champ de bataille des renforts ennemis et, enfin, lorsque le point critique de la bataille terrestre est atteint, assurer l’appui aérien rapproché[150].

Photo noir et blanc de deux avions piquant à un angle de 45 degrés vers le sol.
Avion d’attaque au sol Iliouchine Il-2 pendant la bataille de Koursk.

L’évolution du rapport de forces entre les deux adversaires pousse cependant la Luftwaffe à modifier sa conduite opérationnelle pour la bataille de Koursk. Les campagnes offensives précédentes ont généralement commencé par des raids aériens contre les aérodromes ennemis afin d’obtenir la supériorité aérienne. À ce stade de la guerre, les réserves matérielles de l’Armée rouge sont cependant importantes, et les commandants de la Luftwaffe constatent que les avions détruits peuvent être rapidement remplacés, rendant ces raids inefficaces. De même, les campagnes antérieures faisait largement appel aux bombardiers moyens, qui opéraient loin derrière la ligne de front pour bloquer l’arrivée des renforts soviétiques. Ce genre de mission est rarement tentée durant l'opération Citadelle, toujours en raison du rapport de force devenu moins favorable à la Luftwaffe[151].

Le commandement allemand mesure toutefois que l'appui aérien est crucial pour le succès de l'opération Citadelle, mais les pénuries logistiques entravent les préparatifs. L’activité des partisans, en particulier à l’arrière du Groupe d’armées Centre, ralentit le ravitaillement et limite la capacité de la Luftwaffe à constituer des stocks essentiels de carburant (le facteur qui limite le plus les opérations), d’huiles, de lubrifiants, de moteurs et de munitions[152]. Contrairement aux unités de l’Armée rouge, elle ne dispose d’aucune réserve d’avions permettant de remplacer les appareils endommagés au cours de l’opération[153]. Afin de constituer des stocks pour le soutien de l'opération Citadelle, la Luftwaffe réduit donc fortement ses opérations durant la dernière semaine de juin[154]. Malgré cette économie de moyens, elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour soutenir un effort aérien intensif plus de quelques jours après le début de l’opération[155].

Photo noir et blanc d'un avion au sol, avec un gros canon sous chaque aile.
Junkers Ju 87 équipé de canons antichars sous les ailes.

Pour l'attaque de Koursk, la Luftwaffe limite ses opérations à l’appui direct des forces terrestres[156]. Dans ce cadre, elle continue d’employer les bombardiers en piqué Junkers Ju 87 « Stuka ». Une évolution récente de cet appareil consiste en l’installation du canon BK-37, monté sous chaque aile dans une nacelle d’armement pour permettre de détruire des chars. La moitié des groupes de Stuka affectés à l'opération Citadelle est équipée de ces avions antichars, surnommés Kanonenvogel oiseau-canon »)[157]. Les groupes aériens sont également renforcés par l’arrivée récente du Henschel Hs 129, armé du canon MK 103 de 30 mm, ainsi que par la version d’attaque au sol du Focke-Wulf Fw 190 F[154].

La situation aérienne est meilleure du côté de l'Armée rouge. Dans les mois précédant la bataille, la Luftflotte 6 soutenant le Groupe d’armées Centre observe une nette augmentation de la puissance des formations adverses des VVS. Les unités rencontrées présentent un meilleur entraînement et utilisent un matériel amélioré, avec une agressivité et une maîtrise supérieures à celles observées auparavant[158]. L’introduction des chasseurs Yakovlev Yak-9 et Lavotchkine La-5 procure aux pilotes soviétiques une quasi-parité technique avec la Luftwaffe. De plus, un grand nombre d’appareils d’attaque au sol, tels que l’Iliouchine Il-2 et le Petlyakov Pe-2, est désormais disponible. Les VVS disposent également de nombreux avions fournis par le biais du prêt-bail. D’importants stocks de ravitaillement et de vastes réserves d’appareils de remplacement permettent aux VVS de mener une campagne prolongée sans réduction notable de l’intensité de leurs opérations[151].

Forces en présence

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Wehrmacht

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Photo noir et blanc de soldats en tenue camouflage, progressant devant un char lourd.
Troupes de la Waffen-SS de la division blindée Das Reich avec un char Tigre I, en juin 1943, avant la bataille.

Pour l’opération Citadelle, les Allemands engagent quatre armées ainsi qu’une grande partie de leur potentiel blindé sur le front de l’Est. Le , la 9e armée du Groupe d’armées Centre, déployée sur le flanc nord du saillant, aligne 335 000 hommes, dont 223 000 combattants. Au sud, la 4e Panzerarmee et le détachement d’armée « Kempf » du Groupe d’armées Sud disposent respectivement de 223 907 hommes, dont 149271 combattants, et de 100 000 à 108 000 hommes, dont environ 66 000 combattants. La 2e armée, chargée de tenir le flanc ouest du saillant, compte environ 110 000 hommes. Au total, les forces allemandes regroupent entre 777 000 et 779 000 hommes, dont 438 271 combattants au sein des trois armées d’attaque[159],[99]. Le Groupe d’armées Sud dispose de davantage de véhicules blindés, d’infanterie et d’artillerie que la 9e armée du Groupe d’armées Centre[160],[99]. La 4e Panzerarmee et le détachement d’armée « Kempf » alignent en effet 1 377 chars et canons d’assaut, tandis que la 9e armée en possède 988[159].

Photo colorisée d'un véhicule blindé avec un canon fixe vers l'avant, dans un champ.
Un chasseur de char Marder III près de Koursk, le .

L'arrivée des nouveaux chars pour lesquels Hitler retarde plusieurs fois le déclenchement de l'opération se révèle toutefois décevante. Entre avril et juin, l’industrie allemande produit 2 816 chars et canons automoteurs, dont 156 Tigre et 484 Panther. À Koursk, 259 chars Panther, environ 211 Tigre et 90 Ferdinand sont engagés[161]. Deux nouveaux bataillons de Panther (soit 200 chars à eux-deux) arrivent respectivement les et pour être rattachés à la Panzergrenadier-Division Großdeutschland du 48e Panzerkorps, ce qui leur laisse très peu de temps pour effectuer des reconnaissances ou se familiariser avec le terrain. Cette situation enfreint les principes de la Panzerwaffe, considérés comme essentiels à l’emploi efficace des forces blindées[162],[163],[58]. Bien que commandés par des chefs de chars expérimentés, de nombreux équipages sont composés de recrues récentes, n'ayant eu que peu de temps pour se familiariser avec leurs nouveaux chars et encore moins pour s’entraîner ensemble en tant qu’unité. Les deux bataillons proviennent en effet directement des centres d’instruction et n'ont pas d’expérience du combat[164],[165]. En outre, l’obligation de maintenir le silence radio jusqu’au début de l’attaque limite l’entraînement des unités de Panther aux procédures radio et à la coordination au niveau du bataillon[164],[162]. Les nouveaux Panther connaissent par ailleurs encore des problèmes de transmission et se révèlent mécaniquement peu fiables. Au matin du , 16 Panther arrivés quelques jours plus tôt sont déjà hors-service en raison de pannes mécaniques, ne laissant que 184 de ces chars disponibles pour le lancement de l’offensive[166].

Les moyens considérables déployés pour l'opération Citadelle sont illustrés par le pic de consommation de munitions par les Allemands, puisque les mois de juillet et août enregistrent la plus forte consommation de munitions sur le front de l’Est jusqu’alors, avec 236 915 tonnes consommées en juillet et 254 648 tonnes en août, surpassant largement le précédent pic à 160 645 tonnes en [167].

Ordre de bataille allemand lors de la bataille de Koursk
Groupe d’armées Centre (Feldmarschall Günther von Kluge)[168]
Armée Commandant de l’armée Corps Commandant du corps Divisions
9e armée Walter Model 20e corps d’armée Rudolf Freiherr von Roman
46e Panzerkorps Hans Zorn
41e Panzerkorps Josef Harpe
47e Panzerkorps Joachim Lemelsen
23e corps d’armée Johannes Frießner
2e Panzerarmee Erich-Heinrich Clößner 35e corps d’armée Lothar Rendulic
53e corps d'armée Friedrich Gollwitzer
55e corps d’armée Erich Jaschke
Réserve d’armée 5e Panzerdivision
Réserve du groupe d’armées 8e Panzerdivision
Luftflotte 6 Robert von Greim 1re Flieger-Division
Groupe d’armées Sud (feld-maréchal Erich von Manstein)
4e Panzerarmee Hermann Hoth 52e corps d’armée Général Eugen Ott
48e Panzerkorps Otto von Knobelsdorff
2e SS-Panzerkorps General der Waffen-SS Paul Hausser
Détachement d’armée Kempf Werner Kempf 3e Panzerkorps Hermann Breith
Corps « Raus » Erhard Raus
42e corps d’armée Franz Mattenklott
Réserve du groupe d’armées 24e Panzerkorps Walter Nehring
Luftflotte 4 Wolfram Freiherr von Richthofen 8e Fliegerkorps

Armée rouge

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L’Armée rouge utilise deux fronts pour la défense de Koursk et crée un troisième front à l’arrière de la zone de combat, maintenu en réserve (le Front de la Steppe). Le Front central et celui de Voronej alignent 12 armées, avec respectivement 711 575 hommes (dont 510 983 combattants) et 625 591 hommes (dont 446 236 combattants). En réserve, le Front de la Steppe dispose de 573 195 hommes supplémentaires (dont 449 133 combattants). La force soviétique atteint ainsi un total de 1 910 361 hommes, dont 1 426 352 soldats effectivement engagés au combat.

La force blindée soviétique comprend 4 869 chars et 259 canons automoteurs[169], le plus performant de ces véhicules étant le T-34. Cependant, la version utilisée à ce moment de la guerre n’est armée que d’un canon de 76,2 mm, qui peine à pénétrer les Panzer IV renforcés, tandis que le blindage frontal des Tigre I et des Panther est pratiquement impénétrable. Seuls les canons automoteurs SU-122 et SU-152 disposent d’une puissance de feu suffisante pour détruire un Tigre à courte distance, mais ils ne rivalisent pas avec le canon de 88 mm du Tigre à longue portée, et les SU-122 et SU-152 sont présents en très faible nombre à Koursk[169].

Front central (général d’armée Konstantin Rokossovski)[170]
Ordre de bataille soviétique lors de la bataille de Koursk
Armée Commandant d’armée Corps Divisions
13e armée Nikolaï Poukhov 17e corps de fusiliers de la Garde 6e (ru), 70e (ru) et 75e divisions de fusiliers de la Garde (ru)
18e corps de fusiliers de la Garde (ru) 2e (ru), 3e (ru) et 4e divisions aéroportées de la Garde (ru)
15e corps de fusiliers (ru) 8e (ru), 74e (ru) et 148e divisions de fusiliers (ru)
29e corps de fusiliers (ru) 15e, 81e et 307e divisions de fusiliers (ru)
48e armée Prokofi Romanenko 42e corps de fusiliers (ru) 16e (ru), 202e (ru), 399e (ru), 73e, 137e (ru), 143e (ru) et 170e divisions de fusiliers (ru)
60e armée Ivan Tcherniakhovski 24e corps de fusiliers (ru) 42e (ru) et 112e divisions de fusiliers (ru)
30e corps de fusiliers (ru) 121e (ru), 141e (ru) et 322e divisions de fusiliers (ru)
Divisions indépendantes 55e division de fusiliers (ru)
65e armée Pavel Batov 18e corps de fusiliers (ru) 69e (ru), 149e (ru) et 246e divisions de fusiliers (ru)
27e corps de fusiliers (uk) 60e, 193e (ru), 181e (ru), 194e (ru) et 354e divisions de fusiliers (ru), 37e division de fusiliers de la Garde
70e armée Ivan Galanine 28e corps de fusiliers 132e (ru), 211e (ru), 102e (ru), 106e (ru), 140e (ru), 162e (ru) et 280e divisions de fusiliers (ru)
2e armée de chars Alexeï Rodine (en) 3e corps de chars
16e corps de chars
Unités indépendantes 9e corps de chars
19e corps de chars
16e armée aérienne Sergueï Roudenko 3e corps d'aviation de bombardement (ru)
6e corps d'aviation de chasse (ru)
6e corps d'aviation mixte (ru)
Front de Voronej (général d’armée Nikolaï Vatoutine)[170]
6e armée de la Garde Ivan Tchistiakov 22e corps de fusiliers de la Garde 67e (ru) et 90e divisions de fusiliers de la Garde, 71e division de fusiliers (ru)
23e corps de fusiliers de la Garde 51e et 52e divisions de fusiliers de la Garde (ru) ; 375e division de fusiliers (ru)
Divisions indépendantes 89e division de fusiliers de la Garde (ru)
7e armée de la Garde Mikhaïl Choumilov 24e corps de fusiliers de la Garde 15e, 36e (ru) et 72e divisions de fusiliers de la Garde
25e corps de fusiliers de la Garde 73e (ru), 78e (ru) et 81e divisions de fusiliers de la Garde (ru)
Divisions indépendantes 213e division de fusiliers
38e armée Nikandr Tchibissov (en) 50e corps de fusiliers (ru) 167e (ru), 232e (ru) et 340e divisions de fusiliers (ru)
51e corps de fusiliers 180e et 240e divisions de fusiliers (ru)
Divisions indépendantes 204e division de fusiliers (ru)
40e armée Kirill Moskalenko 47e corps de fusiliers (en) 161e (ru), 206e (en) et 237e divisions de fusiliers (ru)
52e corps de fusiliers 100e (ru), 219e (ru) et 309e divisions de fusiliers (ru)
Divisions indépendantes 184e division de fusiliers (ru)
69e armée Vassili Krioutchenkine 48e corps de fusiliers (ru) 107e (ru), 183e (ru) et 307e divisions de fusiliers (ru)
49e corps de fusiliers 111e division de fusiliers (ru) et 270e division de fusiliers (ru)
1re armée de chars de la Garde Mikhaïl Katoukov 6e corps de chars
31e corps de chars
3e corps mécanisé
Unités indépendantes 35e corps de fusiliers de la Garde 92e (ru), 93e et 94e divisions de fusiliers de la Garde
2e corps de chars de la Garde
3e corps de chars de la Garde (ru)
2e armée aérienne Stepan Krasovski 1er corps d'aviation de bombardement (ru)
1er corps d'aviation d’assaut (ru)
4e corps d'aviation de chasse (ru)
5e corps d'aviation de chasse (ru)
Éléments de la 17e armée aérienne
Front de la Steppe (Ivan Koniev)[170],[note 3]
5e armée de la Garde Alekseï Jadov 32e corps de fusiliers de la Garde 13e (ru) et 66e divisions de fusiliers de la Garde ; 6e division aéroportée de la Garde (ru)
33e corps de fusiliers de la Garde 95e (ru) et 97e divisions de fusiliers de la Garde (ru) ; 9e division aéroportée de la Garde (ru)
10e corps de chars (ru)
Divisions indépendantes 42e division de fusiliers de la Garde (ru)
5e armée de chars de la Garde Pavel Rotmistrov 5e corps mécanisé de la Garde (ru)
29e corps de chars (ru)
5e armée aérienne 7e corps d'aviation mixte (ru)
8e corps d'aviation mixte (ru)
3e corps d'aviation de chasse (ru)
7e corps d'aviation de chasse (ru)

Actions préliminaires

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Photo noir et blanc d'un char et d'un véhicule à chenilles.
Panzer IV et semi-chenillé Sd.Kfz. 251 allemands en .

Les premières actions préliminaires de la bataille de Koursk débutent sur la face sud du saillant dans la soirée du , lorsque l’infanterie allemande lance des attaques afin de s’emparer de points hauts destinés à l’installation de postes d’observation d’artillerie avant l’assaut principal le lendemain[171]. Au cours de ces attaques, plusieurs postes de commandement et d’observation de l’Armée rouge situés le long de la première ceinture principale de défense sont capturés. À 16 h, des éléments de la Panzergrenadier-Division Großdeutschland, des 3e et 11e Panzerdivision s’emparent du village de Boutovo, puis capturent Gertsovka avant minuit[172],[173],[171]. Vers 22 h 30, Nikolaï Vatoutine ordonne en retour à 600 canons, mortiers et lance-roquettes Katioucha du Front de Voronej de bombarder les positions allemandes les plus avancées, en particulier celles du 2e SS-Panzerkorps[174],[172].

Au nord, au quartier général du Front central, des rapports annoncent l’imminence de l’offensive allemande dans la soirée du 4. Vers 2 h le , Joukov ordonne le déclenchement d’un bombardement d’artillerie préventif. L’objectif est de perturber les forces allemandes en cours de concentration pour l’attaque, mais le résultat s'avère inférieur aux attentes. Le bombardement retarde légèrement les formations allemandes sans parvenir à bouleverser leur planning ni à infliger des pertes significatives. Les Allemands déclenchent leur propre préparation d’artillerie vers 5 h, qui dure 80 minutes sur la face nord et 50 minutes sur la face sud. À l’issue de ce barrage, les forces terrestres attaquent, soutenues par l’appui aérien rapproché fourni par la Luftwaffe[175],[172],[176],[177].

Au petit matin du , l'aviation soviétique lance un important raid contre les aérodromes allemands dans l’espoir de détruire la Luftwaffe au sol. Cette tentative échoue, au prix de pertes considérables[178],[172]. Le volet aérien du début de la bataille de Koursk est relativement mal compris par les historiens. L'échec de l'aviation soviétique ne peut pas s'expliquer uniquement par la couverture radar allemande puisque les stations Freya ne détectent que les appareils en provenance de Belgorod, soit seulement une partie de la force de frappe[179]. Les Soviétiques perdent 176 appareils le (principalement sur la face sud du saillant[180]), contre 26 pour la Luftwaffe[181],[178]. La Luftwaffe parvient à obtenir et à maintenir la supériorité aérienne au-dessus de la face sud jusqu’aux 10 ou , moment où l'aviation soviétique commence à prendre l’ascendant[178],[182], tandis que le contrôle de l’espace aérien au-dessus de la face nord reste équilibrée jusqu’au , date à laquelle l'Armée rouge prend définitivement l'ascendant sur ce front[183],[184].

Opération Citadelle

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Secteur Nord

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Photo noir et blanc de militaires allongés au sol près de leur motos, avec en fond un grand nombre de camions militaires roulant sur une plaine.
Des troupes motorisées et motocyclistes allemandes se préparent à se mettre en mouvement près de Prokhorovka, avant le début de l'opération Citadelle.

L’attaque principale de la 9e armée de Walter Model est portée par le 47e Panzerkorps, appuyé par les 45 chars Tigre du Schwere Panzer-Abteilung 505 qui lui est rattaché[185]. La couverture du flanc gauche est assurée par le 41e Panzerkorps, renforcé par un régiment de 83 chasseurs de chars Ferdinand. Sur le flanc droit, le 47e Panzerkorps est couvert quatre divisions d’infanterie ne disposant que de neuf chars et de 31 canons d’assaut[185]. À la gauche du 41e corps se trouve le 23e corps d'armée, constitué de la 78e division d’infanterie d’assaut et de deux divisions d’infanterie régulières. Bien que ce corps ne dispose d’aucun char, il aligne toutefois 62 canons d’assaut[185]. Face à la 9e armée se déploie le Front central soviétique de Constantin Rokossovski, et ses solides fortifications[114].

Avancée allemande initiale

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Photo noir et blanc de trois chars sur une plaine.
Chars allemands au début de l'opération Citadelle.

Model choisit de lancer ses premières attaques en utilisant principalement ses divisions d’infanterie renforcées par des canons d’assaut et des chars lourds, appuyées par l’artillerie et la Luftwaffe. Ce choix vise à préserver ses divisions de panzers afin de les employer pour l’exploitation une fois les défenses de l’Armée rouge enfoncées par l'infanterie. Une fois la percée obtenue, les forces blindées de la 9e armée doivent s’engouffrer dans la brèche et progresser en direction de Koursk[185]. Jan Möschen, major au sein de l’état-major de Model, indique plus tard que ce dernier table sur une percée dès le deuxième jour de l'opération Citadelle, tandis que ses commandants de corps sont nettement moins optimistes, estimant pour leur part qu'une percée est improbable[186]. Ils sont en outre conscients que même si les défenses soviétiques sont enfoncées, le moindre retard dans l'acheminement des blindés vers le front pourra donner à l'Armée rouge le temps de réorganiser sa défense[186].

Photo noir et blanc d'une femme en uniforme, en train de faire un pansement à un homme blessé à la tête, tandis qu'en arrière plan, trois hommes tirent au mortier.
Anna Sokolova, instructrice sanitaire d’une batterie antichar de la 15e division de fusiliers, panse un soldat blessé tandis qu’un mortier de 82 mm tire en arrière-plan.

À la suite d’un bombardement préparatoire auquel l'Armée rouge répond par des tirs de contrebatterie, la 9e armée lance son attaque à 5 h 30 le [187], avec neuf divisions d’infanterie et une division blindée, dotées de canons d’assaut, de chars lourds et de chasseurs de chars[186]. Deux compagnies de chars Tigre sont rattachées à la 6e division d’infanterie et constituent le plus important groupement engagé ce jour-là[188]. Elles affrontent les 13e et 70e armées du Front central[186].

Photo noir et blanc de plusieurs soldats affairés autour d'une sorte de char miniature, tandis que d'autres se tiennent contre un mur et observent.
Engin filoguidé Goliath, photographié ici lors du soulèvement de Varsovie. Ce genre d'engin peut emporter entre 60 et 100 kg d'explosif, pour démolir une fortification, un char, ou servir à déminer un terrain, comme à Koursk.

Les 20e Panzerdivision et 6e division d’infanterie du 47e Panzerkorps ouvrent la marche. Derrière elles, deux autres divisions blindées suivent, prêtes à exploiter toute percée[188], mais le terrain fortement miné et les positions fortifiées de la 15e division de fusiliers ralentissent la progression. À 8 h, des couloirs sûrs sont dégagés à travers les champs de mines[188]. Dans la matinée, des informations obtenues lors de l’interrogatoire de prisonniers identifient une faiblesse à la jonction des 15e et 81e divisions de fusiliers, provoquée par le bombardement préparatoire allemand[189]. Les chars Tigre sont redéployés et attaquent en direction de ce secteur. Les formations de l’Armée rouge contre-attaquent avec une force d’environ 90 T-34. Au cours des trois heures de combat qui s’ensuivent, les unités blindées soviétiques perdent 42 chars, tandis que les Allemands perdent deux Tigre et en comptent cinq autres immobilisés par des dommages aux chenilles[189]. Bien que la contre-attaque soviétique soit repoussée et que la première ceinture défensive soit percée par les troupes de Walter Model, les combats retardent suffisamment les Allemands pour permettre au reste du 29e corps de fusiliers de la 13e armée  initialement déployé derrière la première ceinture  d’avancer et de colmater la brèche[190]. Les champs de mines soviétiques sont en plus couverts par des tirs d’artillerie, ce qui rend les tentatives allemandes de déminage très difficiles et coûteuses en vie humaines. Les véhicules télécommandés Goliath et Borgward IV prévus justement pour ce type de mission, ne rencontrent qu'un succès limité. Sur les 45 Ferdinand du Schwere Panzerjäger-Abteilung 653 (Détachement de chasseurs de chars lourds 653) engagés, seuls 12 sont encore opérationnels à 17 h, les autres étant immobilisés par des mines. La plupart sont ensuite réparés et remis en service, mais la récupération de ces engins très lourds s’avère difficile[191].

Le premier jour de l'opération Citadelle, le 47e Panzerkorps pénètre d'un peu plus de km dans les défenses de l’Armée rouge avant de s’arrêter[192], tandis que le 41e Panzerkorps atteint la petite ville lourdement fortifiée de Ponyri, située dans la deuxième ceinture défensive et contrôlant les routes et les voies ferrées menant au sud vers Koursk[193]. Cette avancée dans les lignes soviétiques se fait à un prix très lourd : 1 287 tués ou disparus et 5 921 blessés dans les rangs de la Wehrmacht[194],[192].

Contre-attaque de l'Armée rouge

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Photo noir et blanc de trois musiciens (accordéoniste, trompettiste et violoniste), en train de jouer dans une tranchée, devant deux hommes près desquels se trouvent une mitrailleuse lourde.
Des artistes officiels de l'Armée rouge se produisent devant le sergent Vassili Morozov et le soldat Marmalid Kasimov, deux mitrailleurs de la 8e divison de fusiliers, en récompense de leur acte de bravoure du , lorsque les deux hommes ont repoussé une attaque allemande. La photo est prise deux jours plus tard, pendant une accalmie dans les combats.

Rokossovski ordonne aux 17e et 18e corps de fusiliers de la Garde, appuyés par la 2e armée de chars et le 19e corps de chars, avec le soutien de l’aviation d’attaque au sol, de lancer une contre-attaque contre la 9e armée allemande le . Toutefois, en raison d’une mauvaise coordination, seul le 16e corps de chars de la 2e armée engage effectivement la contre-attaque à l’aube du , après le barrage d’artillerie préparatoire. Alignant environ 200 chars, il attaque le 47e Panzerkorps et se heurte seul aux Tigre du 505e bataillon de chars lourds, qui détruisent 69 blindés soviétiques et contraignent les autres à se replier vers les positions du 17e corps de fusiliers de la Garde de la 13e armée[195].

Plus tard dans la matinée, le 47e Panzerkorps riposte par une attaque contre le 17e corps de fusiliers de la Garde, retranché autour du village d’Olkhovatka dans la deuxième ceinture défensive. L’assaut débute par un bombardement d’artillerie et est mené par les 24 Tigre encore opérationnels du 505e bataillon[196], mais il échoue à rompre la défense de l’Armée rouge, et les forces allemandes se retirent avec de lourdes pertes[197],[198]. Olkhovatka est en effet située sur une hauteur offrant une vue dégagée sur une grande partie de la ligne de front[199].

À 18 h 30, le 19e corps de chars rejoint le 17e corps de fusiliers de la Garde, renforçant encore la résistance soviétique[197],[198]. Rokossovski décide également d’enterrer la majorité de ses chars restants afin de moins les exposer[200]. Ponyri, défendue par la 307e division de fusiliers du 29e corps, fait elle aussi l’objet d’attaques concertées le de la part des 292e et 86e divisions d’infanterie, de la 78e division d’infanterie d’assaut et de la 9e Panzerdivision allemandes, mais ces forces ne parviennent pas à déloger les défenseurs[201].

Ponyri et Olkhovatka

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Photo noir et blanc d'un char lourd vu de derrière. Au loin, la terre soulevée par l'explosion de l'obus qu'il vient de tirer est visible.
Panzerkampfwagen VI Tigre au combat dans le secteur de Koursk.

Au cours des trois jours suivants, du au , Walter Model concentre l’effort de sa 9e armée sur Ponyri et Olkhovatka, que les deux camps considèrent comme des positions vitales[202],[203]. En réponse, Rokossovski redéploie des forces depuis d’autres secteurs du front vers ces zones[204],[205],[206].

Les forces allemandes attaquent une nouvelle fois Ponyri le et s’emparent de la moitié de la localité après de violents combats urbains. Une contre-attaque soviétique le lendemain matin contraint les Allemands à se retirer, et une série de contre-attaques s’ensuit de part et d’autre, le contrôle de la localité changeant plusieurs fois de mains au cours des jours suivants. Le , les forces allemandes contrôlent la majeure partie de la localité, mais les contre-attaques soviétiques se poursuivent[207].

Les combats acharnés pour Ponyri et la colline 253,5 (nommée ainsi en raison de son altitude) prennent la forme de batailles d’attrition, avec de lourdes pertes des deux côtés. Leur intensité conduit les combattants à les qualifier de « mini-Stalingrad »[193] et l’historien militaire Paul Carell les décrit comme le « Stalingrad du saillant de Koursk »[208]. Le journal de guerre de la 9e armée décrit ces combats comme un « nouveau type de bataille mobile d’attrition »[209].

Les attaques allemandes renouvelées contre Olkhovatka et le village voisin de Teploïe échouent là-aussi à percer les défenses soviétiques, y compris lors d'une attaque concertée particulièrement puissante le , menée par environ 300 chars et canons d’assaut des 2e, 4e et 20e Panzerdivision, appuyés par l’ensemble de l’aviation disponibles de la Luftwaffe sur le front nord[210],[211].

Un canon anti-char de 45 mm M1937 (53-K) en position près de Ponyri.

Le , une réunion entre Kluge, Model, Joachim Lemelsen et Josef Harpe se tient au quartier général du 47e Panzerkorps[193]. Il apparaît clairement aux commandants allemands que la 9e armée ne dispose pas de la puissance nécessaire pour obtenir une percée, constat partagé par leurs homologues soviétiques. Mais Kluge souhaite malgré tout maintenir la pression sur les forces soviétiques afin de soutenir de cette façon l’offensive menée au sud du saillant[212].

Alors que l’opération sur le flanc nord du saillant débute avec un front d’attaque large de 45 km, celui-ci est réduit à une largeur de 40 km dès le . Le lendemain, la largeur du front d’attaque tombe à 15 km, et les et , seules des avancées sur une largeur de km sont réalisées. Le , les forces soviétiques arrêtent complètement l’avance allemande sur tout le secteur nord[213].

Le , les forces soviétiques lancent l’opération Koutouzov, leur contre-offensive contre le saillant d’Orel, plus au nord, qui menace le flanc et l’arrière de la 9e armée de Model. La 12e Panzerdivision, jusque-là maintenue en réserve et destinée à être engagée sur le flanc nord du saillant de Koursk[214], ainsi que les 36e division d’infanterie motorisée, 18e et 20e Panzerdivision, sont redéployées afin de faire face aux assauts soviétiques, entérinant ainsi l'échec de l'opération Citadelle au nord de Koursk[215].

Secteur Sud

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Carte montrant la disposition de diverses grandes unités allemandes (en bleu) et soviétique (en rouge), le long d'une ligne de front.
Carte de la disposition des grandes unités lors de l'opération Citadelle.

Vers 4 h, le , l’attaque allemande au sud du saillant de Koursk commence par un bombardement préparatoire de très grande ampleur: en cinquante minutes, les troupes du Groupe d'armées Sud tirent plus d'obus que l'intégralité de l'armée allemande durant les campagnes de Pologne et de France réunies[216]. L’effort principal des forces d'Erich von Manstein est mené par la 4e Panzerarmee d'Hermann Hoth, organisée en plusieurs fers de lances pour concentrer la puissance de ses blindés[217]. Les troupes d'Hoth comptent parmi les meilleures de l’armée allemande, et sont considérées par l'historien Robin Cross comme « la force de frappe la plus puissante jamais réunie sous un seul commandant allemand »[218]. La 4e Panzerarmee trouve en face d'elle la 6e armée de la Garde, composée des 22e et 23e corps de fusiliers de la Garde[162], là aussi positionnée dans trois ceintures défensives[114] . Malgré un renseignement de grande qualité, l’état-major du Front de Voronej ne parvient toutefois pas à identifier avec précision le secteur où les Allemands concentreront l'effort principal de leur offensive dans cette région[114].

Avancée allemande initiale

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48e Panzerkorps
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Batterie de canons automoteurs Wespe.

La Panzergrenadier-Division Großdeutschland de Walter Hörnlein constitue la division la plus puissante de la 4e Panzerarmee. Elle est appuyée sur ses flancs par les 3e et 11e Panzerdivision[162]. Les Panzer III et Panzer IV de la Großdeutschland sont renforcés par une compagnie de 15 chars Tigre, employés pour mener l’attaque. À l’aube du , la Großdeutschland, soutenue par un barrage d'artillerie lourde, progresse sur un front large de 3 kilomètres contre la 67e division de fusiliers de la Garde du 22e corps de fusiliers de la Garde[162].

L’aile gauche allemande composée d'un régiment blindé se retrouve cependant bloquée dans un champ de mines et 36 chars Panther sont immobilisés, sous un intense tir d'armes antichar et d'artillerie qui cause de nombreuses pertes. Des unités du génie sont engagées pour ouvrir des passages dans le champ de mines, mais subissent elles aussi de lourdes pertes dans le processus. La combinaison de la résistance acharnée des Soviétiques, des champs de mines, de la boue épaisse et des pannes mécaniques pèse lourdement sur l'avancée de Hörnlein. Une fois les passages dégagés, la Großdeutschland reprend sa progression en direction de Gertsovka. Lors des combats qui s’ensuivent, de lourdes pertes sont enregistrées une nouvelle fois, dont celle d'un commandant de régiment, le colonel Kassnitz. En raison des combats et du terrain marécageux au sud du village, l'avancée s’enlise une nouvelle fois[219],[163].

Le régiment de panzergrenadiers de la Großdeutschland, avançant sur l’aile droite, progresse jusqu’au village de Boutovo[220]. Les chars sont déployés en formation de Panzerkeil (« flèche ») afin de réduire les effets de la défense soviétique en Pakfront (une tactique consistant à grouper les canons antichars et à centraliser leur commandement pour pouvoir mieux les coordonner). Les Tigre ouvrent la marche tandis que les Panzer III, Panzer IV et les canons d’assaut se déploient sur les flancs et à l’arrière. Ils sont suivis par l’infanterie et les unités du génie[220]. Les tentatives de l'aviation soviétique pour entraver l’avancée sont repoussées par la Luftwaffe[221].

La 3e Panzerdivision, avançant sur le flanc gauche de la Großdeutschland, progresse rapidement et, à la fin de la journée, atteint Mikhaïlovka[222]. La 167e division d’infanterie, sur le flanc droit de la 11e Panzerdivision, progresse également de manière satisfaisante pour le commandement allemand. À la fin du , une brèche est ainsi créée dans la première ceinture des défenses soviétiques[223].

2e SS Panzerkorps
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Photo noir et blanc d'une colonne de militaires marchant dans un profond fossé
Des soldats allemands progressent le long d’un fossé antichar, tandis que des sapeurs de combat préparent des charges pour le franchir.

Plus à l’est, durant la nuit du 4 au , des sapeurs SS s’infiltrent dans le no man’s land et ouvrent des couloirs à travers les champs de mines soviétiques[224]. À l’aube, les trois divisions du 2e SS-Panzerkorps (la 1re division SS Leibstandarte Adolf Hitler, la 2e division de panzergrenadiers SS Das Reich et la 3e division de panzergrenadiers SS Totenkopf, attaquent la 52e division de fusiliers de la Garde de la 6e armée de la Garde. L’assaut principal est mené par une pointe de 42 chars Tigre, précédant un total de 494 chars et canons d’assaut, avançant sur un front de 12 kilomètres[224].

La Totenkopf, la division la plus puissante, couvre le flanc droit du 2e corps SS. La Leibstandarte Adolf Hitler avance sur le flanc gauche vers Bykovka, tandis que la Das Reich progresse entre les deux autres formations, au centre[224]. Suivant de près les chars, l’infanterie et les sapeurs de combat avancent pour détruire les obstacles et nettoyer les tranchées soviétiques. L’attaque bénéficie d’un solide appui de la Luftwaffe, qui contribue largement à la réduction des points d’appui et des positions d’artillerie soviétiques[225].

À 9 h, le 2e SS-Panzerkorps a percé la première ceinture défensive soviétique sur l’ensemble de son front[226]. En sondant les positions situées entre la première et la deuxième ceinture, vers 13 h, l’avant-garde de la division est prise sous le feu de deux chars T-34, qui sont rapidement détruits. Une quarantaine d’autres chars sont alors engagés par la 1re armée de chars de la Garde dans un combat qui dure quatre heures. Les Soviétiques finissent par battre en retraite, mais cet engagement donne toutefois suffisamment de temps aux unités du 23e corps de fusiliers de la Garde, retranchées dans la deuxième ceinture, pour se préparer et être renforcées par des canons antichars supplémentaires[227]. En début de soirée, la 2e division Das Reich atteint les champs de mines à la périphérie de la deuxième ceinture[228].

La 1re division Leibstandarte Adolf Hitler prend le contrôle total de Bykovka à 16 h 10, puis progresse vers la deuxième ceinture défensive à Yakovlevo, où ses tentatives de percée sont repoussées. À la fin de la journée, la 1re division SS déplore 97 tués, 522 blessés et 17 disparus, et a perdu environ 30 chars[228]. Conjointement avec la 2e division SS, elle s'est néanmoins enfoncée profondément dans les défenses de la 6e armée de la Garde.

La 3e division Totenkopf progresse plus lentement. Elle parvient à isoler le 155e régiment de la Garde, de la 52e division de fusiliers de la Garde, du reste de la division, mais ses tentatives visant à repousser ce régiment vers l’est, sur le flanc de la 375e division de fusiliers, échouent lorsque le régiment est renforcé par la 96e brigade de chars. Paul Hausser, commandant du 2e SS-Panzerkorps, demande un appui au 3e Panzerkorps sur sa droite, mais celui-ci ne dispose d’aucune unité disponible. À la fin de la journée, la division Totenkopf n’a réalisé que des avancées très limitées, en partie en raison d’un affluent du Donets. Cette absence de progrès fragilise l’avance des deux autres divisions et expose le flanc droit du corps SS aux forces soviétiques[229]. Les températures, dépassant les 30 degrés, ainsi que les orages fréquents, rendent en outre les conditions de combat particulièrement difficiles[171].

La 6e armée de la Garde, qui affronte l’attaque du 48e corps et du 2e corps SS, est renforcée par des chars provenant de la 1re armée de chars, du 2e corps de chars de la Garde et du 5e corps de chars de la Garde. Les 51e et 90e divisions de fusiliers de la Garde sont avancées dans la région de Pokrovka (et non Prokhorovka, située à 40 kilomètres au nord-est), sur l’axe de progression de la 1re division SS[223]. La 93e division de fusiliers de la Garde est déployée plus en arrière, le long de la route reliant Pokrovka à Prokhorovka[186].

Détachement d'armée Kempf
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Photo noir et blanc de deux soldats couchés près d'un grand fusils, vus de dos. Devant eux, une explosion soulève une gerbe de terre.
Équipe soviétique de fusil antichar PTRD pendant les combats, photographiés par Natalia Bode.

Face au détachement d’armée « Kempf », composé du 3e Panzerkorps et du corps « Raus » (du nom de son commandant, Erhard Raus), se trouve la 7e armée de la Garde, retranchée sur les hauteurs de la rive orientale du Donets. Les deux corps allemands ont pour mission de franchir le fleuve, de percer les défenses de la 7e armée de la Garde et de couvrir le flanc droit de la 4e Panzerarmee. Le 503e bataillon de chars lourds, doté de 45 chars Tigre, est également rattaché au 3e Panzerkorps, à raison d'une compagnie de 15 Tigre affectée à chacune des trois divisions blindées du corps[230]. Dans la tête de pont de Mikhaïlovka, juste au sud de Belgorod, huit bataillons d’infanterie de la 6e Panzerdivision franchissent le fleuve sous un intense bombardement soviétique. Une partie d’une compagnie de Tigre du 503e bataillon de chars lourds parvient également à traverser avant que le pont ne soit détruit[230]. Le reste de la Panzerdivision ne peut franchir le fleuve plus au sud du pont détruit en raison d’un embouteillage au point de passage et demeure sur la rive occidentale tout au long de la journée. Les unités ayant traversé attaquent Stary Gorod, mais ne parviennent pas à obtenir des résultats en raison de champs de mines difficiles à dégager et d’une forte résistance des Soviétiques[231]. Au sud de la 6e Panzerdivision, la 19e franchit le fleuve mais est retardée par les mines, progressant de seulement km à la fin de la journée. De plus, la Luftwaffe bombarde les points de passages des divisions allemandes par erreur[232].

Photo noir et blanc d'un char dont l'équipage se tient à l'extérieur, en train de boire et se reposer.
Un char Tigre I lors d’une accalmie des combats.

Plus au sud, l’infanterie et les chars de la 7e Panzerdivision réussissent à franchir le fleuve. Un pont doit cependant être construit spécifiquement pour les Tigre en raison de leur poids, ce qui retarde les opérations. Malgré un départ difficile, la 7e division finit par percer la première ceinture de défense soviétique et progresse entre Razumnoïe et Krutoï Log (ru), avançant de 10 km, soit la progression la plus importante réalisée par le détachement « Kempf » au cours de la journée[233]. Opérant au sud de la 7e division blindée, les 106e et 320e divisions d’infanterie du corps « Raus » attaquent sur un front de 32 km sans soutien blindé. L’avance débute favorablement, avec le franchissement du Donets et une progression rapide contre la 72e division de fusiliers de la Garde[234]. Le corps « Raus » s’empare du village de Maslova Pristan, pénétrant ainsi la première ligne de défense de l’Armée rouge. Une contre-attaque soviétique appuyée par environ 40 chars est repoussée avec l’aide de l’artillerie et de batteries antiaériennes. Après avoir subi 2000 pertes depuis le matin et faisant toujours face à une résistance soviétique importante, le corps s’enterre pour la nuit[235]. La progression relativement lente du détachement « Kempf » laisse à l’Armée rouge le temps de préparer sa deuxième ceinture de défense afin de faire face à la poursuite de l’attaque allemande le . La 7e armée de la Garde, est ainsi renforcée par deux divisions de fusiliers issues de la réserve stratégique. La 15e division de fusiliers de la Garde est notamment avancée vers la deuxième ceinture de défense, sur l’axe de progression du 3e Panzerkorps[235].

Poursuite de l'offensive

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Photo noir et blanc d'un canon anti-aérien orienté vers le ciel et camouflé avec des branchages
Un canon anti-aérien Flakvierling 38 de la Luftwaffe près de Koursk, le .

Pour la soirée du , le Front de Voronej a déjà engagé l’ensemble de ses réserves, à l’exception de trois divisions de fusiliers relevant de la 69e armée, sans parvenir à contenir la 4e Panzerarmee[235],[236]. Le 48e Panzerkorps, sur l’axe d’Oboïan, où la troisième ceinture défensive est en grande partie inoccupée, n'est plus séparé de la percée décisive qu'il recherche que par la deuxième ceinture[237],[238]. Cette situation contraint la Stavka à engager des réserves stratégiques afin de renforcer le Front de Voronej : les 5e armée de la Garde et 5e armée de chars de la Garde, toutes deux issues du Front de la Steppe, ainsi que le 2e corps de chars provenant du Front du Sud-Ouest[239],[238]. Ivan Koniev s’oppose à cet engagement prématuré et fragmenté de la réserve stratégique, mais un appel de Staline en personne fait taire ses objections[240]. En outre, le , Joukov ordonne à la 17e armée aérienne  la flotte aérienne appuyant le Front du Sud-Ouest  de soutenir la 2e armée aérienne dans l’appui au Front de Voronej[238],[241],[242].

Le , la 5e armée de chars de la Garde commence sa progression vers Prokhorovka. Son commandant, le lieutenant-général Pavel Rotmistrov, décrit les conditions difficiles du champ de bataille en ces termes[200] :

Vers midi, la poussière s’élève en épais nuages et se dépose en une couche compacte sur les buissons bordant les routes, les champs de céréales, les chars et les camions. Le disque rouge sombre du soleil est à peine visible. Chars, canons automoteurs, tracteurs d’artillerie, transports de troupes blindés et camions avancent en un flot ininterrompu. Les visages des soldats sont noircis par la poussière et les gaz d’échappement. La chaleur est insupportable. Les soldats sont torturés par la soif et leurs chemises, trempées de sueur, collent à leur corps.

Le 10e corps de chars, alors encore subordonné à la 5e armée de la Garde, est envoyé en avant du reste de l’armée et arrive à Prokhorovka dans la nuit du , tandis que le 2e corps de chars atteint Korocha, à 40 km au sud-est de Prokhorovka, dans la matinée du 8[243]. Nikolaï Vatoutine ordonne alors une contre-attaque puissante menée par les 5e et 2e corps de chars de la Garde, ainsi que les 2e et 10e corps de chars, alignant au total environ 593 chars et canons automoteurs, appuyés par la majeure partie de la puissance aérienne disponible du Front. L’objectif est de vaincre le 2e SS-Panzerkorps et d’exposer ainsi le flanc droit du 48e Panzerkorps. Simultanément, le 6e corps de chars doit attaquer le 48e Panzerkorps afin de l’empêcher de percer vers l’arrière soviétique. Bien que conçue comme une action coordonnée, cette contre-attaque va se transformer en une série d’attaques fragmentées à cause de la mauvaise coordination des troupes de l'Armée rouge[244].

L’attaque du 10e corps de chars débute à l’aube du , mais elle est rapidement stoppée avec de lourdes pertes par les canons antichars des 2e et 3e divisions SS[244]. Plus tard dans la matinée, l’attaque du 5e corps de chars de la Garde est repoussée à son tour par la 3e division SS[244]. Le 2e corps de chars entre en action dans l’après-midi et est également repoussé[244]. Le 2e corps de chars de la Garde, dissimulé par la forêt autour du village de Gostichtchevo, à 16 km au nord de Belgorod avance vers la 167e division d’infanterie mais est toutefois détecté par une reconnaissance aérienne allemande juste avant de passer à l'attaque, puis est décimé par des avions d’attaque au sol armés de canons antichars MK 103 : au moins 50 chars sont détruits[245],[246]. Il s’agit de la première fois dans l’histoire militaire qu’une formation blindée est vaincue par la seule puissance aérienne[247],[248]. Malgré les très lourdes pertes subies et l'absence de résultat probant, la contre-attaque soviétique parvient néanmoins à bloquer l’avancée du 2e SS-Panzerkorps durant toute la journée[249],[248].

Photo noir et blanc d'un ciel orageux au-dessus d'une grande plaine dans laquelle on devine des véhicules militaires
Des nuages d’orage au-dessus du champ de bataille de Koursk. Les pluies intenses et intermittentes rendent le champ de bataille boueux et marécageux, ce qui complique les déplacements.

Au soir du , le 2e SS-Panzerkorps a progressé d’environ 29 km depuis le début de l’opération Citadelle et a percé les première et deuxième ceintures défensives de l'Armée rouge[250],[251],[252],[253]. Toutefois, la progression lente du 48e Panzerkorps contraint Hoth à redéployer des éléments SS vers l’ouest afin d’aider le 48e à reprendre son élan[254],[255]. Le , l’effort principal du corps SS est de nouveau orienté vers sa propre progression. La direction de l’avancée se déplace alors de l’axe d’Oboïan vers le nord-est, en direction de Prokhorovka[256],[257]. À ce stade, les Soviétiques ont déjà redéployé des formations de réserve sur cet axe, notamment le 2e corps de chars, renforcé par la 9e division aéroportée de la Garde et le 301e régiment d’artillerie antichar, tous deux issus du 33e corps de fusiliers de la Garde[258],[259].

Bataille de Prokhorovka

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Carte en couleur montrant les lignes de fronts allemandes en bleu et soviétique en rouge
Carte de la bataille de Prokhorovka.

Tout au long des 10 et , le 2e SS-Panzerkorps poursuit son attaque en direction de Prokhorovka et parvient à environ km de l’agglomération, dans la nuit du 11 juillet[260]. Cette même nuit, Hausser donne l’ordre de poursuivre l’attaque le lendemain. Le plan prévoit que la 3e division SS Totenkopf progresse vers le nord-est jusqu’à atteindre la route Karteshevka–Prokhorovka. Une fois cet objectif atteint, elle doit pivoter vers le sud-est afin d’attaquer les positions soviétiques à Prokhorovka par les flancs et l’arrière. Les 1re et 2e divisions SS doivent attendre que l’attaque de la division Totenkopf ait déstabilisé les positions soviétiques à Prokhorovka ; une fois l’opération engagée, la 1re division SS doit attaquer les principales défenses soviétiques retranchées sur les pentes au sud-ouest de Prokhorovka. Sur le flanc droit de celle-ci, la 2e division SS doit progresser vers l’est, puis obliquer vers le sud en s’éloignant de Prokhorovka afin de refouler les lignes soviétiques et d’ouvrir une brèche[261].

Dans la nuit du , Pavel Rotmistrov déplace sa 5e armée de chars de la Garde dans une zone de rassemblement située juste à l’arrière de Prokhorovka, en préparation d’une attaque massive le lendemain[262],[263]. À 5 h 45, le quartier général de la Leibstandarte commence à recevoir des rapports signalant le bruit des moteurs de chars soviétiques se mettant en place dans leurs zones de rassemblement[264]. L’artillerie soviétique et des régiments de lance-roquettes Katioucha sont également redéployés en vue de la contre-attaque[265].

Vers 8 h 0, un barrage d’artillerie soviétique débute. À 8 h 30, Rotmistrov transmet par radio à ses équipages de chars le message : « Acier, acier, acier ! », donnant ainsi l’ordre de lancer l’attaque[266],[267],[268]. Depuis les pentes occidentales devant Prokhorovka, surgit la masse de cinq brigades de chars issues des 18e et 29e corps de la 5e armée de chars de la Garde[269], avançant vers les lignes allemandes en transportant des fantassins de la 9e division aéroportée de la Garde, juchés sur les chars[255].

Au nord et à l’est, la 3e division SS Totenkopf est engagée par le 33e corps de fusiliers de la Garde. Avant de pouvoir déborder les défenses soviétiques autour de Prokhorovka, l’unité doit d’abord repousser plusieurs attaques. Lorsqu'elle passe finalement à l'offensive en fin d'après-midi, elle est décimée pendant sa progression à travers des champs de mines face à des canons antichars soviétiques bien dissimulés. La division atteint l'objectif fixé par Paul Hausser mais sa position reste précaire puisque son avancée lui a coûté la moitié de ses véhicules disponibles. Au sud, les 18e et 29e corps de chars soviétiques sont repoussés par la 1re division SS Leibstandarte Adolf Hitler. La 2e division SS Das Reich repousse également les attaques du 2e corps de chars et du 2e corps de chars de la Garde[270]. La supériorité aérienne locale de la Luftwaffe au-dessus du champ de bataille de Prokhorovka contribue aussi aux échecs soviétiques: la flotte aérienne de l'Armée rouge est plus concentrée sur les flancs du 2e SS-Panzerkorps que sur la bataille en cours[271]. À la fin de la journée, les forces soviétiques se replient sur leurs positions de départ[255].

Ni la 5e armée de chars de la Garde ni le 2e SS-Panzerkorps n’atteignent pleinement leurs objectifs ce . Bien que la contre-attaque soviétique échoue au prix de lourdes pertes et contraigne l'Armée rouge à reprendre une posture défensive, elle suffit toutefois à empêcher une percée allemande dans le secteur[255].

Fin de l'opération Citadelle

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Photos noir et blanc de cinq militaires (quatre assis, un debout), sales et visiblement exténués.
Des soldats allemands font une pause pendant les combats.

Dans la soirée du , Hitler convoque Kluge et Manstein à son quartier général de Görlitz, en Prusse-Orientale (aujourd'hui Gierłoż, en Pologne)[272]. Deux jours plus tôt, les Alliés occidentaux envahissaient la Sicile. La menace de nouveaux débarquements alliés en Italie ou dans le sud de la France amène Hitler à considérer qu'il est essentiel de mettre fin à l'offensive et de transférer des forces de Koursk vers l'Italie. Kluge accueille favorablement cette nouvelle, car il sait que les Soviétiques sont sur le point de déclencher une contre-offensive massive contre son secteur, mais Manstein se montre beaucoup moins favorable. Les forces de ce dernier viennent de passer une semaine à combattre à travers un dédale d'ouvrages défensifs et il estime qu'elles sont sur le point de déboucher sur un terrain plus ouvert et favorable, ce qui leur permettrait d'engager et de détruire les réserves blindées soviétiques dans une bataille de mouvement. Manstein déclare donc : « En aucun cas nous ne devons laisser échapper l'ennemi tant que les réserves mobiles qu'il a engagées n'ont pas été complètement battues »[273]. Hitler accepte provisoirement de permettre la poursuite de l'offensive dans la partie sud du saillant de Koursk, mais le lendemain il ordonne à la réserve de Manstein  le 24e Panzerkorps  de se déplacer vers le sud afin de soutenir la 1re Panzerarmee[274].

Carte montrant la ligne de front autour de Koursk, avec des zones rouges ou bleues pour montrer les territoires gagnés ou perdus par les belligérants.
Ligne de front (en noir) dans le secteur de Koursk au . L'avancée maximale des forces allemandes est visible en rouge, au nord comme au sud. Le territoire reconquis par l'Armée rouge lors de l'opération Koutouzov (lancée le ) est visible en bleu.

L'offensive se poursuit donc dans la partie méridionale avec le lancement de l'opération Roland le . Après seulement trois jours, le 2e SS-Panzerkorps reçoit l'ordre de mettre fin à ses opérations offensives et de commencer à se replier, marquant ainsi la fin de cette éphémère opération. Une division est ensuite transférée en Italie et les deux autres sont déplacées vers le sud pour faire face aux nouvelles offensives soviétiques, marquant ainsi la fin définitive de l'opération Citadelle[275]. Les services de renseignement allemands ont très fortement sous-estimé la puissance des réserves soviétiques et l'Armée rouge passe bientôt à l'offensive avec ces réserves insoupçonnées[274]. Dans ses mémoires d'après-guerre, Verlorene Siege (Victoires perdues), Manstein critique vivement la décision d'Hitler d'interrompre l'opération au plus fort de la bataille ; toutefois, la véracité des affirmations de Manstein selon lesquelles une victoire allemande était proche est sujette à débat, car Manstein sous-estime lui aussi l'ampleur des réserves soviétiques. Ces dernières serviront par exemple à remettre sur pied la 5e armée de chars de la Garde, durement éprouvée, mais qui lance l'opération Roumiantsev quelques semaines plus tard[276],[277].

Au cours de l'opération Citadelle, la Luftwaffe effectue 27 221 sorties d'appui et subit 193 pertes au combat (soit un taux de pertes de 0,709 % par sortie). Les unités soviétiques effectuent, du 5 au , 11 235 sorties et perdent 556 appareils au combat (soit 4,95 % par sortie)[23]. Les Allemands détruisent 2,88 avions soviétiques en moyenne pour chaque appareil allemand abattu. Malgré les performances des unités allemandes, la Wehrmacht manque désormais de réserves stratégiques dans les airs[278].

Offensive stratégique soviétique

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Contre-offensive soviétique, du au .

Secteur Nord: l'opération Koutouzov

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Dès , l'Armée rouge prévoit de mener de vastes contre-offensives après avoir arrêté l'opération Citadelle. Au nord du saillant de Koursk, les Soviétiques cherchent particulièrement à frapper le saillant d'Orel, centré sur la ville du même nom. Le but est de disloquer les forces allemandes dans la région pour les éliminer petit à petit ensuite, plutôt que de tenter un encerclement de grande envergure comme la Wehrmacht l'a tenté à Koursk[279]. Pour cela, les Fronts de l'Ouest et de Briansk alignent 720 000 hommes, 16000 canons et 3260 chars face aux 120 000 hommes, 940 canons et 550 chars de la 2e Panzerarmee du général Erich-Heinrich Clößner[280]. La Stavka prévoie que le déséquilibre des forces en présence va contraindre les Allemands à soutenir la 2e Panzerarmee avec des éléments de la 9e armée, plus au sud. Cela permettra donc au Front Central de Constantin Rokossovski de passer à son tour à l'offensive dans ce secteur[281]. Les premières attaques soviétiques sont menées le , pour des missions de reconnaissance principalement. L'opération est baptisée « opération Koutouzov », d'après le maréchal Mikhaïl Koutouzov, le vainqueur de la bataille de la Moskova en 1812.

Photo noir et blanc d'une femme en tenue paysanne, qui pointe du doigt une direction dans laquelle regardent plusieurs militaires en tenue de camouflage, vus de dos
La paysanne Natalia Nikolaïevna Polyakova indique au lieutenant de la Garde Grigori Alexandrovitch Borodine, la direction dans laquelle s'est engagée une unité allemande, au nord d'Orel. Photographie prise par Mark Stepanovitch Redkine, photographe de Krasnaïa Zvezda.

Un violent bombardement d'artillerie marque le lancement de l'offensive le lendemain, et les armées du Front de Briansk et du Front de l'Ouest attaquent le long des flancs nord et nord-est de la 2e Panzerarmee. L'assaut du front de l'Ouest est mené par la 11e armée de la Garde, sous le commandement du lieutenant-général Hovhannes Bagramian, avec l'appui des 1er et 5e corps de chars. Les Soviétiques attaquent avec une écrasante supériorité numérique: sur un secteur d'attaque de 16 km près d'Oulianovo, six divisions de fusiliers soviétiques font face à seulement deux régiments d'infanterie allemands. Avec une profondeur de 5 à km, les lignes défensives allemandes sont plus profondes que ne l'avaient prévu les Soviétiques, mais sont tout de même percées au prix de lourdes pertes[282]. La percée près d'Oulianovo est la plus inquiétante pour les Allemands[283]. La 5e Panzerdivision tente hâtivement de colmater la brèche, mais se heurte aux blindés soviétiques et est repoussée avec de très lourdes pertes[282]. Pour profiter de ce succès, Bagramian fait attaquer le 1er corps de chars et la 1re division de fusiliers de la Garde, qui aident à ouvrir une brèche de 20 km dans les lignes allemandes[284]. Le groupe d'armées Centre place Walter Model à la tête de l'armée en danger, ce qui fait de lui le commandant de toutes les unités de la région d'Orel (puisqu'il commandait déjà la 9e armée)[282]. Dans la foulée, Model fait transférer plusieurs divisions vers Orel. Alors que l'Armée rouge continue à concentrer ses efforts vers Novossil (selon son plan d'origine), Hitler ordonne à la Luftwaffe, le , de faire tout son possible pour stopper la percée d'Oulianovo, que Model n'arrive pas à contenir par manque de réserve[285].

Le , le Front Central passe à son tour à l'offensive contre la 9e armée, injectant 675 300 hommes, 12000 canons, 1500 chars et 700 avions supplémentaires dans l'effort soviétique (et ce malgré les pertes subies en arrêtant l'opération Citadelle)[286]. Rokossovski n'exploite pas la faiblesse des 65e et 70e armées allemandes, mais préfère attaquer frontalement le secteur des 47e et 41e Panzercorps au sud-est de Kromy. Ces troupes allemandes, bien renseignées, infligent de lourdes pertes aux attaquants[286]. Dans le secteur de Ponyri aussi, les combats sont particulièrement violents. A la fin de la journée, les Soviétiques ont réussi à percer le front en plusieurs endroits mais les brèches ont été colmatées. Les pertes dans les rangs allemands sont très lourdes, mais Model continue à retirer des unités à la 9e armée pour soutenir la 2e Panzerarmee au nord[287]. En conséquence et pour lui permettre de mieux se défendre, il ordonne à la 9e armée de se replier sur ses positions du , abandonnant ainsi ce qui avait été conquis pendant l'opération Citadelle[287].

Photo noir et blanc de deux chars dans une rue vide. Le chef de char du premier véhicule semble brandir une grande bannière rouge en signe de victoire.
Des chars T-34 dans une rue d'Orel lors de la libération de la ville, le .

Dans les semaines suivantes, Model continue à battre en retraite, tout en essayant d'empêcher les percées soviétiques: Hitler le laisse faire, n'accordant pas une grande importance à Orel et préférant utiliser les troupes du saillant pour renforcer d'autres secteurs du front[288]. Cette retraite est en partie facilitée par la dispersion des attaques soviétiques, qui n'exploitent pas certaines failles dans la disposition des troupes allemandes: alors qu'Oulianovo reste le point faible de la Wehrmacht dans la région, la Stavka continue à concentrer ses efforts sur d'autres parties du front[289].

Photo noir et blanc de maisons en bois ravagées par les flammes.
Village incendié par la Wehrmacht en .

Dans leur retraite, les troupes allemandes se livrent à une politique de la terre brûlée: seuls quelques bâtiments sont détruits à Orel, mais Karatchev (une ville au patrimoine architectural ancien) est anéantie au début du mois d'août. Le journal de marche de la 9e armée note ainsi: « Pendant qu’à l’avant le front soutient l’assaut de l’ennemi qui approche, à l’arrière les villages flambent, et tout ce qui ne peut être emporté est incendié et anéanti »[290]. Le , les dernières troupes allemandes se replient derrière la ligne Hagen, la ligne de défense prévue à la base du saillant d'Orel, et les offensives soviétiques prennent fin dans ce secteur[290].

L'opération Koutouzov est particulièrement meurtrière pour les deux camps en présence: les Allemands perdent au moins 86 454 hommes (14 215 tués, 11 300 disparus et 60 939 blessés[291]), tandis que les Soviétiques subissent près de 430000 pertes (112 529 tués et disparus et 317 361 blessés)[292]. Les pertes matérielles sont également très lourdes dans les rangs de l'Armée rouge, avec 2500 véhicules de tous types perdus au cours de la contre-offensive[26]. Les pertes allemandes dans ce domaine ne sont par contre pas connues[26].

Le soldat Aleksandr Ivanovitch Chirobokov de la 17e division d'artillerie antiaérienne de l'Armée rouge enlace ses sœurs lors de la libération de Karatchev. Leurs parents ont été fusillés par les Allemands pendant l'occupation de la ville.

Secteur Sud: l'opération Polkovodets Roumiantsev

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Carte en couleur montrant les gains et pertes de territoire des Allemands et des Soviétiques au fil du temps.
Carte du secteur sud de la bataille de Koursk, montrant à la fois l'offensive allemande de l'opération Citadelle et la contre-offensive soviétique qui a suivi.

Malgré l'ampleur de l'opération Koutouzov au nord, la contre-attaque soviétique au sud du saillant de Koursk doit être la principale offensive de l'été 1943 pour l'Armée rouge: elle doit aboutir à la libération de Kharkov (aujourd'hui Kharkiv, en Ukraine) et vise à détruire la 4e Panzerarmee et le détachement d'armée Kempf pour isoler le groupe d'armée Sud, très étendu[293].

Cependant, la préparation est compliquée par les lourdes pertes subies à Prokhorovka par la 5e armée de chars de la Garde, qui empêchent de lancer l'offensive le , date du début de l'opération Koutouzov. La contre-offensive du sud, baptisée opération Polkovodets Roumiantsev (russe : Полководец Румянцев, littéralement « Maréchal Roumiantsev », en référence au maréchal du XVIIIe siècle Piotr Roumiantsev) est finalement lancée au matin du . Les fronts de Voronej et de la Steppe alignent 1 million d'hommes, 2440 chars et 1520 avions[294]. En face, la Wehrmacht dispose de 210 000 hommes et 640 chars et canons automoteurs sur le papier (bien moins en réalité, autour de 270[295]). La 4e Panzerarmee et le détachement Kempf ont en effet été affaiblies par le départ d'unités blindées vers le Donbass, où une offensive de diversion est lancée au même moment par l'URSS[295],[296]. Les troupes allemandes occupent une ligne de défense « intermédiaire » après l'arrêt de l'opération Citadelle, qui est moins bien fortifiée que leur ligne de départ au début de l'offensive[294]. Dans les airs, la Luftwaffe dispose de deux fois moins d'avions que les Soviétiques autour de Kharkov, un ratio qui continuera à se dégrader au cours de la bataille, notamment avec l'engagement de la 17e armée aérienne[295].

Photo noir et blanc d'un groupe d'hommes en uniforme vus de dos, baissés ou allongés, dans un paysage plat à perte de vue. Certains avancent en traînant une mitrailleuse lourde vers un endroit d'où s'élève la poussière d'une explosion.
Une section d'infanterie soviétique au combat, dans les environs de Kharkov, en .

Après deux heures d'intenses bombardements au matin du , les 5e et 6e armées de la Garde, les 53e et 69e armées, et des éléments de la 7e armée de la Garde passent à l'attaque. La 5e armée de la Garde frappe frontalement la 4e Panzerarmee et enfonce le secteur du 52e corps. Les 1re et 5e armées de chars de la Garde suivent dans la brèche, totalisant à elles-seules plus d'un millier de chars et 74 000 soldats. La 167e division de la Wehrmacht panique et laisse les chars soviétiques s'enfoncer de 25 km sans avoir les moyens humains ou matériels de les arrêter. Sur les autres secteurs de l'offensive vers Kharkov, l'Armée rouge avance de manière moins spectaculaire, avec km au maximum[297]. Au soir du , les Allemands commencent à se replier sur leurs positions du , au début de l'opération Citadelle[298]. Le 3 et les jours suivants, la Luftwaffe est le principal instrument allemand pour tenter d'arrêter les Soviétiques, étant donné que Manstein n'a plus aucune réserve à opposer à l'Armée rouge[299]. Cette dernière engage encoredavantage de moyens dans les jours suivants, avec l'arrivée au combat des 27e et 40e armées, qui réussissent à enfoncer la ligne de front entre le 48e Panzerkorps et le 52e corps. Le , le Front de la Steppe commence à attaquer Belgorod, qui est abandonnée dans la soirée pour éviter que ses défenseurs ne se retrouvent encerclés[300].

Photo noir et blanc de soldats juchés sur un char en mouvement, passant à côté d'un autre véhicule détruit.
Soldats soviétiques sur un Churchill Mk IV britannique pendant l'offensive vers Kharkov.

Dans les jours suivants, les Allemands, épuisés, continuent à reculer vers Kharkov: le , les unités du Front de la Steppe sont à 15 km de la ville, malgré des contre-attaques incessantes des blindés allemands[301]. Erich von Manstein et son état-major souhaitent abandonner Kharkov pour prioriser la défense de Poltava, qui est un nœud logistique plus important pour le groupe d'armée Sud[302]. Cependant, le , Hitler donne l'ordre de tenir Kharkov coûte que coûte en raison de son importance politique: il s'agit d'un grand centre industriel, dont la perte enverrait un mauvais message aux alliés du Reich et aux pays neutres[303]. Mais Manstein n'a pas les moyens des ambitions d'Hitler: les Soviétiques engagent des moyens toujours plus importants, avec des unités fraîches et un flux constant de renforts pour combler les pertes[304]. Le , Hitler appelle Manstein et revient sur son ordre de défendre Kharkov, concédant que la ville devra être abandonnée si des unités allemandes menacent d'y être encerclées[305]. Dans le camp soviétique, Nikolaï Vatoutine, commandant du Front de Voronej subit lui aussi la pression de son dirigeant lorsque Staline l'accuse d'avoir dispersé ses forces en attaquant vers Poltava alors que son objectif est Akhtyrka, où la Wehrmacht parvient à résister[306]. Le , Vatoutine redirige donc son offensive, mais sans succès à cause d'une contre-attaque des divisions Totenkopf et Großdeutschland[306].

Photo noir et blanc d'un soldat ayant escaladé une armature métallique et frappant un panneau en bois avec la crosse de son arme.
Un soldat soviétique retire le panneau de la « place Leibstandarte SS Adolf Hitler », le nom que portait la place Félix Dzerjinski après la reprise de la ville lors de la troisième bataille de Kharkov.

Le même jour, la Wehrmacht évacue Kharkov à partir de 20 heures, et l'Armée rouge y pénètre le lendemain[307]. Le coût humain de l'opération Polkovodets Roumiantsev est encore une fois très lourd: les Soviétiques perdent plus de 250 000 hommes (dont environ 70 000 tués et disparus), presque tous les chars engagés au début de l'opération, 400 canons et 150 avions[308]. Côté allemand, les pertes sont d'environ 10 000 tués et disparus, 16 000 blessés et 240 chars[309]

Selon l'historiographie traditionnelle, la prise de Kharkov marque la fin de la bataille de Koursk[306].

Conséquences

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Résultat

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Photo couleur montrant une sorte de hall aux murs décorés de grands panneaux représentant des scènes de guerre.
Panneaux commémorant la bataille de Koursk, dans la gare de la ville, photographiés ici en 2009.

La bataille de Koursk constitue un succès stratégique décisif pour les soviétiques. Pour la première fois, une grande offensive allemande est arrêtée avant d'avoir réalisé une percée[310] ; la profondeur maximale de l'avancée allemande est de 8 à 12 km au nord et de 35 km au sud[311]. Les Allemands, bien qu'ils utilisent des blindés technologiquement plus avancés que dans leurs opérations des années précédentes, ne parviennent pas à percer les profondes défenses soviétiques et sont pris au dépourvu par les importantes réserves opérationnelles de l'Armée rouge. Ce résultat modifie la dynamique du front de l'Est, l'Union soviétique s'emparant de l'initiative opérationnelle, qu'elle conservera jusqu'à la fin de la guerre. La victoire soviétique est cependant coûteuse, l'Armée rouge perdant nettement plus d'hommes et de matériel que l'armée allemande. Le potentiel industriel supérieur et le vaste réservoir de main-d'œuvre de l'Union soviétique lui permettent toutefois d'absorber et de remplacer ces pertes[310]. Guderian écrit à propos de la situation allemande au sortir de la bataille de Koursk[312] :

Avec l'échec de Zitadelle, nous avons subi une défaite décisive. Les formations blindées, réorganisées et rééquipées au prix de tant d'efforts, avaient subi de lourdes pertes tant en hommes qu'en matériel et se trouvaient désormais dans l'incapacité d'être employées avant longtemps. Il était incertain qu'elles puissent être remises sur pied à temps pour défendre le front de l'Est… Inutile de dire que les [Soviétiques] exploitent pleinement leur victoire. Il n'y aura désormais plus de période de calme sur le front de l'Est. À partir de ce moment, l'ennemi détient incontestablement l'initiative.

Pour le reste de la guerre, les Allemands se limitent à réagir aux avancées soviétiques et ne parviennent jamais à reprendre l'initiative ni à lancer une nouvelle grande offensive sur le front de l'Est[313]. L'historien britannique Robin Cross estime que « l'Armée rouge avait renversé le cours de la guerre à Stalingrad ; elle avait obtenu pour la première fois l'avantage psychologique. Mais c'est sur les terribles champs de bataille de Koursk que les panzers d'Hitler, et ses ambitions, reçoivent un coup dont ils ne se remettent jamais » et que « l'échec à Koursk inflige à l'Ostheer des coups psychologiques et matériels plus lourds que ceux qu'elle avait subis à Stalingrad »[314]. En outre, le débarquement au même moment des Alliés occidentaux en Italie ouvre un nouveau front, détournant encore davantage les ressources et l'attention de l'Allemagne[315].

Bien que le lieu, le plan d'attaque et le calendrier des opérations aient été déterminés par Hitler, celui-ci impute la défaite à son état-major général. Contrairement à Staline, qui laisse à ses généraux la liberté de prendre d'importantes décisions de commandement, l'ingérence d'Hitler dans les affaires militaires allemandes augmente progressivement avec Koursk, tandis que son attention portée aux aspects politiques de la guerre diminue[316]. La situation inverse prévaut chez Staline : tout au long de la campagne de Koursk, il fait confiance au jugement de ses commandants et, leurs décisions étant couronnées de succès sur le champ de bataille, cette confiance se renforce. Staline se retire de la planification opérationnelle et ne revient que rarement sur les décisions militaires, ce qui conduit à accorder à l'Armée rouge un niveau d'autonomie de plus en plus élevé au cours de la guerre[317].

Bilan humain et matériel

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Le journaliste et politologue Antonius John, qui participe à la bataille dans les rangs allemands, déclare à propos de l'envergure de la bataille de Koursk que « Les événements se déroulaient à une échelle apocalyptique. Des scènes semblables à la fin du monde menaçaient de pousser au désespoir quiconque en était témoin, à moins d'avoir des nerfs d'acier. Verdun, la Somme et Stalingrad sont des événements historiques comparables. »[318].

Les pertes de la bataille de Koursk sont extraordinairement lourdes pour les deux camps mais assez difficiles à estimer précisément. Les pertes allemandes en matériel sont par exemple rendues compliquées à estimer par le fait que les Allemands déploient des efforts soutenus pour récupérer et réparer leurs chars. Des chars mis hors de combat un jour peuvent ainsi être de nouveau opérationnels le lendemain[319]. Les pertes allemandes en personnel sont obscurcies quant à elles par le manque d'accès aux archives des unités allemandes, saisies à la fin de la guerre. Nombre d'entre elles sont transférées aux Archives nationales des États-Unis et ne sont rendues accessibles qu'en 1978, tandis que d'autres sont emportées par l'Union soviétique, qui refuse d'en confirmer l'existence[320].

Pertes soviétiques

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Un soldat allemand inspecte un T-34 mis hors de combat pendant la bataille de Koursk à Pokrovka, à 40 km au sud-ouest de Prokhorovka.

L'historien militaire russe Grigori Krivocheïev, qui fonde ses chiffres sur les archives soviétiques, est considéré par David M. Glantz comme la source la plus fiable concernant les chiffres des pertes soviétiques[321]. Krivocheïev évalue les pertes soviétiques totales pendant l'offensive allemande à 177 877 hommes[321]. Le Front Central subit 15 336 « pertes irrécupérables » (c'est-à-dire tué, disparu ou mort des suites de blessures) et 18 561 pertes « sanitaires » (blessés ou malades), soit un total de 33 897 hommes. Le Front de Voronej subit 27 542 pertes irrécupérables et 46 350 pertes sanitaires, soit un total de 73 892 hommes. Le Front de la Steppe subit 27 452 pertes irrécupérables et 42 606 pertes sanitaires, soit un total de 70 085 hommes[322].

Au cours des deux offensives soviétiques lancées après la fin de l'opération Citadelle, les pertes totales s'élèvent à 685 456 hommes (tués et blessés confondus). L'opération Koutouzov est la plus coûteuse en vies humaines, les pertes soviétiques s'élevant à 112 529 pertes irrécupérables et 317 361 pertes sanitaires, soit une perte totale de 429 890 hommes[323]. Les pertes soviétiques lors de l'opération Polkovodets Roumiantsev totalisent 255 566 hommes, dont 71 611 sont classés comme pertes irrécupérables et 183 955 comme pertes sanitaires[324].

Chris Bellamy note que les pertes soviétiques à Koursk atteignent un ratio morts/blessés plus normal que durant les années précédentes, à savoir précisément 1 mort pour 3 blessés, ce qui indique une amélioration des procédures médicales et d'évacuation soviétiques. Bellamy évalue à 9 360 le nombre moyen de pertes quotidiennes pendant l'opération Citadelle; un chiffre qui passe à 23 483 tués et blessés chaque jour en moyenne lors des opérations de contre-offensive[325].

L'historien allemand Roman Töppel affirme pour sa part, après avoir consulté les archives des armées et des unités subalternes, que les pertes soviétiques officielles sont sous-estimées de 40 %, ce qui donne un nombre réel de 1,2 million de morts et blessés[326]. En outre, Töppel note que les historiens russes critiques du rapport officiel de Krivocheïev estiment les pertes entre 910 000 et 2,3 millions d'hommes, l'hypothèse la plus citée étant celle de l'historien russe Boris Sokolov[326]. Sokolov estime que les pertes de l'Armée rouge sont bien plus élevées que les chiffres officiels, avançant 450 000 morts, 50 000 disparus (prisonniers de guerre) et 1,2 million de blessés pendant toute la durée de la bataille, ce que Glantz estime susceptible d'être exagéré, tout en reconnaissant néanmoins que les chiffres soviétiques officiels sont très probablement sous-évalués[327]. Karl-Heinz Frieser mentionne également Sokolov et affirme que les pertes soviétiques sont clairement sous-évaluées d'après lui[328]. Cependant, les chiffres de Sokolov sont vivement contestés par d'autres historiens et sociologues, particulièrement en Russie[329]. Sokolov est ainsi exclu en 2016 de la Société Historique Libre pour « traitement inapproprié des sources historiques et citation incorrecte des travaux d'autrui »[330].

Les pertes matérielles de l'Armée rouge sont un peu mieux connues: lors de l'opération Citadelle, les Soviétiques perdent 3925 véhicules, dont 1614 chars et canons automoteurs[331], soit un chiffre à peu près trois fois supérieur aux pertes allemandes[332],[333]. Lors de l'opération Koutouzov, 2349 chars et canons automoteurs sont perdus sur un effectif initial de 2 308 ; soit un taux de perte supérieur à 100 %. Lors de l'opération Polkovodets Roumiantsev, 1 864 chars et canons automoteurs sont perdus sur les 2 439 engagés. Sur l'ensemble de la bataille de Koursk, les Soviétiques perdent environ cinq fois plus de blindés que les Allemands[334], mais les importantes réserves de matériel et les capacités industrielles de l'URSS permettent au pays de supporter ces pertes[332]. En outre, les Soviétiques (comme les Allemands, d'ailleurs), déploient des efforts importants pour réparer leurs chars: certains d'entre eux sont remis en service quatre fois lors de la seule bataille de Koursk. La force blindée soviétique remonte ainsi à 2 750 chars au grâce à la réparation des véhicules endommagés[335].

Selon l'historien Christer Bergström, les pertes de l'aviation soviétique pendant l'offensive allemande s'élèvent à 677 appareils sur le flanc nord et à 439 sur le flanc sud. Les pertes totales restent par contre incertaines. Les recherches de Bergström indiquent que les pertes aériennes totales entre le et le , s'élèvent à 1 104 appareils[312]. Frieser affirme quant à lui que le chiffre officiel soviétique de 1 626 avions perdus semble « totalement invraisemblable », et cite le minimum de 3 300 avions perdus avancé par Sokolov. Il considère par ailleurs que le chiffre avancé par la Luftwaffe de 4 209 avions soviétiques abattus est fiable en raison de la « rigueur des données » de l'armée de l'air allemande[336].

Pertes allemandes

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Des troupes soviétiques inspectent des Ferdinand détruits dans le secteur d'Orel

Karl-Heinz Frieser, qui se base sur les archives de la médecine militaire allemande, calcule que 9 036 hommes sont tués, 1 960 sont portés disparus et 43 159 sont blessés pendant l'opération Citadelle, soit 54182 pertes pour la Wehrmacht pendant cette phase. La 9e armée subit 23 345 pertes, tandis que le groupe d'armées Sud subit 30 837 pertes[13]. Au cours de l'ensemble des offensives soviétiques, 111114 pertes supplémentaires sont subies: 14 215 tués, 11 300portés disparus (présumés morts ou capturés) et 60 549 blessés lors de l'opération Koutouzov[337], 8 933 tués et disparus lors de l'opération Polkovodets Roumiantsev. Les pertes totales pour l'ensemble de la bataille de Koursk s'élèvent donc pour la Wehrmacht à environ 170 000 hommes, dont 46 500 tués ou disparus selon Frieser[338].

Cependant, les pertes allemandes en personnel restent difficiles à établir précisément en raison du manque d'accès aux archives des unités allemandes, saisies à la fin de la guerre[320]. Les rapports de pertes par armée ou groupe d'armées (établis tous les dix jours par les services médicaux) se fondent sur les rapports des unités subalternes et les chiffres sont régulièrement sous-estimés. Selon ses propres rapports, les pertes de la 6e armée allemande du 11 au ne s'élèvent qu'à 5 122 hommes: malgré cela, les rapports du commandant de cette armée, le général Karl-Adolf Hollidt et du commandant du groupe d'armées Sud (Erich von Manstein) mentionnent 6 814 soldats et sous-officiers tués ou blessés uniquement du 18 au 21. Selon Niklas Zetterling et Anders Frankson, la 9e armée perd 26 692 hommes du 4 au  ; soit 1,46 fois plus que les rapports de pertes de ses services de santé[339]. Selon Stephen Newton, au , l'effectif moyen des divisions d'infanterie de la 4e Panzerarmee et du détachement d'armée Kempf est de 17 369 hommes, tandis que celui des divisions blindées et motorisées est de 18 410 hommes. Le , l'effectif moyen des divisions d'infanterie de ces mêmes grandes unités est descendu à 8 269 hommes, et celui des divisions blindées et motorisées à 10 745 hommes. Dans ce secteur, les unités d'infanterie aurait donc perdu 52% de leur effectif, et 41% pour les formations blindées, et ce sans compter les renforts arrivés entre temps, ce qui laisse supposer que le taux de perte réel est encore supérieur[340]. En appliquant environ les mêmes taux aux autres grandes unités allemands, il est possible d'estimer que les pertes réelles de la Wehrmacht se situent entre 380000 et 430 000 hommes[340]

Selon les historiens Chris Bellamy et Max Hastings, la Wehrmacht perd plus d'un demi-million d'hommes tués, blessés, disparus ou capturés dans la région de Koursk. Plus précisément, trente des soixante-dix divisions allemandes présentes dans la région sont détruites, avec des pertes allemandes atteignant environ 10 000 hommes par jour[341],[342].

Chars Panzer IV détruits à Koursk

Les pertes matérielles sont également très lourdes. Pendant l'opération Citadelle, 252 à 323 chars et canons d'assaut sont détruits. Au , lorsque la bataille de Koursk commence, 184 Panthers sont opérationnels. Deux jours plus tard, ce nombre tombe à 40[343]. Le , après que Hitler a ordonné l'arrêt de l'offensive allemande, Guderian transmet l'évaluation préliminaire suivante concernant les Panthers[344]. :

En raison des actions ennemies et des pannes mécaniques, les effectifs de combat ont chuté rapidement au cours des premiers jours. Le soir du , il ne restait plus que 10 Panthers opérationnels sur la ligne de front. 25 Panthers avaient été déclarés irréparables (23 avaient été touchés et incendiés, et deux avaient pris feu pendant la marche d’approche). Une centaine de Panthers avaient besoin d'être réparés (56 avaient été endommagés par des impacts et des mines, et 44 par des pannes mécaniques) ; 60 % de ces pannes mécaniques pouvaient être facilement réparées. Environ 40 Panthers avaient déjà été réparés et étaient en route vers le front. Environ 25 n’avaient toujours pas été récupérés par le service de réparation… Le soir du , 38 Panthers étaient opérationnels, 31 étaient des pertes totales et 131 avaient besoin d’être réparés. On observe une lente augmentation de la force de combat. Le nombre élevé de pertes dues à des impacts (81 Panthers jusqu’au ) témoigne de la violence des combats.

Au , le groupe d'armées Sud compte 161 chars et 14 canons d'assaut perdus. Jusqu'au 14, la 9e armée indique avoir perdu définitivement 41 chars et 17 canons d'assaut[345]. Les pertes vont encore croissantes après le passage à l'offensive de l'Armée rouge: d'après un rapport du , la Wehrmacht a perdu 156 Panthers et seuls 9 restent en service. Contrainte de battre en retraite, la Wehrmacht ne peut plus récupérer et réparer ses véhicules[346]. Les estimations quant au total des pertes varient grandement: Frieser évoque 760 chars et canons d'assaut détruits à Koursk en juillet et août[337], Töppel parle de 1200 blindés détruits[326] et Glantz évoque 2952 blindés détruits ou endommagés[18].

Frieser évalue les pertes de la Luftwaffe à 524 appareils, dont 159 perdus pendant l'offensive allemande, 218 détruits durant l'opération Koutouzov et 147 perdus pendant l'opération Polkovodets Roumiantsev[347]. En examinant d'autres sources, Bergström présente des chiffres différents. Entre le 5 et le , il recense 681 appareils perdus ou endommagés (335 pour le 8e Fliegerkorps et 346 pour la 6e Luftflotte), dont 420 sont définitivement perdus[348].

Les pertes allemandes sont toutefois sujettes à débat. L'historien Karsten Heinz Schönbach estime ainsi que l'historiographie occidentale se réfère obstinément aux statistiques allemandes de pertes sans aucune forme d'analyse critique des sources. Il remarque que l'ancien terme technique « perte totale » perd son sens au fil de la guerre. Son étude du système d'entretien et de réparation de la Wehrmacht montre que les « pertes totales » sont enregistrées aussi longtemps que possible comme étant simplement « en cours de réparation » pour faire baisser les chiffres de pertes. Il cite pour cela Hitler, qui déclare lors d'une réunion d'information sur les forces blindées : « J'entends constamment parler de réparations à court terme, mais elles n'arrivent jamais réellement ; elles finissent toujours par être retardées ». Schönbach conclut finalement que 40 % à 50 % des chars allemands endommagés ou tombés en panne pendant Citadelle ne sont pas réparés dans des délais normaux, la plupart d'entre eux ne retournant d'ailleurs jamais en service, sans pour autant avoir été comptabilisés comme des pertes définitives[349]. Selon l'historien Martin Moll, les travaux de Schönbach prouvent que les rapports de pertes allemands, humains comme matériels, ont été manipulés et donc mal pris en compte par des générations d'historiens qui ne les ont pas traités avec un regard critique[350].

Notes et références

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Voir aussi

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Bibliographie

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Sources en français

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Autres langues

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Documentaires télévisés

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Articles connexes

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Liens externes

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  1. Guderian développe et défend la stratégie de concentration des formations blindées en un point d'attaque restreint (Schwerpunkt) et de pénétration profonde. Dans Achtung - Panzer!, il énonce trois éléments : la surprise, la concentration des forces et un terrain adapté. Parmi ceux-ci, la surprise est de loin la plus importante à ses yeux[90].
  2. Nikolaï Litvine, un artilleur antichar soviétique présent à la bataille de Koursk, raconte son expérience pendant l'entraînement spécial pour surmonter la peur des chars: « Les chars continuaient à avancer de plus en plus près. Certains camarades ont eu peur, ont sauté hors des tranchées et ont commencé à s'enfuir. Le commandant a vu qui courait et les a rapidement forcés à retourner dans les tranchées, leur faisant clairement comprendre qu'ils devaient rester en place. Les chars ont atteint la ligne de tranchées et, avec un rugissement terrible, ont passé au-dessus... il était possible de se cacher, de le laisser passer juste au-dessus de soi et de rester en vie. »[133]
  3. Cet ordre de bataille ne présente pas la composition complète du front de la Steppe. En plus des unités listées ci-dessous, figurent également les 4e armée de la Garde, 27e, 47e et 53e armées[112]. Il est possible que l’ordre de bataille ci-dessous ne représente que les formations directement engagées dans l’opération Citadelle.
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