Parti du progrès et du socialisme
Le Parti du progrès et du socialisme (PPS), est un parti politique marocain de gauche, d'idéologie socialiste, crée en 1974[5]. Il défend des positions axées sur le progressisme, la modernité, la justice sociale, l'égalité, et le renforcement des institutions démocratiques[6].
| Parti du progrès et du socialisme (ar) حزب التقدم والاشتراكية (ber) ⴰⴽⴰⴱⴰⵔ ⵏ ⵓⴼⴰⵔⴰ ⴷ ⵜⵏⵎⵍⴰ | |
Logotype officiel. | |
| Présentation | |
|---|---|
| Secrétaire général | Mohamed Nabil Benabdallah (depuis le ) |
| Fondation | 23 août 1974 par Ali Yata |
| Fusion de | Parti communiste marocain et Parti de la libération et du socialisme |
| Siège | |
| Presse écrite | Arabe : Bayane Al Yaoume Français : Al Bayane |
| Symbole | Livre[1] |
| Positionnement | Gauche[2],[3] |
| Idéologie | Socialisme[4], Progressisme Historiquement: Communisme, Socialisme arabe, Panarabisme |
| Couleurs | Bleu |
| Site web | https://pps.ma/fr |
| Représentation | |
| Représentants | |
| Conseillers | |
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Héritier du parti communiste marocain (PCM)[7], le PPS s’inscrit dans une tradition politique issue des luttes sociales et de l’engagement pour l’indépendance du Maroc.
Lors des élections législatives marocaines de 2021, il obtient 22 sièges à la chambre des représentants.
Historique
modifierOrigines : le Parti communiste marocain (1943–1960)
modifierLe Parti du progrès et du socialisme (PPS) trouve son origine dans le Parti communiste marocain (PCM), fondé en 1943 durant le protectorat français[8]. À sa création, le PCM s’inscrit dans l’orbite du Parti communiste français (PCF), dont il reprend en grande partie les orientations idéologiques et organisationnelles. Le parti est alors dominé par des militants européens, même s’il commence progressivement à intégrer des cadres marocains.
Parmi ses principaux dirigeants figure Léon Sultan, qui joue un rôle central dans la structuration du parti et son implantation dans les milieux ouvriers urbains, notamment à Casablanca[9]. Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle génération de militants marocains émerge, parmi lesquels Ali Yata, qui devient progressivement la figure dominante du communisme marocain[10]. Engagé à la fois comme militant et journaliste, il contribue à adapter le discours communiste au contexte local et à renforcer la présence du parti dans les milieux intellectuels.
Sur le plan idéologique, le PCM s’inscrit dans la mouvance du communisme international et entretient des affinités avec l’Union soviétique, ce qui alimente la méfiance des autorités du protectorat, puis des autorités marocaines après l’indépendance[11]. Dans le contexte de la guerre froide, cette proximité est perçue comme un facteur de risque politique.

Dans ses premières années, le PCM adopte une position prudente sur la question nationale, ce qui limite son influence face aux partis nationalistes. Toutefois, à partir de la fin des années 1940, il évolue en faveur du soutien à l’indépendance du Maroc et s’ouvre davantage aux militants marocains[12]. Cette évolution s’accompagne d’initiatives visant à élargir son audience, comme la création du « Croissant noir », organisation destinée à structurer son action dans certains milieux, sans parvenir toutefois à rivaliser avec les grandes formations nationalistes.
Les autorités coloniales françaises surveillent étroitement les activités du parti et procèdent à des mesures de répression, notamment par des interdictions et des arrestations de militants, en particulier dans les années 1950[13]. Le PCM est ainsi fragilisé à la veille de l’indépendance.
Après 1956, le parti tente de s’insérer dans le nouveau système politique marocain et adopte une position d’opposition en défendant des réformes sociales et économiques[14]. Cependant, dans un contexte de consolidation du pouvoir monarchique sous Hassan II, le communisme est progressivement marginalisé. Les autorités considèrent que son idéologie est incompatible avec les institutions politiques du pays.
Le PCM est finalement interdit en 1960[15]. Cette interdiction met fin à son existence légale, mais ne marque pas la disparition du courant communiste marocain, dont les militants poursuivent leurs activités sous d’autres formes dans les années suivantes, ouvrant la voie à la création de nouvelles organisations politiques.
Reconstitution et interdictions : le Parti de la libération et du socialisme (1960–1974)
modifierÀ la suite de l’interdiction du Parti communiste marocain en 1960, ses anciens militants s’efforcent de maintenir une activité politique dans le contexte des « années de plomb », marqué par la restriction du pluralisme et durant lequel les partis d’opposition et les voix critiques faisaient face à des mesures de répression sévères.
Cette période correspond au début du règne de Hassan II, caractérisé par un contrôle accru de la vie politique et par la marginalisation des courants considérés comme subversifs, notamment communistes. Dans ce cadre, les réseaux issus du communisme marocain poursuivent leur action de manière clandestine, en s’appuyant sur des cercles militants, des relais syndicaux et des espaces intellectuels. C’est dans ce contexte qu’est fondé en 1968 le Parti de la libération et du socialisme (PLS), sous la direction d’Ali Yata[16]. Sa création s’inscrit dans une stratégie de reconstitution légale du courant communiste, en adoptant un nom et un discours jugés plus compatibles avec les contraintes politiques de l’époque. D’obédience socialiste scientifique, le parti reprend l’essentiel de l’héritage organisationnel et idéologique du PCM et se présente comme une formation engagée dans les luttes sociales et le développement du pays[17].
Malgré ces ajustements, le PLS reste étroitement surveillé par les autorités, qui perçoivent la continuité avec le communisme comme une menace potentielle dans un contexte international marqué par la guerre froide et, sur le plan interne, par une forte tension politique. Cette période est également marquée par des épisodes de répression visant différentes composantes de l’opposition, ainsi que par un encadrement strict des activités partisanes. Le PLS est interdit dès 1969, soit moins d’un an après sa création. Cette interdiction limite fortement ses capacités d’action publique, contraignant ses militants à poursuivre leurs activités dans des conditions souvent à la marge de la légalité. Malgré cela, le courant issu du PCM parvient à se maintenir, notamment grâce à la continuité de ses cadres dirigeants et à son implantation dans certains milieux militants.
Entre 1969 et 1974, les anciens membres du PLS poursuivent un travail de réorganisation et de réflexion sur les modalités de leur participation à la vie politique. Cette phase est marquée par une volonté croissante de trouver une forme d’expression légale durable, permettant à la fois la survie du courant et son insertion dans le système politique marocain. Ces évolutions aboutissent finalement à la fondation, en 1974, du Parti du progrès et du socialisme, qui marque une nouvelle étape dans l’histoire du mouvement socialiste au Maroc.
Création du Parti du progrès et du socialisme : retour à la légalité et recomposition politique (1974–...)
modifierEn août 1974, Ali Yata annonce la création du Parti du progrès et du socialisme (PPS), nouvelle formation destinée à succéder au Parti de la libération et du socialisme. Cette création marque une évolution importante du courant politique issu du communisme marocain : le parti abandonne officiellement la référence au communisme et à la dénomination communiste, tout en conservant une orientation socialiste et une partie de l’héritage politique et organisationnel du Parti communiste marocain et du Parti de la libération et du socialisme. Ce changement vise notamment à adapter le mouvement aux réalités politiques marocaines et à permettre son inscription dans le cadre de la vie politique légale. La création du PPS intervient dans un contexte de détente politique relative au Maroc, marqué par une volonté des autorités de favoriser la reprise de l’activité des principales formations politiques en prévision des échéances électorales annoncées pour les années suivantes.
Le choix de l’appellation « Parti du progrès et du socialisme » traduit également une évolution du discours politique du mouvement. Le nouveau parti met davantage l’accent sur les réalités nationales marocaines et sur la construction d’une société fondée sur le progrès économique et social, la démocratie et la justice sociale. Cette évolution accompagne la volonté d’Ali Yata d’adapter le socialisme aux conditions historiques et sociales propres au Maroc, plutôt que de reproduire strictement les modèles issus du mouvement communiste international.
Le PPS entend ainsi participer à la vie politique dans un cadre légal et renouer avec une activité publique après plusieurs années d’interdiction. Son apparition intervient au moment où le paysage politique marocain connaît une recomposition : l’Union socialiste des forces populaires (USFP) se constitue également en 1974, tandis que les principales formations politiques tiennent successivement leurs congrès nationaux.
Le premier congrès national du PPS se tient à Casablanca en 1975. Il permet au nouveau parti de formaliser ses structures, de préciser son orientation politique et de confirmer Ali Yata dans son rôle dirigeant. Le congrès adopte notamment comme mot d’ordre « La Révolution nationale démocratique, une étape historique vers le socialisme », formulation qui illustre la conception du parti d'un processus de transformation politique et sociale adapté aux conditions marocaines.
Après le décès d’Ali Yata en 1997, Moulay Ismaïl Alaoui lui succède à la tête du parti. Élu secrétaire général par le comité central en septembre 1997, il est ensuite confirmé lors des congrès nationaux suivants, notamment en 2001 et en 2006. Sous sa direction, le PPS poursuit son évolution en tant que formation de gauche participant au processus de démocratisation du Maroc. Le parti prend notamment part au gouvernement d’alternance dirigé par Abderrahmane Youssoufi à partir de 1998, avec Ismaïl Alaoui nommé ministre de l'Éducation nationale, puis ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Eaux et Forêts à partir de 2000.
En mai 2010, à l'issue du huitième congrès national du PPS, Mohamed Nabil Benabdallah est élu secrétaire général par le comité central, succédant ainsi à Ismaïl Alaoui. Son élection marque le renouvellement de la direction du parti, tandis qu'Alaoui prend la présidence du Conseil de la présidence nouvellement créé. Benabdallah est réélu lors des neuvième, dixième et onzième congrès nationaux, respectivement en 2014, 2018 et 2022. Sous sa direction, le PPS poursuit sa participation à la vie politique et gouvernementale marocaine, notamment au sein du gouvernement dirigé par Abdelilah Benkirane après les élections législatives de 2011.
Idéologie
modifierLe Parti du progrès et du socialisme (PPS) se définit comme une formation politique socialiste, démocratique et progressiste, inscrite dans une trajectoire idéologique marquée par l'évolution d'un marxisme-léninisme orthodoxe vers un réformisme d'État patriotique et social-démocrate. Le parti se réclame d'un socialisme adapté aux réalités marocaines et affirme son attachement au pluralisme politique, aux libertés publiques et individuelles, à la justice sociale et à la souveraineté nationale. Cette évolution l'a progressivement rapproché de la tradition du socialisme démocratique, tout en maintenant certains éléments de son héritage historique marxiste et de sa culture politique issue du mouvement ouvrier.
Sur le plan politique et institutionnel, le PPS se positionne en faveur de la démocratisation de la vie publique, du renforcement de l'État de droit et de la consolidation des institutions représentatives. Il défend le pluralisme politique, la séparation et l'équilibre des pouvoirs, ainsi que l'élargissement des libertés et des droits fondamentaux. La démocratie constitue ainsi un élément central de son projet de transformation sociale, qui accorde une place importante à la participation des citoyens à la gestion des affaires publiques. Le parti établit par ailleurs un lien étroit entre démocratisation politique, justice sociale et développement économique. Cette conception s'inscrit dans un patriotisme affirmé, marqué par la défense de l'intégrité territoriale du Royaume et l'acceptation de la monarchie constitutionnelle, considérée comme un cadre d'arbitrage et de stabilité propice à la conduite de réformes progressives.
Sur le plan économique, le PPS défend une conception socialiste de l'économie, fondée sur une économie mixte dans laquelle l'État joue un rôle régulateur et stratégique dans l'orientation du développement et la réduction des inégalités. Le parti s'oppose aux approches néolibérales et à la déréglementation systématique, et met l'accent sur la redistribution des richesses, la protection sociale, le développement des services publics et la réduction des disparités territoriales. Il préconise la préservation et le développement des entreprises publiques, l'instauration d'une fiscalité progressive et redistributive, ainsi qu'un investissement public important dans les infrastructures de base. Il soutient également le renforcement des capacités productives nationales et la préservation de la souveraineté économique du pays.
Le PPS accorde par ailleurs une importance particulière à la justice sociale, qui constitue l'un des principaux marqueurs de son identité politique. Il défend le renforcement des politiques publiques dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l'emploi et de la protection sociale, ainsi qu'une meilleure répartition des richesses et des opportunités. Cette orientation s'accompagne d'une attention particulière portée aux travailleurs, aux catégories populaires et aux populations confrontées aux formes les plus importantes de précarité et d'exclusion. Le parti associe ainsi son projet socialiste à une conception de l'État comme acteur de réduction des inégalités et de garantie de la cohésion sociale.
Secrétaires généraux
modifier- Ali Yata, de 1974 à 1997.
- Ismaïl Alaoui, de 1997 à 2010.
- Mohamed Nabil Benabdallah, depuis 2010.
Représentation législative
modifierReprésentation au sein du gouvernement marocain
modifierArrivé huitième[18] aux élections législatives de 2011, le parti compte quatre portefeuilles sur les trente-et-un constituant le gouvernement Benkirane I :
| Ministre | Portefeuille | |
|---|---|---|
| Mohamed Nabil Benabdallah | Ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Politique de la ville | |
| Houcine El Ouardi | Ministre de la Santé | |
| Abdelouahed Souhaïl | Ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle | |
| Mohamed Amine Sbihi | Ministre de la Culture |
À la suite du retrait du parti de l'Istiqlal du Gouvernement Benkiran I, un remaniement gouvernemental donnera lieu au Gouvernement Benkiran II :
| Ministre | Portefeuille | |
|---|---|---|
| Abdeslam Seddiki | Ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle | |
| Charafat Afilal | Ministre déléguée auprès du ministre de l’énergie, des mines, de l'eau et de l'environnement, chargée de l'eau |
Dans le Gouvernement El Otmani I (depuis 2017) :
| Ministre | Portefeuille | |
|---|---|---|
| Abdelahad Fassi Fihri | Ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville | |
| Anass Doukkali | Ministre de la Santé | |
| Charafat Afilal | Ministre déléguée auprès du ministre de l’énergie, des mines, de l'eau et de l'environnement, chargée de l'eau |
En Octobre 2019, Le parti quitte le gouvernement, et se positionne désormais dans l’opposition[19],[20].
Notes et références
modifier- ↑ « Arrêté du ministre de l'Intérieur no 2914-11 du 30 kaada 1432 (28 octobre 2011) fixant les symboles attribués aux listes de candidatures ou aux candidats appartenant aux partis politiques », Bulletin officiel du royaume du Maroc, no 5992, , p. 2386-2387 (lire en ligne [PDF])
- ↑ Maroc : les libertés individuelles, sujet confidentiel du débat électoral
- ↑ https://aujourdhui.ma/societe/la-gauche-cherche-ses-reperes-28434 La gauche cherche ses repères
- ↑ « Fiche présentative », sur pps.ma, (consulté le )
- ↑ jeuneafrique, « Maroc : gloire et décadence du Parti du progrès et du socialisme »
, sur https://www.jeuneafrique.com, - ↑ jeuneafrique, « La gauche marocaine en ordre dispersé à l’approche des législatives »
, sur https://www.jeuneafrique.com, - ↑ LeMatin, « PPS : engagé dans une course électorale prématurée, le gouvernement insensible aux préoccupations des citoyens »
, sur https://lematin.ma/, - ↑ Abdelmajid El Cohen, Aziz Blal, un communiste critique marocain, Revue Nouvelles FondationS, , 176 pages (lire en ligne), p. 188 à 193
- ↑ Le Monde, « MAROC : tolérés parce que monarchistes et peu nombreux »
, sur https://www.lemonde.fr/archives/article/1965/04/02/maroc-toleres-parce-que-monarchistes-et-peu-nombreux_2183439_1819218.html, - ↑ Zamane, « Ali Yata : Le communiste le plus célèbre du royaume »
, sur https://zamane.ma, - ↑ ICOR - International Coordination of Revolutionary Parties and Organizations, « Une expérience marocaine dans la construction du parti Léniniste »
, sur https://www.icor.info/fr, 31 juin 2024 - ↑ Médias24, « Le PPS célèbre ses 70 ans: Du marxisme à la «realpolitik» »
, sur https://medias24.com/, - ↑ Cyrille Megdiche, J. Cremadeills : Le parti communiste français et le Maroc (1920-1938), Cahiers de la Méditerranée, année 1975 (lire en ligne), p. 117-121
- ↑ Lahbib Maamri, « Le parti communiste marocain des origines à 1956 »
, sur https://theses.fr/, - ↑ Le Monde, « Le parti communiste reste interdit parce que « matérialiste » »
, sur https://www.lemonde.fr/, - ↑ Le Monde, « Le nouveau parti progressiste est légal parce qu'il ne se réclame pas du marxisme »
, sur https://www.lemonde.fr/, - ↑ admin, « Le PPS a le mérite d’avoir introduit très tôt au Maroc l’idéologie socialiste », sur Mazagan24 - Portail d'El Jadida, (consulté le )
- ↑ MAP, « Résultats définitifs du scrutin du 25 novembre portant sur les 395 sièges », Le Matin, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Le PPS quitte le gouvernement », sur L'Economiste, (consulté le )
- ↑ « Le PPS officiellement dans l’opposition », sur L'Economiste, (consulté le )
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifier- La Koutla (Coalition politique marocaine)
- Mohamed Ferhat (Membre fondateur)
- Politique au Maroc
- Partis politiques marocains