Pascal Paoli
Filippo Antonio Pasquale de' Paoli, dit Pascal Paoli, né le à Morosaglia (Corse qui à l'époque était partie intégrante de la république de Gênes) et mort le à Londres (Royaume-Uni), est un homme politique, philosophe, chef d'état et militaire corse.
| Pasquale Paoli | |
Portrait de Pasquale Paoli par Richard Cosway (Vers 1798, huile sur toile). | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Général de la nation | |
| – (13 ans, 9 mois et 25 jours) |
|
| Élection | |
| Prédécesseur | Sebastiano Costa Luigi Giafferi Hyacinthe Paoli |
| Successeur | Annexion au royaume de France |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Filippu Antone Pasquale Paoli |
| Surnom | U Babbu di a Patria |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Morosaglia (Corse, république de Gênes) |
| Date de décès | (à 81 ans) |
| Lieu de décès | Londres (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande) |
| Sépulture | Morosaglia (Haute-Corse) |
| Nationalité | Corse |
| Parti politique | Paolistes |
| Père | Hyacinthe Paoli |
| Fratrie | Clemente Paoli (co) |
| Famille | De Paoli |
| Entourage | Charles Bonaparte Ange-Mathieu Bonelli Dominique Leca Antoine Gentili Charles André Pozzo di Borgo Bonfiglio Guelfucci Gregorio Salvini Maria Cosway James Boswell Gilbert Elliot George III |
| Diplômé de | École militaire royale de Naples |
| Profession | Militaire |
| Religion | Catholicisme |
| Résidence | Corte Londres |
|
|
|
| Général de la nation | |
| modifier |
|
| Pasquale Paoli | |
| Surnom | U Babbu di a Patria U Generale |
|---|---|
| Nom de naissance | Filippu Antone Pasquale de Paoli |
| Naissance | Morosaglia |
| Origine | Corse |
| Allégeance | |
| Arme | |
| Grade | Général de la nation |
| Années de service | 1755 – 1796 |
| Conflits | Guerre d'indépendance corse Guerre paoliste-matristre Insurrection corse (1769-1789) Guerres de la Révolution française Guerre de Corse (1794 - 1796) |
| Faits d'armes | Guerre paoliste-matristre Conquête française de la Corse Invasion de la Corse |
| Distinctions | Général de la nation |
| Autres fonctions | Franc-maçon de 33e degré |
| Famille | De Paoli |
| modifier |
|
Paoli fut le principal opposant à la domination génoise au XVIIIe siècle puis à la conquête française de l'île en 1769. En 1755, en pleine guerre d'indépendance corse, il fut élu général de la nation et proclame l'indépendance de l'île. La République corse fut la plus longue expérience d'indépendance et Paoli mit sur pied les bases d'un État moderne, notamment en rédigeant presque intégralement la Constitution corse. La même année, la guerre civile corse démarre entre Paolistes et Matristes. En 1757, Paoli manque d'être tué par des rebelles anti-paolistes avant d'être sauvé in extremis et son rival Marius Emmanuel Matra, est tué le même jour, mettant fin à la guerre civile.
La République corse (1755-1769) était sur le papier une démocratie représentative affirmant que la Diète des représentants corses élus n'avait pas de maître. Paoli occupait ses fonctions par élection et non par nomination. Il était ainsi commandant en chef des forces armées et premier magistrat. Le gouvernement de Paoli revendiquait la même juridiction que la République de Gênes. En termes d'exercice de fait du pouvoir, les Génois détenaient les villes côtières, qu'ils pouvaient défendre depuis leurs citadelles, mais la République corse contrôlait le reste de l'île depuis Corte, sa capitale[1]. Toutefois, son régime était en extrême difficulté, les rapports d'espions étrangers de l'époque ont décrit la République corse comme un état en déliquescence qui tient sur une propagande médiatique de visiteurs naïfs que Paoli utilise pour dorer l'image de son état tout en contrôlant ce qu'ils peuvent voir ou non. De plus, loin d'appliquer la constitution, le régime reposait dans les faits sur un autoritarisme avec un clergé omniprésent et une armée de paysans pouvant rapidement s'effondrer[2].
Après la défaite des forces corses à la bataille de Ponte-Novo, il fut contraint de s'exiler pendant presque 20 ans en Grande-Bretagne où il devint une figure célèbre et eut de nombreux appuis. Il revint dans son île natale au début de la Révolution française, qu'il soutint dans un premier temps. Il rompit, certains dirent trahi, plus tard avec les révolutionnaires et contribua à la création du royaume anglo-corse, un régime sous protectorat britannique qui dura de 1794 à 1796 qui sera renversé par des Corses rebelles et l'arrivée des troupes françaises mandatées par Christophe Saliceti. Un an avant la réoccupation de l'île par la France, il s’exila de nouveau en Grande-Bretagne, où il mourut en 1807.
La figure de Paoli fut un modèle pour beaucoup, y compris pour le jeune Napoléon Bonaparte, qui fut un patriote jusqu'à la rupture de la Corse avec la Révolution à l'été 1793. Néanmoins, les partisans de Paoli ne digérèrent jamais le ralliement précoce de la famille Bonaparte au royaume de France en 1769. De son côté, Napoléon ne dépassa jamais complètement son affection pour Paoli et eut des sentiments mitigés à son égard tout au long de sa vie.
Sa personnalité et son action intéressent bien au-delà des seuls Corses ou des historiens. Son fort attachement à son île natale et à sa culture font de lui une figure inscrite dans son temps et un homme des Lumières qui a tissé des relations d'amitié ou épistolaires à travers toute l'Europe. Toutefois des historiens corses opèrent une déconstruction historiographique de Paoli et du mythe qui l'entoure en se basant sur des rapports de l'époque et sur les lettres du Général lui-même.
Origines et formation
modifierOrigines familiales
modifier
Pascal Paoli (Pasquale en italien) naquit le à Morosaglia, un petit village corse situé au nord-est de Corte dans la région de la Castagniccia, où se trouve la piève du Rostino[a]. Il est le plus jeune des enfants de Hyacinthe Paoli (Giacinto en italien, Ghjacintu en corse), un patriote corse et militaire renommé, et de Dionisia Valentini[4]. Les De Paoli font partie des notables insulaires grâce à sa mère, issue d'une vieille famille de caporali du quartier de Pastoreccia à Castello-di-Rostino[5], dont les ancêtres ont participé à la révolte de 1358, qui fut réprimée par Gênes et détruisit la seigneurie locale[6]. En 1729, année de la rébellion dont Hyacinthe Paoli participa, les Génois étaient considérés comme défaillants dans leur tâche de gouvernement. Les principaux problèmes résidaient dans le taux élevé de meurtres dû à la pratique de la vendetta, les raids des pirates barbaresques dans les villages côtiers, les impôts exorbitants et la dépression économique.
Dès sa naissance, Pascal Paoli est plongé dans un environnement où l'amour pour son pays et le désir de liberté sont omniprésents. Mais son enfance prend rapidement une tournure difficile : en 1739, alors qu'il n'a que 14 ans, sa famille est contrainte à l'exil en Italie, en raison de l'échec de la révolte corse contre la domination génoise, jugée cruelle et tyrannique. Son père a failli être arrêté par les forces génoises, en [3], et n'était au départ guère partisan de la révolte de 1729[7]. C'est le marquis de Maillebois, le chef du corps expéditionnaire français, qui a négocié le départ des chefs des insurgés avec Gênes, mais il n'a pas été sans contrainte. Plusieurs chefs ou proches des insurgés ont vu leurs biens détruits par les troupes françaises[8]. Le départ à Naples a lieu le [5]. Le frère aîné de Pascal, Clemente, resta au pays comme agent de liaison auprès de la diète révolutionnaire, ou assemblée du peuple.
Exil napolitain et formation
modifierL'exil en Italie n’est pas seulement un éloignement physique de sa terre natale, mais aussi une immersion dans un monde où les idées des Lumières commencent à se répandre. Le jeune Paoli, bien que privé de sa terre, s’imprègne des idées progressistes de l’époque, notamment celles prônant la liberté, l’égalité et la souveraineté des peuples[9]. Ces années en Italie vont profondément influencer sa vision politique et nourrir son rêve d'une Corse libre.
En Italie, Hyacinthe Paoli veille à ce que son fils reçoive une éducation de qualité, qui sera la clé de son développement intellectuel et politique. Il envisage que son fils devienne prêtre[10]. Pascal Paoli est admis à l'École militaire royale de Naples, où, entre 1745 et 1749, il étudie les sciences, la philosophie, et la littérature[11]. Il est particulièrement influencé par les travaux des philosophes des Lumières, tels que Montesquieu et Rousseau, qui prônent la séparation des pouvoirs et les droits naturels de l'homme. La traduction italienne de De l'esprit des lois paraît en 1751[12]. C'est également un lecteur attentif de Machiavel[13],[14]. Son professeur est Antonio Genovesi, l'un des intellectuels les plus en vue d'Italie à cette époque[15],[16]. Il est également un grand lecteur des auteurs antiques, notamment Polybe, Plutarque ou encore Tite-Live[17]. L'exil le rapproche de son père, avec lequel les rapports étaient plus distants jusqu'alors[18],[19].
Durant son adolescence, Paoli développe une grande maîtrise des langues, dont l'italien, le français, et le latin, ce qui lui permet de s’ouvrir aux pensées européennes. Cette éducation rigoureuse va forger en lui une pensée politique avancée, caractérisée par une forte aspiration à la justice sociale et à la liberté.
En 1741, il intègre le régiment Corsica, dont les officiers sont également corses. Il réside à Gaète avec son unité entre 1742 et 1743 avant de retourner à Naples. Il ne quitte pas son régiment jusqu'en 1749, mais se montre insatisfait de son évolution, même s'il est très bien noté par ses supérieurs[20],[21]. Lorsque son régiment est réformé en , il est transféré dans un autre régiment, le Real Farnese qui est stationné en Sicile. Là encore, beaucoup d'officiers sont originaires de Corse[22]. Pendant un temps, Paoli songe à s'engager dans l'armée française[23]. Mais cette envie est passagère, car Paoli ne songeait qu'à retourner dans son île natale[24]. La mort de Jean-Pierre Gaffory, l'un des chefs insurgés corses, tué dans une embuscade en , va précipiter ce retour[25],[26].
La Corse fut ensuite distraite par la guerre de Succession d'Autriche, au cours de laquelle des troupes de plusieurs pays occupèrent temporairement les villes corses. À Naples, Hyacinthe, percevant le talent de son fils, ne ménagea aucun effort ni aucune dépense pour son éducation, qui fut principalement classique. Le mouvement des Lumières dont Pasquale allait faire partie était néoclassique dans son art, son architecture et ses sentiments. Paoli aurait entendu un jour un vieil homme réciter Virgile sur la route, s'était approché de lui par derrière, lui avait donné une tape dans le dos et avait repris sa récitation là où l'autre s'était arrêté[27].
Les exilés corses en Italie cherchaient de l'aide pour la révolution, notamment un général compétent. En 1736, les exilés de Gênes avaient découvert Théodore de Neuhoff, un soldat de fortune qu'ils souhaitaient faire roi, mais il échoua et, en 1754, il croupit dans une prison pour dettes à Londres. Le jeune Pascal suscita l'intérêt lorsque, s'opposant à un projet visant à demander aux Chevaliers de Malte de prendre le commandement, il élabora un plan pour un gouvernement corse autochtone. Cette année-là, Hyacinthe, convaincu que Pascal était prêt à supplanter Theodor, écrivit à Vincente pour lui recommander la tenue d'élections générales. Les élections populaires convoquées par Vincente à Caccia firent de Pasquale le général en chef de Corse, commandant de toute la résistance. Clemente, le frère aîné, prépara le retour de Pascal en Corse.
À cette époque, la Corse était encore sous l'influence de clans rivaux, de sorte que seuls les clans des hautes terres avaient voté. Les habitants des plaines organisèrent alors leurs propres élections et élurent Mariu Emmanuele Matra comme commandant, Matra, pour asseoir son hégémonie, attaqua aussitôt les partisans de Paoli, déclenchant une guerre civile, la guerre paoliste-matristre[28].
La tâche suivante de Paoli fut de confiner les Génois dans leurs citadelles. Sa seconde mission fut d'élaborer une constitution qui, une fois ratifiée par la population en 1755, instaura une nouvelle république, une démocratie représentative. La première élection de Paoli fit de lui le président, supplantant son ancien poste[29].
Chef de la Corse indépendante (-)
modifierPascal Paoli est une figure emblématique de l’histoire corse, reconnu pour son rôle crucial dans l’établissement d’un État corse indépendant et démocratique entre 1755 et 1769. Son leadership politique et ses réformes ont jeté les bases d'une expérience unique de souveraineté insulaire en Europe, à une époque où les idées des Lumières commençaient à se diffuser.
Contexte de l'arrivée au pouvoir
modifierAu milieu du XVIIIe siècle, la Corse était en proie à une lutte pour l'indépendance contre la république de Gênes, qui dominait l'île depuis plusieurs siècles. Le , après des années de résistance sporadique et de guerre civile, Pascal Paoli est élu Général de la nation corse[b] lors de la consulte d'Orezza, après avoir battu l'autre candidat, Marius Emmanuel Matra[31], qui fût nommé Général de la nation par des opposants à Paoli. Paoli devint de facto le leader de l'île et entreprit de mettre en place un État indépendant.
La mise en place d'un État indépendant
modifier
L'une des réalisations les plus remarquables de Pascal Paoli fut l'élaboration de la Constitution corse en 1755, souvent considérée comme l'une des premières constitutions démocratiques de l'époque moderne. Ce document instituait un régime républicain avec une séparation des pouvoirs, en partie inspiré par Montesquieu[32]. Paoli souhaitait créer un État moderne, basé sur le droit et la participation populaire. Conformément à la Constitution, Paoli est nommé général en chef à vie[33].
En , le peuple corse ratifia une constitution proclamant la Corse nation souveraine, indépendante de la République de Gênes. Il s'agissait de la première constitution rédigée selon les principes des Lumières. Le nouveau chef d'État, appelé le Général Paoli, fut élu face à son rival Emmanuele Matra par les représentants des pievi (68 anciennes unités administratives, chacune regroupant plusieurs paroisses), bien que seulement 16 des 68 soient représentées. Le président et auteur de la constitution s'employa à construire un État moderne. Linda Colley attribue à Paoli la rédaction de la toute première constitution écrite d'un État-nation[34].
La Constitution prévoyait notamment :
- Une Assemblée législative élue par suffrage universel masculin (la Diète), ce qui était exceptionnel pour l’époque. Tous les hommes adultes âgés de 25 ans avaient le droit de vote[35], un droit qui ne sera instauré en France qu’en 1792.
- Un exécutif dirigé par le Général en chef, c'est-à-dire Paoli lui-même, assisté par un Conseil d'État qu'il préside[33].
- Un système judiciaire indépendant, garantissant le respect des lois et des libertés, où la peine de mort est instaurée notamment pour tenter d'enrayer le phénomène de vendetta, très présent sur l'île depuis le IXe siècle.
Une œuvre politique volontariste
modifierPolitique économique et réformes administratives
modifierPaoli entreprit également une série de réformes administratives et économiques pour renforcer la cohésion de l'État corse. Il mit en place une administration centrale efficace, basée à Corte, la capitale de facto de la Corse indépendante, puis de jure à partir de [36]. Cette administration centralisée était chargée de gérer les affaires courantes, de collecter les impôts, et de maintenir l'ordre.
Sur le plan économique, Paoli encouragea le développement de l'agriculture, vitale pour une île principalement rurale. Il introduisit des mesures pour améliorer la production agricole, comme la distribution de terres aux paysans et l'encouragement à la culture de nouveaux produits, tels que la pomme de terre[37]. Ces réformes avaient pour but d’assurer l'autosuffisance de l'île et de réduire sa dépendance envers les importations.
Vers un État-nation
modifierPaoli était convaincu que l'éducation était essentielle pour le développement de la Corse. En 1765, il fonda l'Université de Corte, la première institution d'enseignement supérieur sur l'île[38]. Cette université devait former une élite intellectuelle corse capable de gouverner et de défendre les intérêts de la nation. Paoli soutint également l'enseignement primaire, afin que chaque citoyen puisse recevoir une éducation de base et des écoles apparaissent dans les villages[2].
Paoli chercha à promouvoir une identité nationale corse forte, en encourageant l'usage de la langue corse et en développant une culture insulaire distincte. Cette approche visait à unir les Corses autour d'une identité commune, distincte de celle des Génois ou des autres puissances étrangères.
Toutefois, Paoli doit gouverner d'une main de fer, l'île est fortement clanique, exsangue, la population est extrêmement pauvre et fortement superstitieuse. Paoli est donc conscient qu'il n'a pas une mince affaire sous les bras, il instaure un régime autoritaire, la seule solution à ses yeux face à la division que peuvent provoquer les clans et à l'état de guerre permanent face à Gênes[2]. Du fait de la réalité clanique qui fonctionne par vendetta, Paoli se sait menacé par des Corses car il attaque le système féodal et les privilèges pour y installer l'égalité civique et un système capitaliste à rebours des privilèges féodaux de nombreux clans qu'il aboli dans la foulée[2].
Paoli est massivement soutenu par les masses paysannes et la bourgeoisie rurale, toutefois il se heurte à un manque perçu de légitimité : de nombreux clans du début de la guerre d'indépendance le perçoivent comme illégitime, préférant qu'un combattant de la première heure prennent le pouvoir[2]. De plus, la bourgeoisie corse urbaine et de nombreux individus vivant à l'intérieur de la République corse restent pro-Génois, la présence de collaborateurs et d'espions empêche la fondation d'une démocratie, rappelant à Paoli et ses partisans qu'ils sont en état de guerre permanent.
Enfin, par manque de moyen et d'infrastructure, la nouvelle République corse utilise les Couvents catholiques pour y installer ses casernes militaires, ses dépôts de munitions, mais aussi son administration, des tribunaux et des prisons, le régime se lie immédiatement au clergé corse[2], Paoli lui-même étant, à l'instar de la population corse, extrêmement croyant et religieux[2]. Le service militaire est obligatoire et la conscription est forcée[2].
Visites étrangères
modifierLa Corse est devenue une curiosité majeure pour l'Europe du siècle des Lumières. Plusieurs voyageurs, intellectuels et aventuriers étrangers ont fait le déplacement jusqu'à Corte ou Sollacaro pour observer cette « Sparte moderne » et rencontrer Pascal Paoli. Paoli va met ses moyens à disposition pour utiliser ces visiteurs à son avantage et comme stratégie de communication internationale. De l'autre, des visiteurs particulièrement indésirables pour le régime rôdent également : des espions français, sardes et génois[2].
James Boswell entre difficilement dans l'île qui subit le blocus génois, l'écrivain écossais débarque en Corse à dos de mulet en octobre 1765. Quand il arrive à Sollacaro, Boswell est accueilli par une garde rapprochée d'hommes à l'allure farouche. Il décrit ces soldats comme des montagnards rudes, arborant de longues barbes épaisses, vêtus de l'habit traditionnel en laine de berger et lourdement armés de fusils, de pistolets et de stylets. Pour l'écossais, ils incarnaient une force brute, presque sauvage. Au milieu de cette cour de guerriers barbus, Boswell voit s'avancer Pascal Paoli. Boswell, qui s'attendait à rencontrer une sorte de Chef tribal voit s'avancer Paoli, qui est entièrement rasé de près, coiffé d'une perruque poudrée soignée, et vêtu d'un costume élégant en tissu fin européen, coupé à la mode européenne avec des boucles d'argent. Boswell est fasciné, pour lui, Paoli incarne la supériorité morale[2]
Pascal Paoli prend Boswell sous son aile et fait une opération ne le lâche pas d'une semelle et l'occupe à des activités très ciblées, passe des heures entières à marcher avec Boswell dans les jardins ou à table lui déclamant de grandes tirades sur la liberté, la justice, Plutarque et la grandeur de la Rome antique. Boswell, fasciné, se précipite chaque soir dans sa chambre pour noter mot pour mot ce que disait le Général dans son journal de voyage. Sous couvert de veiller à sa sécurité, Paoli fait escorter Boswell par ses hommes de confiance dès qu'il se déplaçait. C'était la méthode pour contrôler ce que l'Écossais voyait et lui cacher volontairement la misère, les divisions claniques et la dureté de la Ghjustizia Paolina. L'opération de communication de Paoli fonctionne et Boswell part de l'île acquis à la propagande[2].
En 1766, Paoli reçoit le révérend Andrew Burnaby de la communauté britannique de Livourne, il utilise la même stratégie de communication qu'avec Boswell, Burnaby exalté ira jusqu'à comparer la Corse à Sparte les rivières Tavignano et Restonica deviennent des fleuves antiques, et Paoli est comparé à Lycurgue[2].
En 1767, Paoli rencontre John Symonds, il utilise exactement les mêmes stratégies qu'avec les deux précédents invités. Paoli invite Symonds à sa table tous les jours. Paoli vante la fin de la féodalité, Quand Symonds, qui est économiste, demande à Paoli Symonds contrairement à Boswell et Burnaby voit ce qu'il se passe dans la République corse. Pendant quatre jours, Symonds observe attentive l'état de l'île avant de repartir. Ils observent les villages, il écrit noir sur blanc que l'agriculture est en ruine, que la prétendue « liberté économique » se résume à des réquisitions d'impôts dans les villages, note que les paysans sont affamés, que la prétendue démocratie serait en réalité une dictature militaire qui risque l'effondrement à tout moment[2].
De retour sur sa terre natale d'Angleterre, Symonds dévoile les côtés sombres du régime, la misère, la répression féroce de la Ghjustizia Paolina et le mensonge sur la fin de la féodalité, Symonds témoigne que Paoli même se comporte comme un dictateur féodal avec une cour de courtisans qui n'osent pas respirer sans son accord.
Pour les stratèges militaires européens aillant reçus les rapports d'espions, la République corse n'était qu'un château de cartes féodal déguisé en démocratie. Leurs rapports concluent que les structures étatiques n'existent pas : tout repose sur le réseau clientéliste et clanique de Paoli[2].
Pascal Paoli connaissait parfaitement l'existence de ces espions, et sa réaction face à cette surveillance permanente tenait du pur génie machiavélique. L'analyse de sa correspondance montre qu'il ne subissait pas l'espionnage : il le gérait et l'utilisait à son propre avantage. Plutôt que d'arrêter systématiquement les agents infiltrés, Paoli préférait s'en servir pour sa propre propagande[39] Sachant que les espions génois rapportaient tout à leur République, il laissait fuiter de faux documents secrets suggérant que la Royal Navy britannique s'apprêtait à signer un traité d'alliance avec lui et à installer une base navale en Corse[2].
Sur le papier, la Constitution de 1755 de Paoli offrait un modèle démocratique d'avant-garde qui faisait fantasmer Rousseau et l'Europe des Lumières. Mais selon les rapports de Symonds et des espions des puissances extérieure, la République corse était un état ruiné, coupé de ses propres ports et incapable de survivre sans basculer dans un régime militaire d'exception[2]
Politique étrangère
modifierSur le plan international, Paoli chercha à obtenir la reconnaissance de l'indépendance corse par les grandes puissances européennes. Il envoya des émissaires en Angleterre, en France et dans d'autres pays, mais les grandes nations hésitèrent à reconnaître officiellement l'indépendance corse, de peur de se mettre à dos Gênes ou d'autres puissances.
Avec l'aide de James Boswell qui a rencontré Paoli en 1765, le Général et Boswell mènent une intense campagne de propagande internationale, en partie à destination du Royaume de Grande-Bretagne. Ils y inventent des victoires militaires, des massacres fictifs de corses par les génois, l'illusion d'un peuple uni derrière Paoli et un mensonge parlant du régime comme entièrement basé sur la Philosophie des Lumières tout en y gommant volontairement l'aspect ultra-clérical et fondamentaliste catholique du pouvoir (les britanniques étant des protestants libéraux)[2]. La propagande fonctionne, dans les salons européens, les élites libérales se passionnent pour la Corse, tandis que l'opinion publique britannique est majoritairement acquise à la cause paoliste.
Paoli renforça également les forces armées corses, organisant une milice nationale pour défendre l'île contre les tentatives de reconquête génoise. C'est la raison pour laquelle il fonde L'Île-Rousse en 1761, car les Génois restaient maîtres des autres villes portuaires[40]. Cependant, il savait que la survie de l'indépendance corse dépendait aussi de l'appui extérieur. Paoli tente alors d'y attirer les Juifs de Livourne, envoyant des lettres aux rabbins de la cité italienne et demandant au représentant corse de Livourne Antoine Rivarola de faire la promotion de la République corse. Les Rabbins de Livourne déclinent l'offre, ne voulant pas s'engager et risquer de perdre leur confort urbain pour une île pauvre, au régime très précaise et sous blocus génois, de plus, ils manquent de garanties tant économiques que sécuritaires. Seuls quelques dizaines de juifs rejoignent L'Île-Rousse[2].
Bien que Paoli soit satisfait que des Juifs italiens travaille pour son régime, il doit calmer les paysans corses qui sont hostiles à l'arrivée des Juifs, il intervient même en 1767 lors de l'« L'affaire du Juif de L'Île-Rousse » où des chefs de famille corses refusent qu'un chef de famille juive vote. Dans une lettre capitale datée du 5 juillet 1767, adressée à Andrew Burnaby (l'aumônier de la communauté britannique de Livourne), Paoli raconte lui-même cet épisode de l'élection de L'Île-Rousse : « On a voulu empêcher un juif de voter lors de l'élection ; mais il se fit entendre et obtint gain de cause. La liberté en Corse ne confesse pas et ne consulte pas l'Inquisition. »
Le sens de cette lettre est double : Il sait que s'il laisse le fanatisme religieux catholique ou l'Inquisition dicter leur loi aux marchands juifs ou protestants qu'il tente d'attirer pour financer sa République, son grand projet économique s'effondre. En second lieu, envoyer cette formule (« la liberté ne consulte pas l'Inquisition ») à un aumônier britannique protestant est un coup de communication pour l'Angleterre protestante[2].
Enfin, si la propagande fonctionne auprès de l'opinion publique britannique, aucun état n'a jamais reconnu la République corse. Pour la France, l'Espagne ou l'Autriche, la Corse était considérée comme une possession légitime de la République de Gênes[2]. Reconnaître la république paoliste aurait été une violation du droit international du XVIIIe siècle. Le gouvernement britannique a envoyé des armes aux Paolistes mais ne reconnaît pas officiellement la République corse, a préférant rester neutre pour ne pas déclencher une guerre prématurée avec la France de Choiseul[2].
Pour les grandes puissances, la République corse n'est pas perçue comme un idéal philosophique ou une nation à libérer, mais comme un simple problème juridique et un pion géopolitique hautement stratégique[2].
Toutefois, entre 1768 et 1769, Paoli négocie des traités et envoie des ambassades à la cour du Beylicat de Tunis. Paoli est fournit du bois au Bey de Tunis pour armer ses navires de guerre, tandis que les tunisiens envoient du blé en contrepartie pour nourrir la Corse[2]. Toutefois, mis au courant par les espions corses du Parti français, le ministre français Choiseul fait immédiatement pression sur le Bey de Tunis par l'intermédiaire de son consul. Menacé d'un bombardement de ses ports par la marine française, Ali II Bey finit par couper les ponts avec Paoli alors que l'île est envahie par la monarchie française[2].
Durant la guerre contre la France, la Tsarine Catherine II de Russie se passionne même pour Paoli, mais aucune relation diplomatique ne verra le jour : Paoli et son régime vascillent entre l'armée royale française et les opposants corses qui s'apprêtent à gagner la guerre. Pour la Russie, la Corse n'était pas un symbole romantique de liberté, mais une opportunité en or pour résoudre son obsession historique : obtenir un accès militaire et maritime permanent à la mer Méditerranée[2].
La chute du régime
modifierGênes s'avère incapable de reprendre la situation en main depuis la révolte de 1729, et se voit humiliée à deux reprises : d'abord en devant lever le siège de Furiani à l'été 1763 où les forces corses l'emportèrent en étant largement inférieures en nombre[41] ; puis, en 1767, lorsque Paoli entreprit avec succès la conquête de l'île de Capraia[42]. La sérénissime a sollicité l'aide du royaume de France à plusieurs reprises depuis 1738, y compris après 1755. Deux traités sont signés à Compiègne, en 1756 et 1764, la présence française étant seulement interrompue par le tournant de 1759 lors de la guerre de Sept Ans. Ainsi, en 1768, Gênes vend ses droits de souveraineté sur l'île au royaume de France, ce qu'entérine le traité de Versailles.
À l'intérieur, Paoli doit lutter contre les partisans génois, mais aussi contre le « parti français », très puissant en particulier dans le Delà des Monts (le sud de l'île). Son opposant lors de la consulte de , Mario-Emmanuel Matra, lui livre pendant deux ans une lutte acharnée avant d'être tué lors d'une retraite hasardeuse près d'Aléria[43]. Hormis les villes côtières, Paoli contrôle la totalité de l'île à partir de 1762.
Lorsque le Traité de Versailles est signé entre le Royaume de France et la République de Gênes, énormément de Corses opposés à Gênes font défection, comme l'ennemi gênois cède ses droits à la France, de nombreux soldats et nobles corses s'allient à la France par opposition au régime de Paoli. Ces défections massives seront fatales pour la République corse[2].
Des troupes sont déployées pour reprendre le contrôle de l'île. La résistance corse, bien que valeureuse en particulier lors de la bataille de Borgo, est surpassée par la supériorité militaire française. De plus, un complot est organisé pour tenter de livrer Paoli aux troupes françaises. Découverts, les instigateurs sont exécutés[44]. À partir de ce moment, Paoli devient fortement paranoïaque, alors que Choiseul et le comte de Marbeuf achètent littéralement les chefs de clans corses et que de nombreux opposants politiques rejoignent le camp de la France, Paoli voit ses troupes perdre rapidement des hommes[2]. Dans ses lettres de février et mars 1769, informé par la corruption des élites corses qui se voient promettre de l'argent, des bourses et des titres de noblesse, Paoli fustige la lâcheté des chefs qui l'abandonnent :
« Les désertions se multiplient, non par peur des armes françaises, mais par la corruption qui s'est installée dans le cœur de ceux qui auraient dû guider le peuple »
La Ghjustizia Paolina a également joué un rôle dans les défections, comme le régime appliquait la responsabilité collective quand un seul membre d'une famille était condamné (comme le rasage pur et simple d'une maison de famille), Paoli a fini par s'aliéner une partie des classes paysannes de l'île[2].
La bataille de Ponte-Novo, le , est l'affrontement décisif où les forces corses sont vaincues par les troupes françaises dans un combat parfois confus[45]. La débâcle est totale. L'Armée de Paoli n'est pas entraînée au combat frontal et lors de la retraite des troupes, les mercenaires prussiens payés par Paoli pour tuer les déserteurs, ignorent l'ordre de retraite et tirent sur les militaires Corses en déroute[2]. Cette défaite marque la fin de la République corse et l'annexion officielle de l'île par la France. Conscient que la lutte ne peut se poursuivre sans mettre en danger la population corse, Paoli décide de s'exiler en Angleterre. Ce choix est motivé par son désir de continuer la lutte pour l'indépendance à l'étranger et d'éviter une répression sanglante sur son île natale. Il quitte donc Corte pour Vivario, puis s'embarque à Porto-Vecchio le en compagnie de 300 fidèles sur un navire anglais[45],[46]. Paoli est alors vilipendé par une partie de la population qui considère qu'il a abandonné son peuple, tandis que les élites corses se rallient instantanément à la France[2].
La chute de Paoli provoquent des réactions de joie parmi les opposants corses qui ont subit la Ghjustizia Paolina, tandis que pour les paysans et une grande partie de la population rurale et paysanne, la chute de Paoli signifiait la fin d'un régime d'exception permanent. La République corse fonctionnait sous perfusion de réquisitions forcées. Les chefs de clans et notables qui feignaient de soutenir Paoli par peur de ses milices se précipitent pour faire allégeance au comte de Vaux et au roi Louis XV. Une autre partie de la population est furieuse de la prise de contrôle[2].
De leurs côtés, les indépendantistes restants sur l'île mène une résistance contre l'occupation française jusqu'en 1789. Ils mènent alors des guérillas sans Paoli et de façon décentralisée.
Le premier exil (-)
modifierArrivé en Angleterre, Paoli est accueilli comme un héros. Il bénéficie du soutien de plusieurs personnalités influentes, telles que l'écrivain Samuel Johnson et l'homme politique Edmund Burke. Grâce au livre de James Boswell, An Account of Corsica[47], Paoli entretien ses récits et sa légende, il continue de promouvoir la cause de l'indépendance corse, tout en s'imprégnant des idées politiques anglaises. Il est souvent invité dans les cercles intellectuels londoniens, où il partage son expérience de la guerre pour l'indépendance et ses idées sur le gouvernement et la liberté.
L'opulence londonienne
modifierLe gouvernement britannique octroie à Paoli une pension de 2 000 livres par mois, une somme colossale. En contrepartie, Paoli doit éviter de mener ses projets de reconquête de la Corse pour éviter de déclencher une guerre avec la France.
À Londres, Paoli mène le même train de vie que la haute bourgeoisie britannique, il fréquente les salons, dépense des fortunes chez les meilleurs tailleurs de la ville pour s'acheter des complets, des redingotes et des gilets cousus dans des tissus d'importation comme de la soie fine, du velours et du brocart, ils s'achètent des perruques blanches poudrées, des boucles de chaussures en argent et les bas de soie pour se fondre dans les réceptions de la Cour. Pour maintenir son rang d'Homme d'État, il s'achète un carosse hors de prix avec des chevaux[39].
Vivant dans l'opulence, Paoli payait une domesticité complète, il a des valets et des cuisiniers à son service dans sa demeure de Old Bond Street, dans le quartier de Mayfair. C’est là qu’il commence à recevoir toute la haute société intellectuelle et politique britannique[39].
Il déménage ensuite pour une adresse encore plus prestigieuse à South Audley Street, toujours au cœur de Mayfair. Dans cette immense demeure, Paoli vit comme un grand seigneur anglais. C'est ici qu'il organise ses célèbres dîners mondains, recevant des dizaines d'invités de marque chaque semaine dans des salons d'apparat richement meublés[39].
Paoli se plaint régulièrement dans ses lettres de ses difficultés financières, du coût de la domesticité britannique, qu'il juge exigeante et hors de prix par rapport aux critères corses ou italiens. Pour réduire les coûts, il essaie d'ailleurs de faire venir des serviteurs corses ou italiens, moins chers et jugés plus fidèles, mais cela ne suffit pas à combler le déficit[39].
La réception de corses
modifierÀ Londres, l'entourage corse de Paoli s'est rapidement divisé en deux catégories distinctes, et leurs réactions face à sa vie de seigneur allaient du dévouement à la haine féroce.
Une poignée de compagnons d'armes et de secrétaires ultra-fidèles qui ont fui la Corse avec lui ont adopté le même train de vie. Ils habitaient avec lui dans ses hôtels particuliers de Mayfair. Pour maintenir l'illusion d'une « cour » royale, Paoli les utilisait comme secrétaires, majordomes ou cochers. Ils l'ont aidé à réécrire l'histoire en recopiant ses lettres. Ils vivaient la belle vie dans les salons anglais, bien loin de la misère de leur île[39].
Toutefois, des réfugiés corses ont commencé ruinés, et à hurler à la trahison dans les tavernes de la City, les journaux londoniens ont adopté une stratégie très claire : étouffer l'affaire. La presse ne voulait pas que les protestations des réfugiés contre Paoli détruise l'image de ce « héros de la liberté » en révélant que ses propres soldats le traitaient d'escroc et de lâche dans les rues. Les journaux ont tout simplement arrêté de parler de la Bataille de Ponte-Novo ou des plaintes des soldats corses. À la place, les rubriques mondaines préféraient publier des articles lisses et flatteurs, détaillant les dîners de Paoli avec le docteur Samuel Johnson ou décrivant ses somptueuses tenues lors des réceptions royales[39].
Le retour en Corse (-)
modifier
Contexte politique
modifierAu moment où Pascal Paoli revient en Corse, la France est en pleine Révolution. Les idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité résonnent particulièrement avec les aspirations d'indépendance des Corses. Le décret du , qui rattache officiellement la Corse à la France comme un département, est perçu par certains comme une opportunité d'intégrer les valeurs républicaines tout en maintenant une certaine autonomie insulaire. C'est dans ce contexte que Pascal Paoli est invité par l'Assemblée nationale à revenir en Corse, après plus de 20 ans d'exil en Grande-Bretagne.
Le retour au pouvoir
modifierL'arrivée triomphale
modifierÀ l'époque de la Révolution française, le nom de Paoli était devenu une sorte d'idole de la liberté et de la démocratie. En 1790, l'Assemblée nationale révolutionnaire de Paris adopta un décret incorporant la Corse à la France, reproduisant pour l'essentiel l'œuvre de 1780, mais sous une nouvelle autorité. Il accorda l'amnistie aux exilés, et Paoli s'embarqua immédiatement pour la Corse. Il arriva à temps pour l'élection des officiers départementaux à Orezza, se présenta à la présidence et fut élu à l'unanimité[48]. Napoléon Bonaparte, organisateur des élections et jacobin actif, ne se présenta pas à cette époque, mais il était un admirateur de Paoli aussi fervent que quiconque.
Un pouvoir contrarié
modifierÀ son retour, Paoli s'efforce de mettre en place un gouvernement qui concilie les aspirations corses avec les idéaux révolutionnaires français. Il réorganise l'administration, renforce l'éducation et tente de moderniser l'île. Il soutient la Révolution et le décret de réunion de la Corse à la France de Christophe Saliceti. La jeune génération (les frères Napoléon et Joseph Bonaparte, Christophe Saliceti, Charles-André Pozzo di Borgo etc...) voit d'un bon œil l'arrivé du Général, pour eux Paoli est un symbole vivant et idéalisent le vieux général. Les jeunes Corses viennent l'accueillir en triomphe à l'assemblée d'Orezza et se mettent au service du général[49].
Lors de son arrivée, Paoli en profite pour régler ses comptes, il envoie un tacle à François Gaffory qui a intégré l'armée royale française en tant que capitaine de dragons pour traquer les paolistes en 1769, lui disant sèchement « Alors Gaffory, toujours aussi petit. » Ultérieurement, Paoli terrorise politiquement Gaffori, et le force à fuir la Corse en catastrophe avec sa famille pour aller se cacher en Toscane. Paoli demande personnellement à Napoléon Bonaparte de se charger de Matteo Buttafoco. Napoléon s'exécute avec sa Lettre à Matteo Buttafoco en 1791, un pamphlet d'une violence inouïe où il insulte Buttafoco de « traître à la patrie corse », de « lâche » et d'« opportuniste ». Porté par Paoli, le club révolutionnaire d'Ajaccio s'empare du texte. La municipalité va jusqu'à brûler l'effigie de Buttafoco en place publique sous les rires de la foule. Buttafoco, terrifié, ne remettra pas les pieds sur l'île tant que Paoli y régnera[50].
Dès son installation à la tête du département, Paoli réactive le symbole des années 1750. S'il maintient officiellement l'administration à Bastia, capitale de la Corse sous l'administration française depuis 1769, il passe la majeure partie de son temps et réunit les Consultes (les assemblées) au couvent d'Orezza ou à Corte, au centre de l'île, en pleine montagne[49].
Paoli est nommé par Paris Président du Conseil général de la Corse et commandant en chef des Gardes nationales locales. La France lui confie les pleins pouvoirs administratifs, politiques et militaires sur l'île. Il y installe sans autorisation une autonomie de fait[49]. Il mène parfois des politiques contraires à celle de la révolution en s'appuyant sur les notables et protège l'ordre religieux que la Révolution tente d'extirper, ce qui attire des soupçons, la jeune génération de corses qui l'avait adulé commence à se méfier de lui.
L'Assemblée constituante à Paris vote de grandes réformes pour unifier l'économie française, notamment la suppression des barrières douanières intérieures et la liberté totale du commerce des grains. Paoli au contraire maintient des taxes douanières sur les produits arrivant du continent français pour protéger l'économie de subsistance de l'île[49].
Les pratiques de Paoli attirent de plus en plus l'attention de Paris et des corses loyaux à la Convention : le général est en train de placer un « État dans l'état », Paoli fait en sorte que la Corse, qui reçoit des subventions de Paris, ne paie aucun impôt, tout en noyautant la Garde nationale en place une véritable armée politique à sa botte, pourtant payée par les fonds du ministère de la Guerre français[49]
En 1792, Paris demande à Paoli d'envoyer des bataillons corses sur le continent pour défendre les frontières de la France contre l'Autriche et la Prusse, Paoli refuse net. Il prétexte que la Corse est menacée pour garder tous ses hommes armés sur l'île. En réalité, il conserve ses troupes pour protéger son pouvoir et le territoire corse. Paoli maintient une correspondance clandestine active avec Londres via des intermédiaires en Italie (notamment via Livourne et Gênes)[49].
Cependant, son désir d'autonomie pour la Corse le met en conflit avec le gouvernement révolutionnaire à Paris, notamment après la chute de la monarchie en 1792 et l'instauration de la Première République.
Les divisions se creusent entre les partisans d'une Corse plus autonome sous la protection de la France et ceux qui veulent une intégration plus complète au sein de la République. Paoli, en s'opposant aux Jacobins et à leur centralisation du pouvoir, commence à perdre le soutien du gouvernement français. Paoli rompit avec la Révolution française sur la question de l'exécution du roi et se rallia au parti royaliste. Constatant qu'une partie de la nouvelle génération de révolutionnaires cherche à le pousser vers la sortie, Paoli écrit avec amertume à l'un de ses fidèles :
« Ces jeunes gens n'ont de la liberté que le mot dans la bouche pour mieux établir leur tyrannie. Ils veulent détruire tout ce que nous avons bâti pour livrer notre pauvre pays aux factions de Paris. Saliceti et ses pareils préfèrent être les valets des bourreaux français plutôt que les citoyens d'une Corse libre. »
Il ne fit pas connaître publiquement ses vues, mais lorsque le gouvernement révolutionnaire lui ordonna de prendre la Sardaigne, il confia l'expédition à son neveu, avec l'ordre secret de perdre la bataille. Dans ce cas, il agissait en tant qu'agent britannique, car les Britanniques avaient des intérêts en Sardaigne qu'ils ne pourraient exploiter si les Français l'occupaient[51]. Les tensions atteignent leur paroxysme en 1793, lorsqu'il est accusé de trahison par la Convention nationale en ayant fait échouer l'expédition de Sardaigne.
Il avait cependant aussi envoyé Napoléon Bonaparte comme colonel à la tête de deux compagnies de la garde corse (renforcées officieusement par 6 000 révolutionnaires de Marseille), qui participèrent à l'assaut de l'île de La Maddalena en . L'attaque échoua parce que le commandant, Petru Paulu Colonna-Cesari, ne prit pas les mesures militaires appropriées, parce que l'île avait été renforcée juste avant l'attaque, et parce que les défenseurs semblaient savoir exactement où et quand les révolutionnaires allaient frapper.
Napoléon comprit la situation dès la première confrontation avec son commandant et prit de facto le commandement, mais l'attaque échoua et il s'échappa de justesse. Furieux, après avoir été un fervent partisan et admirateur de Paoli, lui et toute la famille Bonaparte dénoncèrent Paoli comme traître devant la Convention nationale française. Christophe Saliceti, en tant que député de Corse siégeant avec les Montagnards, montre à la Convention nationale des lettres de Paoli interceptées qui furent destinées à l'Angleterre. Aidé par Napoléon Bonaparte, Saliceti rassemble les preuves du sabotage de l'expédition de Sardaigne. Il envoie les rapports et le 2 avril 1793, un décret d'accusation tombe contre Paoli, le déclarant officiellement « traître à la République française » et complice de l'Angleterre. Des mandats d'arrêt furent émis et envoyés en Corse avec une force destinée à reprendre les citadelles aux royalistes qui avaient supplanté les Génois après la vente de la Corse.
La Convention envoie Saliceti en Corse avec des pouvoirs illimités pour enquêter sur Paoli. Paoli refuse de se soumettre à ce qu'il considère comme une inquisition politique menée par un compatriote renégat. Il déclare à ses proches :
« Je ne répondrai pas à des commissaires qui viennent non pour chercher la vérité, mais pour apporter la guillotine. Saliceti me traite de traître, lui qui a voté la mort de son Roi et qui vend l'honneur de nos familles pour plaire aux Jacobins. »
Étant mis « Hors-la-loi » sous la Terreur, Paoli risquait la Peine de mort immédiate, une simple vérification d'identité après cette sentence administrative remplaçait un procès classique devant le Tribunal révolutionnaire. Conscient de la précarité de sa condition mais fort de son pouvoir, Paoli prépare la sécession en sous-main et ne se rendra jamais à Paris.
La combinaison des paolistes et des royalistes vainquit les Bonaparte et les chassa de l'île. Paoli perd également nombre de ses plus proches alliés en collaborant avec les Britanniques, Jacques Pierre Abbatucci, Antoine Gentili et Ange-Mathieu Bonelli qui étaient des figures éminentes et des proches de Paoli à l'époque de la République corse, ont rejoint les révolutionnaires français. Bonelli a lui même été forcé à l'exil.
Paoli convoqua ensuite une consulta (assemblée) à Corte en 1793, dont il assuma la présidence, et fit officiellement sécession de la France. Il demanda la protection du gouvernement britannique, alors en guerre contre la France révolutionnaire. En 1794, les Britanniques envoyèrent une flotte sous le commandement de l'amiral Samuel Hood. Cette flotte venait d'être chassée du port français de Toulon par une armée révolutionnaire, conformément au plan de Napoléon Bonaparte, pour lequel il fut promu général de brigade. Les royalistes de Toulon avaient également sollicité la protection britannique. Napoléon fut alors envoyé en Italie en tant que commandant des forces françaises.
En Janvier 1794, après la mort de Clemente Paoli (le frère de Pascal), le gouvernement provisoire paoliste ordonné à toutes les municipalités de l'île de célébrer un service funèbre pour le repos de son âme, et a imposé aux chefs corses et aux gardes nationaux de porter le deuil pendant trois jours[52]
L'appel à l'Angleterre
modifierEn 1794, face à la pression croissante de la France révolutionnaire, Paoli décide de s'allier aux Britanniques pour préserver l'indépendance de la Corse. Il négocie avec l'amiral britannique Samuel Hood pour que la Corse devienne un protectorat britannique, tout en conservant une large autonomie. En , les troupes britanniques débarquent en Corse et, avec l'aide des Paolistes, chassent les forces républicaines françaises.
Une constitution est établie, et en 1794, le royaume anglo-corse est proclamé, avec Paoli comme président de l'Assemblée corse. Cependant, cette indépendance sous protection britannique est de courte durée. Paoli se retrouve rapidement marginalisé par les Britanniques, qui préfèrent traiter directement avec la noblesse corse. Les relations entre britanniques et corses se tendent rapidement, les Corses refusent de payer l'impôt britannique, et le retour de pratique de l'Ancien régime exaspèrent la population.
En juillet 1795, la tension est maximale entre Paoli et le vice-roi britannique, Sir Gilbert Elliot. Les Anglais marginalisent de plus en plus le Général au profit de son rival insulaire, Charles André Pozzo di Borgo[39].
Affaire du buste de Paoli menant au second exil
modifierL'« affaire du buste de Paoli » de juillet 1795 éclate après qu'un grand bal fut organisé à Ajaccio. La salle de réception est décorée avec faste, et les organisateurs décident d'y installer un buste en plâtre de Paoli. Au cours de la soirée, l'ambiance s'échauffe, un officier britannique ou des partisans de Pozzo di Borgo (selon les versions) jugent que le buste encombre le passage ou gâche la décoration. Le buste est donc déplacé et certains témoins affirment qu'il a été légèrement endommagé ou traité avec un mépris ostensible. Ce simple fait a suffit à faire exploser une controverse dans l'île. La Castagniccia se révolte avec des milices armées[39].
Face à cette insurrection populaire née de l'affaire du buste, Sir Gilbert Elliot considère que Paoli est un élément perturbateur trop dangereux. Plutôt que de céder à la pression de la rue, Elliot demande l'arbitrage direct du roi George III à Londres. Le vice-roi Gilbert Elliot appuie ouvertement Charles André Pozzo di Borgo et obtient de William Pitt le Jeune le départ de l'île de Paoli en .
Isolé, lâché par une partie des élites corses et conscient qu'il a perdu la partie, Paoli s'embarque pour son second exil britannique, laissant le Royaume anglo-corse aux mains de Pozzo di Borgo, tandis que la colère populaire explose, soutenue en sous-main par le parti français et le Clan Saliceti.
Peu de temps après la débâcle britannique, Antoine Gentili avec ses hommes trouvent des villes corses sans la moindre présence britannique, les Français reconquirent donc l'île, mettant fin à toute question de souveraineté corse jusqu'au XXe siècle[53]. La réputation de Paoli est au plus bas, tous les symboles et bustes représentants le général sont détruits, tandis que l'impitoyable Commissaire Saliceti sort triomphant et amniste la majorité des paolistes, à l'exception des élites corses qui ont collaboré avec l'Empire britannique qui subissent des spoliations et des confiscation de terres, condamnés au bannissement sous peine de mort.
Paoli, du haut de son exil londonien, sait sa réputation ruinée, le ressentiment populaire est immense : le peuple corse le tient pour directement responsable de la misère noire qui frappe l'intérieur de l'île, les Corses ont le sentiment d'avoir été manipulés par un chef qui les a poussés à la révolte avant de s'enfuir à Londres pour y toucher une confortable pension britannique[39]. Les partisans paolistes restés sur place, abandonnés à leur sort, subissent de plein fouet les tribunaux militaires d'exception et la confiscation de leurs biens par Christophe Saliceti, nourrissant une rancœur tenace contre leur ancien leader[39]. La figure de Paoli subit alors une Damnatio memoriæ qui occultera sa figure pendant un siècle.
Second exil et dernières années (-)
modifier
En , Paoli décide de prendre du recul et se retire à Monticello. Quelques mois plus tard, il quitte l'île définitivement en embarquant à Saint-Florent le en direction de Livourne, première étape de son nouvel exil[54]. Un an plus tard, le royaume anglo-corse est dissout par les Britanniques à cause des multiples pressions française, espagnole mais surtout internes : les Corses se sont massivement rebellés avec le soutien français, mettant à mal le régime et ses alliés britanniques.
Une fois la Corse définitivement reprise par les troupes républicaines françaises (grâce aux plans de Saliceti et de Napoléon), Paoli, contraint à un ultime exil en Angleterre, jette un regard sévère sur le pouvoir que Saliceti a amassés :
« Saliceti a triomphé, mais son triomphe est celui de l'intrigue et de la force brute. Il gouverne par la peur et s'enrichit des dépouilles de notre patrie. L'histoire retiendra qu'il a été le fossoyeur des libertés corses, peu importe les titres dont la France le couvre aujourd'hui. »
En Angleterre, Paoli est accueilli en héros par certains cercles qui voient en lui un symbole de la lutte pour la liberté. Cependant, avec le temps, l'intérêt pour la cause corse s'effrite, et Paoli vit une existence relativement isolée. Il réside principalement à Londres, mais aussi dans d'autres localités anglaises, menant une vie discrète. Il consacre une partie de son temps à l'écriture et à la réflexion sur les événements tumultueux de sa vie et sur l'avenir de la Corse. Malgré la distance, il reste profondément attaché à son île, en suivant de près les évolutions politiques qui s'y déroulent.
Bien que loin de sa terre natale, Paoli demeure un personnage respecté. Il continue d'entretenir des relations avec des personnalités influentes de l'époque, notamment les cercles politiques et intellectuels anglais. Cependant, son rêve de voir une Corse indépendante s'éloigne de plus en plus. En 1796, Napoléon Bonaparte, un autre Corse qui avait pourtant été son protégé, prend le contrôle de l'île, scellant ainsi le destin de la Corse sous domination française. Le Premier consul tente d'ailleurs de le faire rentrer d'exil, mais Paoli s'y refusa[55].
Pascal Paoli passe les dernières années de sa vie dans une relative tranquillité, bien que son état de santé décline progressivement. En 1807, à l'âge de 81 ans, il s'éteint en Angleterre, loin de sa Corse bien-aimée, le vers 23 h 30[56]. Ses funérailles sont discrètes, mais son héritage perdure. Bien que son rêve d'une Corse libre ne se soit jamais réalisé de son vivant, son nom reste gravé dans l'histoire comme celui du père de la nation corse.
Vie personnelle
modifierPascal Paoli ne s'est jamais marié et, à notre connaissance, n'a pas eu d'héritier. Les informations sur sa vie intime sont largement inexistantes. Une rumeur a circulé selon laquelle il aurait eu une liaison avec Maria Cosway, mais cette affirmation est infondée. Robert Harvey l'affirme homosexuel lorsqu'il évoque la façon dont Charles Bonaparte est devenu le secrétaire personnel de Paoli[57].
Paoli parle couramment plusieurs langues (corse, italien, français, anglais). Grand lecteur, il est aussi un fervent croyant en la foi catholique.
Son comportement est complexe, les témoignages sur son comportement quotidien révèlent un homme omniprésent, difficile d'accès, cassant et profondément marqué par l'amertume à la fin de sa vie. Ayant survécu à plusieurs tentatives d'assassinat et complots de clans, Paoli vivait dans une méfiance permanente[39]. Il soupçonnait ses proches, gérait l'île via un réseau d'informateurs et s'emportait violemment au moindre soupçon. Il était toujours accompagné des Ghjendarmi, ses gardes du corps d'élite qui l'accompagnaient partout où il se déplaçait en Corse[58]. Aussi, Paoli était entouré de gros chiens de montagne (probablement des ancêtres du Cursinu) prêts à attaquer tout individu potentiellement hostile[58].
James Boswell raconte que lors de sa première rencontre, Paoli ne lui a pas dit bonjour, il l'a jaugé avec une méfiance extrême :
« Pendant dix minutes, il m'a regardé fixement avec un sérieux et un discernement profonds, comme s'il voulait lire dans mon âme. J'avoue que je me sentais assez mal à l'aise[58] »
Charismatique, Paoli était également un excellent orateur, n'ayant pas besoin de crier, il parlait avec une culture et une clarté imposante. D'une intégrité absolue, il était incorruptible, refusait les titres de noblesse que la République de Gênes puis le Royaume de France lui ont proposé pour le soudoyer. Refusant le népotisme sous son régime, son frère Clemente est resté un simple soldat en guenille et Pascal avait le même niveau de vie que ses ministres.
James Boswell qui a côtoyé le général personnellement note que la mémoire de Paoli était très développée : il se souvenait du nom de chaque criminel, de chaque arme et de chaque vendetta de l'île. Boswell décrit que Paoli est un homme qui ne dort que quelques heures par nuit, qui prend ses repas à toute vitesse et dont le regard perçant intimide instantanément ses interlocuteurs. Boswell, bien que très admiratif, admet à demi-mot que Paoli gouverne par la peur respectueuse qu'il inspire plutôt que par pur consensus[58].
Malgré le fait qu'il ait accordé aux femmes cheffes de clans le droit de vote dans la Constitution corse de 1755, Paoli était personnellement distant envers elles, il fuyait leur compagnie et leur interdisait d'approcher les cercles du pouvoir. Il considérait qu'elles étaient des sources de distractions, de commérages et qu'elles affaiblissaient la détermination des hommes de l'État. Lors de son exil à Londres, il était invité dans les plus grands salons. Les observateurs de l'époque racontent que Paoli devenait extrêmement mal à l'aise, voire muet, dès qu'une femme tentait de le séduire ou de tenir une conversation intime avec lui. Il préférait s'isoler avec les hommes pour parler politique ou stratégie militaire. La seule exception était Maria Cosway, Dans les lettres qu'il lui envoie durant son exil à Londres, il exprime un désir et un attachement sentimental très clairs, qui se solderont par une déception amoureuse, Maria Cosway ne partageant pas la même fougue[39]
Idéologie
modifierL'idéologie de Pascal Paoli ne peut pas être enfermée dans une seule case politique moderne. Elle est le produit d'une synthèse complexe entre les Lumières italiennes, le républicanisme classique, le libéral-conservatisme, le théocentrisme et le machiavélisme[59].
Libéralisme latin
modifierPaoli était favorable au libéralisme, mais dans une conception collective et non individualiste. Il condamne les « riches fénéants » et le « vil argent ». Lorsqu'il était chef d'État de la République corse, il écrivit dans une lettre :
« Les républiques disparaissent lorsqu’on y trouve des particuliers si riches qu’ils imposent à la multitude au mépris du mérite et des lois[60]. »
Théocentrisme réformateur systémique
modifierPascal Paoli a idéologiquement navigué entre le laïcisme législatif et un système de République chrétienne.
Sous la République corse, le catholicisme est religion d'État et sert d'appareil administratif (les couvents accueillent le Parlement, les curés encadrent les votes). Cependant, Paoli applique un principe de gallicanisme : l'Église doit être soumise à l'autorité politique de l'État corse, et non l'inverse. De plus, les troupes militaires de la République corse sont galvanisé par la notion de Guerre sainte et de « martyr ». Paoli et ses intellectuels accomplissent une révolution sémantique en créant le concept de « martyr de la patrie ». Mourir les armes à la main contre les Génois n'est plus seulement un acte de bravoure militaire, c'est un acte de sanctification civile. Le soldat tombé au champ d'honneur accède instantanément au salut éternel car il s'est sacrifié pour la justice divine[61]. La République corse puis le Royaume anglo-corse, en mettant en place le Diu vi salvi Regina comme hymne national, utilise expressément un chant de guerre mystique chrétien pour galvaniser les troupes.
La pensée de Pasquale Paoli se structure autour d'un anti-athéisme doctrinaire. Si le régime refuse l'ingérence du clergé dans l'exécutif de l'État, il refuse également l'incroyance. Adepte d'un républicanisme classique d'inspiration latine, Paoli considère la foi religieuse comme le ciment moral indispensable à l'unité de la nation et à la validité du serment civique. Cette condamnation se matérialise juridiquement dans le préambule de la Constitution du Royaume de Corse de 1794, où l'athéisme est officiellement qualifié d'impiété criminelle et de système de désorganisation sociale importé par le jacobinisme français[62].
Pan-italianisme
modifierDans la mesure où l'irrédentisme italien était un mouvement politique ou historique, Pasquale Paoli n'a rien eu à voir avec le mouvement qui s'est terminé par l'occupation de la Corse par les troupes fascistes italiennes à la fin de 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale[réf. nécessaire].
Il ne fait aucun doute, cependant, que Paoli était sensible à la culture italienne et considérait sa langue maternelle comme un dialecte italien (le corse est une langue italique étroitement apparentée au toscan, au sicilien et, dans une certaine mesure, au sarde)[réf. nécessaire]. Il était considéré par Niccolò Tommaseo, qui a rassemblé ses lettres, comme l'un des précurseurs de l'irrédentisme italien. Le « Babbu di a Patria » (Père de la patrie), comme le surnommaient les Corses, écrivit dans ses lettres l'appel suivant en 1768 durant l'invasion française :
« Nous sommes Corses de naissance et de sentiment, mais nous nous sentons avant tout Italiens par la langue, les origines, les coutumes, les traditions ; et les Italiens sont tous frères et unis devant l'histoire et devant Dieu... En tant que Corses nous ne voulons être ni esclaves ni "rebelles" et en tant qu'Italiens nous avons le droit de traiter en égaux les autres frères italiens... Ou nous serons libres ou nous ne serons rien... Ou nous vaincrons ou nous mourrons, les armes à la main... La guerre est juste et sainte comme le nom de Dieu est saint et juste, et ici sur nos montagnes apparaîtra pour l'Italie le soleil de la liberté....[63] »
Paoli souhaitait que l'italien soit la langue officielle de sa République corse. Sa Constitution corse de 1755 fut rédigée en italien (le corse n'était pas une langue écrite à l'époque) et l'université éphémère qu'il fonda à Corte en 1765 utilisa l'italien comme langue d'enseignement[réf. nécessaire].
Union avec la France
modifierDurant le vote de 1789 sur la réunion de la Corse à la France, Paoli, initialement favorable à la Révolution française, écrit au président de la Constituante : « ... En admettant la Corse parmi les provinces de la France, elle a trouvé le moyen le plus infaillible d'attacher les habitants de cette île au gouvernement français... ». Le , il écrit à son ami Nobili-Savelli : « Notre peuple rompt ses chaînes, l'union libre à la nation française n'est pas la servitude, mais la participation de droit »[64].
Toutefois, par la suite, du fait de la Terreur, Paoli s'écarte de la France révolutionnaire et, en 1793, du fait de la menace qui pèsera sur lui et son proche allié Charles André Pozzo di Borgo, tous deux considérés comme « traître à la République française », le menant à s'allier avec les Britanniques pour fonder le royaume anglo-corse.
Sentiment pro-britannique
modifierAlors qu'il faisait son premier exil à Londres, après une série d'entretiens avec le roi George III, Paoli reçut une pension de la Couronne, à la condition que, s'il retournait un jour en Corse en position d'autorité, il soutiendrait les intérêts britanniques. Cet arrangement n'était cependant pas cynique. Paoli devint sincèrement pro-britannique et éprouva une affection sincère pour ses nouveaux amis, dont le roi, une prédisposition qui, lors de la Révolution française, au moment de la Terreur, le conduisit dans le camp royaliste (également soutenu par les Britanniques) contre la République durant les guerres de la Révolution française. Cet arrangement ne constituait pas non plus un traité, car à l'époque, ni Paoli ni le roi George III n'avaient aucune idée de l'avenir. Cela a toutefois conduit au royaume anglo-corse en 1794.
Napoléon, en permission de son régiment d'artillerie, retourna au régiment d'Auxonne, où il travaillait à une Histoire de la Corse. Écrivant à Paoli, il lui demanda son avis sur certains passages et lui demanda des documents historiques. Les divergences entre les deux hommes devinrent apparentes. Paoli jugea l'histoire amateur et trop passionnée et refusa les documents ; Napoléon, à ce stade, ignorait tout des liens royaux de Paoli en Grande-Bretagne, ni de ses sentiments modérés, voire bienveillants, envers la royauté.
Les liens avec les Britanniques seront très impopulaires parmi les anciens compagnons de Paoli, et nombre d'entre eux deviendront des adversaires du royaume anglo-corse, comme Jacques Pierre Abbatucci, Antoine Gentili ou Ange-Mathieu Bonelli, tout trois d'anciens fidèles de Paoli à l'époque de la République corse.
Utilisation pseudo-historique de la figure de Paoli
modifierLa figure de Paoli a été utilisée pour appuyer des théories historiquement fausses et niant la complexité même du personnage ainsi que les circonstances de son époque. Les nationalistes corses ont forgé une légende dorée du personnage, tandis que la République française y a au contraire forgé une légende noire.
D'autres courants ont tenté de s'accaparer la figure de Paoli en niant sa forte complexité : Celle d'un homme de son époque.
Thèse pseudo-historique sur le démocrate moderne
modifierPaoli est dépeint par les nationalistes corses actuels comme un démocrate progressiste. En réalité, il n'en est rien, les historiens insulaires qui se sont penchés sur cette question sont catégoriques[2],[39] :
- Pascal Paoli dirige d'une main de fer la République corse, si il est sincèrement préoccupé par le sous-développement et la fondation d'un état de droit, le Général se rapproche en réalité d'un Despote éclairé et non d'un d'un état démocratique.
- Le Général fait face à de nombreux ennemis intérieurs et extérieurs, l'obligeant à adopter une poigne de fer pour diriger la République corse. Il doit se battre successivement contre les Matristes, les Génois, les collaborateurs et le Parti français.
- Son régime n'applique nullement le suffrage universel, seuls les chefs/cheffes de famille ont le droit de vote, contrairement même à ce que la Constitution corse prévoyait.
- La Ghjustizia Paolina est impitoyable et la peine de mort par pendaison et la décapitation était courante sous le régime paolien. Elle appliquait la responsabilité collective : si un membre d'une famille commettait un crime ou était condamné, c'était toute la famille qui subissait le bannissement et le rasage de sa maison.
- Il n'y a eu aucune élection pour le poste de Général de la nation après sa prise de pouvoir. Paoli était le Général en chef à vie.
- Les pouvoirs de Paoli étaient clairement dictatoriaux.
- Si de nombreux corses considéraient Paoli comme leur chef, d'autres le voyaient comme un tyran et ont accueillis à bras ouverts l'entrée des troupes françaises durant la conquête de 1768-1769
Paoli était un personnage très paradoxal, nourri de la Philosophie des Lumières mais également très croyant et religieux. Dirigeant une République en état de guerre permanent avec une armée rudimentaire, il a organisé une vaste propagande internationale avec la complicité du britannique James Boswell qui, dans son livre An Account of Corsica, a valorisé le régime paolien tout en gommant une partie de la réalité[2].
Paoli n'a eu peu de moyen de mener les réformes des Lumières qu'il affectionne sincèrement, absolument toute son administration, son armée et ses assemblées reposent dans les couvents catholiques, il gouverne un peuple extrêmement religieux et fait face à des guerres de clans, dans une île très pauvre et perçue comme sauvage devant le reste du monde. Sa stratégie de propagande reposait sur une stratégie de survie totale à l'international, quitte à inventer des réformes très progressistes, des massacres fictifs de la part des génois pour avoir du soutien de la part du Royaume de Grande-Bretagne.
Les réformes auxquelles on lui prête souvent sont en fait celles de Christophe Saliceti, appliquées sous le Directoire (durant le second exil de Paoli) qui a imposé la Constitution civile du clergé, détruit la féodalité et l'ordre seigneural et imposé la modernisation administrative. Or Saliceti était l'ennemi juré de Paoli durant la période de 1793-1796.
Des historiens corses qualifient désormais ouvertement le gouvernement de Paoli de « dictature de Salut public » ou de régime de « despotisme éclairé ». Les chercheurs démontrent que la fameuse « démocratie » paoline était avant tout un outil de communication : Paoli cherchait à substituer la loyauté envers l'État à la loyauté envers le clan, mais pour y arriver, il a dû utiliser la force brute, la censure et l'élimination des rivaux. La cléricalisation des organes de sa République corse est documentée[2],[39].
À Corte, les historiens insulaires participent régulièrement à des conférences et à des documentaires rappelant que Paoli était avant tout un homme du XVIIIe siècle, avec toute la froideur politique que cela impliquait, ils reconnaissent l'aspect avant-gardiste de Paoli tout en rappelant qu'il s'agit avant toute chose d'un homme du XVIIIe siècle et qu'on lui prête des aspects d'un homme moderne[2].
Paoli comme chef infaillible
modifierSi Pascal Paoli a indiscutablement été le fondateur de la République corse, il n'a pas fait l'unanimité auprès tous les Corses de son époque, ce fut même le contraire. Paoli a été élu au pouvoir en 1755 lors d'une consulte très contestée où de nombreuses pievi (circonscriptions) étaient absentes, et face à son rival Emmanuele Matra. Pour asseoir son autorité, Paoli a dû réprimer durement les révoltes de clans rivaux et faire face au scepticisme des cités littorales (Bastia, Ajaccio, Calvi) restées fidèles à Gênes ou prêtes à accueillir la France.
Paoli était perçu comme un opportuniste et un arriviste par les grandes familles corses du nationalisme primitif du début de la guerre d'indépendance. Il n'a jamais combattu, ce qui ne l'a pas rendu crédible aux yeux de la famille de Jean-Pierre Gaffory, de la famille Matra et des Abbatucci, ces familles pourtant figures du nationalisme primitif qui ont lancé la révolte anti-Génoise restent avant tout des familles traditionnelles qui ont terminé alliées de la monarchie française[2].
De nombreux clans féodaux corses étaient en collaboration active avec la République de Gênes, et au sein du mouvement national corse, le Clan Matra et d'autres ont également été hostiles à la nomination de Pascal Paoli comme Général de la nation, c'est d'ailleurs cette controverse qui a mené à la Guerre civile corse qui s'est soldé de peu à la victoire des paolistes, Pascal Paoli aillant failli être tué par les matristes[65].
La Conquête française de la Corse de 1769 a été fortement facilitée avec le Régiment Royal-Corse, fortement entraînées et loyales au Royaume de France. Les forces militaires corses pro-françaises connaissant parfaitement le terrain, les coutumes et la géographie de la Corse, ont une responsabilité directe dans la chute de Paoli avec le Parti français à l'intérieur. L'autre point de rupture était l'impitoyable Ghjustizia Paolina, le régime de Paoli, utilisant une justice punitive s'est retrouvé avec une cinquième colonne qui n'attendait que la France pour se soulever contre Paoli[2].
En 1793, Paoli se retrouve face à une nouvelle génération de militants qui adhèrent aux Lumières françaises, or Paoli est lié aux Lumières italiennes qui sont rattachés au conservatisme libéral. Paoli, plus conservateur du fait de son appartenance à cette frange des Lumières, se heurte rapidement à une génération dont l'adhésion à la Révolution française. C'est cette génération qui vont l'accuser de se comporter « comme un chef de clan féodal ». Or, si les membres de cette génération étaient de base des admirateurs fervents de Paoli, ils sont largement plus extrémistes que le Général qui tient adhère à une vision plus conservatrice des Lumières.
De plus, Paoli s'est retrouvé face à un rival très puissant, Christophe Saliceti, directement allié au pouvoir parisien. De l'anglophilie du Général s'est heurté à la résistance de nombreux de ses anciens compagnons qui, à la création du Royaume anglo-corse. Certains d'entre eux qui dirigeaient des garnisons républicaines ont fortement mal digéré que leur chef, en contactant les Britanniques lors de l'invasion de la Corse, aient mis leurs vies en danger et ait provoqué la mort de plusieurs centaines de soldats corses de l'armée révolutionnaire française. Au fil du temps, Paoli ne maîtrise plus la situation et la Corse commença à de plus en plus être traité comme une colonie britannique, ce qui entraîne un soulèvement massif parti de Bocognano entraîné par Ange-Mathieu Bonelli, l'un des anciens lieutenant de Paoli devenu un de ses opposants.
Paoli a fini maudit et conspué par une immense partie de la population corse après 1796 suite à la victoire du parti français contre le Royaume anglo-corse, il était considéré comme le coupable de l'occupation britannique qui a forcé les corses à payer des impôts au roi d'Angleterre mais aussi comme l'instigateur de la guerre de 1793 entre corses[39]. Les récoltes ont été détruites, l'économie s'est effondrée, et les impôts levés par le vice-roi anglais Elliot ont asphyxié les paysans. Les Corses l'ont tenu pour directement responsable de cette ruine [39] En reprenant le contrôle des districts insulaires en 1796, Christophe Saliceti envoie des comptes-rendus au Directoire à Paris. Il y note avec satisfaction que le peuple corse maudit désormais le nom de Paoli, dénonçant la misère et la cléricalisme dans laquelle le gouvernement anglo-paoliste l'avait plongé.
Paoli comme anti-français primaire
modifierDe nombreux français voient également Pascal Paoli comme un individu totalement francophobe, là encore, il s'agit d'un narratif et non d'une vérité.
Avant la conquête française de la Corse, Paoli était entouré par certains corses favorables à la France comme cité plus haut, si Paoli se méfie de ces positions, il sait aussi qu'ils sont cruciaux dans la lutte contre la République de Gênes. Lors de la conquête française de la Corse, Paoli dirige effectivement des forces hostiles au Royaume de France, mais dans un but de protéger l'indépendance de la Corse et non par une haine anti-française viscérale. Paoli admirait la France pour sa culture et son histoire, il était loin d'éprouver une hostilité viscérale anti-française.
En 1793, si Paoli et ses partisans préparent la sécession, c'est avant tout car la France républicaine est en période de terreur, Paoli craint avant tout les répercussions en Corse que pourrait avoir le régime de Robespierre sur l'île. De plus, Paoli protège les prêtres réfractaires, hors en faisant celà, il estime protéger la religion catholique qui est le socle de la société corse. Paoli a été dénoncé comme un traître par Lucien Bonaparte et Christophe Saliceti. Le Général étant convoqué par la Convention nationale à Paris, or, s'y rendre en plein régime robespierriste le condamnerait à mort justement à cause de ces tensions avec les jacobins[66]. Paoli était de plus l'ami des Girondins favorable à une République française décentralisée qui, après avoir perdu le pouvoir, ont été persécutés par les Montagnards dont été reliés le Clan Saliceti et le Clan Arena.
L'affirmation de Paoli comme anti-français primaire est à la fois le fait de la Première République mais aussi des séparatistes corses qui utilisaient cette pseudo-histoire pour alimenter leurs propres agendas : la Cinquième République voulait déligitimer l'opposition corse qui s'opposaient aux politiques d'assimilation forcée, tandis que les séparatistes corses voulaient au contraire alimenté cette pseudo-histoire pour inciter les Corses à la sécession.
Paoli comme irrédentiste italien
modifierLes partisans de l'Irrédentisme italien utilisent les lettres où Pascal Paoli déclare que la Corse est italienne de culture pour leur propagande.
En effet, si le général a eu des mots élogieux et a identifié la Corse comme une terre italienne, le pan-italianisme de l'époque ne prônait pas une extension de l'état italien (celui-ci n'existant tout simplement pas avant le Risorgimento, l'Italie était divisée en plusieurs états).
Les soutiens Corses des Fascistes italiens dans les années 1930 ont également utilisé la figure pour légitimer un rattachement potentiel de la Corse à l'Italie. Petru Giovacchini, figure corse pro-fasciste de premier plan en est même venu à dire que Paoli était un soutien à l'Irrédentisme italien[67]
Mythe des « Juifs de Paoli »
modifierLe Mythe des « Juifs de Paoli » construit dans les années 1980 soutient que le Général Paoli aurait accueilli des milliers de Juifs en Corse, dans certains cas, les rumeurs vont plus loin : 25% de la population corse actuelle serait d'origine juive selon certaines théories pseudo-historiques. En réalité il n'en est rien et des recherches génétiques ont démontré l'absence même d'origine juive[68]. La République corse ne détenait pas tout le territoire corse, la majorité des côtes étaient encore sous contrôle génois, la République de Gênes n'hésitait pas non plus à utiliser des Corses pour lutter contre Paoli.
Selon l'historien corse Antoine-Marie Graziani, il y a bien eu une présence juive à l'Île-Rousse à l'époque de la République corse, toutefois, il y avait également quelques dizaines d'étrangers, des toscans et des Grecs, quelques dizaines tout au plus, dont le rôle était de travailler[69]. Le sort de ces étrangers juifs, toscans ou grecs, est inconnu.
De plus, une migration de milliers de Juifs en Corse alors que la République corse ne comptait qu'environ 130 000 habitants aurait probablement provoqué une forte hostilité de la part de la population. De plus, Paoli gouverne un régime en pleine guerre d'indépendance, une situation instable qui n'attirerait pas des réfugiés, sans oublier que l'île est très pauvre à l'époque.
Paoli comme féministe
modifierPascal Paoli est également parfois considéré comme le premier à avoir donné le droits de vote aux femmes. Paoli n'était pas un féministe, dans la tradition communautaire corse (les pievi), les veuves ou chefs de famille votaient par procuration pour les affaires du village (représentation des foyers payant l'impôt). Ce droit existait déjà au Moyen-Âge sous la domination génoise. Il ne s'agit nullement d'un suffrage universel pour toutes les femmes, mais seulement pour les veuves de chefs de clans.
Paoli comme tyran
modifierCe portrait a été brossé par la propagande jacobine pour le décrédibiliser. S'il est vrai que Paoli concentrait les pouvoirs (général en chef à vie) et gérait l'île de manière autoritaire pour éradiquer la vendetta, ses réalisations fondamentales (égalité des droits, accès à la propriété, tentative de fonder un état moderne et répression de la vendetta) prouvent sa sincérité philosophique. Il a fondé l'Université de Corte (1765), ouvert une imprimerie d'État, introduit la liberté de la presse et tenté d'élever l'éducation des Corses selon les préceptes des Lumières, ce qui a fasciné Jean-Jacques Rousseau (avant qu'il ne découvre les faits occultés) et James Boswell[70].
Hommages
modifier
De son vivant, durant son premier exil après la conquête française de la Corse, Paoli fût célébré par de nombreux britanniques. James Boswell a écrit un recueil sur la Corse, Un récit de la Corse (en anglais : An Account of Corsica), un journal parlant de l'expérience de Boswell durant l'ère de la République corse ainsi que ses conversations avec Paoli, qui a permis aux britanniques de sympathiser pour les Corses.
Le mouvement américain des Fils de la Liberté s'inspirait de Paoli. Ebenezer McIntosh (en), l'un de ses chefs, nomme son fils Paschal Paoli McIntosh en son honneur.
Depuis sa mort à Londres en 1807, Pascal Paoli a été célébré à maintes reprises, aussi bien en Corse qu'ailleurs, à travers des cérémonies, des monuments, et des écrits. Ces hommages posthumes témoignent de l'impact profond qu'il a eu sur son peuple et au-delà.
Le retour des cendres
modifierL'un des hommages les plus significatifs à Pascal Paoli a été le retour de ses cendres en Corse, le . Ses restes, rapatriés depuis Londres, ont été inhumés dans sa maison natale à Morosaglia[71], transformée depuis en musée en son honneur. Cet événement a été marqué par une grande ferveur populaire et a renforcé l'attachement des Corses à leur héros national.
Monuments et lieux
modifier
De nombreuses écoles, places, rues et institutions portent son nom, non seulement en Corse, mais aussi en France et à travers le monde. Ces lieux sont autant de témoignages de la vénération portée à Paoli et de la volonté de perpétuer son souvenir. Par exemple à Paris, le quai de la Corse-Pasquale-Paoli ou encore une place à Rome[72].
Plusieurs lieux aux États-Unis portent également son nom. Parmi ceux-ci :
- Paoli (Colorado)
- Paoli (Indiana)
- Paoli (Oklahoma)
- Paoli (Pennsylvanie), qui doit son nom à la « Taverne du Général Paoli », point de rencontre des Fils de la Liberté et hommage au « Général des Corses ».
Manifestations culturelles
modifierChaque année, des commémorations sont organisées pour célébrer la mémoire de Pascal Paoli, notamment le , jour de sa naissance. Ces événements incluent des conférences, des colloques, des expositions et des manifestations culturelles qui mettent en lumière son œuvre et son héritage.
En 2007, à l'occasion du bicentenaire de sa mort, la Corse a rendu un hommage exceptionnel à Paoli, avec une série d'événements qui ont réuni historiens, écrivains, artistes, et politiciens. Ce bicentenaire a été l'occasion de revisiter son héritage et d'examiner l'actualité de ses idées dans le contexte contemporain.
Pascal Paoli a également fait l'objet de nombreuses études historiques et de biographies qui ont cherché à comprendre et à analyser son rôle dans l'histoire de la Corse et de l'Europe. Ces ouvrages, écrits par des historiens, des politologues, et des écrivains, ont contribué à faire de Paoli une figure incontournable de l'histoire européenne.
Œuvres
modifier- Pasquale Paoli et Antoine-Marie Graziani (Éditeur scientifique), Correspondance, vol. 1, Alain Piazzola : Istituto Storico per l'Età Moderna e Contemporanea, (ISBN 978-2-907161-89-3, lire en ligne)
- Pasquale Paoli et Antoine-Marie Graziani (Éditeur scientifique), Correspondance, vol. 2, A. Piazzola, (ISBN 978-2-907161-89-3, lire en ligne)
- Pasquale Paoli et Antoine-Marie Graziani (Éditeur scientifique), Correspondance, vol. 3, A. Piazzola, (ISBN 978-2-915410-38-9, lire en ligne)
- Pasquale Paoli et Antoine-Marie Graziani (Éditeur scientifique), Correspondance, vol. 4, A. Piazzola, (ISBN 978-2-915410-83-9, lire en ligne)
- Pasquale Paoli et Antoine-Marie Graziani (Éditeur scientifique), Correspondance, vol. 5, A. Piazzola, dl 2011 (ISBN 978-2-36479-003-2, lire en ligne)
- Pasquale Paoli et Antoine-Marie Graziani (Éditeur scientifique), Correspondance, vol. 6, Éditions Alain Piazzola, dl 2015, cop. 2015 (ISBN 978-2-36479-039-1, lire en ligne)
- Pasquale Paoli et Antoine-Marie Graziani (Éditeur scientifique), Correspondance: 1764-1765, vol. 7, Éditions Alain Piazzola, (ISBN 978-2-36479-096-4, lire en ligne)
- Pasquale Paoli et Antoine-Marie Graziani (Éditeur scientifique), Correspondance, vol. 8, Éditions Alain Piazzola, (ISBN 978-2-36479-184-8, lire en ligne)
- James Boswell, Pasquale Paoli, Francis Beretti (Éditeur scientifique) et Graziani (Éditeur scientifique) (trad. Laurence Blow), Correspondance: 1780-1795, A. Piazzola, dl 2008 (ISBN 978-2-915410-57-0, lire en ligne)
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ La date de naissance a longtemps été questionnée par les historiens, jusqu'à ce que l'historien et archiviste Paul Graziani retrouve son acte de baptême où il est écrit[3] :
« Le septième jour d'avril, l'an du Seigneur mil sept cent vingt-cinq. Philippe-Antoine-Pascal, fils de Hyacinthe et Denise. Issu de légitime mariage, il a été baptisé par moi soussigné : sa naissance est du jour précédent. Parrain et marraine : Antonio Vittini et La Porta d'Ampugnani, Barbara Maria, épouse de Giancinto de la Stretta. »
- ↑ Le titre complet est « Général de la Nation et de l'Immaculée Conception en son royaume de Corse »[30].
Références
modifier- ↑ (en) Edward Lear, Journal of a Landscape Painter in Corsica, Londres, Robert John Bush, , p. 260
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 Les révolutions corses et l'idée républicaine : Pascal Paoli face à ses innovations, limites et contradictions (1755-1769), Le Bord de l'eau, (ISBN 978-2-38519-010-1)
- 1 2 Graziani 2017, p. 17.
- ↑ Graziani 2017, p. 26.
- 1 2 Ettori 1974, p. 484.
- ↑ Graziani 2017, p. 16.
- ↑ Graziani 2017, p. 38.
- ↑ Graziani 2017, p. 19.
- ↑ Graziani 2017, p. 14.
- ↑ Graziani 2017, p. 50.
- ↑ Ettori 1974, p. 492.
- ↑ Ettori 1974, p. 495.
- ↑ Ettori 1974, p. 498.
- ↑ Graziani 2017, p. 99.
- ↑ Ettori 1974, p. 491.
- ↑ Graziani 2017, p. 59.
- ↑ Ettori 1974, p. 502.
- ↑ Ettori 1974, p. 487.
- ↑ Graziani 2017, p. 48.
- ↑ Ettori 1974, p. 488.
- ↑ Graziani 2017, p. 62.
- ↑ Graziani 2017, p. 63.
- ↑ Colonna d'Istria 2019, p. 178.
- ↑ Graziani 2017, p. 69.
- ↑ Arrighi et Jehasse 2013, p. 416.
- ↑ Graziani 2017, p. 81.
- ↑ (en) Ferdinand Gregorovius (Edward Joy Morris (trans.)), Corsica: Picturesque, Historical, and Social: with a Sketch of the Early Life of Napoleon and an account of the Bonaparte, Paoli, Pozzo di Borgo, and other principal families, Parry & M'Millan, (lire en ligne [[http://273–275 archive]])
- ↑ Edward Boyle, Biographical Essays, 1790–1890, Ayer Publishing, (ISBN 0-8369-0237-8), Chapter 5, Pasquale Paoli
- ↑ Karma Nabulsi, Traditions of War: Occupation, Resistance, and the Law, Oxford University press, (ISBN 0-19-829407-7), p. 205–206
- ↑ Colonna d'Istria 2019, p. 179.
- ↑ Graziani 2017, p. 115.
- ↑ Ettori 1974, p. 497.
- 1 2 Arrighi et Jehasse 2013, p. 422.
- ↑ Linda Colley, The Gun, the Ship, and the Pen: Warfare, Constitutions, and the Making of the Modern World, Profile Books, (ISBN 978-1846684975), p. 19
- ↑ Arrighi et Jehasse 2013, p. 421.
- ↑ Arrighi et Jehasse 2013, p. 425.
- ↑ Arrighi et Jehasse 2013, p. 435.
- ↑ Arrighi et Jehasse 2013, p. 426.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 Antoine-Marie Graziani, Pascal Paoli, père de la patrie corse, Éditions Tallandier, (ISBN 978-2847340068)
- ↑ Arrighi et Jehasse 2013, p. 434.
- ↑ Arrighi et Jehasse 2013, p. 430.
- ↑ Arrighi et Jehasse 2013, p. 445.
- ↑ Colonna d'Istria 2019, p. 180.
- ↑ Arrighi et Jehasse 2013, p. 447.
- 1 2 Arrighi et Jehasse 2013, p. 449.
- ↑ Colonna d'Istria 2019, p. 191.
- ↑ (en) James Boswell, An account of Corsica, the journal of a tour to that island, and memoirs of Pascal Paoli (1769), London, E. and C. Dilly, (lire en ligne)
- ↑ (en) Sabine Baring-Gould, The Life of Napoleon Bonaparte, Elibron Classics, (ISBN 978-0-543-95815-0, lire en ligne), p. 38
- 1 2 3 4 5 6 Antoine Casanova et Ange Rovere, La Révolution française en Corse : 1789-1800, (ISBN 2708953168)
- ↑ Ange Rovere, Mathieu Buttafoco (1731-1806). Un homme dans le siècle des Révolutions, Éditions Alain Piazzola, (ISBN 978-2364790384)
- ↑ « La Maddalena, 22/25 February 1793 », sur Military Subjects: Battles & Campaigns, The Napoleon Series, 1995–2004 (consulté le )
- ↑ Antoine-Laurent Serpentini, Dictionnaire historique de la Corse, Éditions Albiana,
- ↑ Jean-Noël Poiron, « Les généraux corses de la Révolution et du Premier Empire », (consulté le )
- ↑ Graziani 2017, p. 349.
- ↑ Graziani 2017, p. 355.
- ↑ Graziani 2017, p. 356.
- ↑ The War of Wars, Robert Harvey, Constable and Robinson Ltd, 2006, pp. 59
- 1 2 3 4 (en) James Boswell, An Account of Corsica : The Journal of a Tour to that Island, and Memoirs of Pascal Paoli, (lire en ligne)
- ↑ Morgane Quilinchili, « Pascal Paoli démocrate et homme des Lumières ? "N'importe quoi" », sur Corse Matin, (consulté le )
- ↑ ANTOINE-BAPTISTE FILIPPI, « La Corse, au temps du libéralisme latin », (consulté le )
- ↑ Marie-Thérèse Avon-Soletti, La Corse de Pascal Paoli : Essai sur la Constitution de la Corse,
- ↑ Antoine Casanova, « Caractères originaux et cheminements de la Révolution en Corse. », Annales historiques de la Révolution française, vol. 260, no 1, , p. 140–172 (DOI 10.3406/ahrf.1985.1108, lire en ligne, consulté le )
- J.-M.-P. Mac Erlean, Le Royaume anglo-corse (1794-1796). Contre-révolution ou continuité ?, dans Annales historiques de la Révolution française, 1985, no 260, p. 215-235 (lire en ligne)
- ↑ N. Tommaseo. "Lettere di Pasquale de Paoli" (in Archivio storico italiano, 1st series, vol. XI).
- ↑ Antoine-Baptiste FILIPPI, « La révolution libérale corse », sur Institut Jean Lecanuet (consulté le )
- ↑ Robert Colonna d'Istria, Histoire de la Corse : Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », (1re éd. 1995), 315 p. (ISBN 979-10-210-3853-0, DOI 10.3917/talla.colon.2019.01
, lire en ligne
). 
- ↑ Anna Richards, « The Spirited Revolutionary Who Led the Fight for Independence in Corsica Also Inspired America’s Colonial Rabble-Rousers », sur Smithonian magazine,
- ↑ (it) Mastroserio, Giuseppe. Petru Giovacchini – Un Patriota esule in Patria, p. 114.
- ↑ (en) Erika Tamm et al., « Genome-wide analysis of Corsican population reveals a close affinity with Northern and Central Italy », in Scientific Reports, volume 9, Article no 13581, 2019 (lire en ligne).
- ↑ « HISTOIRE. Les Juifs en Corse, la destruction d’un mythe (2e partie) », sur Corse Matin,
- ↑ Jean-Christophe Mocchi, Le mythe de Pascal Paoli et de Napoléon Bonaparte en Corse de 1970 à nos jours. Du riacquistu à la recherche contemporaine : reflets des évolutions et finalités idéologiques, politiques et socio-économiques d’une réconciliation historique. (thèse de doctorat), Université de Corte, (lire en ligne)
- ↑ Graziani 2017, p. 357.
- ↑ « Paoli Pasquale : sa "piazza" à Rome », sur corsicatheque.com (consulté le ).
Annexes
modifierBibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Christian Ambrosi, « Les deux annexions de la Corse (1768 et 1789) », Annales historiques de la Révolution française, no 203 « La Corse à la fin de l’Ancien Régime et sous la Révolution », , p. 7-22 (ISSN 0003-4436, e-ISSN 1952-403X, OCLC 1481323, BNF 32694556, lire en ligne
, consulté le ). - Christian Ambrosi, « Pascal Paoli et la Corse de 1789 à 1791 », Revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 2, no 3, , p. 161-184 (ISSN 0048-8003, e-ISSN 1776-3045, OCLC 978852871, BNF 40037794, lire en ligne
, consulté le ). - Pierre Antonetti, Histoire de la Corse, Paris, Robert Laffont, (réimpr. 1986), 2e éd. (1re éd. 1973), 493 p. (ISBN 2-221-00306-3).
- Jean-Marie Arrighi et Olivier Jehasse, Histoire de la Corse et des Corses, Paris, Perrin, coll. « Tempus » (no 509), , 2e éd. (1re éd. 2008), 726 p. (ISBN 978-2-262-02029-3 et 978-2-262-04254-7, OCLC 915283496, BNF 43632643).
. - (en) Elisa A. Carrillo, « The Corsican Kingdom of George III », The Journal of Modern History, vol. 34, no 3, , p. 254-274 (ISSN 0022-2801, e-ISSN 1537-5358, OCLC 263589299, BNF 34467810, DOI doi.org/10.1086/239115
, JSTOR 1874355, lire en ligne
, consulté le ). - Antoine Casanova, « Caractères originaux et cheminements de la Révolution en Corse (1789-1797) », Annales historiques de la Révolution française, no 260 « Questions d'histoire de la Corse (fin XVIIIe siècle - Révolution française) », , p. 140-172 (ISSN 0003-4436, e-ISSN 1952-403X, OCLC 1481323, BNF 32694556, lire en ligne
, consulté le ). - Antoine Casanova et Ange Rovere, La Révolution française en Corse : -, Toulouse, Éditions Privat, coll. « Histoire provinciale de la Révolution française » (no 7), , 316 p. (ISBN 2-7089-5316-8, OCLC 708310988, BNF 35064506).
- Robert Colonna d'Istria, Histoire de la Corse : Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », (1re éd. 1995), 315 p. (ISBN 979-10-210-3853-0, DOI 10.3917/talla.colon.2019.01
, lire en ligne
).
. - Fernand Ettori, « La formation intellectuelle de Pascal Paoli (1725-1755) », Annales historiques de la Révolution française, no 218 « La Corse. Des Lumières à la Révolution », , p. 483-507 (ISSN 0003-4436, e-ISSN 1952-403X, OCLC 1481323, BNF 32694556, lire en ligne
, consulté le ).
. - Antoine-Marie Graziani, Pascal Paoli : Père de la patrie corse, Paris, Tallandier, , 3e éd. (1re éd. 2002), 416 p. (ISBN 979-10-210-2312-3, OCLC 971604588, BNF 45183745, présentation en ligne).
. - (en) Thadd E. Hall, « Thought and Practice of Enlightened Government in French Corsica », The American Historical Review, vol. 74, no 3, , p. 880-905 (ISSN 0002-8762, e-ISSN 1937-5239, OCLC 01830326, DOI 10.2307/1873127
, lire en ligne
, consulté le ). - (en) Luke Paul Long, Britain and Corsica - : Political intervention and the myth of liberty (thèse), St Andrews, université de St Andrews, , 241 p. (hdl 10023/13232, lire en ligne
). - John Michael Peter McErlean, « Le Royaume anglo-corse (1794-1796). Contre-révolution ou continuité ? », Annales historiques de la Révolution française, no 260 « Questions d'histoire de la Corse (fin XVIIIe siècle - Révolution française) », , p. 215-235 (ISSN 0003-4436, e-ISSN 1952-403X, OCLC 1481323, BNF 32694556, lire en ligne
, consulté le ). - Pierre de Passano (préf. François Léotard), Histoire de l'annexion de la Corse, Genève, Horvath, , 410 p. (ISBN 2-7171-0623-5, OCLC 1143056124, BNF 35412402, lire en ligne
). - Francis Pomponi, « Sentiment révolutionnaire et esprit de parti en Corse au temps de la Révolution », Annales historiques de la Révolution française, no 203 « Corse à la fin de l’Ancien Régime et sous la Révolution », , p. 56-87 (ISSN 0003-4436, e-ISSN 1952-403X, OCLC 1481323, BNF 32694556, JSTOR 41914593, lire en ligne
, consulté le ). - Francis Pomponi, « En Corse sous la Révolution : le temps du Governo Separato (juin 1793-juin 1794) », Cahiers de la Méditerranée, no 48 « Hommage à Alain Sainte-Marie », , p. 149-165 (ISSN 0395-9317, e-ISSN 1773-0201, OCLC 2747028, BNF 34379317, lire en ligne
, consulté le ). - (en) Geoffrey W. Rice, « Deceit and Distraction : Britain, France, and the Corsican Crisis of 1768 », International History Review, vol. 28, no 2, , p. 287-315 (ISSN 0707-5332, e-ISSN 1949-6540, OCLC 827256360, BNF 34454256, DOI 10.1080/07075332.2006.9641094
, JSTOR 40109748, lire en ligne
, consulté le ). - Ange Rovere, « La Corse et le despotisme éclairé », Annales historiques de la Révolution française, no 260 « Questions d'histoire de la Corse (fin XVIIIe siècle - Révolution française) », , p. 189-214 (ISSN 0003-4436, e-ISSN 1952-403X, OCLC 1481323, BNF 32694556, JSTOR 41915220, lire en ligne
, consulté le ). - Michel Vergé-Franceschi, Pascal Paoli : Un Corse des Lumières, Paris, Fayard, , 640 p. (ISBN 2-213-62469-0, OCLC 419962722, BNF 39991903, présentation en ligne).
- Michel Vergé-Franceschi (préf. Emmanuel Le Roy Ladurie), Histoire de Corse : Le pays de la grandeur, Paris, Les Éditions du Félin, , 3e éd. (1re éd. 1996), 629 p. (ISBN 978-2-86645-891-1, OCLC 1104405343, BNF 45730514).
Liens externes
modifier- Archives conservées par : Service historique de la Défense (GR 3 YD 1322, FRSHD_PUB_00000355.pdf)
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Britannica
- Brockhaus
- Den Store Danske Encyklopædi
- Deutsche Biographie
- Dizionario biografico degli italiani
- Dizionario di Storia
- Enciclopedia italiana
- Gran Enciclopèdia Catalana
- Hrvatska Enciklopedija
- Internetowa encyklopedia PWN
- Nationalencyklopedin
- Oxford Dictionary of National Biography
- Store norske leksikon
- Treccani