Christophe Saliceti

avocat, politicien et dignitaire impérial français


Antoine Christophe Saliceti ou Salicetti, né à Saliceto (Corse) le , mort à Naples le , est un homme politique, ordonnateur militaire et diplomate français de la Première République, de l'Empire puis chef de la police et ministre de la guerre Page d'aide sur l'homonymie du Royaume de Naples de Joseph Bonaparte puis de Joachim Murat.

Christophe Saliceti
Christophe Saliceti en tant que ministre de la police et de la guerre à Naples, portrait de Jean-Baptiste Wicar (1808)
Fonctions
Membre du Conseil des Cinq-Cents
-
Député de la Corse
-
Député aux États généraux de 1789
-
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Église de San Gennaro (1809-1815)
Nom dans la langue maternelle
Antone Cristufaru Saliceti
Nom de naissance
Antonio Cristoforo Saliceti
Surnom
Citoyen Saliceti
Le conventionnel régicide
Le Monstre engendré par la Corse
Le Fouché de Naples
Nationalité
corse (1757-1769)
française (1769-1809)
Allégeance
Domicile
Formation
Activité
Appartenance ethno-culturelle
Famille
Pierre-Jean-Thomas Boerio (Beau-père)
Natale Saliceti (it) (Grand-oncle)
Père
Gian Carlo Saliceti
Mère
Maria Francesca Aitelli
Conjoint
Laure Beorio
Enfants
Catarina Saliceti
Angelica Saliceti
Autres informations
Religion
Parti politique
Montagnards (1792-1794)
Crêtois (1794-1795)
Thermidoriens (1995-1998)
Bonapartistes (1798-1809)
Idéologie
Membre de
Parti français (Corse) (informel)
Club des Jacobins (1789-1794)
Franc-maçonnerie (Années 1780-1809)
Grade militaire
Conflit
signature de Christophe Saliceti
Signature.

Conventionnel régicide ayant voté pour la mort de Louis XVI, il s'enfuit ensuite après la chute de Robespierre, il parvient à être sauvé in extremis par l'amnistie de 1795 et se rallie aux Thermidoriens par opportunisme. Ennemi juré de Pascal Paoli, il commande en tant qu'ordonnateur l'assaut de 1796 contre le Royaume anglo-corse qui ramène finalement la Corse dans le giron français, puis après le Coup d'état de Bonaparte, il se rallie au consulat et à l'Empire. Il participe activement à la chute de la République de Gênes en 1797, puis en 1806 est envoyé à Naples sur ordre de Napoléon, Saliceti s'efforcera d'écraser l'insurrection calabraise avant de mourir en 1809.

Christophe Saliceti demeure l'une des figures les plus polarisantes et insaisissables de l'histoire corse et révolutionnaire. S'il a indiscutablement œuvré pour ancrer son île natale dans la modernité politique, ses méthodes implacables et son cynisme idéologique en ont fait un personnage profondément contesté. S'il est le destructeur de l'ordre féodal, il a aboli les privilèges oligarchiques, permis à ses compatriotes corses d'être sur le devant de la scène, et a propulsé directement Napoléon Bonaparte, Saliceti faisait également preuve d'une amoralité absolue avec des méthodes extrêmement répressives, un enrichissement occulte et agissant comme un chef de clan pour arriver à ses objectifs personnels et militaires alors même qu'il était un homme d'État français.

Personnalité hautement controversée, Saliceti est passé d'un révolutionnaire jacobin radical à l'un des dignitaires les plus dangereux de l'Empire. Pour ses alliés, il était un atout majeur et ses subordonnés corses le considéraient comme un chef de guerre mythique. En revanche pour ses ennemis, il symbolise la répression et l'impérialisme français Page d'aide sur l'homonymie. Pour la Maison de Bourbon, il incarnait le mal absolu.

Il est retenu dans l'histoire comme le prototype du machiavélien de la Révolution et de l'Empire. S'il n'a pas laissé derrière lui les grands textes législatifs de ses contemporains, la mémoire historique a figé de lui une image fascinante, celle d'un régicide devenu paradoxalement « faiseur de rois », d'un maître de l'ombre et de l'artisan de destins qui le dépassaient.

Biographie

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Jeunesse

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Représentation de Christophe Saliceti jeune.

Antoine Christophe Saliceti naît le à Saliceto[1]. D'une famille gibeline originaire de Plaisance et réfugiée en Corse[2]. Dès son plus jeune âge, Saliceti fait preuve d'une intelligence vive et d'une mémoire infaillible, qualités qui lui valurent d'excellents résultats scolaires. Étudiant en droit en Toscane, il manifeste un intérêt marqué pour la politique corse. Il est le fils de Gian Carlo Saliceti, ce dernier était un lieutenant de l'armée de la République corse sous les ordres directs de Pascal Paoli. Le clan Saliceti fait partie des familles de notables qui soutenaient activement l'indépendance de l'île contre la République de Gênes. Christophe a donc grandi dans une ambiance de ferveur patriotique et de résistance militaire. Alors qu'il n'a que 12 ans, la République corse s'effondre après la Bataille de Ponte-Novo et Paoli s'exile en Angleterre. Pour la famille Saliceti, il faut s'adapter à la domination française. Christophe étant directement témoin de la répression et des pillages causés par les troupes royales française sur les villages corses, il conservera une haine farouche de la Maison de Bourbon toute sa vie[3]

Christophe est envoyé faire ses études chez les pères Barnabites de Bastia avant de partir étudier le droit en Italie, à Pise[4]. Après avoir obtenu son diplôme, il est admis au barreau de Bastia et au Conseil supérieur de Corse, dont il devient plus tard député du Tiers État[3].

Au début des années 1780, Saliceti intègre la franc-maçonnerie via la loge La Sincère Amitié de Bastia[3].[Information douteuse]

Révolution française

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Grâce à sa verve et à sa formation juridique, Saliceti est chargé par ses pairs de rédiger les cahiers de doléances de l'ordre du Tiers état pour la Corse[5]. Ce travail de synthèse critique des abus de la monarchie sur l'île assoit sa popularité locale. Le 3 juin 1789, il est tout naturellement élu député du Tiers état pour représenter la Corse aux États généraux[2]. Informée par Jean-Baptiste Galeazzini, Guasco et Morati de l'émeute du à Bastia, saisie de l'adresse de citoyens d'Ajaccio rédigée le par Bonaparte, toutes deux dressées contre l'intendant de Corse Barrin et son entourage contre-révolutionnaire, la Constituante vote le une motion de Saliceti qui intègre la Corse au royaume de France et une motion de Mirabeau autorisant le retour dans leur patrie des Corses qui après avoir combattu pour leur liberté se sont expatriés à la suite de la conquête de l'île. Ce vote fait suite aux demandes inscrites dans les cahiers de doléances de la population corse de 1788, d'intégrer "à égalité de droits et de devoirs l'empire français" et permet en le retour en Corse de Pascal Paoli exilé en Angleterre qui approuve le décret. À ce moment précis, Saliceti est un admirateur du général Paoli[3].

Durant la même année, Saliceti se rapproche du Club des Jacobins puis intègre les Montagnards de Maximilien de Robespierre. Il est de plus en plus convaincu que l'avenir appartient au centralisme républicain. Néanmoins, le député corse se veut rassurant : il envoie des lettres à Paoli pour maintenir le lien, mais en sous-main, Saliceti place ses alliés (les clans Arena et Bonaparte) dans l'administration corse pour affaiblir l'hégémonie paolistes[3]. Saliceti s'éloigne de Pascal Paoli, devinant chez lui des sentiments très tièdes pour la Révolution.

Saliceti redevient député à la Convention élu par le département de la Corse en . Il siège avec les Montagnards. Dès , il dénonce à la Convention la trahison probable de Paoli. Paoli envoie suite à ces accusations une lettre à Saliceti, dénonçons le tournant autoritaire de la révolution et les accusations de trahison proférées par le député Saliceti[3] : « Nous sommes des frères et non des sujets. Si notre loyauté est avérée, les commissaires ne devraient pas se dresser contre nous. Assurément, notre peuple ne supportera ni le pouvoir arbitraire ni l'abus d'autorité sous une constitution républicaine. Le peuple corse ne saurait s'accommoder du despotisme. »

Saliceti demande qu'on s'occupe de la défense de la Corse et signale l'indiscipline de Paoli qui protège les prêtres réfractaires. Le , il est désigné commissaire avec Lacombe-Saint-Michel et Joseph-Étienne Delcher. Ils ne débarquent dans l'île qu'en , mais ne parviennent pas à convaincre Paoli de se rendre à Paris. Entre-temps, influencée par les dénonciations de Lucien Bonaparte au club jacobin de Toulon, la Convention décrète les arrestations de Pozzo di Borgo et de Paoli.

Saliceti martèle que Paoli veut « vendre la Corse aux Anglais ». Cette accusation devient une réalité lorsque Saliceti intercepte lui-même des correspondances secrètes de Paoli destinées à l'amiral britannique Samuel Hood. Il s'empresse de les envoyer à Paris en s'exclamant : « Point de faiblesse désormais, la trahison est découverte ! ». En tant que député montagnard influent à la Convention, il utilise Paris comme un bras armé contre Corte. Il présente Paoli non pas comme un héros corse, mais comme un dangereux chef rebelle factieux qui menace l'unité indivisible de la République, forçant les Corses à choisir entre la France révolutionnaire et la soumission à l'Angleterre[3].

Traque de 1993 en Corse

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Christophe Saliceti est l'homme fort de la Convention nationale en Corse, agissant comme le principal rival politique de Pascal Paoli.

Au début de l'année 1793, Saliceti s'ancre profondément dans le camp des Montagnards (Jacobins radicaux) à Paris. Comme il est le seul des trois députés corses à voter la mort du Roi, son acte a provoqué l'effroi de Pascal Paoli, resté attaché à l'idée d'une monarchie constitutionnelle, et scelle la rupture idéologique définitive entre les deux hommes.

En conséquence Saliceti a mis en œuvre le rattachement militaire de la Corse à l'armée d'Italie, privant Paoli de son commandement militaire autonome puis profitant de l'échec de l'expédition de Sardaigne, il fait naître des soupçons de trahison envers Paoli, ce qui pousse la Convention à ordonner l'arrestation du vieux général le 2 avril.

Nommé commissaire extraordinaire par la Convention aux côtés de Jean-Pierre Lacombe-Saint-Michel et Joseph-Etienne Delcher, Saliceti débarque en Corse le 6 avril 1793 avec pour mission de faire appliquer le décret d'arrestation contre Paoli. L'accueil est glacial. La population fait bloc derrière Paoli. Conscient du rapport de force défavorable, Saliceti doit s'enfermer dans Bastia pour organiser la résistance républicaine avec les garnisons françaises[6]. C'est à Bastia que Saliceti accueille Napoléon Bonaparte, qui vient de s'évader de Bocognano avec l'aide d'Ange-Mathieu Bonelli.

Paoli enclenche une épuration de ses opposants et prend le contrôle d’une grande partie de l’île. Saliceti valide le plan de Napoléon pour tenter de reprendre la citadelle d'Ajaccio par la mer, mais l'opération échoue face aux paolistes. Devant l'insurrection généralisée, Saliceti aide à organiser l'évacuation maritime des partisans républicains et de la famille Bonaparte vers le continent, avant de s'enfuir lui-même début juin[6].

Le , suite aux actes des Paolistes, la Convention déclare « le traître Paoli hors-la-loi ». En retour, la Consulta de Corte dirigée par Paoli déclare Saliceti « Traître à la patrie corse ».

Activités en Provence et en Italie

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Saliceti, représentant en Provence, aide à la planification de la répression d'une révolte fédéraliste à Marseille et, le , il fait nommer Napoléon Bonaparte commandant provisoire de l'artillerie à l'armée assiégeant Toulon.

En , Saliceti, en tant que Commissaire de la Convention, gère la logistique militaire et la répression des royalistes après la reprise de Toulon. Par la même occasion[3]. Par la même occasion, il introduit Napoléon Bonaparte auprès de femmes influentes de son propre entourage pour parfaire son éducation sociale et politique, nécessaire à son ascension dans l'armée de la République. C'est d'ailleurs dans ce terreau provençal, hautement encadré par les réseaux de Saliceti, que Napoléon courtisera Désirée Clary (qui deviendra plus tard reine de Suède) tandis que son frère Joseph Bonaparte épousera Julie Clary[3].

En , Saliceti, avec Bonaparte, reprend définitivement Toulon aux anglais et réprime les royalistes restants[3].

Saliceti entame l'année 1794 avec des pouvoirs immenses en tant que représentant en mission de la Convention nationale auprès de l'armée d'Italie. Basé entre Nice, Draguignan et le front de mer, il planifie avec le général Bonaparte des plans militaires offensifs. En , il valide la Campagne d'Oneille, sécurisant la route de la Riviera pour l'armée révolutionnaire française. Pour nourrir les soldats, Saliceti organise des razzias de ressources, des réquisitions forcées et commence à asseoir son système de détournement de fonds en prélevant des taxes de guerre sur les navires et les territoires italiens conquis ou neutres[3].

À la chute de son ami Robespierre, le 9 thermidor (27 juillet 1794), Saliceti est en Provence. En tant que Montagnard ultra-radical et proche d'Augustin Robespierre, Saliceti est en danger de mort imminent de guillotine. Pour sauver sa tête face aux nouveaux maîtres de Paris (les Thermidoriens), il commet son coup de cynisme absolu. Le Saliceti dénonce Napoléon Bonaparte, lance de fausses rumeurs de trahison contre lui et signe l'ordre de son arrestation. Napoléon est jeté au cachot au Fort Carré d'Antibes. Une fois qu'il s'est assuré que les inspecteurs parisiens ont vu qu'il luttait contre les « robespierristes », Saliceti mène lui-même l'enquête sur Napoléon. N'ayant rien trouvé de concret, et sachant que l'armée a besoin de son génie d'artilleur, Saliceti signe son arrêté de libération deux semaines plus tard, se faisant passer à la fois pour le protecteur des lois et le sauveur de Napoléon. Saliceti a monté le coup pour sauver sa peau, et indirectement celle de Napoléon qui était soupçonné d'être lié à Robespierre[3].

Aillant réussi l'esquive de ne pas être envoyé à la guillotine, Saliceti se fait discret. Il continue de superviser les opérations de l'armée d'Italie, notamment lors de la victoire de Dego en septembre, mais son influence politique directe est affaiblie à Paris[3]. Il est progressivement rappelé par la Convention thermidorienne qui se méfie de ce lui en tant qu'ancien jacobin radical au passé de terroriste[3].

Sous les Thermidoriens

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Saliceti refuse de s'associer à la politique des Thermidoriens, qui démantèlent les acquis sociaux de la Révolution, répriment les ouvriers parisiens et laissent la "Jeunesse dorée" traquer les anciens Jacobins. Il rejoint ainsi les Crêtois à la Convention. Mais en Mai 1795, suite à la dernière révolte populaires jacobine à Paris, les Thermidoriens décident de liquider l'opposition de gauche. Après la reprise en main des Thermidoriens, Saliceti est décrété en état d'arrestation par ceux-ci en tant que « terroriste » et complice de la Terreur[3].

Saliceti, prévenu à temps, refuse de se rendre. Il bascule instantanément dans la clandestinité la plus totale au cœur de Paris. Il utilise des faux papiers et dort chaque nuit dans une planque différente pour échapper aux patrouilles thermidoriennes de la garde nationale. Saliceti trouve refuge chez Panoria Comnène (la mère de la future duchesse d'Abrantès), une amie de la communauté grecque de Corse de longue date installée à Paris. Alors que les policiers thermidoriens fouillent le quartier, Saliceti reste caché plusieurs jours dans leur maison. Laure Junot, la future duchesse, aide ensuite Saliceti à s'enfuir, celui-ci se déguisant en domestique sous le nom de "Le Cointre", s'asseyant sur le siège avant de la voiture pour franchir les barrières de police parisiennes au nez et à la barbe des traqueurs[7],[3].

Il parvient à traverser la France en secret et s'exile dans la Péninsule italienne, trouvant refuge dans la République de Gênes. Depuis cette position, il observe la fin de la Convention thermidorienne[3].

Après la Loi d'amnistie du 26 octobre 1795, des centaines d'hommes de l'ombre de la Terreur et anciens robespierristes traqués ont pu sortir de prison, effacer leur casier et réintégrer l'appareil d'État, à l'instar de Saliceti qui revient aussitôt aux affaires administratives en Italie. Les Thermidoriens permettent ainsi à leurs rivaux de reprendre leurs postes pour éviter que les Royalistes ne renversent la République. Effacé d'un coup de plume du fichier des personnes recherchées, Saliceti redevient un citoyen libre[3].

En , il est nommé commissaire à l'armée d'Italie et y joue un rôle auprès de son protégé Napoléon Bonaparte. Depuis l'Italie, Saliceti garde les yeux rivés sur son île natale, alors sous domination du Royaume anglo-corse de Pascal Paoli. Profitant des victoires de Napoléon qui coupent les routes maritimes britanniques, Saliceti prépare minutieusement le retour de la République française[3]. Dès le début de la campagne d'Italie en mars 1796, Saliceti cherche à exploiter la richesse génoise. Prétextant une violation de la neutralité de l'État par les coalisés, il exige un emprunt forcé colossal auprès du gouvernement de Gênes pour financer l'armée de Bonaparte. Devant le refus des autorités oligarchiques, Saliceti emploie l'intimidation militaire en positionnant des troupes aux frontières de la république, amorçant ainsi sa déstabilisation politique.

Napoléon ordonne officiellement à Saliceti et au général Antoine Gentili de cingler vers la Corse pour y rétablir l'autorité française. Joseph Bonaparte les accompagne pour mettre fin à la Guerre de Corse[3].

Débarquant sur l'île à la tête des colonnes de l'armée d'Italie, Saliceti commande l'assaut final. Face à la fureur républicaine, les troupes anglaises évacuent en catastrophe. Saliceti orchestre une politique de répression ciblée et d'épuration politique visant à balayer définitivement l'influence de Pascal Paoli et le parti contre-révolutionnaire. Bien qu'une amnistie générale soit proclamée pour apaiser la population, elle exclut strictement les chefs du gouvernement de Gilbert Elliot et une trentaine de meneurs de la « trahison anglo-paoliste »[3]. La « vengeance nationale » se concentre sur la trentaine de cadres contre-révolutionnaires. Les troupes républicaines corses soumettent l'île à un contrôle militaire strict pour éviter toute insurrection. L'île est ainsi définitivement rattachée à la France[8].

Saliceti chassé comme un traître par les paolistes en 1793, y termine l'année 1796 à Bastia en grand vainqueur, remettant la Corse dans le giron de la France et s'imposant comme le patron incontesté de l'île[3].

Le , Saliceti consolide son pouvoir politique en se faisant élire député au Conseil des Cinq-Cents. Fort de cette légitimité nationale, le Directoire l'envoie immédiatement en mission officielle en Italie septentrionale auprès de la République de Gênes. Il y retrouve son binôme, le général Napoléon Bonaparte. Pendant que Napoléon dicte les traités militaires, Saliceti gère l'ingénierie politique et l'infiltration des institutions locales. Saliceti s'appuie activement sur la bourgeoisie locale et les cercles jacobins génois pour fomenter des troubles[3].

Il y fomente avec d'autres agents français, des révoltes de patriotes italiens dans la République de Gênes. Téléguidés en sous-mains par Saliceti et ses alliés, les jacobins génois organisent des émeutes populaires à Gênes. Sous l'impulsion des agents de Saliceti, le peuple et les clubs jacobins lancent un assaut contre le Palais du Doge. Des émeutes éclatent, créant le prétexte parfait pour une intervention française[3].

Face aux violences commises contre les résidents français, Bonaparte et Saliceti posent un ultimatum au Doge. L'armée française intervient sous couvert de rétablir l'ordre. Le , l'ancienne aristocratie abdique. La chute de la république de Gênes actée pour céder sa place à une République ligurienne sœur de la France, dotée d'une constitution calquée sur le modèle républicain français[3].

La chute de la République de Gênes orchestrée en sous-main par Christophe Saliceti, provoque en Corse un immense soulagement mêlé à un sentiment de revanche historique absolue. Voir Gênes s'effondrer sous les coups de boutoir de Saliceti est perçu comme la fin d'un vieux complexe d'infériorité. Les Génois avaient traité les Corses comme des citoyens de seconde zone, voire des « barbares » indomptables et les ont opprimés pendant près de cinq siècles. En 1797, la situation s'inverse totalement. Ce sont des Corses, à travers les figures de Napoléon Bonaparte qui commande l'armée d'Italie et de Christophe Saliceti qui rédige la constitution de la nouvelle République ligurienne, qui deviennent les tuteurs politiques et militaires des Génois[3].

Pour les alliés corses de Saliceti (les clans Bonaparte, Arena, Casabianca), cet événement confirme que la Corse a fait le bon choix en s'ancrant à la France républicaine. Saliceti démontre à ses compatriotes la puissance du logiciel jacobin : la Révolution n'abat pas seulement les rois à Paris, elle abat aussi les oligarchies corrompues en Italie[3]. Pour les insulaires, la chute de Gênes efface définitivement les blessures des guerres d'indépendance du XVIIIe siècle. Elle valide l'avènement d'une élite corse moderne, capable de régenter le nord de la péninsule italienne[3].

Bien que la Corse soit revenue dans le giron français fin 1796, la politique de centralisation et l'anticléricalisme jacobin imposés par Saliceti finissent par provoquer une violente rébellion paoliste. Au début de l'année 1798, dans le nord de l'île (la Castagniccia et le Fiumorbo) des paysans se soulèvent. Les insurgés arborent une petite croix de tissu blanc sur leur chapeau (d'où le nom de révolte de A Crucetta). Ils exigent le retour de leurs prêtres catholiques et rejettent la conscription militaire ainsi que les impôts républicains de Saliceti. Face à ce soulèvement qui menace directement son œuvre et le découpage administratif de l'île qu'il vient de finaliser, Saliceti n'hésite pas. Il soutient une répression militaire féroce menée sur le terrain par le général Vaubois. Les villages insurgés sont désarmés, les maisons des chefs rebelles sont rasées, et les principaux meneurs sont exécutés. Saliceti applique la Terreur militaire pour mater définitivement les derniers relents de résistance paoliste ou traditionaliste[3].

Parallèlement à la crise corse, Saliceti passe une grande partie de l'année 1798 à siéger et à intriguer à Paris en tant que député au Conseil des Cinq-Cents. En mai 1798, les élections législatives voient une forte poussée des députés jacobins à travers la France. Le Directoire, paniqué par ce retour de la gauche radicale, organise un coup d'État légal (la loi du 22 floréal) pour invalider l'élection de dizaines de députés jacobins. Saliceti, grâce à son profil de survivant politique et à la protection des réseaux bonapartistes naissants, réussit à conserver son siège. Tout en restant profondément de gauche dans ses convictions républicaines, il joue la carte de la modération et de l'institutionnalisation pour ne pas être purgé par le Directoire[3].

En , le général Bonaparte s'embarque pour l'expédition d'Égypte. Saliceti sert de relais d'influence politique pour Napoléon Bonaparte dans la capitale. Alors que Napoléon est coupé du monde en Orient, Saliceti utilise son siège de député et ses réseaux maçonniques pour défendre la réputation du clan Bonaparte et surveiller les complots du Directoire, préparant secrètement le terrain pour les bouleversements politiques à venir[3].

Au début de l'année 1799, Saliceti est un membre très influent du Conseil des Cinq-Cents. Face aux crises militaires, il opère un retour aux sources idéologiques en devenant l'un des leaders des néo-jacobins (la gauche républicaine radicale). Il réclame des mesures d'exception rappelant l'an II (la levée en masse, l'impôt forcé sur les riches). Toutefois, Saliceti utilise cette posture radicale pour terroriser les modérés du Directoire et se rendre indispensable, tout en observant la décomposition du pouvoir central[3]. Lorsque Napoléon Bonaparte rentre d’Égypte en pour renverser le gouvernement, Saliceti se retrouve face à un choix crucial. Il sait que le complot s'organise autour de Napoléon et de Lucien Bonaparte[3].

En coulisses, Saliceti négocie secrètement avec le clan Bonaparte. Normalement, en tant que chef jacobin, Saliceti aurait pu organiser la résistance armée des sans-culottes parisiens pour faire avorter le coup d'État, mais le député corse décide de trahir et paralyser la gauche radicale. Saliceti laisse faire Napoléon, et s'assure d'être dans le camp des vainqueurs une fois le Directoire dissous[3].

Le lendemain du Coup d'État du 18 Brumaire, la feinte de l'opposition prend fin. Saliceti fait publiquement allégeance au nouveau régime du Consulat dirigé par Napoléon. Bien que le Premier Consul se méfie de ce mentor devenu un peu trop encombrant et corrompu, il connaît l'immense utilité de Saliceti. Napoléon récompense son silence et son ralliement en le maintenant au cœur de l'appareil d'État[3]. Saliceti a définitivement troqué ses derniers idéaux jacobins contre une place de choix dans le nouveau régime[3].

Activités sous le Consulat

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La période du Consulat est pour Christophe Saliceti une phase de transition dorée mais de surveillance étroite. Juste après le coup d'État, Napoléon nomme Saliceti délégué général des Consuls en Corse. Sa mission est de stabiliser l'île, encore secouée par les remous de la révolte de A Crucetta[3].

Saliceti profite de la situation pour verrouiller les institutions insulaires au profit du clan bonapartiste, plaçant ses hommes de confiance à Bastia et Ajaccio avant que Napoléon ne décide de le rappeler pour des missions diplomatiques plus complexes dans la péninsule italienne[3].

En 1801, Saliceti reçoit sa première grande mission de Napoléon : il est nommé commissaire extraordinaire de la République française auprès de la République de Lucques en Toscane. En décembre de la même année, Saliceti fait adopter par la force une constitution pour la République de Lucques. Il calque les institutions sur le modèle consulaire français, privant la vieille oligarchie lucquoise de son pouvoir[3].

Toutefois, Saliceti s'adonne désormais à des activités de racket fiscal et est de plus en plus corrompu, il extorque des sommes colossales aux caisses de la ville sous couvert de financer l'entretien des troupes françaises et reçoit des pots-de-vin personnels[3].

En 1802, Saliceti est envoyé à l'Île d'Elbe comme ministre plénipotentiaire. Saliceti de plus en plus affairiste, gère l'affermage des mines. Il écarte les exploitants locaux pour confier les concessions minières à des compagnies financières françaises amies, touchant au passage d'importantes rétrocommissions qui consolident sa fortune colossale[3].

À la fin de l'année 1803, Saliceti débarque en République ligurienne qu'il connaît bien, Napoléon le charge de préparer le terrain pour l'étape suivante : l'intégration définitive de la Ligurie au futur Empire français. Saliceti y mène des purges contre les républicains indépendants et les partisans de l'Empire d'Autriche, il y structure les forces de police locale pour que la future annexion se passe sans résistance locale[3],[9].

La proclamation du l'Empire actée, Saliceti fait preuve de cynisme absolu, il sait que la République une et indivisible de 1793 n'est plus, il préfère l'Empire dirigé par son compatriote corse Napoléon Ier plutôt qu'un retour de la Maison de Bourbon ou l'anarchie des débuts de la Révolution française[3]. Loin de son passé de Jacobin radical, Saliceti fait allégeance immédiate à l'Empereur. Napoléon récompense cette fidélité en le nommant membre du Conseil d'État. Saliceti accepte volontiers les dorures impériales[3].

En 1805, Saliceti est ministre plénipotentiaire de la France auprès de la République ligurienne (Gênes). Après avoir détruit l'oligarchie génoise en 1797 et surveillé la ville sous le Consulat, Napoléon lui donne l'ordre d'en finir avec l'indépendance de la façade maritime italienne[3]. Saliceti organise une parodie de consultation populaire. Par la pression policière, la censure et la corruption, il pousse le Sénat génois à demander officiellement la réunion de la Ligurie à la France[3]. Le 4 juin 1805, la République ligurienne est officiellement dissoute et intégrée à l'Empire français, divisée en trois départements (Gênes, Montenotte, Apennins). Saliceti livre à Napoléon le contrôle total du plus grand port militaire du nord de l'Italie[3].

Saliceti ordonne par la même occasion que les restes de Nationaux corses exécutés durant la Guerre d'indépendance corse (1728-1769) et jetés dans des fosses communes en 1746 soient enterrés dignement et avec honneur dans l'ex-République de Gênes[10].

Saliceti est appelé par Napoléon pour réorganiser la Principauté de Lucques et Piombino pour l'offrir à sa sœur préférée, Élisa Bonaparte. L'expertise de Saliceti est donc désirée. Le , Saliceti rédige et met en place les nouvelles institutions de Lucques. Il adapte la principauté pour en faire un État satellite modèle, totalement soumis à la couronne impériale française, préparant l'arrivée triomphale d'Élisa[3].

Janvier 1806 marque un tournant majeur : Saliceti quitte définitivement la politique des assemblées et n'est plus mandatées pour annexer des républiques italiennes. Il est désormais mandaté pour devenir le grand artisan de l’ordre impérial dans le Sud de l'Italie[3]. L'armée impériale envahit le Royaume de Naples et en chasse la dynastie des Bourbons-Siciles. L'Empereur confie la couronne à son frère aîné, Joseph Bonaparte. Conscient que Naples est une poudrière urbaine et que Joseph manque de fermeté, Napoléon impose Saliceti à son frère[3].

Chef de la police et ministre de la guerre à Naples

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En 1806, il accompagne à Naples le nouveau roi Joseph Bonaparte et celui-ci le nomme ministre de la Police le . Le , il est aussi nommé ministre de la guerre. Il agit à Naples en quasi vice-roi pour le compte de l'Empire français. Sa mission est d'imposer l'ordre napoléonien face à la féroce insurrection calabraise et aux réseaux terroristes partisans de la Maison de Bourbon-Siciles. Saliceti y déploie une répression implacable et y bâtit un véritable État policier[11],[3]. Les paysans calabrais, fanatisés par le clergé et financés par la flotte britannique, se soulèvent massivement contre l'occupant français dans une guérilla ultra-violente. Saliceti déploie sa méthode : il n'applique pas les lois ordinaires mais instaure des commissions militaires d'exception dotées de pouvoirs de haute police[3]. En tant que ministre de la Police et de la Guerre du royaume de Naples, Christophe Saliceti s'est installé dans un ancien palais de la dynastie des Bourbon-Siciles déchue[3].

Saliceti fait face à une criminalité endémique et à des complots bourboniens constants. C’est en 1806 qu’il met en place son coup de maître : le retournement de la pègre. Plutôt que d'épuiser ses troupes, il amnistie des pans entiers de la pègre des prisons, infiltre leurs structures et les transforme en une milice d'indicateurs officieux. Cette méthode, consistant à utiliser le milieu criminel pour sécuriser l'ordre public, a paradoxalement militarisé et structuré les réseaux qui allaient devenir la Camorra plus tard.

Saliceti se sert également des loges maçonniques pour contrôler l'armée d'occupation française. Il y favorise la création de loges militaires au sein des régiments français stationnés dans le Royaume de Naples en y plaçant ses hommes de confiance et utilise le cadre maçonnique pour étouffer toute velléité de complot parmi les officiers[3].

Christophe Saliceti s'adonne au libertinage avec des femmes de la haute société napolitaine. Il a entretenu des liaisons simultanées avec plusieurs femmes influentes issues de la noblesse locale. Saliceti choisissait ses maîtresses non pas par romantisme, mais pour leur position sociale. Il s'en servait comme d'indiscrètes de haut vol. À travers ces liaisons et les secrets de famille qu'il récoltait sur l'oreiller, il obtenait des preuves de double jeu ou de financement secret de la guérilla bourbonienne. Au lieu d'arrêter immédiatement les coupables, il utilisait ces informations pour faire du chantage direct aux patriarches des grandes familles napolitaines, les forçant à prêter allégeance au roi Joseph Bonaparte sous peine de voir leur famille ruinée ou exécutée[3].

Saliceti doit faire face aux sanfédistes, une faction de catholiques ultra-radicaux qui attaquent les troupes françaises. Saliceti, associé à André Masséna, lance une répression implacable contre les insurgés[3]. La Calabre est particulièrement visées par le policier-ministre, Saliceti met à prix la tête de Fra Diavolo et charge le général Léopold Hugo (le père de Victor Hugo) de le traquer à travers les montagnes de la Terra di Lavoro et de Calabre. Après la capture du chef des « brigands » Fra Diavolo, Saliceti le fait pendre sur place publique pour l'exemple, cherchant à démoraliser les légitistes et à prouver que le nouveau régime napoléonien de Joseph Bonaparte ne reculerait devant rien pour pacifier le royaume.

Sous prétexte de traquer les espions britanniques et les insurgés fidèles aux Bourbons, il s'adonne au racket institutionnel et impose des contributions financières forcées exorbitantes aux grandes familles de l'aristocratie napolitaine. Une partie de cet argent finançait les indics et la police secrète, mais une part massive était détournée directement dans ses poches par un système de comptabilité occulte[3].

L'autre méthode de Saliceti est la surveillance des homosexuels au sein de l'élite et du clergé napolitains comme arme d'extorsion sociale. Dans le royaume très catholique de Naples au début du XIXe siècle, les pratiques homosexuelles (alors qualifiées de « sodomie ») étaient passibles de lourdes peines de prison, d'infamie publique et de la perte totale des biens[3]. Nombre de prêtres, de magistrats et de princes napolitains vivaient leur sexualité dans un secret absolu. Saliceti a ordonné à ses agents de cartographier précisément ces réseaux homosexuels clandestins[3]. Sa police infiltrait les lieux de rencontre et utilisait des agents provocateurs pour prendre en flagrant délit ces notables[3]. Une fois le dossier constitué, Saliceti activait le piège. Le ministre, qui est de base un Jacobin progressiste, n'avait aucun intérêt moral à condamner ces hommes devant l'homophobie populaire des napolitains, il cherchait uniquement leur soumission politique totale. Des prêtres influents ou des magistrats napolitains, terrorisés à l'idée que leur homosexualité soit révélée au public et à l'Église, devenaient instantanément des informateurs dociles pour Saliceti, dénonçant en échange de son silence les complots royalistes dont ils avaient connaissance[3].

La violence extrême de sa police, les liaisons du ministre avec des femmes infidèles de la noblesse napolitaine qui ont fait plus d'un cocu et ses méthodes de maître-chanteur ont fait de Saliceti l'homme le plus détesté du royaume[11]. Le prince de Canosa, chef des réseaux secrets de la cour bourbonienne exilée en Sicile, jure sa perte.

En , il survit à l'explosion de son palais organisée par une cellule bourbonienne dirigée par le prince de Canosa. L'explosion détruit une partie du bâtiment, mais Saliceti y survit miraculeusement, bien que fortement commotionné[11]. La fille de Saliceti est toutefois grièvement blessée dans l'attentat. Saliceti, touché dans sa chair par les blessures de sa fille, réagit en appliquant les méthodes de façon intransigeante. Il transforme instantanément Naples en un État policier total[3]. En réponse à cet attentat, la surveillance policière et l'emprisonnement des suspects sont drastiquement durcis dans tout le pays[9]. Les partisans des Bourbons ou les insurgés capturés en Calabre sont systématiquement traduits devant des tribunaux militaires et fusillés pour l'exemple[3].

Confirmé par le nouveau roi Joachim Murat, en Saliceti prépare l'invasion de Capri, il prépare avec son réseau d'agents secrets et de contrebandiers corses, notamment Antoine Suzarelli[3]. Saliceti comprend que pour faire cesser les attentats, il faut détruire les bases arrière des réseaux anglo-bourboniens situées sur les îles environnantes. Le réseau d'espions corses de Christophe Saliceti était une véritable machine de guerre invisible. Pour asseoir la domination française sur le Royaume de Naples, Saliceti n'a pas seulement compté sur l'armée, mais sur des réseaux insulaires basés sur l'omertà, la contrebande et une fidélité absolue[3]. Saliceti connaissait parfaitement la mentalité et les réseaux maritimes de son île natale. Pour espionner les Anglais et les partisans des Bourbons, il a recruté des bandits, des marins et des contrebandiers habitués à naviguer entre la Corse, la Sardaigne, l'Île d'Elbe et les côtes italiennes. Ceux-ci passaient sous les radars des navires de guerre britanniques[3].

Au centre du dispositif de Saliceti se trouvait Antoine Suzarelli, un redoutable chef de réseau et contrebandier corse, et un autre membre clé, Jean-Baptiste Cipriani. Sous ordres directs de Saliceti, Suzarelli contrôlait les liaisons maritimes clandestines de la baie de Naples. Ses hommes infiltraient les îles occupées par les Britanniques en se faisant passer pour des marchands de poissons, des transporteurs de marchandises ou des déserteurs[3].

Grâce à ces renseignements cruciaux, les troupes franco-napolitaines du nouveau roi Joachim Murat débarquent par surprise et reprennent l'île aux Anglais dirigés par Hudson Lowe, coupant définitivement la route aux terroristes. La Prise de Capri offerte à Saliceti au roi Joachim Murat, sera la seule victoire militaire attribuée au règne de Murat[3].

À plusieurs reprises, les décisions indépendantes de Saliceti rendent furieux Joachim Murat, en témoigne la réaction écrite de roi de Naples dans une note à ses conseillers :

« Je veux que Saliceti m'obéisse ou qu'il s'en aille. Cet homme a l'habitude de gouverner les rois par la peur qu'il leur inspire avec ses complots. Je ne suis pas un roi qu'on effraie[12]. »

Le , il démissionne du ministère de la guerre par ordre de Napoléon, qui le rappelle à Naples[11]. Envoyé à Rome comme président de la commission de réforme administrative des territoires ex-pontificaux annexés au Grand Empire[3]. En juin il revient à Naples menacée par l'expédition anglo-sicilienne d'Ischia et Procida.

Saliceti meurt subitement dans la nuit du 23 décembre 1809, des suites d'une crise de douleurs abdominales et de vomissements après avoir assisté à un dîner chez son propre préfet de police, Antonio Maghella[3]. « Il n'eut pas le temps de faire son testament ni de se confesser, en fait, il n'y eut même pas de prêtre pour l'assister dans ses derniers instants, car on l'appela et il arriva alors qu'il était déjà mort »[13]. En raison de nombreuses rumeurs selon lesquelles il aurait été empoisonné par le préfet de police de Naples, Antonio Maghella, une autopsie est ordonnée. Elle est pratiquée par Cotugno et le protochirurgien Peborde, qui concluent à une mort par « colique hépatique d'origine néphritique »[9].

Il est inhumé dans un premier temps au sein dans l'église San Domenico Maggiore mais suite au retour de la Dynastie de Bourbon-Siciles, après la chute de l'Empire en 1815, les traces publiques des hauts dignitaires français sont méthodiquement effacées. La sépulture de Saliceti subit les affres de cette revanche des Bourbons[3]. Depuis, il n'existe plus aucune trace des restes de Saliceti.

Vie privée et personnalité

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Représentation de Christophe Saliceti, commissaire de la République française de l'Armée d'Italie.

Christophe Saliceti est le fils de Gian Carlo Saliceti, un lieutenant de l'armée de la République corse et un proche de Pascal Paoli. Né Antoine-Christophe Saliceti, il a enlevé son nom de baptême durant la révolution, ne donnant plus que Christophe Saliceti.

Il se marie à Laure Boerio, faisant de lui le gendre de Pierre-Jean-Thomas Boerio et de Marie Catherine Arrighi de Casanova. Ce mariage arrangé faisait que Saliceti s'alliait directement à la puissante famille Arrighi de Casanova, l'une des plus influentes de la noblesse corse (dont sera issu le futur duc de Padoue sous l'Empire). Ce mariage lui offre un réseau et le soutien financier nécessaire pour lancer sa carrière d'avocat à Bastia puis de député à Paris[3]. De Laure, Christophe Saliceti a eu deux filles, Angelica et Catarina.

Le grand-oncle de Christophe, Natale (Noël) Saliceti, était un religieux catholique né à Oletta qui fut le médecin personnel et le trésorier secret du pape Pie VI.

Selon une théorie du complot, Jean Baptiste Cipriani aurait été le fils caché de Christophe Saliceti, cette théorie n'a jamais été confirmée[3].

Langues

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Le corse était la langue maternelle de Saliceti, utilisée pour la vie quotidienn. Dans le microcosme des Corses de Paris ou de l'armée, le corse servait de langue de connivence et de secret, ainsi même en étant une figure importante de France, Saliceti parlais en Corse avec les corses qui travaillaient avec lui[3].

Bien qu'il soit devenu un homme fort de la Révolution française, la langue de haute culture de Saliceti était l'italien. François Paoli rappelle que Saliceti a fait ses études supérieures en Italie et a été reçu avocat à l'Université de Pise. À cette époque en Corse (sous domination génoise puis au début de l'ère française), l'italien toscan restait la langue officielle des actes juridiques, administratifs et de l'élite intellectuelle. C'est dans cette langue qu'il excellait à l'écrit avant 1789[3].

Saliceti, né en République corse, a dû apprendre le français rapidement après la conquête de la Corse. Le français est pour Saliceti la langue de son destin politique à Paris. Élu député du Tiers état en 1789, il doit s'imposer à l'Assemblée constituante puis à la Convention. Christophe Saliceti avait effectivement un fort accent rocailleux, typique des Corses de sa génération ayant appris le français sur le tard. Lorsqu'il s'emportait, Saliceti perdait totalement son sang-froid linguistique. Sous le coup de la colère ou de la passion politique, son vernis de "français académique" volait en éclats[3].

Religion

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Durant sa jeunesse, Christophe Saliceti a été éduqué par les moines Barnabites de Bastia. C'est précisément cette solide éducation classique et théologique qui lui donne les clés intellectuelles pour se tourner vers le rationalisme. Paradoxalement et à l'inverse de son éducation fortement catholique, Christophe Saliceti deviendra anticlérical et deviendra déiste par la suite.

Réseaux et relations

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Saliceti utilise tout au loin de sa vie le clanisme corse, y compris lorsqu'il est devenu un homme d'État français, comme un moyen d'ascension sociale[3]. Ses méthodes lui permettent également de propulser son futur empereur Napoléon Bonaparte dans la hiérarchie française[3]. Lorsqu'il est devenu le chef de la police et ministre de la guerre de Naples, il s'est aussi appuyé sur ses compatriotes corses[3].

Membre de la Franc-maçonnerie du Grand Orient de France, il a atteint le grade de Vénérable maître. Saliceti utilisait la franc-maçonnerie comme son second réseaux d'influence, c'est dans la loge La Sincère Amitié de Bastia qu'il a noué ses contacts avec des officiers français républicains[3]. Saliceti utilise alors l'obédience maçonnique pour doubler la solidarité du clan corse. Le secret des loges lui permet de recruter des fidèles d'origine insulaire (généraux, préfets, espions) et de cadenasser leur loyauté[3]. En témoigne le fait qu'il a initié Joseph Bonaparte à la franc-maçonnerie de Marseille.

Richesse

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À la fin de sa vie, Saliceri est l'un des plus grands propriétaires terriens et rentiers de Corse. Il possédait de multiples domaines, des palais et des capitaux placés un peu partout, blanchis grâce à sa position intouchable au sommet de l'appareil d'État napoléonien[3].

Les historiens estiment sa fortune globale entre 5 et 6 millions de francs-or de l'époque, une somme colossale qui fait de Saliceti un multi-millionnaire. Saliceti a profité de la vente des « biens nationaux » (terres confisquées à l'Église et à la noblesse italienne) pour racheter à bas prix d'immenses domaines agricoles et des palais, notamment dans le Royaume de Naples et en République ligurienne. Il possédait de vastes terres agricoles, des maisons de maître et des oliveraies dans sa région d'origine (autour de Bastia et du Cruzzini), consolidant la puissance financière de son Clan.

Prévoyant, il avait placé une partie de ses liquidités dans des banques étrangères discrètes, notamment à Gênes et à Livourne, pour mettre sa fortune à l'abri des fluctuations politiques parisiennes.

Comportement

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Saliceti a été décrit par ceux qui l'ont connu de près et par les historiens comme un individu profondément machiavélique, séducteur, charismatique mais avec un orgueil et une fierté démesurée. Il était également respectueux des coutumes corses, fonctionnait de manière clanique, tenant parole et était très protecteur envers ses proches et alliés[3],[7].

Laure Junot d'Abrantès, qui a côtoyé Saliceti de très près alors qu'il était caché au domicile de la mère de la duchesse en 1795, détaille de la nature machiavélique de Saliceti :

« Saliceti était un homme de talent, mais un homme de sang et de factions, un être né pour le malheur de son pays si sa sphère eût été plus grande. Il avait dans le caractère cette ténacité corse qui ne pardonne pas, et cette astuce qui sait attendre le moment d'une vengeance sans en perdre l'espoir[7]. »

Dans ses mémoires, la Duchesse d'Abrantès insiste souvent sur l'impact physique terrifiant qu'il produisait sur son entourage.

« Il y avait dans son regard quelque chose de sinistre qui vous glaçait. Son teint olivâtre, ses cheveux noirs et plats, sa parole brève et saccadée lui donnaient l'air d'un de ces conspirateurs du Moyen Âge, toujours prêts à frapper dans l'ombre[7]. »

Après avoir été sauvé de la guillotine par les Permon qui l'ont exilé clandestinement vers le Midi, Saliceti, une fois revenu au pouvoir sous l'Empire, n'aurait jamais renvoyé l'ascenseur à ses sauveurs. Laure Junot conclut amèrement sur l'orgueil démesuré de Saliceti :

« Saliceti avait la mémoire des offenses, mais il n'avait pas celle des bienfaits. Une fois le péril passé et la fortune revenue, il regarda la famille qui l'avait sauvé avec la froideur d'un homme qui n'aime pas qu'on lui rappelle qu'il a eu besoin des autres[7]. »

Enfin, Laure Junot évoque la vie privée de Saliceti en dehors de ses conquêtes amoureuses. Elle le décrit comme un chef de famille tyrannique et glacial, incapable d'affection sincère, y compris envers ses proches, utilisant son entourage uniquement comme des pions pour asseoir son influence politique[7]. Elle reconnaît toutefois que Saliceti respectait rigoureusement les coutumes de son île natale. Notamment le respect de la parole donnée en matière de protection mutuelle lors des vendettas politiques[7].

Après l'attentat à la bombe de la nuit du 31 janvier 1808, où une partie du palais de Saliceti à Naples s'est effondrée (sa fille fut d'ailleurs grièvement blessée sous les décombres), le roi Joseph Bonaparte écrit à l'Empereur pour témoigner de la réaction stoïque et glaciale de son ministre :

« Le palais du ministre Saliceti a été sauté cette nuit par une machine infernale... Saliceti n'a pas été blessé, mais sa fille l'est beaucoup. Il est resté d'un calme imperturbable et a repris le travail à l'aube. C’est un homme qui n'a pas de nerfs[14]. »

« De Robespierre, il avait appris la froideur absolue, le regard glacial, l'absence totale d'émotion. C'était un acteur raffiné et détaché. Il savait se montrer docile puis impitoyable, inflexible et inexorable. » C'est ainsi que Guy de Maupassant le décrit, d'après les témoignages que le célèbre écrivain a recueillis en Corse.

Libertinage

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Saliceti est un mari volage et un libertin, il a de nombreuses liaisons au cours de sa vie[3]. Lorsqu'il devient ministre de la Police à Naples, Saliceti gère un réseau d'informatrices issues de la haute société italienne. Joignant l'utile à l'agréable, il utilise souvent ses maîtresses et ses conquêtes d'un soir comme agentes de renseignement pour nourrir ses fameux dossiers de chantage[15],[3].

Dans ses Mémoires, Laure Junot livre le témoignage moral le plus féroce sur ce libertinage qui n'était pas toujours une recherche de plaisirs partagés, mais un outil de domination politique et d'asservissement patriarcal :

« À Naples, entouré de ses espions et de ses sbires, Saliceti se livrait à un libertinage effréné. Il ne choisissait pas ses maîtresses par goût ou par sentiment, mais par intérêt politique ou par pur caprice de despote. Il s'introduisait dans les familles les plus nobles en menaçant les époux de la prison, et se faisait un jeu de corrompre la société napolitaine qui le détestait autant qu'elle le craignait[7]. »

Descendance

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Saliceti a eu plusieurs petits-enfants de ses deux filles, Angelica et Catarina.

Catarina Saliceti s'est mariée avec Don Giuseppe Caracciolo, prince de Torella, membre de la noblesse napolitaine. C'est elle qui a survécue à l'attentat de 1808. Catarina a eu un descendant devenu célèbre, Pietro d'Acquarone (en), proche du roi Victor-Emmanuel III et de la Maison de Savoie dans les années 1920 jusqu'à 1946.

Angelica Saliceti a épousé le marquis Potenziani (une importante famille de Rieti en Italie). Elle et sa sœur Caterina fréquentaient toutes deux les milieux libéraux et intellectuels italiens du début du XIXe siècle, et comptaient notamment l'écrivain Stendhal parmi leurs amis proches. L'un des arrières petits-enfants d'Angelica, Ludovico Spada Potenziani, fut un aristocrate et militant d'extrême droite de l'Association nationaliste italienne puis s'est rallié au régime de Benito Mussolini dans les années 1920.

Idéologie

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L'Antiféodalisme

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La destruction de l'ordre seigneurial

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Pour Saliceti, la féodalité n'était pas seulement un vieux système économique à moderniser, mais une injustice morale et un obstacle politique absolu qu'il fallait détruire par la racine. Partout où son pouvoir s'est exercé, Saliceti a immédiatement voté et appliqué la suppression des droits seigneuriaux, des corvées et des redevances féodales que les paysans devaient aux nobles.

Dans le royaume de Naples, les barons possédaient leurs propres tribunaux et prisons, échappant au contrôle de l'État. Saliceti a brisé ce système en imposant le Code civil : une seule justice, publique, laïque, et égale pour le noble comme pour le paysan.

Démantèlement économique de l'aristocratie

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L'antiféodalisme de Saliceti passait par le portefeuille. Il a orchestré la saisie des immenses propriétés foncières de la noblesse et des ordres religieux contemplatifs (considérés comme les piliers économiques du vieux monde). Saliceti a participé à la fondation d'une bourgeoisie terrienne : Les terres confisquées (biens nationaux) ont été revendues. Cela a permis de briser les grands monopoles fonciers et de faire émerger une nouvelle classe de propriétaires fidèles au régime républicain et impérial.

Lutte contre le clientélisme corse

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En Corse, l'antiféodalisme de Saliceti a pris une tournure très locale. Il accusait Pascal Paoli et les grandes familles traditionnelles du rural (les principali) de vouloir maintenir l'île dans un fonctionnement oligarchique et quasi-féodal, basé sur le pouvoir des notables terriens. Face à cela, Saliceti prônait l'intégration à l'État républicain français, perçu comme le seul protecteur capable de libérer le peuple corse de l'emprise de ces clans aristocratiques[3].

En somme, pour Saliceti, l'antiféodalisme était la condition sine qua non de la modernité : on ne pouvait pas construire un État moderne, centralisé et efficace sans avoir préalablement réduit à néant le pouvoir des barons et des seigneurs.

Nationalisme français civique

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Saliceti embrasse la Révolution dès 1789 non pas par reniement de ses origines, mais parce qu'il voit en la France le moteur du progrès mondial. Être nationaliste français à cette époque, c'est vouloir soutenir la nation, sa révolution, propager la liberté et abattre les tyrans d'Europe. Toutefois, Saliceti se souciait activement du Peuple corse. Député au début de la Révolution, Saliceti soutient activement le décret qui déclare la Corse « partie intégrante de l'Empire français ». Pour lui, ce rattachement est une libération définitive du joug génois et l'assurance que les Corses deviennent des citoyens à part entière. En proposant ce décret, Saliceti rend les causes du Traité de Versailles qui prévoyait de rendre la Corse aux Génois totalement nul et non avenu.

L'impérialisme de la Grande Nation

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Sous le Directoire, le Consulat et l'Empire, son nationalisme libéral se transforme en un nationalisme impérial d'État. En Ligurie puis à Naples, Saliceti agit en proconsul de la France. Son but est d'assimiler politiquement les territoires conquis, de leur imposer les institutions françaises (le Code civil, la centralisation administrative) et de les soumettre aux intérêts géopolitiques de Paris. Paradoxalement, Saliceti sert le nationalisme français en propulsant des Corses (comme la famille Bonaparte) au sommet de l'appareil d'État français. Il francise les élites insulaires en leur offrant des carrières fulgurantes au service de la "Grande Nation".

Le nationalisme français de Saliceti était un nationalisme d'assimilation politique et de conquête. La France était pour lui l'outil politique parfait pour détruire le vieux monde et offrir à la Corse un destin moderne et glorieux, bien loin de l'isolement insulaire[3].

Anticléricalisme

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Lutte contre les privilèges cléricaux

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L'anticléricalisme de Christophe Saliceti est indissociable de son antiféodalisme et de son nationalisme jacobin. Pour ce révolutionnaire déiste, l’Église catholique romaine sous sa forme institutionnelle représentait le principal obstacle à la modernité, à l’autorité de l’État et à la diffusion des idées des Lumières. Son action s'est caractérisée par une volonté méthodique de soumettre le pouvoir spirituel au pouvoir temporel, voire d'éradiquer l'influence politique des prêtres.

Saliceti ne combattait pas la foi des individus, mais la puissance politique de l'institution ecclésiastique. Il considérait le haut clergé comme un pilier de l'Ancien Régime et de l'oppression féodale. En Corse puis en Italie (Ligurie et Royaume de Naples), il organisa la vente de ces « biens nationaux » à la bourgeoisie laïque. En privant l'Église de ses immenses propriétés foncières, il brisa son autonomie financière et l'empêcha de financer les guérillas contre-révolutionnaires (comme les insurgés de Calabre)[3].

La subordination totale de l'autel à l'État

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À Naples, en tant que ministre de la Police et de la Guerre, il supprima massivement les ordres religieux jugés « inutiles » et « paresseux » (les moines cloîtrés), ne conservant que le clergé paroissial, plus facile à surveiller. Pour Saliceti, le clergé résiduel devait être un outil de contrôle social au service du gouvernement. Les prêtres devaient prêcher l'obéissance au Code civil et à l'Empereur. L'Église devenait ainsi une simple branche de l'administration d'État, surveillée de près par ses services de police secrète[3].

La Corsité dans la France

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Bien qu'attaché à l'universalisme républicain, Saliceti appliquait une logique très insulaire du pouvoir. Pour lui, la stabilité d'un régime reposait sur un réseau de fidèles inébranlables. Il a théorisé et pratiqué le placement systématique de ses alliés corses aux postes clés de l'Europe napoléonienne, fusionnant ainsi l'idéologie d'État moderne avec les dynamiques de solidarité clanique.

Pour Saliceti, l'assimilation de la Corse à la France n'était pas une négation de son identité, mais une promotion politique. Il voulait que le droit français (puis le Code civil) s'applique partout pour arracher la Corse à l'archaïsme génois et féodal. Dans les salons de Paris ou les états-majors en Italie, parler corse avec Napoléon, Joseph Bonaparte ou Joachim Murat était un moyen de s'isoler des autres politiciens français, de maintenir un cercle de confiance fermé et de comploter en toute discrétion[3].

Saliceti a modernisé le clanisme corse. Il a remplacé la vendetta familiale pour les structures de l'État moderne, utilisant l'argent public et la police pour arroser ses partisans et détruire ses rivaux.

Anti-Bourbonisme viscéral

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Christophe Saliceti a été profondément marqué par l'occupation militaire de la Corse par les royalistes français après la défaite de Pascal Paoli à Ponte-Novu en 1769. Lors de l'annexion de la Corse par la France de Louis XV en 1769, il a 12 ans. Il grandit en Castagniccia, le cœur de la résistance paoliste, et assiste aux exactions de l'armée royale française (le comte de Marbeuf), aux villages brûlés et aux exécutions de patriotes corses. Celà a déclenché une haine viscérale de Saliceti envers la Maison de Bourbon qu'il combattra toute sa vie.

Lorsque la Révolution éclate en 1789, Saliceti ne rejette pas la France, il choisit la République contre la Royauté. Devenir un radical est pour lui le moyen parfait de laver l'affront de 1769. En votant la mort de Louis XVI en 1793, Saliceti ne commet pas seulement un acte politique parisien. Pour lui, exécuter le roi de France est la vengeance ultime de l'enfant de Castagniccia contre la dynastie qui a opprimé son peuple. En devenant régicide, il sait que le retour des Bourbons signifierait sa propre condamnation à mort. Son anti-bourbonnisme devient alors une question de survie politique et physique[3].

L’anti-royalisme de Christophe Saliceti constitue le socle absolu et le fil conducteur de tout son engagement public. Pour lui, la destruction de la monarchie légitimiste n'était pas seulement une posture idéologique parisienne, mais une lutte à mort et une vengeance historique contre une dynastie qu'il associait à la tyrannie.

Saliceti considérait les royalistes légitimiste comme des traîtres à la nation. Après la reprise de la ville de Toulon aux Anglais et aux royalistes, Saliceti écrit à un ami à Paris pour relater la victoire le 29 frimaire an II. (19 décembre 1793)

« J'arrive de Toulon, où une division de nos troupes est entrée sur les trois heures, après avoir bombardé cette ville infâme pendant douze heures. Les ennemis l'ont évacuée avec une précipitation qui tient de la terreur [...]. La vengeance nationale s'exerce : les traîtres tombent sous le fer de la loi, et ce port célèbre sera bientôt rendu à la République. »

Pour Saliceti, traquer les Bourbons de Naples à la fin de sa vie n'était que la prolongation logique de ce combat commencé dans son enfance : détruire la Dynastie des rois qui avait violenté la Corse après 1769[3]. Pour humilier l'ancien régime et empêcher son retour, il applique immédiatement les lois d'abolition de la féodalité, confisque les propriétés de l'aristocratie et ruine directement les barons fidèles aux Bourbons via ses méthodes de racket fiscal.

Le Rapport de Saliceti au ministre de la Guerre du Royaume de Naples, Mathieu Dumas, de mai 1806 témoigne de sa dureté envers les partisans des Bourbons.

« Les partisans des Bourbons cherchent par tous les moyens à jeter le désordre dans les provinces, mais la fermeté des mesures prises par le gouvernement contient les malveillants. [...] Les commissions militaires font justice des brigands pris les armes à la main ; cette sévérité est indispensable pour assurer la tranquillité du royaume. »

Lorsque Saliceti remplace Dumas au ministère de la guerre en 1807, il met tout en œuvre pour écraser définitivement les partisans des Bourbons. Il est resté jusqu'à sa mort en 1809 le cauchemar absolu des partisans de la légitimité monarchique.

Héritage et postérité

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Cristoforo Saliceti, gravure sur cuivre, d'après FO Renucci, "Storia della Corsica", Bastia 1834, vol. II.

L'intégration de la Corse à la France

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   Je demande qu'il soit rendu sur-le-champ un décret par lequel il est déclaré que la Corse fait partie de l'empire français ; que ces habitants doivent être régis par la même question que les autres Français, et que dès à présent le roi sera supplié d'y faire parvenir et exécuter les décrets de l'Assemblée nationale.

Christophe Saliceti, Proposition de décret, 1789.

Saliceti est l'instigateur du Décret de réunion de la Corse à la France[16]. C'est grâce à son action en 1789 que la Corse a cessé constitutionnellement d'être une colonie conquise pour devenir un département français de plein droit, liant son destin politique à la France. De par son action, Saliceti a ouvert la voie à la création de l'immense diaspora corse et à des carrières pour des milliers de Corse et à la rupture définitive avec la République de Gênes, rendant nul et non avenu le Traité de Versailles de 1768 qui stipulait que la Corse retournerait dans le giron de Gênes après que la Sérénissime République ait payé ses dettes à la France. La motion de Saliceti a fait en sorte que la Corse ne retourne jamais dans le giron de ses anciens oppresseurs.

Les politologues et historiens contemporains voient en Saliceti le prototype de l'élite périphérique qui choisit l'intégration au centre plutôt que la dissidence. Il est analysé comme celui qui a compris avant les autres que l'avenir des petites nations insulaires passait par l'adhésion aux grands ensembles continentaux. Les analyses modernes confirment : en rattachant la Corse à la France en 1789, il a créé un modèle de fonctionnarisme et de carrières militaires qui a fait vivre des générations de Corses.

Saliceti et son héritage sont souvent rejeté par les nationalistes corses pour avoir combattu l'indépendance et la vision de Pascal Paoli. Dans la mémoire nationaliste et identitaire corse, Saliceti incarne le jacobinisme centralisateur implacable qui a brisé le rêve d'indépendance de Pascal Paoli. Il est effectivement vrai que Saliceti était un nationaliste français centralisateur, anticlérical, un révolutionnaire opposé au conservatisme et favorable à la soumission du clergé à l'état français, ce qui est fortement à rebours du Paolisme.

Pour les Corses pro-français, nationalistes républicains et bonapartistes, Saliceti est célébré comme le père fondateur de la Corse française moderne et le protecteur des intérêts insulaires. Loin de l'image de traître, cette frange de la population voit en lui l'homme qui a désenclavé l'île et l'a propulsée dans la modernité[11] :

  • Saliceti est salué pour avoir fait des Corses des citoyens français à part entière, et non les sujets d'une puissance occupante.
  • Son action en 1789 a mis fin au statut de "pays de conquête" hérité de l'Ancien Régime pour calquer l'administration de l'île sur le modèle des autres départements français.
  • Les milieux pro-français lui sont historiquement reconnaissants d'avoir ouvert les carrières militaires, juridiques et administratives françaises aux Corses.
  • Pour les républicains, le projet de Royaume anglo-corse de Paoli était une soumission à une monarchie étrangère.
  • Saliceti est vu comme le libérateur qui a chassé les troupes britanniques en 1796, ancrant définitivement le destin de la Corse du côté des Lumières et de la Révolution.

Le destructeur du Paolisme

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Bien que Christophe Saliceti soit le fils d'un ancien lieutenant de l'armée de la République corse et qu'il a été élevé dans le culte de Pascal Paoli, il considérait Paoli comme un obstacle à la Révolution française et avait une rancœur particulière après la traque de ses partisans, du Clan Bonaparte et de lui-même par les hommes de Pascal Paoli[11],[3]. Saliceti est directement lié à la chute de Pascal Paoli par ses actions, et, personnellement visé par la même traque aillant provoqué la fuite de la famille Bonaparte, a sciemment préparé la vengeance avec d'autres Corses hostiles à Paoli. Saliceti a tout mis en œuvre pour lutter contre les partisans de Paoli.

Au début de la Révolution en 1789, Saliceti et Pascal Paoli sont pourtant alliés. Ils travaillent ensemble à l'intégration de la Corse dans le nouvel espace français régénéré. Mais la rupture intervient en 1793 :

  • Le choix de la centralisation : Saliceti embrasse le jacobinisme radical. Pour lui, la République française est « une et indivisible », la France est la garante de la liberté, le clergé doit être soumis à l'état et les prêtres réfractaires mis hors-la-loi.
  • Le refus de la réaction en Corse : Pascal Paoli, qui est libéral-conservateur et fervent catholique, souhaite une large autonomie pour l'île et refuse la dérive violente de la Terreur parisienne. Saliceti perçoit cette attitude comme une trahison contre-révolutionnaire.

Paoli dira de Saliceti et de ses alliés qu'ils sont des « monstres engendrés par la Corse pour son propre malheur ».

Après la chute du Royaume anglo-corse en 1796, Saliceti débarque en Corse investi de pouvoirs dictatoriaux.

  • L'éradication du parti paoliste : Saliceti mène une répression féroce contre les partisans de Paoli restés sur l'île. Les chefs paolistes sont arrêtés, exécutés ou contraints à l'exil.
  • La destruction du système clanique paoliste : Il confisque méthodiquement les biens de la famille Paoli et de ses alliés. Il redistribue ces terres et ces charges politiques à son propre réseau et aux familles républicaines fidèles (comme les Bonaparte, Arena, Pozzo di Borgo, Casabianca à l'époque).

Pour briser définitivement l'unité politique de la Corse — élément central du Paolisme —, Saliceti met en place une division administrative stratégique : Il sépare l'île en deux départements (le Golo au nord, le Liamone au sud). Cette division, souvent appelée « décret Saliceti », visait à couper les solidarités régionales et à affaiblir le pouvoir des grands chefs de clans traditionnels qui soutenaient Paoli.

Le parrain de l'ombre (1793-1798)

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L'héritage le plus colossal de Saliceti est indirect : sans son parrainage politique et financier au siège de Toulon et durant l'exil marseillais, le clan Bonaparte aurait pu sombrer dans l'anonymat. Il a été le tuteur de l'homme qui a redessiné la carte de l'Europe[3].

Saliceti a également présenté à Napoléon des femmes à Toulon, il a donné des sommes gigantesques à la mère Laetitia Bonaparte qui était ruiné après le sac de la maison des Bonaparte par les paolistes[3]. Saliceti a directement pris dans les caisses de la République pour enrichir le Clan Bonaparte après son expulsion de Corse par les paolistes[3].

Appuie à la création de la Grande Bibliothèque de Bastia

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Pour la création de ce qui est aujourd'hui la Bibliothèque municipale de Bastia (fondée en 1800), Christophe Saliceti a joué un rôle d'accoucheur politique et de protecteur de l'ombre.

Au lieu de détruire ou de brûler tous les livres saisis en Italie, le réseau républicain de Saliceti et des Bonaparte a permis de mettre de côté les riches collections d'ouvrages des ordres religieux. Ces milliers de volumes d'histoire, de théologie et de philosophie confisqués par la force républicaine ont été récupérés par le prêtre Francesco Ottaviano Renucci avec l'aval de Saliceti en 1800 pour constituer le noyau initial de 3 000 livres de la grande bibliothèque publique de Bastia[3].

Répression avant-gardiste

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En Italie du Sud, son nom reste associé aux tribunaux militaires d'exception et aux exécutions sommaires de milliers d'insurgés et de paysans en Calabre. Pour les historiens du sud de l'Italie, il est souvent vu comme le visage terrorisant de l'occupation française[3].

Saliceti y a installé en place un véritable État policier à Naples et est le premier homme à faire du Kompromat une méthode de discrédit et de chantage envers la noblesse napolitaine, engage des agents au sein de l'Eglise catholique de Naples et ordonne de nombreuses répressions lors de l'insurrection calabraise, ce qui a d'ailleurs provoqué un attentat chez lui[15],[3]. C'est aussi le premier homme à faire de la menace de Outing un instrument politico-répressif[3]. Il utilisait également ses maîtresses italiennes qui parlaient trop pour les faire parler et récolter des informations sur les liens entre leurs familles et les insurgés napolitains[3].

Lutte implacable face aux réactionnaires

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Christophe Saliceti est un anticlérical convaincu, que ça soit lorsqu'il a rallié Robespierre et la Convention nationale, ou lorsqu'il a rejoint les Thermidoriens ou Napoléon Bonaparte au Consulat puis le Premier Empire, l'ordonnateur militaire a été pendant toute sa vie politique jusqu'à sa mort un adversaire redoutable des forces intégristes au sein de l'Église catholique[3].

Dès ses débuts à l'Assemblée constituante en tant que député, Saliceti embrasse les réformes révolutionnaires. Il vote en faveur de la Constitution civile du clergé, qui transforme les prêtres en fonctionnaires payés par l'État et exige d'eux un serment de fidélité à la Nation.

En 1796, après que lui-même et son subordonné Antoine Gentili aient repris la Corse, Saliceti a mené une campagne massive de confiscation des biens de l'Église catholique en Corse et fait bannir les prêtres catholiques ont soutenus Pascal Paoli[3].

Saliceti est un adversaire féroce de l'intégrisme religieux, et partout où il a la charge d'opérer. Sous le directoire , en tant que commissaire, il planifie la violente répression des Crucettins théocrates et des extrémistes religieux corses durant la Révolte de A Crucetta de 1797-98. Saliceti a navigué constamment entre la confiscation des biens des églises durant la Révolution française ou la composition avec le clergé à Naples. Saliceti a mis en état d'arrestation les contre-révolutionnaires puis les insurgés de Calabre. Face aux insurrections italiennes, Saliceti ne se bat pas seulement contre des soldats, mais contre une Guerre sainte. Les insurgés calabrais et l'armée des Sanfedisti menée par le cardinal Fabrizio Ruffo se battent au nom de la « Sainte Foi » contre les Français « athées ». Saliceti répond par une violence totale. Sa police et ses commissions militaires d'exception n'hésitent pas à faire fusiller ou pendre des prêtres et des moines rebelles capturés les armes à la main ou accusés de cacher des brigands dans leurs églises[3].

Saliceti et les Guappi (les ancêtres de la Camorra)

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Christophe Saliceti, dans sa stratégie de maintien de l'ordre à Naples, a renforcé les truands de la ville, appelés gouapes (en italien : Guappi). En tant que ministre de la police et de la guerre, Saliceti a tout simplement et involontairement renforcé le milieu criminel de ce qui allait devenir la toute première mafia au monde des décennies plus tard : la Camorra.

Lorsqu'il prend ses fonctions à Naples en 1806, Saliceti fait face à une criminalité urbaine ultra-violente et très structurée dans les bas-fonds de la ville (ceux qu'on appelait les Guappi ou la Bella Società Riformata).Au lieu de chercher à les éliminer — ce qui aurait été impossible et trop coûteux —, Saliceti applique une méthode ultra-pragmatique : il passe un pacte avec eux. Il recrute les chefs de gangs et en fait des agents de police officieux ou des informateurs payés par l'État[3].

Saliceti leur confie une mission très claire : maintenir l'ordre dans les quartiers populaires de Naples et traquer les espions royalistes (les partisans des Bourbons). En échange de ce service de "haute police", Saliceti et ses équipes leur donnent une impunité totale sur leurs trafics traditionnels (jeux clandestins, contrebande, prostitution, extorsion locale, etc.) C'est exactement à cette époque, sous le régime français, que ces gangs de rue se structurent, s'enrichissent massivement et acquièrent un statut de pouvoir parallèle intouchable[3].

Ce système de collaboration public-privé entre la police et la pègre a tellement bien fonctionné pour Saliceti que lorsque les Français ont été chassés et que les Bourbons sont revenus au pouvoir en 1815, les rois successifs ont gardé exactement la même méthode. La police des Bourbon-Siciles devenus la Maison de Bourbon des Deux-Siciles a continué d'utiliser ces gangs pour fliquer la population. C'est précisément ce réseau de criminels, ainsi légitimé par l'État napoléonien puis Bourbonien, qui va officiellement prendre le nom de Camorra au milieu du XIXe siècle.

Réputation

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La réputation de Christophe Saliceti était celle d'un homme extrêmement craint, détesté par ses ennemis et admiré par ses pairs pour son efficacité redoutable. Loin de laisser indifférent, il passait pour un être machiavélique, froid et calculateur, un véritable « monstre d'énergie » au service du pouvoir révolutionnaire puis impérial.

Opinion des populations sur Saliceti

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Saliceti ne laissait évidemment pas les populations indifférentes :

  • Pour les réseaux loyalistes corses : Saliceti chef de guerre respecté. Pour des centaines de jeunes Corses, Saliceti était l'homme qui donnait des opportunités de carrière, transformait un obscur montagnard en officier de l'armée française, en douanier ou en haut fonctionnaire. Lorsqu'il prend la tête du ministère de la Police à Naples, il y importe un véritable réseau corse. Les postes clés de sa police secrète, de sa garde personnelle et de l'administration du royaume sont confiés à ses fidèles insulaires. Pour ce réseau d'expatriés, Saliceti était un chef vénéré qui assurait la fortune et la sécurité des siens. Au sein des réseaux militaires corses de la Grande Armée, Saliceti jouissait d'une réputation de courage froid. Les généraux corses (comme Jean-Baptiste Cervoni) savaient qu'il ne reculait devant rien. Lors de la campagne d'Italie, le réseau des officiers insulaires s'est structuré autour de lui pour capter les richesses et le pouvoir. Ils appréciaient son intelligence stratégique et sa capacité à s'imposer face aux généraux français "du continent" qui regardaient parfois les Corses avec méfiance[3].
  • Les réseaux corses paolistes le considéraient comme un criminel qui utilisait les armées de la République française pour écraser ses rivaux locaux : On l'accusait de profiter des lois révolutionnaires pour confisquer les terres des familles ennemies et les redistribuer à ses partisans. Pour ces réseaux adverses, Saliceti était l'homme à abattre. Ils ont tenté à de multiples reprises de l'assassiner ou de saboter ses missions, le considérant comme un oppresseur qui avait vendu l'indépendance de l'île à Paris[3].
  • Pour le peuple napolitain, profondément catholique, réactionnaire et royaliste : Saliceti était le chef d'une police politique impitoyable et le visage de la répression napoléonienne. On lui attribuait les exécutions de masse, la torture des insurgés calabrais et la traque des prêtres insermentés[3].

Réactions à sa mort

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Napoléon Ier réagit à la mort de son ancien mentor avec un hommage :« L'Europe vient de perdre une de ses têtes les plus fortes. Dans un moment de crise, Saliceti valait à lui seul une armée de 100 000 hommes[17]. »

Joseph Fouché, Le pendant de Saliceti à Paris, a perdu un homologue qu'il respectait profondément. Tous deux partageaient un passé de révolutionnaires radicaux convertis en maîtres de la police secrète. Fouché savait que sans Saliceti, la surveillance de l'Italie du Sud devenait beaucoup plus complexe[3].

Parmi les partisans de l'Empire, le choc est immense[3].

  • Le ministère de la Guerre impérial : Pour les stratèges français, Saliceti était l'homme qui parvenait à ravitailler et financer l'armée française en Italie sans épuiser les caisses de Paris, grâce à une fiscalité impitoyable imposée aux nobles napolitains[3].
  • Les administrateurs italiens : Saliceti avait mené l'abolition de la féodalité en Italie du Sud et la vente des biens de l'Église. Ses alliés italiens, qui avaient acheté ces terres confiscables, ont paniqué à sa mort, craignant que son successeur ne soit pas assez fort pour maintenir ces réformes face à la pression de l'aristocratie[3].
  • Le réseau corse de Saliceti : frappé par le désarroi total. Le chef du réseau d'espionnage de Capri a perdu son commanditaire direct. Sans le soutien financier et la protection politique de Saliceti, ces agents de l'ombre ont vu leur influence décliner rapidement sous le commandement du roi Joachim Murat, qui préférait employer des Napolitains. Les soldats et officiers insulaires qui composaient la garde ou les troupes d'élite à Naples ont perdu leur plus grand défenseur auprès de la couronne[3].
  • La Maison Bonaparte : Bien que les relations entre Napoléon et Saliceti aient parfois été tendues par le passé, le clan Bonaparte (notamment Letizia, la mère de l'Empereur, et Joseph Bonaparte) considérait Saliceti comme un allié historique crucial. Sa mort laissait un grand vide dans le contrôle de la Méditerranée et privait les Corses de Paris et de Naples d'un de leurs plus brillants cerveaux politiques[3].
  • Les jacobins et libéraux italiens : Ces Italiens, qui avaient soutenu la éphémère République parthénopéenne en 1799, voyaient en Saliceti le seul rempart capable d'empêcher le retour des Bourbons et de leur terreur blanche Page d'aide sur l'homonymie[3].
  • Pour Joachim Murat : C'est une bonne nouvelle. Le nouveau roi de Naples, Joachim Murat et la Reine Caroline Bonaparte se méfiaient de lui, Saliceti étant l'homme et l'œil de Napoléon dans le sud de l'Italie, mais aussi l'homme le plus puissant de la région, alors que le couple Murat voulait obtenir à terme une indépendance de leur Royaume[18]. Toutefois, Murat s'est vite rendu compte que la perte de Saliceti posait un grand problème face à l'insurrection de Naples. Après la mort de Saliceti, la sécurité à Naples s'est fortement degradée[3].

En Corse, Saliceti était l'une des figures les plus clivantes de l'histoire corse. Sa mort a divisé l'île :

  • Chez les Bonapartistes et républicains corses : La réaction fut celle de la perte d'un parrain, de celui qui a tenté de moderniser leur patrie et de celui qui a délivré le peuple corse de son statut de colonisé et du pourfendeur de l'ancien oppresseur Génois. Saliceti était le protecteur des clans républicains insulaires (Bonaparte, Arena, Casabianca, etc.) et le chef des réseaux corses de la diaspora[3]. Pour ses partisans, sa mort signifiait la perte de leur plus puissant relais d'influence auprès de l'Empereur et des cours de Naples et de Madrid[3].
  • Le Clan Saliceti : En Haute-Corse, le clan Saliceti a pris le deuil. Pour eux, la perte était autant affective que stratégique, car Christophe Saliceti était le garant de la fortune et de la sécurité de toute sa lignée sur l'île. Sa famille directe, installée à Naples et en Corse, a immédiatement dû gérer le scandale et la rumeur d'empoisonnement[3].
  • Chez les Paolistes : Ce fut un immense soulagement. Pour les partisans du défunt Pascal Paoli, Saliceti était le traître absolu : le Jacobin régicide qui avait soumis la Corse à la centralisation républicaine, écrasé les révoltes locales, l'anticlérical qui a banni les prêtres, bourreau de la société traditionnelle et confisqué les biens du clan Paoli. Sa disparition marquait la fin de la terreur politique qu'il incarnait pour eux[3].

La réaction des Alliés (Coalisés contre Napoléon) : La liesse.

  • Depuis son exil en Sicile sous protection britannique, la reine Marie-Caroline d'Autriche haïssait viscéralement Saliceti, qu'elle considérait comme le bourreau de ses partisans à Naples et en Calabre. Pour la couronne des Bourbon-Siciles, la mort de Saliceti fut accueillie comme une véritable délivrance divine, d'autant plus que Saliceti avait voté pour la Mort de Louis XVI une décennie plus tôt. Marie-Caroline, qui est en plus de ça la sœur de Marie-Antoinette d'Autriche, également guillotinée en tant que femme de Louis XVI. La cour des Bourbons voyait enfin disparaître l'homme qui avait démantelé tous leurs réseaux d'espionnage et exécuté leurs agents en Italie du Sud[3].
  • Les Britanniques : À Londres et au sein de la Royal Navy en Méditerranée, Saliceti était considéré comme un ennemi redoutable. C'était lui qui venait de leur arracher l'île de Capri en 1808 et qui paralysait toutes leurs tentatives d'espionnage en Italie du Sud grâce à son contre-espionnage. Sa disparition désorganisait temporairement la police secrète napoléonienne[3].
  • Maison de Bourbon : Pour le futur Louis XVIII (alors en exil en Angleterre au manoir d'Hartwell) et son frère le comte d'Artois (futur Charles X), la mort de Saliceti représentait une forme de justice divine. Saliceti avait voté la mort du roi en janvier 1793, sans sursis. Pour les princes de Bourbon, les régicides étaient frappés d'une infamie absolue et imprescriptible. Contrairement aux généraux d'Empire ou aux technocrates que les Bourbons espéraient pouvoir rallier un jour, Saliceti faisait partie de la frange républicaine radicale irrécupérable. Sa mort éliminait un des piliers de ce qu'ils considéraient comme « l'usurpation » napoléonienne[3]. Lorsque les Bourbons récupèrent enfin le trône de France en 1814 (puis en 1815 après les Cent-Jours), une politique de « punition mémorielle » est mise en place contre les anciens révolutionnaires. Bien que Saliceti soit mort en 1809, son nom est banni. La Restauration s'emploie à effacer les traces administratives de son héritage. Les lois d'amnistie de Louis XVIII excluent symboliquement la mémoire des régicides, et les Bourbons veillent à ce qu'aucun hommage public, aucune rue ni aucun monument ne célèbre celui qu'ils considéraient comme un serviteur du diable et de l'« usurpateur Bonaparte ».
  • Les royalistes français : Les royalistes n'avaient pas oublié que Saliceti, en tant que représentant en mission pendant la Révolution, avait écrasé l'insurrection royaliste de Toulon en 1793 avec une violence inouïe. Pour les agents royalistes qui tentaient d'infiltrer l'Italie ou de fomenter des troubles depuis la Sicile, Saliceti était un obstacle majeur. Sa capacité à retourner les agents et à anticiper les complots en faisait l'homme le plus dangereux d'Italie pour la cause du Roi. La presse royaliste clandestine et les mémorialistes de l'émigration s'emparèrent immédiatement des rumeurs d'empoisonnement pour construire un récit moralisateur[3].

Méthodes

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Le clan avant l'idéologie

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Si son projet politique était français, impérial et centralisateur, ses méthodes, ses réflexes et sa psychologie sont restés viscéralement ancrés dans les codes de la Corse du XVIIIe siècle. Saliceti a mis la culture du clan insulaire corse au service de la construction, alors même qu'il était un homme d'État français[3].

  • Pour Saliceti, l'appareil d'État n'était pas une entité abstraite, mais un territoire à conquérir pour y placer les siens. Qu'il soit à Paris, à Bastia ou à Naples, il s'est comporté comme un chef de clan distribuant les prébendes, les gens grades militaires et les postes douaniers à sa clientèle politique.
  • Son soutien initial au jeune Napoléon au siège de Toulon s'est fait par solidarité clanique insulaire. Face aux "continentaux", les Corses devaient faire bloc.
  • Pour défendre ses alliés corses, Saliceti a tout simplement trahi sans problème sa propre faction de politique de gauche radicale pour soutenir le Coup d'état du 8 Brumaires.

La vendetta politique :

  • Lorsqu'il revient en Corse en 1796, sa répression contre les partisans de Pascal Paoli n'est pas seulement idéologique. C'est le règlement de comptes final d'une guerre des clans entamée en 1793, qui avait contraint sa propre famille à l'exil et vu ses biens saccagés.
  • À Naples, sa réponse à l'attentat de 1808 s'apparente à une riposte clanique : on a touché à sa chair (sa fille blessée), la réponse doit être totale pour laver l'affront. Saliceti fait exécuter les rebelles calabrais et réprime d'une main de fer les sanfédistes alliés des Britanniques[3].
  • Prise de Capri : Saliceti a tout simplement utilisé des truands et contrebandiers corses pour faire de l'espionnage sur l'île de Capri tenue par les Britanniques, avant de lancer l'assaut qui mettra en déroute les forces d'Hudson Lowe en 1808[3].

La fidélité par le sang et le terroir[3].

  • Saliceti n'accordait sa confiance qu'à des hommes liés par des serments informels, souvent originaires des mêmes micro-régions de l'île (le Nebbio, le Cruzzini).
  • Fidèle à la tradition des Bandits corses (les bandits d'honneur ou de droit commun réfugiés dans le maquis), il savait utiliser les réseaux de contrebande maritime en fermant les yeux sur leurs trafics, tant que leur loyauté envers lui restait absolue.

Saliceti a francisé la Corse par les idées politiques, mais il a "corsisé" sa méthode de gouvernement par les actes[3].

Ironiquement, initialement député de la Gauche radicale Jacobine dans sa trentaine, Saliceti par son cynisme, est devenu un millionnaire capitaliste multi-propriétaire dans sa quarantaine grâce à ses méthodes de réseautage et sa pratique de la rapine d'état[3].

Noyautage de la franc-maçonnerie

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Saliceti a sciemment utilisé son appartenance à la franc-maçonnerie pour monter dans l'échelle sociale de la République puis de l'Empire. Il détourne certaines loges maçonniques pour en faire des outils de contrôle politique, d'espionnage et de soumission au régime napoléonien, en particulier à Naples.[réf. nécessaire]

Comme chef de la police, Saliceti a littéralement transformé les temples maçonniques en organes de renseignement. Il a pris la société philosophique et humaniste pour en faire un bureau de propagande chauviniste et une filiale des services secrets français[3]. L'idéal maçonnique d'origine prône la fraternité universelle où tous les hommes sont frères (qu'ils soient français, anglais, italiens ou autrichiens). Saliceti, y impose le nationalisme impérial français le plus strict. Sous sa coupe à Naples, des loges doivent célébrer la gloire de l'Empereur à chaque tenue, glorifier l'armée impériale française et prêter un serment d'allégeance politique à la France. Alors que l'initiation maçonnique est censée être un parcours d'amélioration spirituelle et morale, Saliceti en fait un passage obligatoire pour obtenir une promotion, une place dans l'administration napolitaine ou un contrat public. Les Temples napolitains se remplissent de courtisans, de militaires opportunistes et de fonctionnaires zélés. La « recherche de la vérité » selon l'univers maçonnique est remplacée par la recherche de pistons et de faveurs[3].

Rapine d'état

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Profitant de ses pleins pouvoirs en 1796, Saliceti fait main basse sur les plus belles terres agricoles, les olivettes et les vignobles confisqués aux partisans de Pascal Paoli et aux couvents. C’est lui qui fixait les règles des confiscations et c’est son propre clan (ses cousins, ses prêtes-noms) qui rachetait les terres pour une bouchée de pain en monnaie dévaluée (les assignats)[3].

Saliceti s'enrichissait massivement sur les biens confisqués après depuis le début du Consulat. Il a accumulé une somme colossale grâce à la corruption. Bien que le terme « mafia » n'existât pas à son époque, les méthodes de Saliceti préfiguraient l'utilisation des rouages de l'État au profit d'un clan, mêlant terreur, enrichissement personnel et réseaux d'influence occultes[3].

Le grand bond capitaliste de Saliceti se fait durant la première campagne d'Italie, où il est commissaire du gouvernement aux côtés de Napoléon :

  • Il supervise le racket légal des villes italiennes (Milan, Modène, Parme). Des millions de francs en or, des œuvres d'art et des approvisionnements militaires transitent par ses mains[3].
  • Saliceti touche d'immenses pots-de-vin des compagnies de transport militaires françaises pour leur attribuer les marchés publics. Ce capital est immédiatement réinvesti dans la spéculation financière à Paris[3].

Opportunisme idéologique

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Lorsque Napoléon Bonaparte perpètre son coup d'État du 18 Brumaire pour prendre le pouvoir, la gauche jacobine — dont Saliceti fait officiellement partie au Conseil des Cinq-Cents — hurle à la trahison de la République. Au départ, Saliceti proteste publiquement, alors qu'il savait ce qui se passait et une fois le coup d'état réussi, il se rallie directement à Napoléon[3].

Son protégé Bonaparte est le nouveau maître, Saliceti qui est très proche du nouveau Premier Consul choisit de trahir définitivement le camp de la gauche républicaine pour soutenir le Consulat puis l'Empire[3].

Seigneur foncier de l'Empire

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À la fin de sa vie, le bilan comptable de l'ancien Jacobin "sans-culotte" est à l'opposé même de son engagement initial qu'il eût sous Robespierre. Saliceti est passé d'un défenseur des pauvres à un archétype de capitaliste agraire sous l'Empire[3] : "

  • L'empire Saliceti en Corse : Saliceti possède des centaines d'hectares dans le Nebbio et autour de Bastia, devenant l'un des plus grands producteurs et exportateurs d'huile d'olive de l'île.
  • Spéculation immobilière : Il achète de magnifiques hôtels particuliers à Paris et place son argent dans les actions de la Banque de France (fondée par Napoléon).
  • Racket à Naples : À Naples, en tant que ministre, il applique la même recette en s'accaparant les biens de la noblesse locale en exil qu'il utilise autant pour ravitailler l'armée que pour son réseau et lui-même.

Le régicide Saliceti qui a voté la mort de Louis XVI pour « abolir la tyrannie des privilèges », accepte finalement sans ciller les honneurs de l'Empire. Sa fille épouse un aristocrate italien et devient comtesse de Scilla, l'intégrant définitivement dans la haute noblesse européenne qu'il avait juré de détruire en 1793[3].

Réquisition du Palais Serracapriola des Bourbon-Siciles

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En arrivant à Naples en 1806 comme ministre de la Police et de la Guerre de Joseph Bonaparte, Saliceti ne s'est pas contenté d'un obscur bureau administratif : il s'est installé avec ses équipes et sa famille dans un ancien palais appartenant à la dynastie déchue des Bourbon-Siciles. Le bâtiment en question est le Palais Serracapriola. Situé sur la prestigieuse Riviera di Chiaia à Naples, ce palais appartenait à l'origine à la haute noblesse napolitaine. En tant que ministre de la Police, Saliceti avait réquisitionné et investi les lieux. Lors de l'attentat à la bombe dans la nuit du 20 janvier 1808, l'explosion d'une mine a littéralement fait s'effondrer 22 pièces de l'édifice[3].

Avant-gardiste de la collaboration Police/Crime organisé

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En intégrant les chefs de gangs napolitains (Guappi) directement dans l'appareil de sécurité du royaume en 1806, Christophe Saliceti a posé la toute première pierre de la collaboration institutionnelle entre la police et le crime organisé pour ramener l'ordre dans les rues napolitaine face aux soutiens des insurgés.

Plutôt que de combattre le milieu, il l'a structuré, financé et immunisé pour en faire le bras armé de sa Police. Indirectement et involontairement, Saliceti et le régime napoléonien ont ouvert la voie à ce qui allait devenir les mafias italiennes.

Surnoms

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  • Le « Citoyen Saliceti » : Durant les heures les plus intenses de la Révolution, et notamment lorsqu'il agissait comme représentant en mission ou commissaire aux armées en Italie, il exigeait d'être appelé ainsi. Ce surnom, d'abord égalitaire, est rapidement devenu synonyme d'autorité suprême et de terreur pour les populations locales. Entendre dire que le « Citoyen Saliceti » arrivait dans une ville italienne signifiait l'imminence de confiscations massives et de purges politiques.
  • Le « Conventionnel régicide » : À Paris, et plus encore sous la Restauration auprès des réseaux royalistes des Bourbons, il est resté figé sous cette appellation technique et infamante. Seul député corse à avoir voté la mort du roi Louis XVI en janvier 1793, ce surnom lui collera à la peau comme une condamnation morale définitive pour ses opposants politiques, qui voyaient en lui l'incarnation pure de la violence jacobine.
  • Le « Monstre engendré par la Corse » (ou l'Ambitieux dénaturé) : C'est ainsi que son ennemi juré, Pascal Paoli, l'a officiellement qualifié dans ses proclamations publiques à Corte en 1793. Le terme a été largement repris par le peuple corse fidèle au Babbu. Pour les paolistes, Saliceti n'était plus un homme, mais une créature politique contre nature ayant vendu son île à la centralisation républicaine française.
  • « Le Fouché de Naples » : C'est sans doute le surnom le plus célèbre associé à sa fin de carrière. En référence directe à Joseph Fouché, le redoutable ministre de la Police générale à Paris, Saliceti a hérité de ce titre lorsqu'il a pris la tête du ministère de la Police du royaume de Naples sous Joseph Bonaparte. Ce surnom, popularisé par la Haute société et les diplomates, soulignait son génie machiavélique, son réseau d'espionnage tentaculaire et sa capacité à ficher et surveiller l'intégralité des notables italiens.

Honneurs

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Distinctions

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  • Grand officier de la Légion d'honneur : le , au moment de la mise en place des structures de l'Empire par Napoléon Bonaparte.
  • Grand-Croix de l'Ordre royal des Deux-Siciles : en 1808. Cette décoration lui a été conférée à Naples, peu après la création de l'ordre par Joseph Bonaparte et sa confirmation sous le règne de Joachim Murat.

Funérailles d'état

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Les honneurs funèbres accordés à Christophe Saliceti en décembre 1809 reflètent exactement le faste des funérailles d'État de l'Europe napoléonienne. C’est le roi de Naples en personne, Joachim Murat, qui ordonne et finance des funérailles officielles grandioses. Saliceti était son ministre de la Police et de la Guerre le plus stratégique, le rempart du régime contre l'espionnage britannique et les révoltes, le comble : Murat était pourtant soulagé d'être débarrassé de Saliceti[3].

L'orateur officiel du gouvernement du royaume de Naples prononce dans son éloge funèbre :

« Saliceti ne vécut que pour l'État et mourut au champ d'honneur de l'administration. Sa vigilance fut le bouclier de notre tranquillité ; sa fermeté, le salut de nos institutions. Il emporte avec lui les regrets d'un souverain qui connaissait son prix et les larmes des citoyens qu'il a protégés. »

Le texte complet de cet éloge funèbre et les détails de la cérémonie ont été consignés dans le journal officiel du régime de l'époque : Le Moniteur napolitain dans son édition de décembre 1809.

Le cercueil de Saliceti est escorté par l'élite de l'armée napolitaine et les régiments français à travers les rues de Naples. Les plus hauts généraux de l'Empire portent son drap funéraire, saluant l'organisateur militaire qu'il avait été.

Lors de la cérémonie, les hommages les plus vibrants viennent de son cercle de protégés et de la communauté des Corses de Naples. Ils pleurent leur parrain, celui qui distribuait les privilèges et les carrières à ses clients.

Éloges post-mortem

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Joseph Bonaparte, l'ancien roi de Naples et frère aîné de Napoléon prend vigoureusement la plume pour réhabiliter la mémoire de Saliceti face aux accusations de tyrannie :

« Saliceti était un homme d'un esprit supérieur, d'une grande audace, et d'un dévouement à toute épreuve. On a voulu faire de lui un homme de sang ; il n'était qu'un homme d'État rigoureux dans des temps de révolution. Le roi lui dut en grande partie la tranquillité de son royaume, et la mémoire de ce ministre restera chère à tous ceux qui savent apprécier les grands services rendus au milieu des plus grands périls[14]. »

André-François Miot de Mélito, qui a administré le royaume de Naples à ses côtés, témoigne dans ses mémoires de la nécessité absolue de la poigne de fer de Saliceti pour maintenir la paix sociale :

« Saliceti portait dans ses fonctions de ministre de la Police une activité infatigable, une sagacité rare, mais aussi une sévérité inflexible. Il avait promptement organisé un système d'espionnage si parfait que rien ne lui échappait. S'il s'est rendu odieux à la noblesse napolitaine, il faut convenir que lui seul pouvait maintenir l'ordre au milieu de l'anarchie. »

Notes et références

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  1. « Antoine, Christophe Saliceti - Base de données des députés français depuis 1789 », sur Assemblée nationale (consulté le ).
  2. 1 2 Assemblée nationale.
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 François Paoli, Christophe Saliceti : un conventionnel corse de Paris à Naples, Biguglia, Stamperia Sammarcelli,
  4. Jean Defrancheschi, Dictionnaire Napoléon, Fayard, (ISBN 978-2213604855)
  5. Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français (1789-1889), t. V, Bourlotou, , p. 256-257
  6. 1 2 « Saliceti, Antoine Christophe (1757-1809) », sur France archive
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 Laure Junot, Mémoire de Mme la duchesse d'Abrantès, t. 1, Lavocat,
  8. Thierry Lentz, Joseph Bonaparte, Perrin, (ISBN 978-2-262-04873-0), « 17 », p. 152-163
  9. 1 2 3 « Saliceti ou Salicetti, Antoine, Christophe, 1757-1809, homme politique corse », sur napoleon.org (consulté le )
  10. (it) F.O Renucci, Storia della Corsica, Bastia, (lire en ligne)
  11. 1 2 3 4 5 6 Félix Muzy, « Saliceti : sa vie pour la Corse française et pour Napoléon Ier », Historia, no 606, (présentation en ligne)
  12. Albert Lumbroso, Correspondance de Joachim Murat (juillet 1791 - juillet 1808), Hachette (ISBN 978-2329291024)
  13. (it) Carlo De Nicola (préf. Renata De Lorenzo), Diario napoletano dal 1798 al 1825 - 3 volumes, vol. II, Naples, Società di Storia Patria, (1re éd. 1906), p. 509.
  14. 1 2 Albert Du Casse, Mémoires et correspondance politique et militaire du roi Joseph, t. IV, Perrotin,
  15. 1 2 Nicolas Cadet, Honneur et violences de guerre au temps de Napoléon : La campagne de Calabre, Vendémiaire, (ISBN 978-2-36358-155-6)
  16. « Projet de loi relatif à la Corse - Sénat »
  17. « Les corses et le royaume de Naples au début du XIXe siècle », sur accademiacorsa.org (version du sur archive.org)
  18. (en) « A silent and continuous war », sur projectmurat.blog,

Annexes

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Sources primaires

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Liens externes

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