Art rupestre du Sahara
Les peintures et gravures rupestres du Sahara sont des œuvres en majeure partie néolithiques, réalisées à même la roche dans le désert du Sahara et au Maghreb. Elles représentent notamment les humains de l'époque, et une partie de la faune qui les entourait.

L'art rupestre d'Égypte n'est pas lié à celui du Sahara central, mais présente des connexions avec celui du désert Libyque[2].
Description
modifierLes gravures et peintures rupestres qui abondent dans le Sahara correspondent donc à différentes phases chronoculturelles de ce désert. Elles sont d'une grande fragilité. L'Art saharien présente souvent une succession sur les rochers d'images d'animaux, véritables indicateurs de la chronostratigraphie de l'art[3].


Leur datation est difficile, mais elles se situent dans leur grande majorité dans le cinquième millénaire avant l'ère commune[4]. Les plus anciennes semblent être des peintures réalisées dans le style dit des "Têtes rondes" classiques[5] (pour lesquelles Henri Lhote a évoqué "l'image que nous nous faisons communément des Martiens" en 1956 dans son livre À la découverte des fresques du Tassili, p. 77 de l'édition de 1973 - sans pour autant jamais avoir dit qu'ils étaient des Martiens). Ces œuvres ne paraissent pas remonter plus haut que 8000±900 ans avant l'ère commune[6],[7].
Plusieurs autres styles de peintures ou de gravures montrent des animaux domestiques (surtout des bovins), notamment dans la Tassili n'Ajjer, d'où le nom de "style bovidien" donné à ces images. Ce "bovidien" était l'une des catégories chronostylistiques élaborées par Henri Lhote, mais des recherches récentes ont démontré que c'est une notion vide de sens, qui regroupe en réalité des styles très différents, et qui prend des sens divers selon les auteurs. À la lumière des données pariétales, archéologiques, paléoclimatiques et paléoenvironnementales actuellement disponibles, il est préférable d'abandonner cette catégorie, pour lui préférer des dénominations plus précises et mieux localisées, telles que Style d'Iheren, ou Style d'Abañher[8].
Les peintures rupestres du Sahara central ont longtemps eu (et subissent parfois encore) la réputation de n’être pas datés. Il est vrai qu’on n’y dispose pas de datations directes comparables à celles obtenues en Europe pour l’art pariétal, mais des recherches récentes permettent de réviser la chronologie de plusieurs écoles artistiques s’étant exprimées dans cette région au cours de l’Holocène[9] :
- L’art des peintres du style « classique » des Têtes Rondes s’exprime sans doute après 8000±900 cal.BC, mais probablement pas avant le milieu du sixième millénaire cal.BC du fait de l’aride installé à partir de 6200.
- Viennent ensuite les productions pastorales : les graveurs en style du Mesāk s’affirment surtout de 4500 à 4000 cal.BC, alors que, dans le Tassili n'Ajjer, la floraison des peintures du Bovidien se situe elle aussi dans le cinquième millénaire.
- Le style d’Iheren - Tahilahi se manifeste vers 3000 cal.BC.
- Le style Caballin vers le dernier millénaire avant l’ère commune.
- Le style Camélin clôt la séquence avec l’arrivée du dromadaire, probablement aux environs du cinquième siècle de l’ère commune[9].
Galerie
modifier- Antilope au repos (Tin Taghirt, Tassili, Algérie)
- Tête d'un bovin
- Autruche
- Girafe (Dabous, Ténéré, Niger)
- Girafes (Wadi Mathendous, Messak Settafet, Libye)
Chronologie des recherches
modifierPrésentation de l'histoire des recherches et chronologie des cultures en relation avec les peintures et gravures sur le Sahara central par Jean-Loïc Le Quellec : conférence au Musée de l'Homme en 2023[10].
Au XIXe siècle Heinrich Barth (1850, Libye) et Henri Duveyrier (Algérie), Erwin de Bary et Fernand Foureau font les premières découvertes de l'art rupestre saharien[11]. Le Capitaine Cortier en 1909, puis le géologue Conrad Kilian, ensuite le lieutenant Charles Brenans, remarquent de nombreuses peintures dans les oueds Djerat et Amazar. Théodore Monod contribue à faire connaître le Sahara. Les premières cartes de sites archéologiques rupestre sont alors dessinées[12]. Yolande Tschudi, ethnologue suisse, découvre en 1950 les sites du Tassili nord et sud. Henri Lhote, s'appuyant sur les notes de Brenans, organise une expédition en 1956, poursuit ses recherches plusieurs années, en lien avec le Musée de l'Homme et l'Abbé Breuil, qui aboutissent en 1974 à la création d'un Parc national archéologique en Algérie qui fut notamment dirigé par Malika Hachid chargée de la conservation de ce patrimoine, auteur d'ouvrages sur le Sahara et l'art néolithique comme Les pierres écrites de l'Atlas saharien (1992)[13],[14].
Le sub-continent Nord-Africain et Saharien est loin d’avoir livré la totalité de ses richesses en art rupestre[15].
Une chronologie en cours
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Les recherches sur le Sahara ont donné lieu à de nombreuses recherches et publications[N 1].
En 2019 Ginette Aumassip (pour ne citer que cet auteure du groupe des dates "hautes") a publié : Préhistoire du Sahara et de ses abords : Tome 2 - Le Néolithique ou le temps des producteurs[16].
En 2023, lors d'une conférence, une vue chronologique présentée par Jean-Loïc Le Quellec (pour n'en citer qu'un du groupe des "dates basses") sur le Sahara central (Tassili et Messak). Ses recherches présentaient l’aspect détaillé ci-dessous[N 2] :
- La période pré-pastorale correspond à l'optimum humide qui s'achève avec deux évènements arides. La grande faune africaine occupe cet espace jusque vers 2000.
- Moments arides : événement climatique de 6200 AEC ; événement climatique de Bougdouma-Oyo, v. 5200 (sur 2 siècles) ; événement climatique de 2200 AEC ; vers 3500 début de la chute du nombre de lacs aujourd’hui asséchés ; vers 2000, fin du pastoralisme des bovins domestiqués, et vers 1000, fin du pastoralisme des caprinés domestiqués.
Avec les données de Le Quellec en 2023 on peut donner ces datations :
Messak :
- Plateau du Messak, Acacus (ou Akakus, ou Acucas), Tadrart, Aramat
- - v. 4500 ? - v. 4000 : Style du Messak
- - v. 4000 ? - v. 2200 : Style de Tazina
Tassili:
- Azzar, Acacus, Aramat, Tadrart, Immidit, Tefedest (N. du Hoggar) : - v. 5500 ?[17] - v. 3900 : Style des Têtes Rondes |v. 3700/3000 - v. 2200 Style d’Iheren (ou Eheren)[18] | v. 2000 Caballin / Ti-N-Annéwen (Tadrart Akakus)
- Azzar : v. 5200 ? - v. 3900 : Style d'Ozan Ehare (ou Ozan Ehere)[19] | v. 3700 - v. 2200 Style d’Abañher | v. 2000 Caballin / Ti-N-Annéwen
- Vers 2000, la grande faune sauvage disparait. Au début de l'ère commune, probablement vers le Ve siècle le style camelin apparait.
Par ailleurs, on peut remarquer qu'en 2023, pour certains auteurs, deux catégories ne sont plus utilisées : le « bubalin » et le « bovidien »[20].
Bibliographie
modifier- Jean-Dominique Lajoux, Merveilles du Tassili n'Ajjer, Le Chêne, Paris, 1962.
- Id., Tassili n'Ajjer, art rupestre du Sahara préhistorique, Le Chêne, Paris, 1976.
- Id., Murs d'images. Art rupestre de la Tassili-n-Ajjer. Préface de Jean-Loïc Le Quellec. Arles, Errance, 314 p.
- Jean-Loïc Le Quellec, « Périodisation et chronologie des images rupestres du Sahara central » in : Préhistoires Méditerranéennes n° 4 (2013) : .
- Henri Lhote, A la découverte des fresques du Tassili, Arthaud, Paris, 1958, 1973, 1992, 2006.
- Jan Jelínek, Sahara. Histoire de l'art rupestre libyen, Éditions Jérôme Millon, 2004.
- L'Art rupestre d'Afrique : Actes du colloque, Paris, janvier 2014 , éditeurs Manuel Gutierrez, 2016.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Voir la présentation faite par Le Quellec lors de sa conférence Le Quellec, 2023 au repère 1:06:43 / 1:33:07 . Voir aussi Le Quellec, 2013 et François Soleilhavoup, « Patine », Encyclopédie berbère, no 37, (DOI 10.4000/encyclopedieberbere.3495).
- ↑ À cette conférence l'auteur présente le schéma de 2013 légèrement modifié : Jean-Loïc Le Quellec, « Périodisation et chronologie des images rupestres du Sahara central », Préhistoires méditerranéennes, no 4, (DOI 10.4000/pm.715).
Références
modifier- ↑ D'après Henri J. Hugot, Le Sahara avant le désert, éd. des Hespérides, Toulouse 1974 ; Gabriel Camps, « Tableau chronologique de la Préhistoire récente du Nord de l'Afrique : 2-e synthèse des datations obtenues par le carbone 14 » in : Bulletin de la Société préhistorique française vol. 71, n° 1, Paris 1974, p. 261-278 et Jean Gagnepain.
- ↑ Le Quellec, Peintures et gravures d'avant les pharaons du Sahara au Nil, 2005 http://www.soleb.com/pdf/du-sahara-au-nil/du-sahara-au-nil-numerique.pdf
- ↑ (en) « L'Art rupestre d'Afrique : Actes du colloque, Paris, janvier 2014 9782343106717, 2343106711 », sur dokumen.pub (consulté le )
- ↑ Jean-Loïc Le Quellec, « Périodisation et chronologie des images rupestres du Sahara central », in : Préhistoires Méditerranéennes n° 4, 2013 ().
- ↑ Jitka Soukoupova 2012. The Earliest Rock Paintings of the Central Sahara: Approaching Interpretation, Time and Mind: The Journal of Archaeology, Consciousness and Culture 4 (2011) 2: 193-216.
- ↑ Norbert Mercier, Jean-Loïc Le Quellec et al., OSL dating of quaternary deposits associated with the parietal art of the Tassili-n-Ajjer plateau (Central Sahara), Quaternary Geochronology 10 (2012): 367–373.
- ↑ L'étude de Malika Hachid, publiée en 2014 semblait apporter des preuves d'une chronologie sensiblement plus haute « 12e millénaire / début du 11e millénaire cal BP » : La chronostratigraphie des dépôts sédimentaires et les bandes pariétales de couleur sombre et claire du plateau du Tassili-n-Ajjer (Algérie) : Leurs implications sur l'âge des peintures des périodes des Têtes Rondes et Pastorale ancienne, pp. 65-105 in « L'Art rupestre d'Afrique : Actualité de la recherche », Actes du Colloque International, Paris 15, 16, 17 janvier 2014. Centre Panthéon et Musée du quai Branly. Sous la direction de Manuel Gutierrez et Emmanuelle Honoré : équipe d'ethnologie préhistorique - ARSCAN (UMR 7041). Éditions L'Harmattan (ISBN 978-2-343-10671-7), (SUDOC 19748980X).-
- ↑ Frédérique Duquesnoy, « Pour en finir avec le Bovidien », Les Cahiers de l'AARS, n° 20, , p. 27-35
- 1 2 (en) Jean-Loïc Le Quellec, « Arts rupestres au Sahara central », Inference, vol. 5, no 1, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jean-Loïc Le Quellec, « Les images rupestres du Sahara », sur Musée de l'Homme, (consulté le ). Voir aussi une présentation simple sur .
- ↑ The lesser gods of the Sahara: social change and contested terrain amongst , Jeremy Keenan, page 196, « Découverte des Fresques du Tassili »
- ↑ [En 1937, R. Perret publie dans le journal de Africanistes, une « Carte des gravures rupestres et des peintures à l'ocre d'Afrique du nord » qui est le premier inventaire des stations rupestres du Sahara, suivit dans cette entreprise cartographique en 1921 de Flamand, puis Frobenius et Obermaier, dans un ouvrage monumental allemand publié à Munich en 1925 ne fut pas traduit, enfin R. Vaufrey dont l'ouvrage « Art rupestre Nord Africain », en plus de leur localisation, date les peintures découvertes [lire en ligne] L'art rupestre des Ouled Naïl Paul Bellin, Bulletin de la Société préhistorique française, année 1957, Volume 54, Numéro 5-6, p. 299-306].
- ↑ Peintures rupestres du Sahara, Tassili-n-Ajjer, René Gardi, Yolande Neukom-Tschudi et Yolande Tschudi. Les Peintures rupestres du Tassili-n-Adjer. Traduction de Georges Piroué. Préface de Paolo Graziosi, éditions de la Baconnière, 1969
- ↑ [lire en ligne] « Algérie – Peintures et gravures du Tassili n’Ajjer» L’art au temps des pluies le 17 novembre 2010, ZigZag Magazine. Voir aussi un bon résumé et une ouverture sur l'actualité : Jean-Loïc Le Quellec L'art rupestre au Sahara : Historique et répartition des decouvertes [lire en ligne]. (en + fr) Jean-Loïc Le Quellec, « Arts rupestres au Sahara central », Inference, vol. 5, no 1, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ François Soleilhavoup L’art rupestre du Sahara Occidental : un patrimoine culturel à inventorier, à protéger, et Sahara Visions d’un explorateur de la mémoire rupestre. 128 pages, 130 photographies, 40 relevés rupestres, 4 similis. (ISBN 2-913955-04-5)
- ↑ Ginette Aumassip et Michel Tauveron, Préhistoire du Sahara et de ses abords : Tome 2- Le Néolithique ou le temps des producteurs, 2019, (SUDOC 238124770).
- ↑ « L’art des peintres du style « classique » des Têtes Rondes s’exprime sans doute après 8000±900 cal.BC » : Le Quellec, 2013. Voir aussi : Hominidée, 19 février 2012 « Datation des plus anciennes peintures du Tassili-n-Ajjer » .
- ↑ Jean-Loïc Le Quellec, « À propos du nom donné à quatre styles de peinture rupestre au Sahara central », Les Cahiers de l’AARS, no 13, , p. 183-188 (lire en ligne, consulté le ) : Style d'Iheren, Style d’Abañher, style de Ti-n-Annéwen et style d'Ożan Éharé (ou Ehere) : avec photos.
- ↑ Amel Mostefaï, « Les représentations féminines d'Ozan Ehéré (Tasîli-n-Ajjer, Sahara central, Algérie) », 207 Les Cahiers de l’AARS, vol. 16, , p. 207-230 (lire en ligne, consulté le ). Voir aussi Amel Mostefaï-Ithier, « Dimensions cachées et illusion de lisibilité à Ozan Éhéré. Particularités et difficultés d’étude de l’art rupestre tassilien », ARKEOS, vol. 349 « XIX International Rock Art Conference - IFRAO 2015 [in : « Symbols in the landscape: rock art and its context »] », , p. 1349 et suivantes (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Frédérique Duquesnoy, « Pour en finir avec le Bovidien », Les Cahiers de l’AARS 20 (2018) : 27–35. .
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifier- Période humide africaine
- Bubalus, Pelorovis
- Girafes de Dabous (Niger)
- Henri Lhote (1903-1991)
- Jebrine Ag Mohamed Machar
- Sahara
- Tassili n'Ajjer
- Association des amis de l'art rupestre saharien (1991)
- Période des têtes rondes (art rupestre saharien) (en)
- Période pastorale (art rupestre saharien) (en)
- Gravures rupestres de la région de Djelfa, dont la vache qui pleure (Djanet, Algérie, 9000 AP)
- Art néolithique
Lien externe
modifier- Conférence gratuite sur l'historique des découvertes à l'auditorium de la grande galerie de l'Évolution du Muséum national d'histoire naturelle le 7 janvier 2015 par Jean-Loïc Le Quellec :
- Conférence et Communication : L’art rupestre du Tassili-n-Ajjer » mars 2022, 81 pages https://aaml-louviers.fr/conference-lart-rupestre-du-tassili-yves-martin/
- Léonde Joleaud, « Gravures rupestres et rites de l'eau en Afrique du Nord (Rôle des Bovins, des Ovins et des caprins dans la magie berbère préhistorique et actuelle) (article, Journal des africanistes) », sur persee.fr/doc, (consulté le ), p. 197-282
- H. Lhote, G. Camps et G. Souville, « Art rupestre », sur journals.openedition.org/encyclopedieberbere, (consulté le ), p. 918-939
- Malika Hachid, « Outre : Art rupestre historique et sources écrites anciennes », sur journals.openedition.org/encyclopedieberbere, (consulté le ), p. 6004-6009
- Alain Rodrigue, « Rupestre (art) : Haut-Atlas marocain », sur journals.openedition.org/encyclopedieberbere, (consulté le ), p. 7094-7101