Phare d'Alexandrie

une des Sept Merveilles du monde antique

Le phare d'Alexandrie (du grec ancien ὁ Φάρος τῆς Ἀλεξανδρείας / ho Pháros tễs Alexandreías) était un phare situé à Alexandrie, sur l'île de Pharos, en Égypte. Il était considéré dans l'Antiquité comme la septième des Sept Merveilles du monde. Il a servi de guide aux marins pendant près de dix-sept siècles (du IIIe siècle av. J.-C. au XIVe siècle). Sa construction aurait débuté entre 299 et 289 avant notre ère (la date exacte est inconnue) et duré une quinzaine d'années. Les travaux ont commencé sous le règne de Ptolémée Ier mais il meurt avant la fin du chantier qui est achevé sous le règne de son fils Ptolémée II[1].

 merveille du monde 
Phare d'Alexandrie
Image illustrative de l’article Phare d'Alexandrie
Reconstruction en image de synthèse du phare d'Alexandrie.
Localisation
Coordonnées 31° 12′ 53″ nord, 29° 53′ 10″ est
Pays Drapeau de l'Égypte Égypte
Ville Alexandrie
Construction
Date Entre 299 et 289 avant notre ère
Durée Environ 15 années
Matériaux principaux Pierre calcaire (maçonnerie) décorée de marbre blanc
Constructeur Ptolémée Ier et Ptolémée II
Utilité Phare
Destruction
Date Endommagé aux IVe et XIVe siècles puis presque entièrement détruit en 1303
Cause Séisme et tsunami

Sources antiques et médiévales sur le phare

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Pendant l'antiquité et le moyen-âge, plusieurs auteurs évoquent le phare dans leurs ouvrages, certains après l'avoir vu eux-mêmes, fournissant des informations qui se révèleront utiles aux chercheurs :

Strabon

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Le géographe grec Strabon dans sa Géographie (achevée en 23), présente l'origine du phare et son utilité[Note 1].

Pline l'Ancien

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Pline l'Ancien en fait autant dans son Histoire naturelle[2] (publiée en 77 ap. J.-C.) raconte une histoire similaire[Note 2].

Lucien de Samosate

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Lucien de Samosate (IIe siècle), raconte dans Comment il faut écrire l'Histoire[Note 3].

Posidippe

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Le poète du IIIe siècle Posidippe rend un hommage poétique au phare dans cette épigramme[3],[2].

Al-Mas'ûdî

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Al-Mas'ûdî, historien arabe, dans son Livre de l'avertissement (rédigé en 955) raconte que le vizir de Motewekkil, Obéïd Allah fils de Yahya fiis de Khakan, s'est fait exilé par Moustaïn à Barkah en l'année 248 du calendrier hégirien. Passant par Alexandrie, il ne souhaite rompre son jeûne que lorsque le soleil disparait totalement à l'horizon, il demande à un homme de grimper au sommet du phare et de jeter une pierre lorsqu'il verrait que le soleil a totalement disparu. Puis, il présente l'histoire du phare[4]. Dans le même ouvrage, il présente le phare comme étant une des quatre merveilles du monde (du point de vue arabe)[Note 4].

Al-Mas'ûdî, dans Les prairies d'or, fournit différentes hypothèses sur l'origine du phare[5].

Ibn Battûta

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En 1349, Ibn Battûta, le célèbre voyageur marocain, raconte son séjour en Égypte pendant un de ses nombreux voyages[Note 5].

Emplacement du phare d'Alexandrie

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Carte d'Alexandrie au temps de l'Empire romain avec l'île de Pharos.
Restitution de la vue depuis le premier étage du phare d'Alexandrie sur l'entrée du grand port
Phare d'Alexandrie. Mosaïque Basilique Saint Marc (Venise, Italie) détail

Le site choisi pour la construction du phare est probablement la pointe de l'île de Pharos, ou plus certainement un îlot non loin. Il se trouvait ainsi tout près[Note 6] de l'emplacement de l'actuel fort Qait Bay qui date de la fin du XVe siècle et qui fut construit en partie avec des blocs antiques. Les nombreux séismes qui ont eu lieu dans la région entre le IVe siècle et le XIVe siècle, ainsi que le tsunami de 365, ont peu à peu endommagé le célèbre monument qui a été presque entièrement détruit en 1303. En effet, en 1349, Ibn Battûta, le célèbre voyageur marocain, raconte dans son récit de voyage l'état dans lequel il trouve le phare[Note 5].

Ce qui demeurait encore du phare a dû s'effondrer lentement par la suite, puis glisser sous les flots. À la fin du XVe siècle, le sultan Al-Achrâf Sayf ad-Dîn Qait Bay, un des derniers souverains mamelouks burjites de l'Égypte, ordonna la construction d'une citadelle sur ce qui restait de l'esplanade, afin de protéger la ville contre la menace de l'Empire ottoman.

On a longtemps pensé que la construction avait été dirigée par l'architecte Sostrate de Cnide dont le nom est donné par le géographe grec Strabon dans sa Géographie[Note 1]. Il cite une inscription en plomb insérée dans un mur du phare ainsi libellée :

« ΣΟΣΤΡΑΤΟΣ ΔΕΞΙΦΑΝΟΥ ΚΝΙΔΙΟΣ ΘΕΟΙΣ ΣΩΤΕΡΣΙΝ ΥΠΕΡ ΤΩΝ ΠΛΩΙΖΟΜΕΝΩΝ[Note 7]
Sôstratos fils de Dexiphanès de Cnide a dédié ce monument aux dieux sauveurs pour le salut des navigateurs. »

Lucien de Samosate, dans Comment il faut écrire l'Histoire[Note 3], évoque aussi la dédicace dans une anecdote, que Jean-Antoine Letronne ne révoquait pas[6], considérée comme authentique[2].

L'égyptologue français André Bernand souligne que Strabon n’a pas lu le nom des rois, pourtant indispensable dans une dédicace de ce genre. Il faut alors estimer que la première ligne de l’inscription primitive avait disparu entre le règne de Ptolémée II et la date du voyage du géographe en Égypte (en 24 av. J.-C.). Comme hypothèse expliquant la formulation insolite lue par Strabon, l’anecdote insolite rapportée par Lucien a le mérite d'offrir une explication plausible[2].

Sostrate semble néanmoins plutôt être le commanditaire des statues dont l'identité est discutée. On pensait au départ que les dieux sauveurs étaient en fait les Dioscures, Castor et Pollux, protecteurs des marins. Finalement, il semblerait que la dédicace s'adresse à Ptolémée Ier qui était connu comme Ptolémée Sôter (ce qui signifie « sauveur » en grec). Jean-Yves Empereur, quant à lui, se base sur une épigramme du poète du IIIe siècle, Posidippe, qui appuie son hypothèse selon laquelle Sostrate aurait en fait dédié la statue qui surmontait le phare et non le phare lui-même. À partir de sa restitution du Phare en s'appuyant sur les résultats de fouilles subaquatiques du CEAlex, Isabelle Hairy avance en 2013 que le Phare d'Alexandrie apparaît comme l'archétype des architectures euclidiennes[7].

Rôle du phare

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Le phare a été construit pour protéger les marins de la côte d'Alexandrie et également comme œuvre de propagande. La ville tout entière a été construite de façon démesurée et le phare devait en être le symbole. Le résultat fut tel que, depuis, le mot phare (du latin pharus, dérivé lui-même par antonomase du nom de l'île de Pharos[Note 8]), est utilisé pour désigner communément ce type d'édifice. D'ailleurs, bien qu'il existât à Alexandrie d'autres bâtiments tout aussi célèbres que le phare (la grande bibliothèque, le tombeau d'Alexandre), il deviendra emblématique de la ville et l'est encore aujourd'hui. Le phare dominait la côte et permettait aux marins d'avoir un point de repère, la côte étant relativement plate.

On peut lire chez Strabon que le phare était construit en pierre blanche qui serait en fait un calcaire local (pierre blanche du Mex) qui a la particularité de durcir au contact de l'eau. On pense aussi que les parties les plus critiques du phare ont été réalisées en granit d'Assouan. D'ailleurs le fort Qait Bay, édifié sur l'emplacement du phare, a été construit selon le même procédé.

Aspect et dimensions

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Vue artistique de Maarten van Heemskerck du phare d'Alexandrie s'élevant au-dessus de l'île de Pharos reliée à Alexandrie (dernier plan), par une chaussée.
Le phare d'après deux monnaies émises à Alexandrie sous Antonin le Pieux et Commode.
Le phare de Taposiris Magna, une réplique réduite du phare d'Alexandrie ornant une sépulture antique.
Proposition de restitution du plan au sol du phare d'Alexandrie

Jean-Yves Empereur a étudié des représentations du phare plus ou moins fidèles (documents figurés, mosaïques), mais aussi des sources écrites (Strabon, Plutarque, Abu Hamid Al-Andalusi, Ibn Battûta, etc.) et a réussi à en tirer un plan assez précis.

J.-Y. Empereur a notamment étudié des pièces de monnaie frappées à Alexandrie entre le Ier siècle av. J.-C. et le IIe siècle. Il s'est aussi appuyé sur une sépulture antique du IIe siècle av. J.-C. à Taposiris Magna (actuellement Abousir au bord du lac Mariout, à environ quarante kilomètres d'Alexandrie), au-dessus de laquelle le propriétaire avait fait réaliser une copie réduite du phare.

Il a déduit de ses travaux que le phare devait être un bâtiment à trois étages :

  • une base carrée légèrement pyramidale,
  • une colonne octogonale,
  • une petite tour ronde distale[Note 9] surmontée d'une statue,

le tout pour une hauteur d'environ cent-trente-cinq mètres.

Son rayon de visibilité s'étendait sur environ cinquante kilomètres.

La base devait mesurer environ soixante-dix mètres de hauteur sur trente mètres de côté. On y accédait par une rampe à arcades. Une cinquantaine de pièces servant d'habitation au personnel chargé de l'entretien du phare ou d'entrepôt de combustible étaient aménagées tout autour d'une rampe intérieure, ce qui explique les fenêtres asymétriques qui suivaient l'axe de la rampe, assez large pour livrer passage aux bêtes de somme chargées d'acheminer le combustible. Elle donnait accès à une sorte de terrasse munie d'une rambarde de 2,30 m de haut entourée de quatre tritons soufflant dans des cornes, un à chaque coin de la terrasse.

Le deuxième étage était de forme octogonale et mesurait trente-quatre mètres de hauteur et 18,30 m de largeur. Il comportait un escalier intérieur qui menait au troisième étage. Celui-ci était circulaire et ne mesurait que neuf mètres de hauteur. Il contenait lui aussi un escalier de dix-huit marches.[réf. nécessaire]

Pharos : Une enquête scientifique hors norme

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Trente ans après leurs premiers travaux sur les vestiges du phare d’Alexandrie[8], une nouvelle campagne de fouilles a été menée en juin 2025 par le Centre d'études alexandrines (CEAlex) sous la responsabilité scientifique d’Isabelle Hairy, archéologue et architecte au CNRS (UMR 8167, Orient & Méditerranée) et avec le soutien de La Fondation Dassault Systèmes et de Gedeon Programmes[9].

Cette campagne a marqué une étape décisive : dix-neuf des blocs les plus imposants du monument, certains pesant jusqu’à cinquante tonnes, ont été sortis de l’eau. Parmi eux figuraient des éléments de la porte monumentale du phare, son seuil, de grandes dalles du mur appelées orthostates, ainsi que des pièces d’un monument jusqu’alors ignoré : un pylône de style égyptien et de technique grecque[10].

Cette opération visait à étudier et à numériser ces pièces exceptionnelles, qui font partie des 5000 blocs enregistrés sous l’eau au cours de la dernière décennie.

Parallèlement, une équipe scientifique sous la direction d’Isabelle Hairy a recensé pendant trois ans l’ensemble des sources décrivant le phare : l’iconographie antique (monnaies, lampes en terre cuite, mosaïques, verres historiés) ainsi que les sources textuelles, en particulier la documentation médiévale de langue arabe qui décrit le plus précisément son architecture.

Le phare d’Alexandrie révélé grâce aux univers virtuels

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Le défi majeur de cette enquête est de comprendre comment fut construite cette structure de cent-trois mètres de haut, qui a pu résister à dix-huit séismes.

Pour soutenir Isabelle Hairy dans sa reconstitution du monument, La Fondation Dassault Systèmes a mobilisé ses ingénieurs volontaires et le Téléport, un système de collaboration immersif à l’échelle 1/1. Ensemble, ils ont croisé et analysé toutes les données collectées. Chaque information devient un indice intégré dans un modèle numérique, et chaque hypothèse est testée en vue d’aboutir prochainement à une reconstruction virtuelle complète.

Cette collaboration redonnera vie à ce monument légendaire grâce à un jumeau numérique scientifiquement validé. Pour la première fois depuis la visite d’Ibn Battouta en 1325, le phare d’Alexandrie pourra de nouveau être « visité », offrant une plongée immersive inédite dans l’histoire, l’architecture et les secrets de construction de cette merveille disparue et l’un des monuments les plus emblématiques du monde antique[11],[12],[13].

Les résultats de ces travaux exceptionnels et de la reconstitution du phare d’Alexandrie seront révélés en octobre 2026[10].

Statues du phare

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Au sommet du phare se dressait une statue qui n'a pas encore pu être formellement identifiée ; en effet, il pourrait s'agir de Zeus, de Poséidon ou d'Hélios. Dans son poème, Posidippe nous dit qu'il s'agit de la statue de Zeus et ce fut probablement le cas pendant la première moitié du IIIe siècle avant notre ère. Une autre source semble aller dans le même sens : c'est une intaille en verre du Ier siècle qui montre le phare surmonté de Zeus qui tient dans la main gauche une lance et dans la main droite une sorte de coupelle. Sur cette représentation, le phare est entouré d'Isis Pharia et de Poséidon, divinités qui avaient chacune un temple sur l'île de Pharos. La statue de Zeus serait donc restée en place jusqu'à l'arrivée des Romains.

Il existe un gobelet en verre datant du IIe siècle et retrouvé à Begrâm en Afghanistan qui montre l'image d'un dieu tenant une rame dans la main gauche ce qui ferait de lui Poséidon. Ce même dieu est cité dans un texte du Ve siècle parlant d'une réparation du phare.

Finalement, une mosaïque datant de 539 montre le phare surmonté d'Hélios.

On pourrait penser que les trois statues se seraient succédé. On aurait eu tout d'abord la statue de Zeus, qui était vénéré sous la forme d'Ammon-Zeus et comme étant l'ancêtre des Ptolémées. À leur arrivée, les Romains auraient supprimé cette statue qui rappelait trop les Lagides et remplacé par une statue de Poséidon, dont la fonction convenait parfaitement au rôle du phare, c'est-à-dire de protéger les navigateurs. Il aurait pu être ensuite remplacé par Hélios, qui à la fin de l'Antiquité était une divinité courante. Il existe un édit promulgué en 391 par Théodose Ier, empereur romain qui a fait du christianisme la religion d'État. En effet, cet édit visait à abolir les cultes païens sur le territoire romain dont faisait partie l'Égypte. On sait qu'il a été suivi à Alexandrie de manière assez consciencieuse, dans la mesure où c'est à la suite de cet édit qu'a été détruit le temple de Sarapis, par exemple. De plus, il semblerait plus logique qu'après la christianisation de Rome, ce soit une statue de saint Marc, patron de la ville ou plus simplement du Christ qui ait couronné le phare. Cependant, ce dont on est sûr, c'est qu'au IXe siècle, une mosquée a été installée au sommet de la tour par Ahmad Ibn Touloun. Aussi, Al-Masudi a écrit que le côté tourné vers la mer portait une inscription dédiée à Zeus[14].

On a retrouvé immergées au pied du fort Qait Bay deux statues colossales : la première est celle d'un Ptolémée en pharaon et la deuxième, une statue d'Isis. Ces statues devaient être posées devant le phare pour être vues des navigateurs entrant dans le port. On ne sait pas avec certitude quel Ptolémée est représenté, mais on suppose qu'il s'agit de Ptolémée II et que la statue d'Isis est en fait son épouse Arsinoé II que le pharaon avait divinisée après sa mort.

Explorations sous-marines

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Le phare d'Alexandrie, selon une gravure de 1880.
Dessin de l'archéologue Hermann Thiersch (1909).
Fort Qait Bay.
Statue de Ptolémée II érigée à l'origine à la porte du phare d'Alexandrie, récupérée des eaux par le Centre d'études alexandrines et désormais devant la Bibliotheca Alexandrina.

Les fouilles archéologiques sur le site du fort Qait Bay ne sont devenues systématiques que depuis la seconde moitié du XXe siècle. En effet, si la présence de blocs sous-marins était connue depuis le XVIIIe siècle, ces blocs n'ont pas été étudiés avant les années 1960. L'image plus ou moins réaliste que l'on avait du phare avant cette date était le plus souvent basée sur les textes antiques tout autant que sur des légendes.

La première étude vraiment sérieuse du phare (et non du site) est celle réalisée par Hermann Thiersch au début du XXe siècle et qui a été soutenue par le musée gréco-romain. Il recensa toutes les sources existantes jusqu'alors pour arriver à une description assez fidèle du phare à différentes époques. Pour Thiersch, les assises du phare se trouvaient encore dans le donjon du fort Qaitbay. En 1909, il estime la hauteur du phare à cent-trente-cinq mètres de haut. Vers 1916, un ingénieur français du nom de Jondet réalisa des sondages et confirma cette hypothèse. Mais le fort, qui était une construction militaire, était interdit d'accès et il a fallu attendre le début des explorations sous-marines pour pouvoir vraiment étudier les vestiges du phare.

Ces explorations ont commencé au début des années 1960 grâce à un plongeur et archéologue amateur alexandrin, Kamel Abul Saadat, qui a été le premier à explorer l'entrée du port et à attirer l'attention sur les blocs qui s'y trouvaient. En 1962, il convainc la marine égyptienne de renflouer une statue colossale d'Isis et en 1968, l'Unesco envoie sur place l'archéologue écossaise Honor Frost avec qui Kamel Abul Saadat établit le plan des fonds sous-marins. En 1975, elle publiera le premier article scientifique sur le site antique dans l'International Journal of Nautical Archeology.

À la suite de l'immersion malencontreuse de gros blocs de béton au pied du phare, le service des antiquités a sollicité le Centre d'études alexandrines (CEAlex), créé par Jean-Yves Empereur, et son équipe de plongeurs pour étudier les fonds entourant le fort Qait Bay. Les fouilles archéologiques sous-marines menées par ce dernier entre 1994 et 1996 ont réduit la taille de l'édifice à cent-dix mètres de haut par rapport à la représentation d’Hermann Thiersch, et ont supprimé la muraille qui l'entoure. Depuis 1994, plus de trois-mille blocs, dont plus des deux tiers sont des blocs architecturaux, ont été recensés. Pour cela, des dizaines de blocs ont été remontés à la surface grâce à des ballons mais la difficulté de ce travail explique la lenteur des travaux dans la zone. Le CEAlex a tout de même réussi à cartographier complètement le site.

Vingt-deux blocs sont de nouveau extraits en 2025, pesant chacun entre soixante-dix et quatre-vingts tonnes, dont des éléments de portes monumentales[15],[16].

Beaucoup de fragments de colonnes ont été retrouvés mais leurs bases et les chapiteaux sont en revanche plus rares. En effet, ils ont souvent été réutilisés dans des constructions plus tardives (mosquées, citernes). On a retrouvé aussi une demi-douzaine de colonnes importées à Alexandrie et portant le cartouche de Ramsès II, vingt-huit sphinx datés de différents règnes (Sésostris II, Psammétique II) et des obélisques signés Séthi Ier.

Mais il s'agissait évidemment de prouver que ces blocs provenaient effectivement du phare. On a retrouvé des encadrements de porte, par exemple en granite d'Assouan, particulièrement massifs : 11,5 mètres de haut pour un poids de plus de soixante-dix tonnes. On imagine donc assez difficilement que ces blocs aient pu être déplacés aisément sur de très longues distances. Et ils ont été trouvés au pied du fort Qait Bay. Quand on compare ces données avec les sources antiques qui indiquent que le phare se trouvait sur le site du fort et qu'il a été détruit par les tremblements de terre, on peut supposer que ces encadrements de porte proviennent du phare. De plus, une source du XIIe siècle nous révèle que les pièces du phare étaient scellées les unes aux autres par du plomb fondu et lors des fouilles on a retrouvé des blocs où étaient fixées des broches de plomb, métal qui d'ailleurs se trouve en grande quantité dans la zone entourant le fort. Un chercheur du CEAlex, Mourad El Amoury, a mené des études sur les modes d'assemblage entre les cavités de scellement présentes sur les éléments architecturaux et les plombs de scellement retrouvés lors des fouilles, confirmant cette technique de scellement utilisée lors de la construction du phare.

L'emplacement du phare avait toutefois été mis en doute par Jean Yoyotte qui, dans ses commentaires du Voyage en Égypte de Strabon, trouvait cette théorie « discutable ». Il s'appuie pour cela sur les blocs de pierre retrouvés au pied du fort Qait Bay dont la disposition sur le site ne correspondrait pas, selon lui, à l'ordre qui aurait dû être observé à la suite d'un effondrement. Pour Yoyotte, il ne faudrait donc pas négliger l'hypothèse selon laquelle il pourrait s'agir en fait de récifs artificiels construits pour protéger la côte des bateaux ennemis. Cependant, cette hypothèse est réfutée par les résultats des fouilles réalisées.

L'UNESCO envisage d'inscrire le site des vestiges du phare d'Alexandrie sur la liste du patrimoine mondial. Les autorités égyptiennes cherchent, en collaboration avec le secrétariat de la Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique de l'UNESCO, comment mettre en valeur ce patrimoine culturel. L'option d'un musée sous-marin permettant aux visiteurs du monde entier de découvrir les vestiges sans risque de dégradations et aux scientifiques de l'étudier, est préférée ; une étude de faisabilité a commencé en 2009[Note 10].

Pharos dans la culture

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Représentation stylisée du phare.
Réplique du phare construite en 2005 dans le parc de Window of the World à Changsha.

Le phare reste un symbole de la ville d'Alexandrie et du gouvernorat d'Alexandrie. Une représentation stylisée du phare apparaît sur le drapeau et l'emblème du gouvernorat ainsi que de nombreux services publics de la ville, notamment l'emblème de l'université d'Alexandrie.

En architecture

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Le Sheraton Batoumi à Batoumi en Géorgie, inspiré du phare d'Alexandrie

Un tombeau antique bien conservé dans la ville d'Abousir est considéré comme un modèle à l'échelle réduite du phare d'Alexandrie : remontant au règne de Ptolémée II, il se compose d'une tour de trois étages, d'environ vingt mètres en hauteur, avec une base carrée, une section médiane octogonale et une partie supérieure cylindrique.

Dans les films

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Une représentation du phare en images de synthèse apparaît dans les films Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Alexandre et Agora.

Dans les documentaires

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Une reconstitution en images de synthèses est proposée dans le documentaire Les 7 Merveilles du Monde, chefs-d’œuvre de l'Antiquité, 2019, de Tom Ranson[18].

L'ingénieur universitaire et enseignant chercheur Adel Abdelnaby[19], spécialisé dans les structures et leur résistance aux séismes, a réalisé des tests de résistance[18] aux secousses sismiques sur un assemblage de blocs de granits par des chevilles et du mortier de plomb fondu, tel que les chercheurs et archéologues imaginent la construction du phare. Le test a montré une résistance jusqu'à une magnitude de 8[20].

La société Gedeon Programmes, a participé au financement de la mission de sauvetage des vestiges du Phare en 1995 et a produit alors un film intitulé « La septième merveille du monde », diffusé avec un grand succès sur France 2, ainsi que sur les plus grandes chaines internationales BBC, ZDF, PBS, RAI, NHK… En 2025, la société soutient à nouveau la mission du Centre d’études Alexandrines en cofinançant la barge et la grue qui ont permis le levage des blocs du Phare. Cette opération spectaculaire a été filmée par les équipes de Gedeon Programmes, dirigées par la réalisatrice Laurence Thiriat, dans le cadre d’un documentaire de 90’ destiné à être diffusé en première partie de soirée sur France Télévisions et à l'internationale[21].

Dans les jeux vidéo

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Le phare fait partie des merveilles constructibles dans la série des Civilization (1991-2019), Forge of Empires (2012) ainsi que dans le jeu Empire Earth: The Art of Conquest (2002). C'est aussi un bâtiment de surveillance pour la civilisation égyptienne dans le jeu Age of Mythology (2002). Il fait partie des monuments présents dans Assassin's Creed Origins (2017), mais sa représentation s’inspire de la représentation d'Hermann Thiersch, et ne prend pas en compte les derniers résultats de la recherche archéologique et historique. Il se trouve également dans le jeu Rome: Total War.

Dans les jeux de société

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Le Phare d'Alexandrie fait partie des sept Merveilles que le joueur peut construire dans le jeu 7 Wonders d'Antoine Bauza (chez Repos Production)[22]. Le joueur qui obtient la merveille Alexandrie produit dès le début du jeu du Verre et, en construisant les étapes de sa Merveille, le joueur, en plus d'obtenir des points de victoire, produit automatiquement de nouvelles ressources.

Dans les organisations

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L'Observatoire Pharos, créé en 2012 et qui a choisi pour nom l'île de Pharos d'où brillait le phare de la multiconfessionnelle Alexandrie, est une structure professionnelle d’information au service du pluralisme des cultures et des religions[Note 11].

Notes et références

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  1. 1 2 Strabon, Géographie, Livre XVII, Chapitre I, 6 (lire en ligne) :
    « Sur ce rocher s'élève une tour à plusieurs étages, en marbre blanc, ouvrage merveilleusement beau, qu'on appelle aussi le Phare, comme l'île elle-même. C'est Sostrate de Cnide qui l'a érigée et dédiée, en sa qualité d'ami des rois, et pour la sûreté des marins qui naviguent dans ces parages, ainsi que l'atteste l'inscription apposée sur le monument. Et, en effet, comme la côte à droite et à gauche de l'île est assez dépourvue d'abris, qu'elle est de plus bordée de récifs et de bas-fonds, il était nécessaire de dresser en un lieu haut et très apparent un signal fixe qui pût guider les marins venant du large et les empêcher de manquer l'entrée du port. »
  2. ↑ Pline l'Ancien, Histoire naturelle (lire en ligne) :
    « Un autre monument qu'on vante, c'est la tour faite par un roi dans l'île de Pharos, à l'entrée du port d'Alexandrie. Elle coûta, dit on 800 talents. À ce propos je ne dois pas omettre la magnanimité du roi Ptolémée, qui permit à l'architecte Sostrate de Cnide d'inscrire son nom sur l'édifice même. Ce phare sert à signaler par son feu aux navires, dans leur marche nocturne, les bas-fonds et l'entrée du port. De pareils feux sont allumés aujourd'hui en divers lieux, tels qu'Ostie et Ravenne. Le risque est de prendre pour une étoile ces feux non interrompus, parce que de loin ils en ont l'aspect. C'est ce même architecte qui passe pour avoir le premier exécuté un promenoir suspendu, lequel est à Cnide. »
  3. 1 2 Lucien de Samosate, Comment il faut écrire l'Histoire, 62 (lire en ligne) :
    « Vois ce qu'a fait un certain architecte de Cnide ? Il avait construit la tour de Pharos, ce rare et merveilleux édifice, du haut duquel un feu éclairait au loin les navigateurs, pour les empêcher d'aller se jeter sur les brisants de la côte difficile et impraticable de Parétonium. Après avoir achevé son ouvrage, il y grava son nom fort avant dans la pierre, et le recouvrit d'un enduit de plâtre, sur lequel il écrivit le nom du roi qui régnait alors. Il avait prévu ce qui devait arriver. Au bout de quelques années le plâtre tombait avec les lettres qu'il portait, et l'on découvrit cette inscription : « Sostrate de Cnide, fils de Dexiphane, aux dieux sauveurs, pour ceux qui sont battus des flots ». Ainsi cet architecte n'a pas eu en vue le moment présent, le court instant de la vie, mais l'heure actuelle et les années à venir, tant que la tour serait debout et que subsisterait l'œuvre de son talent. »
  4. ↑ Al-Mas'ûdî, Livre de l'avertissement, p. 198 (lire en ligne) :
    « Quant aux quatre merveilles du monde, c'est : la mosquée de Damas, le phare d'Alexandrie, le pont de Sandjah et cette église [l'église d'Émesse ]. »
  5. 1 2 Ibn Battûta, al-Rihla (lire en ligne) :
    « Dans ce voyage je visitai le phare, et je trouvai une de ses faces en ruines. C'est un édifice carré qui s'élance dans les airs. Sa porte est élevée au-dessus du niveau du sol, et vis-à-vis est un édifice de pareille hauteur, qui sert à supporter des planches, sur lesquelles on passe pour arriver à la porte du phare. Lorsqu'on enlève ces planches, il n'y a plus moyen de parvenir à la porte du phare. En dedans de l'entrée est un emplacement où se tient le gardien de l'édifice. À l'intérieur du phare se trouvent beaucoup d'appartements. La largeur du passage qui conduit dans l'intérieur est de neuf empans, et l'épaisseur du mur d'enceinte de dix empans. Le phare a cent-quarante empans sur chacune de ses quatre faces. Il est situé sur une haute colline, à une parasange de la ville, et dans une langue de terre que la mer entoure de trois côtés, de sorte qu'elle vient baigner le mur de la ville. On ne peut donc gagner le phare du côté de la terre, qu'en partant de la ville. C'est dans cette langue de terre contiguë au phare, que se trouve le cimetière d'Alexandrie. Je me dirigeai une seconde fois vers le phare, lors de mon retour au Maghreb, en l'année 750 (1349), et je trouvai que sa ruine était complète, de sorte qu'on n'y pouvait plus entrer, ni monter jusqu'à la porte. Almélic annâcir avait entrepris de construire vis-à-vis un phare tout semblable, mais la mort l'empêcha de l'achever. »
  6. ↑ « Son emplacement ne se trouvait pas sous le fort Qaitbay, mais décalé par rapport à lui », déclare catégorique Jean-Yves Empereur dans Sciences et Avenir, hors-série no 165, janvier/février 2011, p. 58.
  7. ↑ Traduction littérale : Sôstratos de Dexiphanès Cnidien aux dieux sauveurs pour les navigateurs.
  8. ↑ Informations lexicographiques et étymologiques de « phare » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  9. ↑ Mot emprunté au vocabulaire médical. Informations lexicographiques et étymologiques de « distal » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  10. ↑ Le projet de musée subaquatique à Alexandrie sur le site de l'UNESCO.
  11. ↑ Site officiel de l'« Observatoire Pharos ».

Références

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  1. ↑ Fichou, Le Hénaff et Mével 1999, p. 14.
  2. 1 2 3 4 André Bernand, « La vie de la ville », dans Alexandrie des Ptolémées (lire en ligne), p. 46-60
  3. ↑ François Chamoux, L’Épigramme de Poseidippos de Pella sur le phare d’Alexandrie, dans « Hommages à Claire Préaux » (Bruxelles, 1976), p. 214-222. :
    « Cette sauvegarde des Grecs, ce veilleur de Pharos, ô seigneur Protée, c’est Sôstratos qui l’a érigé, fils de Déxiphanès de Cnide. C’est qu’en Égypte tu n’as point comme postes de guet des hauteurs sur des îles : non, la baie qui accueille les navires s’étend au ras des eaux. C’est pour cela que, debout toute droite, se découpe sur le ciel une tour qui se voit à une distance infinie pendant le jour. Pendant la nuit, bien vite, au milieu des flots, le marin apercevra le grand feu qui brûle au sommet, et il pourra courir droit sur la corne du Taureau, et il ne saurait manquer d’atteindre Zeus Sauveur, ô Protée, celui qui navigue dans ces parages. »
  4. ↑ Al-Mas'ûdî, Livre de l'avertissement, p. 71 à 73 (lire en ligne) :
    « Le phare d'Alexandrie est l'un des édifices merveilleux du monde. Il fut bâti par l'un des Ptolémée, princes grecs qui régnèrent après la mort du roi Alexandre, fils de Philippe, lors des guerres qu'ils eurent à soutenir contre les Romains sur terre et sur mer. Us établirent ce phare comme une vigie, en disposant dans le haut un grand miroir fait d'une sorte de pierre en lames transparentes, qui leur permettait de voir les navires arrivant de Rome à une distance où la vue n'aurait pu les atteindre. Avertis du danger par ce miroir, ils se disposaient à empêcher l'approche des vaisseaux ennemis. La hauteur du phare est aujourd'hui de 230 coudées environ ; elle était anciennement à peu près de 4oo coudées. Il a été ruiné avec le temps et par l'effet successif des tremblements de terre et des pluies. Il pleut beaucoup dans le pays d'Alexandrie; son régime n'est pas celui du Caire où, ordinairement, il ne pleut que très peu. Nous rapporterons dans la suite de ce livre ce que l'on dit à ce sujet et ce qui cause cette rareté des pluies.
    L'édifice se compose de trois parties superposées. Jusqu'à une limite voisine de la moitié et plus haute que le tiers, il a un plan carré, et est bâti de pierres blanches. Cette partie a environ 110 coudées. Au-dessus le plan devient octogone, et les matériaux sont les briques et le plâtre, sur une hauteur de 60 et quelques coudées ; tout autour est un espace où l'on peut circuler. La partie supérieure est arrondie.
    Ahmed, fils de Touloun, émir de Misr, d'Alexandrie et de Syrie, restaura une portion du phare, et il le surmonta d'un dôme en bois auquel on accédait par l'intérieur au moyen d'une pente Escalier en colimaçon|en limaçon unie et sans gradins. Dans le côté oriental du phare est une tablette en plomb portant une inscription grecque ; la hauteur de chaque caractère est d'une coudée et sa largeur est d'un empan ; cette tablette est placée à environ 100 coudées au-dessus du sol. L'eau de la mer baigne la base de l'édifice. L'angle occidental, exposé aux flots, ayant été ruiné, fut rebâti par Abou'l-Djeïch Khomaraweïh, fils d'Ahmed fils de Touloun. La distance entre le phare et la ville d'Alexandrie est aujourd'hui d'environ un mille. L'édifice s'élève à l'extrémité d'une langue de terre enserrée des deux côtés par la mer, à l'entrée du port [mina] d'Alexandrie. Il ne s'agit pas ici de l'ancien port , car l'ancien port est dans la vieille ville et les vaisseaux n'y font pas escale, à cause de son éloignement des quartiers fréquentés. (On nomme mina le lieu où les vaisseaux font escale.) Les habitants d'Alexandrie ont gardé la tradition qu'il y avait autrefois entre le phare et la mer une distance égale à celle qui sépare aujourd'hui la ville du phare ; mais les eaux de la mer ont en peu de temps recouvert cet intervalle et leur crue continue.
    Au mois de Ramadan de l'an 344, la partie supérieure du phare, sur une hauteur de trente coudées environ, s'écroula dans un tremblement de terre qui fut senti à la même heure dans le pays de Misr et dans beaucoup de localités de la Syrie et du Magreb, comme le montrèrent les renseignements qui parvinrent dans la suite. Nous nous trouvions au Caire ; il y eut une phase vraiment critique et terrible qui dura environ une demi-heure de temps moyen. C'était à midi, le samedi 18 du mois, correspondant au 5 du second Kanoun, dans le calendrier syrien, au 9 de Dîmâh selon le calendrier perse et encore au 9 du mois copte de Tôbali. »
  5. ↑ Al-Mas'ûdî, Les prairies d'or, (lire en ligne, de la p. 431 ici à la p. 440 ici). Sur les origines du phare :
    « Au rapport de la plupart des historiens originaires de l'Égypte et d’AIexandrie, le phare d’Alexandrie fut bâti par Alexandre, fils de Philippe de Macédoine, dans les circonstances rapportées ci-dessus au sujet de la fondation de cette ville. D’après d’autres auteurs, ce fut la vieille reine Deloukeh qui le bâtit et en fit un poste d’observation destine a surveiller les mouvements de l’ennemi. D’autres en attribuent l’origine au dixième Pharaon, dont il a die parle précédemment. Enfin d’autres auteurs assurent que c’est au fondateur de Rome qu’Alexandrie, le phare et les pyramides doivent leur existence ; dans celte hypothèse, le nom d’Alexandrie viendrait seulement de la célébrité d’Alexandre dont les armes subjuguèrent la plus grande partie du monde. A l’appui de celte opinion, on cite plusieurs faits. Alexandre, dit-on par exemple, n’avait pas besoin de faire de ce phare un poste d’observation, puisqu’il ne redoutait aucune attaque par mer, et que nul souverain étranger n'aurait osé envahir ses États et marcher sur sa capitale. On ajoute que le véritable auteur du phare le bâtit sur un piédestal de verre en forme d'écrevisse, qui reposait sur le fond de la mer, à l’extrémité de cette langue de terre qui se détache du continent (île de Pharos) II couronna le faite de l'édifice de statues de bronze et d’autre métal. Une de ces statues avait I'indicateur de la main droite constamment tourné vers le point où se trouvait le soleil ; s’il était au milieu de sa course, le doigt en indiquait la position ; s’il disparaissait de l'horizon, la main de la statue s'abaissait, et décrivait ainsi la révolution de l'astre. Une autre statue tournait la main vers la mer, dès que l'ennemi était à la distance d'une nuit de navigation. Quand il arrivait à portée de la vue, un son effrayant et qu'on entendait a deux ou trois milles de Ià sortait de cette statue. Les habitants, avertis ainsi de I’approche de l’ennemi, pouvaient en surveiller les mouvements. Une troisième statue indiquait toutes les heures du jour et de la nuit par un son harmonieux, et qui variait avec chaque heure. »
    Ensuite, il raconte que sous le règne du calife Al-Walīd Ier (ou el-Walid, 705-715), le roi de Byzance envoya en mission secrète un de ses eunuques favoris, particulièrement malin. Avec ses hommes, il parvient aisément en terre musulmane. Arrivé auprès d'el-Walid, il prétend qu'il était courtisan du roi qui menaçait de l'exécuter sur des soupçons injustes. Déclarant vouloir se convertir à l'islam, il fit sa profession de foi devant le prince. Il finit par en gagner la confiance et lui révéler l'existence de trésors cachés à Damas et ailleurs en Syrie, dont il détenait des indications précises fournies par certains livres qu’il avait apportés et qu'il avait fini par découvrir. Les montrant aux yeux du prince dont il avait suscité la convoitise, il déclara :
    « « Prince des croyants, il y a ici même des trésors, des pierres précieuses et d’autres objets de prix cachés par les anciens rois. » Et, sur les instances d’el-Walid, il ajouta: « C’est sous le phare d’Alexandrie que sont enfouis les trésors de la terre. Sachez, en effet, que lorsque Alexandre s’empara des biens et des pierres précieuses qui avaient appartenu à Cheddad (en), fils de Ad, ou a d’autres rois arabes en l'Égypte et en Syrie, il fit construire des caves et des chambres souterraines, surmontées de voûtes et d’arcades. C'est Ià qu'il déposa tous ses trésors, lingots, valeurs monnaies et pierres fines. Au-dessus de ces souterrains il bâtit le phare, qui n’avait pas moins de mille coudées de haut, et plaça au faite le miroir et un poste de veilleurs. Dès que l'ennemi se montrait au large, ils criaient pour avertir les postes voisins et donnaient, à laide de signaux, l'éveil aux plus eloignés. De cette façon les habitants étaient avertis, ils couraient à la défense de la ville et déjouaient les tentatives de l'ennemi. » En conséquence, el-Walid fit partir cet eunuque avec des soldats et quelques courtisans dévoués; ils démolirent le phare jusqu’à la moitié de sa hauteur, et détruisirent le miroir. Cette œuvre de destruction indigna les habitants d’Alexandrie et des autres villes, car ils comprirent que c’était une ruse et une manœuvre perfide dont ils seraient les victimes. Voyant que ces rumeurs se propageaient et qu’elles ne tarderaient pas a arriver jusqu’à el-Walid, l'eunuque, dont le but était atteint, s’échappa pendant la nuit et s’éloigna sur un bâtiment que des gens apostés par lui tenaient tout prêt a partir. Ainsi s’accomplit son stratagème, et depuis lors le phare est resté a demi ruiné, jusqu a la présente année 332 de l'hégire. »
    Poursuivant en parlant des pêcheries près d'Alexandrie remontant des fragments de pierres précieuses, utilisés pour des chatons de bague :
    « On a prétendu qu’elles ornaient les vases dont se servait Alexandre dans ses festins, et qu’après sa mort sa mère les fit briser et jeter dans l’eau en cet endroit. D’autres racontent qu’Alexandre réunit ces bijoux et les jeta à dessein dans la mer, afin que les abords du phare ne fussent jamais déserts. Car les pierres précieuses, qu’elles soient dans le sein de la mine ou au fond de la mer, doivent 6tre en tout temps l'objet des recherches de l'homme, et le lieu qui les recèle est toujours un centre d'agglomération. De toutes les pierreries qu’on pêche aux alentours du phare, celles qu’on retire le plus souvent sont de l'espèce dite esbadédjechm. »
    Enfin, sur le phare en lui-même :
    « On croit que le miroir place au sommet du phare ne devait son origine qu’aux attaques dirigées par les rois grecs, successeurs d’Alexandre, contre les rois d’Alexandrie et d’Égypte. Les maîtres d’Alexandrie se servaient de ce miroir pour reconnaitre les ennemis qui venaient par mer. En outre, quiconque pénétrait dans le phare, sans en connaître l’accès et les issues, se perdait dans cette foule de chambres, d’étages et de passages inextricables. On raconte aussi que, durant le règne d’el-Moktadir, lorsque l’armée des Maures entra dans Alexandrie sous la conduite du maitre de I’Occident (Sahib el-Magreb), une troupe de cavaliers pénétra dans le phare et s'y égara dans un dédale de rues qui aboutissaient à des couloirs étroits au-dessus de l'écrevisse de verre ; il y avait là des ouvertures donnant sur la mer et par ou ils tombèrent avec leurs chevaux. Ainsi qu’on le sut plus tard, le nombre des victimes fut considérable. Suivant une autre version, ils tombèrent du haut d’une plate-forme qui s’étendait devant le phare. Cet emplacement est occupé aujourd’hui par une mosquée ou séjournent pendant l'été les volontaires égyptiens et d’autres contrées. »
  6. ↑ Jean-Antoine Letronne, Recueil des inscriptions de l’Égypte, t. 2 (1848), n° DLXII, p. 527-533.
  7. ↑ Isabelle Hairy, « Pharos ou les origines de l'architecture euclidienne », Méditerranées - Des grandes cités d'hier aux hommes d'aujourd'hui,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. ↑ « Le Phare d’Alexandrie – Centre d'études Alexandrines » (consulté le )
  9. ↑ « Le projet Pharos – Centre d'études Alexandrines » (consulté le )
  10. 1 2 « Des découvertes inédites sur le Phare d’Alexandrie révélées devant les Président Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi | CNRS Sciences humaines & sociales », sur www.inshs.cnrs.fr, (consulté le )
  11. ↑ « L'archéologie a ressuscité le phare d'Alexandrie », Le Point
  12. ↑ (en-US) Franz Lidz, « Rebuilding the Lighthouse of Alexandria, Block by Virtual Block », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  13. ↑ « La stupéfiante reconstitution du phare d'Alexandrie », Le Point, no 2816,‎ , p. 52-55
  14. ↑ Paul Jordan (2014). Seven Wonders of the Ancient World. Routledge. p. 44. ISBN 978-1-317-86885-9.
  15. ↑ M.B., « Des vestiges du phare d'Alexandrie refont surface », Sciences et Avenir, no 943,‎ , p. 20 (lire en ligne)
  16. ↑ « Une opération archéologique inhabituelle tente de révéler les derniers mystères du phare d'Alexandrie », Historia,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  17. ↑ Petersen 1996, p. 188.
  18. 1 2 Tom Ranson, « Les 7 Merveilles du Monde, chefs-d’œuvre de l'Antiquité » [« Blowing Up History (TV Series) - Curse of the Seventh Wonder »], Tests de résistance : à 1h22, sur youtube.com, (consulté le )
  19. ↑ (en) Université de Memphis, « Dr. Adel Abdelnaby, S.E., P.E. Associate Professor, Civil Engineering », sur memphis.edu/ (consulté le )
  20. ↑ (en) Abdelnaby, A., Elnashai, A., « Integrity Assessment of the Pharos of Alexandria during the AD 1303 Earthquake, Engineering Failure Analysis », Vol. 33c,‎ , p. 119-138 (lire en ligne)
  21. ↑ Isabelle Repiton, « Sunny Side of the Doc 2025 : Gedeon Programmes sort les portes du phare d’Alexandrie de l’eau », sur Ecran total, (consulté le )
  22. ↑ Tric Trac, « Présentation du jeu 7 Wonders par le média Tric Trac »,

Bibliographie

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  • Jean-Yves Empereur, Le Phare d'Alexandrie, la Merveille retrouvée, collection « Découvertes », Paris, Gallimard, 2004, 112 p. (ISBN 978-2070303793).
  • Jean-Christophe Fichou, Noël Le Hénaff et Xavier Mével, Phares, histoire du balisage et de l'éclairage des côtes de France, Douarnenez, Le Chasse-Marée/Armen, (ISBN 2-903708-92-4).
  • A. Petersen, Dictionnaire de l'architecture islamique, Routledge, .

Voir aussi

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Articles connexes

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