Printemps valencien

mouvement social

Le Printemps valencien (en catalan et en espagnol Primavera Valenciana) est un mouvement social de protestation et de solidarité apparu dans la ville de Valence (Espagne) au début de l'année 2012 issu d’une vague de manifestations dans le secteur de l’éducation publique. Il naît à la suite de protestations des élèves de l'Institut d'éducation secondaire Lluís Vives de la ville contre les coupes budgétaires dans l'éducation par la Généralité valencienne dans un contexte de grave crise économique et de mobilisations sociales plus larges, notamment celles du mouvement des Indignés et du « printemps arabe »[1].

Au bout de quelques jours, le mouvement acquiert une grande notoriété, le hashtag #primaveravalenciana devient viral sur les réseaux sociaux et donne son nom au « Printemps valencien », qui devient un sujet d'actualité mondiale le . Le mouvement se diffuse dans toute la Communauté valencienne et dure plus d'un mois au total[2], avec un épicentre au cours du mois de février et début mars.

Certaines manifestations ont donné lieu à une répression policière dénoncée par des assistants et des journalistes, jugée démesurée les médias de gauche et certains secteurs sociaux, tandis que le mouvement tend à être diabolisé par les médias conservateurs.

Contexte social et politique

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La perception socialement très répandue d’une gestion injuste et dépourvue de perspectives et d’objectifs clairs de la Grande récession qui commence en Espagne vers 2007 est à la base des nouvelles attitudes face à la politique. Les mobilisations récurrentes, la forte participation aux convocations symboliques, les assemblées citoyennes, la sensibilisation croissante de secteurs et de générations longtemps peu enclins à l’engagement et à la participation politique, donnent l’impression que quelque chose était en train de changer au Pays valencien. Depuis les mouvements sociaux réussis, centrés sur une question particulière ou sur un éventail limité de thématiques, émergent des plateformes et propositions articulant des discours plus généraux et plus cohérents[3].

Au niveau mondial, les années 1990 ont vu l’émergence de l'altermondialisme, nouvelles formes de lutte contre les politiques mondiales du capitalisme néolibéral. La lutte zapatiste au Chiapas, les protestations contre l'OMC à Seattle (1999) et le mouvement de protestation amorcé à Porto Alegre en 2013 symbolisaient ce nouveau scénario de résistance caractérisé par l'action en réseau et la revendication de l'identité des peuples sous la prémisse « Penser globalement, agir localement »[4].

Les mouvements sociaux, questionnant les modèles de croissance et dénonçant les menaces à la survie de l’homme posées par les pratiques développementalistes du capitalisme et les excès du consumérisme, sont chargés de culture et de conscience culturelle, des cultures minoritaires émergent et des politiques identitaires sont pratiquées. À l’échelle mondiale, une philosophie d’inclusion surgit, qui amène les mouvements civiques, écologiques et linguistiques, territoriaux et patrimoniaux, ainsi que la scène musicale valencienne de ces années-là, à tisser un réseau né d’une convergence de secteurs ayant dans l'identité valencienne un trait fondamental, mais non excluant[5],[6],[7]. Des mouvements portant leurs fruits en réseau, avec la défense de la culture propre comme un fait transversal, et consolidant un tissu de résistance formé de personnes anonymes de toute la région qui, au fil des ans, permettent non seulement d'amortir les effets de la politique décriée du PPCV, mais aussi de donner naissance à toute une scène politique et culturelle alternative au pouvoir hégémonique. La crise économique qui éclate à partir de 2008 entraîne l’effondrement d’un modèle de croissance économique fondé sur l’expansion inconsidérée du crédit et la bulle immobilière[7]. Avec la crise, une face cachée de la ville émerge, celle des inégalités et de la précarité, dont les dimensions et la profondeur s'accroissent en raison des politiques néolibérales et de l’austérité des dépenses publiques[7]. Ces thématiques traversent la vie culturelle valencienne. Le roman En la orilla Sur la rive », 2013) de Rafael Chirbes se déroule dans ces années de crise économique et appréhende l’émergence des difficultés comme un état d’agonie généralisée. Son roman précédent Crémation (2007), traitait de la bulle immobilière pilotée par un architecte troquant des idéaux politiques contre une corruption politique ; le roman de 2013 traite du long hiver qui suit cette fête[7]. La ville commence à être pensée différemment, avec toute une série de propositions qui revendiquent le « droit à la ville », la réappropriation de l’espace public par l’action directe et avec des structures organisationnelles très horizontales, faisant un usage intensif des réseaux sociaux et des outils de communication en ligne[6],[7].

Facebook, YouTube, Twitter ou d’autres plateformes numériques rendent possibles des formes inédites de participation politique ou transforment complètement la structure de la sphère publique. Face aux médias de masse qui donnent la parole aux élites sociales ou à des équipes d’experts, ces nouveaux médias permettent de se faire l'écho de ceux auparavant exclus pour des raisons de pouvoir, de statut ou de croyance[7]. Twitter fait partie de cette nouvelle écologie médiatique impulsée par les médias numériques et joue un rôle de premier plan dans des événements tels que le Printemps arabe, Occupy Wall Street ou le 15-M espagnol[8],[9],[10].

Début 2012, en raison de la crise économique et d'une gestion critiquée par de nombreux observateurs, la Generalité valencienne a accumulé 62,5 milliards d'euros de dette, ce qui l'empêche de financer les services éducatifs élémentaires[11]. En particulier, le système éducatif valencien connaît une situation critique avec une baisse des salaires du personnel, des licenciements, des retards ou absences de paiements des aides à l’acquisition de manuels, aux transports et à la restauration scolaires, un manque général de remplaçants des enseignants absents, un endettement élevé des universités et des coupures d’électricité et une limitation du chauffage dans certains centres éducatifs[12]. Le Conseil de la Généralité valencienne ne s'était toujours pas acquitté des frais de fonctionnement des centres éducatifs, ce qu'il était censé faire dès le mois de décembre précédent, et le système éducatif valencien était menacé de blocage[13]. Certains centres n'avaient pas d'électricité et d'autres ont dû distribuer des couvertures aux élèves en raison de limitations du chauffage, comme l'IES Vila-roja à Almassora (province de Castellón)[14],[15][17]. Les près de 300 crèches privées n'avaient pas reçu les rétributions finançant une partie de la masse salariale, les plaçant au bord de l'asphyxie ; les conservatoires et les écoles de musique avaient accumulé une réduction de 54 % des aides et les universités avaient une dette de 800 millions d'euros, les poussant à la limite de leur capacité d'emprunt en 2012[11]. Selon l'assemblée des directeurs des établissements d'enseignement secondaire de la zone de Valence célébrée à la mi-janvier, il n'avait pas non plus été possible de payer aux familles les bourses pour les livres, le transport et les repas et des défaillances avaient lieu dans le remplacements du personnel enseignant[14].

Affiche anti-corruption du 21 février 2012, indiquant (en catalan) « Si paguem la seua corrupció, qui paga la nostra educació? » (« Si nous payons leur corruption, qui paie notre éducation ? »)

Alberto Fabra, qui a remplacé Francisco Camps à la présidence de la Généralité valencienne, approuve un décret-loi le réduisant les salaires de 55 000 enseignants et limitant les dépenses de la Généralité en matière d'éducation[18]. L’annonce de ces nouvelles coupes budgétaires accentue le mécontentement et multiplie les protestations dans les établissements scolaires et universitaires[19]. La semaine même où les coupes budgétaires sont annoncées, des manifestations ont lieu dans toute la Communauté valencienne contre les coupes budgétaires dans l'éducation[20]. Plus de 120 000 personnes  selon les estimations des organisateurs et de la police  défilent dans les rues de Valence et d'Alicante le , avec la participation d'étudiants, d'enseignants, de partis politiques d'opposition (PSPV-PSOE, Compromís et EUPV) et de syndicats. Ces manifestations sont suivies de l'occupations de plusieurs écoles par des élèves, enseignants et parents, et de protestations symboliques, comme le port de t-shirts noirs[14],[11],[21].

Les dénonciations des coupes budgétaires dans l'éducation et la situation des établissements se mêlent à aux dénonciations des affaires de corruption impliquant le PPCV, comme l'affaire Brugal ou l'affaire Gürtel, et les gaspillages jugés exorbitants dans des infrastructures et événements, comme le cas de l'aéroport de Castellón ou du circuit urbain de Formule 1 de Valence[11]. Le , des manifestations ont également lieu dans les trois capitales de province de la Communauté valencienne pour défendre l'enseignement public et contre la politique éducative du gouvernement valencien, avec des proclamations telles que « Més educació, Camps a la presó » (« Plus d'éducation, Camps en prison »)[22].

Depuis le , les élèves de l'Institut Lluís Vives organisent chaque semaine des manifestations devant l'établissement pour protester contre les coupes budgétaires, qui deviennent quotidiennes à partir du [20].

Présentation générale

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Les révoltes étudiantes qui ont eu lieu dans la ville de Valence en ont éclaté soudainement et se sont progressivement estompées. Tandis que les médias de masse ont réagi tardivement à son impact et se sont ensuite positionnés majoritairement en accord avec les tendances idéologiques officielles[23],[24], les médias numériques ont fait partie de la protestation dès ses débuts. La chaîne de télévision autonomique Canal Nou et le journal Las Provincias, proches des positions du gouvernement du Parti populaire, ont d'abord minimisé l'importance du phénomène et ont ensuite accusé l'opposition politique de le promouvoir[24]. En revanche, des médias plus critiques à l’égard du gouvernement, comme le journal Levante-EMV, ont souligné les brutalités policières contre les étudiants. En dehors des médias traditionnels, les réseaux sociaux ont facilité la cristallisation de publics très divers qui ont transcendé la polarité politique habituelle et multiplié les voix participantes[25]. Twitter a acquis un rôle particulier en fournissant des espaces de communication appropriés pour configurer des publics dissidents qui n'acceptaient pas le discours favorablement aux autorités, mais qui n'avaient pas non plus leur place dans des médias critiques comme Levante-EMV, limités aux commentaires de journalistes ou d'experts[24]. Le hashtag #primaveravalenciana a acquis un dynamisme inattendu, illustrant les facteurs sociaux conditionnants de la désobéissance civile dans le contexte d’une société numérisée. C’est le public numérique qui a de fait établi le cadre symbolique de la protestation et lui a donné son nom de « printemps valencien »[24].

La révolte a commencé dans le système éducatif, menée par des enseignants et des étudiants de divers instituts d'enseignement secondaire, avec une participation notable en particulier de l'Institut Lluís Vives, situé dans le centre de Valence. Avant « #primaveravalenciana », un autre hashtag était apparu, regroupant des voix critiques contre les politiques éducatives, « #fabratenimfred » (« Fabra nous avons froid »), avec un impact significatif sur la communauté éducative valencienne. Les premiers jours suivant l'apparition du hastag sont caractérisés par des manifestations constantes des élèves de l'Institut Lluís Vives, qui se rassemblent quotidiennement aux portes de l'établissement et décident de couper la circulation dans la rue Xàtiva, l'une des principales artères du centre-ville[26].

Le , une intervention de la Police nationale contre des élèves, dont l’arrestation d’un mineur, provoque une forte indignation et marque un tournant dans l’ampleur du mouvement[27].

Les coupures de la circulation dans les rues se font dans un esprit festif ou transgressif, globalement apolitique, en contraste avec la forte politisation acquise par le mouvement au cours des jours suivants. L’emplacement stratégique de l'institut dans le centre névralgique de la ville, combiné au prestige historique de cette institution, sera un facteur déclencheur de l’expansion ultérieure de la protestation à d’autres endroits[28],[29]. « La nouvelle arriva ensuite que, lors des échauffourées matinales avec la police, des étudiants mineurs avaient été arrêtés et quelques uns blessés. Le feu avait déjà été allumé et, dans une ville où la pyromanie est le sport national[30], l'incendie était assuré[31][29] ».

La manifestation du est la plus importante et marque l'apogée du cycle de protestations[32].

Un climat social de désaffection de la part de la communauté étudiante envers la politique éducative règne, ainsi qu'un malaise social généralisé, une atmosphère de désenchantement dans la sphère publique, face à une série de mesures et de coupes budgétaires, non seulement dans le domaine éducatif, mais aussi en matière de libertés et de droits. En raison de la reconnaissance sociale dont ils bénéficient, l'implication de certains acteurs individuels a un impact significatif sur la formation de l'opinion publique, comme les nouvelles du portail numérique VilaWeb (es), les analyses de la Fondation Nexe ou le blog de Pau Alabajos (en) dans le journal Ara, qui est l'un des premiers à diffuser le hashtag #primaveravalenciana sur Twitter. La chanson sera également le média expressif de cette protestation, par exemple à travers la chanson Ciutat Violència Ville violence ») du groupe VaDeBo[29].

Les médias de droite et proches du Parti populaire de la Communauté valencienne lui-même accusent la coalition Compromís d'être derrière les manifestations[33],[34].

Déroulement

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Lundi 13 : les premières manifestations à l'IES Lluís Vives

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Les manifestations des élèves de l'IES Lluís Vives ont provoqué des embouteillages.

Le mouvement commence le lundi à 15 heures, lorsque trente étudiants de l'IES Lluís Vives bloquent pacifiquement la circulation dans rue Xàtiva de Valence (adjacente à l'établissement) pendant cinq minutes, avec l'intention de dénoncer publiquement la situation du système éducatif[27],[35],[36]. Dès lors, l'établissement, qui est le plus ancien lycée de Valence, emblématique de la ville, devient l’épicentre du mouvement[27].

Mercredi 15 : première charge policière contre les étudiants

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Les élèves poursuivent les protestations, en s'assyant dans les rues après les cours tout au long de la semaine jusqu'à ce que le mercredi , la Police nationale mène une charge et procède à l'arrestation de l'un d'eux, âgé de 17 ans[36],[37],[38],[39].

Jeudi 16 : arrestations et manifestations

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Policiers anti-émeutes de la Police nationale espagnole devant l'Institut le 16 février 2012.

Une manifestation est de nouveau convoquée jeudi au même endroit et à la même heure, pour les mêmes motifs, auxquels s'ajoutent la volonté d'exprimer de la solidarité avec le jeune arrêté la veille[37]. La police charge 5 fois contre les manifestants et interpelle dix autres participants, dont un autre mineur[39],[36],[37],[40].

Les premières arrestations du jeudi ont lieu lorsque des manifestants bloquent de nouveau la circulation dans la rue Xàtiva. Selon la police nationale espagnole, l'action de ses membres a commencé après que certains manifestants ont secoué une voiture et se sont comportés violemment, un fait démenti par les photojournalistes présents pour couvrir la marche[40]. Dans l'après-midi, un nouvel appel au rassemblement est lancé pour protester contre l'action policière devant la délégation du gouvernement d'Espagne à Valence, dont 10 fourgons de police bloquent l'accès et arrêtent plusieurs manifestants[39]. Les manifestants choisissent alors de se rassembler devant la Préfecture supérieure de Police, où l'on fait état de moments de tension, se soldant par une nouvelle charge policière, avec plusieurs blessés, qui doivent être pris en charge par des ambulances, dont la députée de Compromís aux Cortes valenciennes, Mónica Oltra[40],[39]. Des rassemblements ont également eu lieu devant le commissariat de police de la Gran ViaRamón y Cajal vers la fin de la journée[39].

Ce jour-là, le hashtag #PrimaveraValenciana apparait sur Twitter[41].

Vendredi 17 : poursuite des manifestations

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Le vendredi , une grande manifestation est de nouveau été convoquée dans la rue Xàtiva à 14h30. Un groupe d'étudiants quitte le campus Blasco Ibáñez de l'université de Valence et est arrêté par la police alors qu'ils approchent du lieu de la manifestation. Pendant ce temps, la manifestation se déroule normalement dans la rue Xàtiva tandis qu'une importante présence policière restait dans les rues Russafa et Colón[39]. Autour de l'heure prévue pour le début du rassemblement, un groupe de 300 à 500 personnes se dirige vers le commissariat de police de la rue Sapadors pour exiger la libération des manifestants arrêtés les jours précédents[39]. Là, une importante présence policière bloque la rue avec les manifestants au milieu, qui se trouvent encerclés[42],[39]. Les forces de police chargent de nouveau les manifestants, blessant grièvement une jeune à la tête, et les retiennent sur place jusqu'à la tombée de la nuit, en procédant à l'identification de tous[39],[42]. Le cordon de police empêche les personnes qui s'étaient rendues sur place pour exprimer leur solidarité envers les manifestants, leurs avocats ou les caméras de télévision d'y accéder[42]. Les parents de certains des mineurs encerclés ont également des difficultés à y accéder[39]. La police menacé les manifestants identifiés de leur imputer un délit de désobéissance à l'autorité s'ils se trouvent de nouveau identifiés lors d'une autre manifestation[43]. Selon des sources officielles, six personnes sont arrêtées sur place et neuf autres subissent des blessures légères, dont cinq policiers[44]. Lors de l'encerclement de la rue Sapadors, les policiers causent à une étudiante universitaire de professorat une blessure de sept centimètres à la tête, soignée par l'apposition de six points de suture lors de son admission à l'hôpital[45].

Parallèlement, à partir de 16h30, des manifestants sont convoqués à la Cité de Justice de Valence, où huit des dix personnes interpelées jeudi ont déposé leurs déclarations,. Les détenus sont libérés à partir de 20 h[39].

Week-end

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Samedi est le premier jour sans manifestations de rue. Cependant, sur les réseaux sociaux, les étudiants appellent à manifester lundi contre les coupes budgétaires et les arrestations[20].

Une manifestation contre la réforme du travail est convoquée dimanche dans toute l'Espagne . Au cours des marches, les manifestants font référence aux événements de la semaine écoulée[20] et scandent à Valence « que valents, que peguen als xiquets » (« Qu'ils sont courageux, ils frappent les enfants »)[46].

Lundi 20 : #PrimaveraValenciana

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Vidéo d'une charge policière contre des étudiants le 20 février.
Arrestation d'une jeune fille sur la place Sant Agustí le 20 février.
Performance artistique devant la police à Madrid le 21 février, pour protester contre les actions des troupes antiémeutes à Valence.

Le lundi , des manifestants se rassemblent à nouveau devant l'IES Lluís Vives en début d'après-midi. 200 étudiants bloquent la circulation dans la rue Xàtiva lorsqu'un dispositif policier d'une vingtaine de véhicules de forces anti-émeute chargent contre eux[47],[48]. Les étudiants avaient prévu vendredi de poursuivre les manifestations, bien qu'ils n'en aient pas, pas plus qu'antérieurement, informé la Délégation du Gouvernement espagnol, celle-ci n'ayant par conséquent pas pu être autorisée[47]. Lorsque les jeunes sont expulsés de la rue Xàtiva, ils prétendent se rendre à la Place d'Espagne, mais les policiers antiémeutes les interceptent et mènent une charge contre eux dans la rue Sant Vicent[47]. Les manifestants se dispersent dès lors dans le centre-ville et les policiers, qui ne portent pas d'identification, continue de les frapper[47]. L'action policière se poursuit tout au long de la journée, avec plusieurs charges aboutissant à l'interpellation de 25 personnes, dont au moins quatre mineurs[48],[49]. Plusieurs personnes sont blessées (16 dont 11 policiers selon RTVE[49]), parmi lesquelles des piétons et personnes âgées qui marchaient dans la rue sans rapport avec les manifestations selon TV3[50], en plus d'élèves manifestants et de leurs parents venus les secourir[48]. Des charges policières ont lieu à la Porta de la Mar, à la gare València-Nord (située au 1, rue Xàtiva), à la place de l'Hôtel-de-Ville et dans les rues bordant l'IES Lluís Vives[47]. D'autres personnes se joignent aux manifestations, dont le député de Compromís aux Congrès Joan Baldoví, qui est blessé par la police autour de 20h00[47]. En plus des différentes fourgons, le déploiement policier inclut un hélicoptère de la police qui survole la ville en fin de journée[47].

Parallèlement, l'assemblée des professeurs de l'Institut Lluís Vives publie une déclaration dénonçant l'action policière « extrêmement violente et disproportionnée » de la semaine précédente, considérant que l'action des forces de l'ordre public qui a causé « plusieurs élèves blessés et contusionnés » était « hors de toute logique démocratique contre des adolescents et des mineurs »[51].

De plus, 400 étudiants organisent un rassemblement et se recluent dans la Faculté de Géographie et d'Histoire de l'université de Valence, située sur l'avenue Blasco Ibáñez. Certains étudiants y passent la nuit, avec l'autorisation de la doyenne de l'université, ainsi que des enseignants et des parents d'élèves de l'IES Lluís Vives[52].

Le hashtag #PrimaveraValenciana devient viral dans le monde entier sur Twitter et donne au mouvement une visibilité internationale[53],[54].

Les manifestants comme « l'ennemi »

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Lundi, la déléguée du gouvernement espagnol à Valence, Paula Sánchez de León, fait une apparition publique pour annoncer une conférence de presse à 18 heures[47], à laquelle assiste le chef de la police, Antonio Moreno, proche du groupuscule d'extrême droite España 2000, qui, interrogé sur le nombre de policiers à sa disposition, refuse de donner des chiffres, estimant qu'il n'est pas « prudent du point de vue de la tactique » de fournir cette information aux manifestants, qu'il qualifie d'« ennemis »[55],[47],[56],[57].

Selon Moreno, ses subordonnés ont agi avec une « agressivité supplémentaire » en raison de l'agressivité des manifestants eux-mêmes, bien que selon la presse, ils n'aient procédé qu'à des lancers sporadiques de mandarines des arbres des rues et ponctuellement de bouteilles d'eau[47],[58].

Rassemblement devant le siège du Parti populaire à Séville le 21 février. La pancarte indique (en espagnol) « Yo también soy el enemigo » (« Moi aussi je suis l'ennemi »).

Cette désignation des manifestants comme « l'ennemi » suscite diverses réactions, allant du rejet des groupes d'opposition aux déclarations du ministre de l'Intérieur, Jorge Fernández Díaz, qui déclare interpréter ce que Moreno voulait dire, considérer les propos du chef de la police comme un « lapsus linguae » et qualifiant l'expression utilisée de « très regrettable » (muy poco afortunada). Il reconnaît également qu'il y avait peut-être eu « certains excès » de la part de la police[59]. Le même jour, la déléguée du gouvernement dans la Communauté valencienne, Paula Sánchez de León, assure qu'une enquête serait ouverte afin d'« établir les responsabilités » et déterminer si certains policiers avaient outrepassé leurs fonctions[60].

Le syndicat policier Confederación Española de Policía (es) estime que les policiers de Valence n'avaient pas réalisé de charge contre les manifestants, mais avaient plutôt « libéré la rue » des jeunes qui « entravaient la libre circulation des personnes et des véhicules ». Elle signale également qu'au début de la manifestation, les manifestants avaient « insulté et craché sur la police, en scandant des slogans tels que « C'est vous, fascistes, qui êtes les terroristes » ou « La Police torture et assassine », qui, selon elle, « ont une claire connotation, à tout le moins, injurieuse et diffamatoire » »[61].

Jours suivants : manifestation « Nous sommes le peuple, pas l'ennemi »

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Des étudiants lèvent leurs livres lors de la manifestation dans la ville de Valence le 21 février.
Tête de la manifestation du 22 février.

Le mardi à midi, une assemblée se réunit à l'IES Lluís Vives, composée de parents, d'enseignants, d'étudiants, d'organisations civiques et de partis politiques[62]. L'assemblée décide d'appeler à une manifestation pour le lendemain soir avec le slogan (en catalan) « Som el poble, no l'enemic » (« Nous sommes le peuple, pas l'ennemi »), en référence aux déclarations du chef supérieur de la police la veille, où il a qualifié les manifestants d'« ennemis »[62].

Le même jour à midi se tient un rassemblement au Campus Blasco Ibáñez de l'université de Valence, à côté de la station de métro Facultats, où les manifestants sont appelés à amener un livre en signe de protestation et comme symbole de la défense du système éducatif[63]. Cette consigne sera suivie par des manifestants à partir de ce jour[64]. Cette initiative renforce l’impact visuel et mémoriel du mouvement[63]. Dans toute l’Espagne, plus de 55 rassemblements de solidarité sont organisés, reprenant notamment le slogan « Somos el pueblo, no el enemigo » et le hashtag #YoTambiénSoyElEnemigo[63] (en espagnol ; littéralement « Moi aussi je suis l'ennemi »).

Des voix se lèvent dans l'opposition et la communauté éducative pour dénoncer la répression du mouvement par les forces de l'ordre. Le PSOE demande la démission du chef de la police et de la déléguée du gouvernement et l'université de Valence dénonce une réponse « démesurée » des forces de police[65]. Le syndicat de Police SUP qualifie le ministre de l'Intérieur de « lâche » pour avoir parlé de possibles excès[65].

Mardi après-midi, un groupe de personnes se rend spontanément de l'avenue Blasco Ibáñez à la rue Colón pour exiger la démission de la déléguée du gouvernement espagnol à Valence, Paula Sánchez de León. Tout au long de l'après-midi, les rues de Colón, Xàtiva et l'avenue Marquès de Sotelo sont bondées de manifestants, qui se rassemblent également en fin de journée devant le siège du Parti populaire, parti à la tête du gouvernement espagnol et de la Généralité valencienne. Il s'agit du premier jour où la police ne procède à aucune arrestation et où aucun incident n'est signalé dans les rues, la présence policière se trouvant considérablement réduite[64].

Manifestants demandant la démission de Paula Sánchez de León.

La manifestation convoquée pour mercredi parte à 18h00 de l'Institut Lluís Vives, l'épicentre des protestations[66]. Le parcours, très court, se termine sur la rue Colón, devant le siège de la Délégation du Gouvernement, où les manifestants exigent de nouveau la démission de Paula Sánchez de León, devant une forte présence policière, sans qu'aucun incident soit signalé[67],[68],[66]. À la fin de la manifestation, un grand groupe de manifestants se dirige vers le commissariat central situé sur la Gran Via, protégé par un autre fort déploiement policier protége les installations, de nouveau sans incident avec les manifestants, qui en viennent à bloquer la circulation[67]. En général, la présence policière a sensiblement réduite, les forces antiémeutee étant remplacés par des agents s'étant limités à contrôler la circulation[69]. Cependant, plusieurs manifestants rapportent avoir été attaqués par plusieurs policiers circulant en fourgon à l'aube et après la fin des manifestations, alors qu'ils rentraient chez eux[67]. Trois jeunes, qui avec d'autres manifestants s'étaient rassemblés devant le siège du Parti populaire à la fin de la manifestation dans la Délégation du Gouvernement d'Espagne, rapportent que six ou sept policiers les avaient attaqués sur la Gran Via Ferran el Catòlic alors qu'ils rentraient chez eux depuis la rue Quart[70]. L'un des trois manifestants affirme avoir reçu des coups aux testicules et à la bouche avant d'être finalement pris en charge dans un hôpital où il se serait rendu à pied[70].

Extension des protestations dans toute la région

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« Educación para la ciudadanía » (« Éducation pour la citoyenneté »), nom d'une matière d'instruction civique prodiguée dans l'enseignement secondaire en Espagne, mais qui peut aussi être traduit littéralement « De l'éducation pour les citoyens », graffiti d'Escif sur un mur de Valence.

À partir du lundi , des manifestations similaires à celles de la capitale commencent à surgir dans plusieurs localités du Pays valencien, pour montrer leur solidarité avec les étudiants arrêtés ou blessés, ou pour faire des revendications similaires.

À Alicante, un rassemblement a lieu lundi sur la place de la Montanyeta (es), réunissant entre 1 500 et 2 000 participants, suivi d'un autre le lendemain après-midi un autre à l'IES Jorge Juan[71], dans les deux cas en plein centre de la ville.

Certains IES ferment. Le lundi 20, à Muro de Alcoy (province d'Alicante), quarante personnes ferment le collège public El Bracal pendant huit heures[72], et à Alzira (Valence), parents, élèves, enseignants et personnel non enseignant ferment l'IES Parra le lundi 20[73].

À Castellón, un rassemblement a lieu le mercredi 22 sur la place de Maria Agustina[73],[74]. Réalisé sans autorisation par les organisateurs, il se déroule sans incident et réunit un millier de personnes[75].

Jeudi , plusieurs rassemblements ont eu lieu dans un grand nombre de villes, grandes et moyennes, de la Communauté valencienne. À Alcoy, plus de 1 000 personnes se rassemblent sur la place de la mairie, bloquant la circulation pendant quelques minutes sans incident majeur[76]. À Cocentaina, une manifestation réunit 200 personnes[76] et des rassemblements ont également lieu à Muro de Alcoy[76].

Jeudi à Alicante, 250 personnes sont rassemblées devant l'hôtel de Ville[77]. Le même jour, d'autres rassemblents ont lieu à Alzira et Betxí[73],[78].

Le vendredi , la Garde civile arrête deux enseignants de l'IES Joan Fuster de Sueca (près de Valence), les accusant d'avoir « laissé sortir les enfants » qui bloquaient la circulation sur la route située devant l'établissement pour protester contre les coupes budgétaires dans l'éducation[79]. Les enseignants sont libérés leur identification à la caserne[79]. À Valence, des centaines de personnes participent à une chaîne humaine autour de l'IES Lluís Vives pour protester contre les coupes budgétaires et les non-paiements de la Généralité valencienne et pour exiger la fin des poursuites et l'effacement des rapports policiers sur les personnes interpelées lors des manifestations[80].

En outre, à différents jours, des manifestations de solidarité ont eu lieu dans des villes situées en dehors de la Communauté valencienne, comme Barcelone, Majorque, Gérone, Tortosa, Mataró, Badalona, Torredembarra, Vitoria et Madrid[81].

Samedi 25 : Manifestation massive contre les coupes budgétaires

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L'acteur Xavi Castillo, déguisé en policier antiémeute lors de la manifestation du 25 février .

Environ 350 000 personnes manifestent le samedi à partir de 18 h dans les rues de Valence, Alicante et Castellón de la Plana contre les coupes budgétaires du Conseil de la Généralité valencienne. Selon les organisateurs, la concentration de Valence rassemble 250 000 personnes, entre 60 000 et 75 000 à Alicante et environ 40 000 à Castellón[82].

La manifestation, convoquée par les syndicats de la fonction publique, réclame la démission de Paula Sánchez de León et du ministre des Finances et de l'Administration publique, José Manuel Vela[83]. À la fin de la manifestation, un manifeste final est lu par Xelo Miralles, journaliste de Canal Nou, la chaîne de télévision publique régionale[82],[83].

Dans la nuit du samedi 25, des graffitis en faveur de la «Primavera Valenciana» et insultant le PP sont apposés sur plusieurs monuments de la ville de Valence et le siège du Parti populaire de la Communauté valencienne[84],[85]. Sept étudiants de l'Institut Lluís Vives, dont la fille mineure d'Enric Morera, porte-parole de la coalition Coalition Compromís, sont arrêtés et accusés d'être les auteurs des graffitis[85],[86],[87]. Les faits étant rendus publics le lundi 27, le lendemain les familles des détenus annoncent saisir la justice car la police avait interrogé les mineurs sans la présence de leurs avocats ni de leurs proches, et sans les informer du motif de leur arrestation, ce qui viole la loi de protection des mineurs espagnoles[86],[88]. Les mêmes dénoncent que la police n'avait aucune preuve pour procéder à l'arrestation des jeunes, contrairement à ce que la presse avait initialement rapporté, selon qui les jeunes auraient été surpris en train de faire les graffitis, en se basant sur des sources issues de la Police nationale elle-même[89],[85],[88]. La police n'a pas non plus lancé de poursuites contre les jeunes arrêtés alors qu'ils se trouvaient au commissariat[88].

Mercredi 29 : Grève étudiante

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Entre 20 000 et 40000 (selon les organisateurs) et 5 000 personnes (selon les forces de l'ordre) descendent dans les rues de Valence pour manifester le mercredi [90],[91]. La manifestation du 29 est accompagnée d'une journée de grève, qui, selon la conseillère (ministre) valencienne d'éducation María José Català, n'est suivie « que par 43,8 % des étudiants »[91]. À midi, les étudiants bloquent de nouveau la circulation dans la rue Xàtiva à Valence et se rassemblent devant la délégation du gouvernement espagnol pour exiger la démission de Paula Sánchez de León[91]. Dans l'après-midi, un sit-in a eu lieu devant la mairie de Valence, ce qui provoque de nouvelles perturbations de la circulation[91].

1er mars : Début de l'intifalla

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Intifalla pendant la Mascletà, devant l'hôte de ville de Valence, le 2 mars 2012.
Ninots sur l'Intifalla aux fallas de 2012.

Le 1er mars, coïncidant avec le début de la fête des fallas, une série d'actions connues sous le nom d'intifalla sont lancées sur les réseaux sociaux[92]. Profitant du début des mascletades sur la place de l'Hôtel-de-Ville de Valence, les citoyens sont appelés à manifester devant la mairie avant et immédiatement après la célébration[92]. Entre 200 et 300 manifestants portent des ballons noirs et font du bruit avec des tambours et des sifflets, rendant les manifestations perceptibles malgré les efforts de la mairie pour les étouffer avec la sonorisation en place[93],[92]. L'appel se poursuit le lendemain avec 300 autres personnes appelées chaque jour jusqu'à la cremà[94] (dernière célébration des fallas).

Le troisième jour, le 3 mars, la manifestation rassemble plus de 500 personnes et la maire de Valence, Rita Barberá, n'est pas sortie au balcon de la mairie pour regarder la mascletà, pour la première fois en 21 ans[92],[95]. Ce même jour, des scènes de tension sont visibles sur le balcon de l'hôtel de ville lorsque le conseiller municipal délégué aux festivités, le populaire Francisco Lledó, fait face à la conseillère de Compromís, Pilar Soriano, alors qu'elle essaie de prendre une photo avec sa sœur, une amie et les falleres majors[96][97]. Lledó aurait traité Soriano de « caradura » (« sans-gêne »), considérant que son parti encourage les manifestations et ne devrait pas être photographié avec les falleres[97]. La déléguée à l'environnement et conseillère municipale du PP, María Angels Ramón-Llin Martínez (en) s'interpose entre les deux et éloigne Soriano, au bord des larmes à cause de sa nervosité[97]. Un conseiller municipal du PP a également déclaré qu'une fillette accompagnant le pyrotechnicien s'était mise à pleurer à cause de la tension au pied de l'hôtel de ville, où étaient réunis les manifestants de l'Intifalla se rassemblaient, bien que le pyrotechnicien lui-même ait nié plus tard que ce soit la raison de ses pleurs[97].

Le 3 mars, des groupes de falleres émettent un communiqué pour dénoncer des violences attribuées à des manifestants. Le 5 mars, un communiqué signé Intifalla critique « la volonté du pouvoir établi de contrôler le monde des fallas » et affirme maintenir son objectif de poursuivre les manifestations[98].

Rôle des médias traditionnels

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Tout au long du « Printemps valencien » se dessine un affrontement entre deux blocs médiatiques dans la presse, l'un premier que l'on pourrait qualifier de « gauche », représenté par le journal régional Levante-EMV et le journal espagnol El País d'une part, qui présentent le mouvemement sous un angle favorable, et d'autres médias conservateurs comme le journal régional Las Provincias et d'autres médias espagnols comme La Razón et ABC tendant à le « diaboliser »[99]. On retrouve la même tendance au niveau des médias audiovisuels, entre d'une part La Sexta et d'autre part les chaînes publiques contrôlées par le Parti populaire, au niveau de l'Espagne (TVE) comme de la communauté autonome (Canal Nou)[100]. C'est dans les médias liés au groupe Intereconomía et à Libertad Digital que la critique du mouvement atteint son paroxysme[100].

Les médias favorables centrent leur couverture sur les revendications jugées légitimes des manifestants face aux coupes budgétaires affectant le système éducatif valencien tandis que ceux défavorables mettent l'emphase sur la récupération politique du mouvement par les partis d'opposition[101].

Rôle des réseaux sociaux

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Les réseaux sociaux ont joué un rôle capital dans la diffusion du mouvement auprès de la population valencienne[102].

Sur Twitter

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À partir de jeudi 16, les manifestations remportent un écho notable sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter, où des milliers d'utilisateurs ont échangé des messages sur les manifestations sous le hashtag #IESLluisVives[103]. Bientôt, de nombreux autres hashtags seront utilisés pour parler des manifestations qui se déroulaient, comme #LluisVivesSensePor et #LluisVivesSinMiedo (« Lluís Vives sans peur » en catalan et en espagnol respectivement) ainsi que #PrimaveraValenciana, qui est lancé indépendamment par le journaliste David Meseguer et l'auteur-compositeur-interprète Pau Alabajos[104].

Diffusion de fausses informations

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Un autre rôle joué par les réseaux sociaux fut la diffusion d'informations en temps réel sur les manifestations. Parmi les contenus diffusés sur le réseau, on trouve des images ou des vidéos montrant la réalité des manifestations et des contenus exprimant la solidarité ou le soutien aux manifestants[105],[106].

Ainsi, en plus de nombreuses photographies de charges policières, d'autres furent diffusées sans rapport avec les évènements, comme une de cinq policiers tenant un enfant hurlant, en réalité issue d'une scène d'expulsion de logement survenue à Torrejón de Ardoz (dans la communauté de Madrid) en 2011[105],[33],[107].

Une autre rumeur sest répandue sur la nature des manifestations, selon laquelle les élèves protestataires le faisaient parce que leurs enseignants leur avaient assuré de bons résultats de fin d'année, ce qui fut également été démenti par les travailleurs de l'établissement. Cette information aurait été diffusée par le journal conservateur ABC[33].

Réactions

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Violence présumée des manifestants

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Les protestations des étudiants de Lluís Vives, qui consistaient à bloquer la circulation dans le centre de Valence, n'ont pas été communiquées à la Délégation du Gouvernement espagnol et n'ont donc pas été autorisées[47].

Certains médias conservateurs ont affirmé que les charges policières avaient été menées en réponse à l'attitude violente de certains manifestants, une thèse également défendue par le chef de la police, Antonio Moreno, lors de sa conférence de presse du lundi 20 février[47]. Ainsi, le journal La Gaceta de la Iberosfera, du groupe Intereconomía, a publié le jeudi 23 février un rapport sur les manifestations qui cherchait à démontrer le caractère violent de celles-ci. Le rapport indique que les manifestants ont attaqué les officiers en jetant des bouteilles, des bâtons et des pavés[33]. Bien que certains médias aient rapporté que lors des manifestations du 20 février, certains manifestants ont jeté des agrumes et des bouteilles sur les officiers, on considère que les événements se sont produits de manière isolée[58],[47]. Il se trouve qu'il n'y a pas de pavés dans la rue Xàtiva et que ni les journalistes et les manifestants qui ont recueilli des images lors de la manifestation, ni les hélicoptères de la police qui ont survolé la zone, n'ont rendu publiques d'images montrant les attaques présumées[33]. Il existe des preuves qu'un conteneur à ordures a également été incendié le 20, un fait que certains manifestants attribuent à des policiers infiltrés, ce qui n'a jamais été prouvé[33].

En couverture de son édition du vendredi 24 février, le journal ABC affirme que les manifestants utilisent un « manuel de guérilla urbaine » pour affronter les forces de l'ordre[108]. Ces accusations s'appuieraient sur un tweet d'un internaute contenant un lien vers un « manuel anti-émeute »[33]. Cependant, ce tweet n'a pas remporté beaucoup d'écho et n'aurait pas pu être appliqué aux manifestations, puisque l'utilisateur l'a publié le lundi 20 février, dernier jour des émeutes[33].

Violences policières

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Les images de la répression policière diffusées à partir du 15 février entraînent une vague de solidarité[109]. Les 16 et 17 février, plusieurs manifestations donnent lieu à charges policières répétées, à des blessés et à de nombreuses arrestations, notamment autour de l’IES Lluís Vives, des rues Xàtiva et Colón, de la préfecture de police et du commissariat de Zapadores[109].

Cette répression policière est dénoncée par des assistants et des journalistes et jugée démesurée les médias de gauche et certains secteurs sociaux et l'université de Valence[110],[111],[36], tandis que le mouvement tend à être diabolisé par les médias conservateurs[99].

Les autorités policières justifient leurs interventions par des comportements violents de certains manifestants, une version contestée par des journalistes, des photographes et des témoins présents sur place[112].

Environ une semaine après le début des manifestations, le Síndic de Greuges (ca) (ombudsman) José Cholbi ordonne l'ouverture d'une enquête pour déterminer si les droits des mineurs avaient été violés[113].

Le parquet examine d'autres plaintes émanant d'associations de quartier et du parti d'opposition EUPV[114].

La diffusion massive de vidéos et de témoignages provoque une réaction nationale et internationale. Le Síndic de Greuges reçoit près de 40 000 plaintes concernant l’action policière. Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, appelle à la retenue et affirme que ces événements nuisent à l’image du pays. Le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernández Díaz, reconnaît de possibles « excès », mais annonce par la suite qu’aucun policier ne sera sanctionné[115],[116].

Des organisations internationales telles qu’Amnesty International et Save the Children demandent des enquêtes sur l’usage de la force policière. Au total, le mouvement donne lieu à 43 arrestations, de nombreuses amendes et à des procédures judiciaires prolongées pour plusieurs participants[117].

Plus aucune charge policière n’aura lieu après le 20 février[115].

Rôle de Compromís dans les manifestations

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Suite à la popularisation du hashtag #primaveravalenciana sur Twitter et à la création du site web primaveravalenciana.com par un membre du BLOC-Compromís de Torrent et un de ses amis, des médias conservateurs et le Parti populaire de la Communauté valencienne (PP) accusent Coalició Compromís d'être à l'origine ou d'avoir encouragé les manifestations[118],[33]. Le groupe local du PP à Torrent demande même au porte-parole et conseiller municipal de Compromís dans cette ville Sento Beguer si son parti incitait les mineurs à manifester[119].

Lundi 27 février, plusieurs médias rapportent que sept jeunes ont été arrêtés comme auteurs présumés des graffitis pro-Printemps valencien apposés sur plusieurs bâtiments historiques de Valence[85],[120],[87],[89],[88]. L'identité de deux auteurs présumés des graffitis, élèves de l'IES Lluís Vives, sont rendues publiques. Il s'agit du premier jeune interpelé dans le cadre du « Printemps valencien », lors de la manifestation du 15 février, et de la fille du porte-parole et syndic de Compromís, Enric Morera[89],[86],[85]. Malgré des sources policières affirmant les jeunes avaient été arrêtés en flagrant délit de vandalisme, Morera soutient que l'arrestation des sept jeunes avait été effectuée de manière irrégulière car sans preuves, ceux-ci se trouvant au moment de leur interpellation dans un groupe d'une trentaine de personnes dans un jardin de la ville, et accuse les autorités d'avoir divulgué des données privées et la diffusion de propos diffamatoires sur sa fille mineure[89],[86],[88],[121]. Comme indiqué le mardi 28, la garde à vue pourrait avoir violé la loi sur la protection des mineurs, les jeunes ayant été interrogés sans la présence de leurs avocats ou de membres de leur famille, qui ne seraient informés des arrestations que dimanche à 2 heures du matin[86]. Aucune enquête n'est finalement diligentée par la Police contre les jeunes interpelés.

Morera dénonce également auprès du parquet des mineurs le traitement informationnel que sa fille a reçu de la presse, accusée d'avoir rendu publiques les données d'un mineur, et la fuite publique de données confidentielles de la jeune femme qu'il impute à des responsables du Parti populaire, des sources policières ayant mis des informations confidentielles à la disposition des responsables de ce parti[86],[122],[121],[88]. Le même jour, l'Unió de Periodistes Valencians, principal syndicat de journalistes de la Communauté valencienne, publie un communiqué demandant aux médias de faire preuve de « rigueur » dans leurs traitements d'évènements impliquant les mineurs[réf. nécessaire].

Vol présumé de rapports médicaux

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Dans la nuit du 21 février, dans l'émission de radio « Hablar por hablar » de Cadena SER, un auditeur se présentant comme médecin interne appelle l'émission pour signaler un abus de pouvoir présumé de la part de la police qui se serait rendue dans les hôpitaux où les manifestants étaient admis, pour retirer et confisquer les rapports médicaux, afin qu'ils ne puissent pas être utilisés contre eux dans le cadre d'éventuelles représailles judiciaires[123]. Le 22 février, le groupe parlementaire d'Izquierda Unida (fédération de partis de gauche) adresse trois questions au ministre de l'Intérieur au Congrès des députés en lien avec les faits décrits dans l'appel téléphonique[124]. La Généralité valencienne nie les faits et assure qu'il n'y a pas d'interne correspondant à la description faite lors de l'émission de radio[124].

Sanctions et plaintes

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Le gouvernement espagnol impose 230 sanctions « graves » à l'encontre des étudiants identifiés devant le commissariat de police de Sapadors à Valence après les manifestations devant l'IES Lluís Vives, donnant lieu à de lourdes amendes, allant de 300,51 à 6 010,12 euros, suscitant un rassemblement des individus concernés le 29 mai 2012 devant l'établissement en guise de protestation[125].

Vendredi 15 juin, le magistrat titulaire du tribunal numéro 6 de Valence classe sans suite la plainte déposée contre la déléguée du gouvernement Paula Sánchez de León et le commissaire de police Antonio Moreno pour les charges policières réalisées pendant le Printemps valencien. Les 23 organisations regroupées au sein de l'Assemblea per les Llibertats i Contra la Repressió El Micalet (composée de partis politiques de gauche, de syndicats, d'associations d'étudiants et de parents d'élèves) manifestent leur indignation devant cette décision et leur surprise face à la rapidité inhabituelle avec laquelle le juge avait résolu l'affaire. Elles annoncent faire appel, en brandissant une banderole avec le slogan « Nous sommes le peuple, pas l'ennemi » à la porte de l'IES Lluís Vives. Une jeune fille sanctionnée pour les manifestations déclare : « Nous avons été sanctionnés sans rien faire et eux s'en sortent avec l'impunité »[126].

Postérité

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La Primavera Valenciana s’inscrit dans une dynamique plus large de mouvements sociaux du début des années 2010 et contribue à la création de nouveaux espaces de mobilisation à court et moyen terme. Elle demeure dans la mémoire collective comme un symbole de défense de l’éducation publique, de solidarité citoyenne, de dignité et de résistance face à la répression[63].

Notes et références

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(ca) Cet article est partiellement ou en totalité issu de la page de Wikipédia en catalan intitulée « Primavera Valenciana » (voir la liste des auteurs).

Cet article est partiellement ou en totalité issu de la page « La ciutat de València. Estudi interdisciplinari contemporani. Local i universal. Memòria i contemporaneïtat. Individu i societat. Espai i escriptura » de Jaume Garcia Llorens, publié par Universitat Jaume I, le texte ayant été placé par l’auteur ou le responsable de publication sous la licence Creative Commons paternité partage à l'identique ou une licence compatible.
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Annexes

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Articles connexes

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Bibliographie

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Liens externes

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