Raton pygmée
Procyon pygmaeus
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Mammalia |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Caniformia |
| Famille | Procyonidae |
| Genre | Procyon |
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CR :
En danger critique
Répartition géographique
Le Raton pygmée (Procyon pygmaeus), mais plus communément désigné sous le nom de Raton de Cozummel, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des procyonidés. Comme ses noms vulgaires l’indiquent, cette espèce de raton (genre Procyon) découverte au XXème siècle, endémique de l’île de Cozumel au Mexique, se distingue du raton laveur par des dimensions moindres. Son statut taxinomique a longtemps été discuté, son mode de vie n’est pas entièrement compris et nécessite des études plus approfondies. Cependant, cette espèce est classée «n danger critique » (CR) par l’UICN en raison des catastrophes naturelles ainsi que de sa trop grande proximité avec l’Homme.
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Procyon pygmaeus Merriam, 1901 selon Mammal Diversity Database ()[1] ;
- Nom normalisé anglais : Cozumel Raccoon ;
- Nom vulgaire recommandé en français : Raton pygmée[2];
- Nom vulgaire typique en français : Raton de Cozummel[3] ;
- Autres noms vulgaires : Raton-laveur pygmée, Raton-laveur de Cozummel[4] (taxinomiquement incorrects)[note 1] ;
Taxonomie
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Clinton Hart Merriam a décrit pour la première fois le raton pygmée comme étant morphologiquement distinct de son parent du continent, le raton d’Hernandez (Procyon lotor hernandezii) une sous-espèce du raton laveur, en 1901 sous le nom de Procyon pygmaeus[5].
Réalisée à partir de spécimens collectés le 14 avril 1901 par Edward William Nelson et Edward Alphonso Goldman sur l'île de Cozumel au Yucatán (le spécimen type étant un jeune adulte enregistré sous le numéro 108,511 dans la collection de l'U.S. National Museum), cette description initiale met en évidence sa taille réduite, représentant environ la moitié de celle de son parent continental[5]. L'auteur souligne également des traits distinctifs remarquables tels qu'une large bande noire séparant le menton de la gorge, une queue à reflets jaunes annelée de six à sept bandes sombres, ainsi que des particularités crâniennes et dentaires uniques, notamment des os nasaux courts et élargis postérieurement[5].
Depuis lors, d'autres scientifiques sont généralement d'accord avec l'évaluation de Merriam, en particulier Kristofer Helgen et Don E. Wilson, qui ont rejeté cette classification pour les quatre autres ratons insulaires dans leurs études en 2003 et 2005[6],[7]. Par conséquent, le raton pygmée a été répertorié comme la seule espèce distincte du genre Procyon en plus du raton laveur et du raton crabier dans la troisième édition de Mammal Species of the World[8]. Une étude archéologique a montré que les Mayas de Cozumel utilisaient ces Procyonidés de stature réduite, ce qui suggère que la réduction de taille de ce raton n'est pas un phénomène récent[9].
Aucun vrai fossile de l'espèce n'est connu, bien que des squelettes aient été trouvés sur certains sites archéologiques de l'île. L'île de Cozumel elle-même s'est séparée du continent à la fin du Pléistocène, de sorte qu'il est peu probable que l'espèce ait plus de 122 000 ans. Les données des études d'horloge moléculaire impliquent une date de divergence par rapport au raton laveur commun il y a entre 26 000 et 69 000 ans[10].
Phylogénie
modifierPlusieurs études moléculaires récentes ont permis d'établir les relations phylogénétiques entre les procyonidés et la position exacte du genre et des espèces de ratons, illustrées dans le cladogramme ci-dessous[11],[12],[13] :
| Procyonidae |
| |||||||||||||||||||||||||||||||||
Description
modifierDiagnose
modifierMerriam a décrit le raton pygmée comme étant nettement plus petit, tant sur le plan externe que crânien, et facile à distinguer du raton laveur en raison de sa « large bande noire sur la gorge, d'une queue jaune doré, d'os nasaux courts, élargis et arrondis vers l’arrière, ainsi que de particularités dentaires »[5]. La réduction de sa dentition indique une longue période d'isolement géographique dans l’évolution de l’espèce[14].
Mis à part sa taille plus petite et son museau plus arrondi, le raton pygmée présente une apparence similaire à celle du raton laveur. La fourrure du dessus du corps est d’un gris-jaunâtre parsemée de quelques poils noirs épars, tandis que les parties inférieures et les membres sont d’une teinte d’un brun très clair. Le sommet de la tête est dépourvu de la teinte jaunâtre du reste du corps et présente une coloration grisonnante, contrastant avec la fourrure blanche du museau et du menton, ainsi qu'avec le masque facial noir entourant les yeux. Une ligne de fourrure gris-brun descend le long du milieu du museau, rejoignant les motifs du masque de chaque côté. La queue est jaunâtre, ornée de six ou sept anneaux noirs ou bruns qui s'estompent sur la face inférieure. Chez les mâles, la nuque présente une tache de fourrure d’un roux vif[10].
La longueur totale des adultes varie de 58 à 82 cm, incluant une queue de 23 à 26 cm, et leur poids se situe entre 3 et 4 kg. Cela illustre un exemple de nanisme insulaire : ces animaux sont en moyenne environ 18 % plus petits et 45 % plus légers que le raton d’Hernandez[15]. Les ratons pygméees présentent également un dimorphisme sexuel, les mâles pesant environ 20 % de plus que les femelles[10].
Spécialisations morphologiques
modifierOn a un temps pensé que le raton pygmée était simplement une variété naine du raton d’Hernandez[16] ,[17]. De nombreuses recherches ont été effectuées pour déterminer si le raton pygmée est en effet une espèce distincte du raton laveur. Cuaron et al. (2004) ont rapporté que les recherches menées par de nombreux chercheurs différents concluent qu'il s'agit d'espèces distinctes[18]. La taille du corps et la taille du crâne seraient plus petites chez le pygmée. D'autres différences morphologiques incluent une large bande noire à la gorge, une queue jaune dorée et des dents réduites ; « ces caractéristiques et d'autres indiquent une longue période d'isolement »[18],[16]
Par ailleurs, une quantité importante de recherches s'est attachée à clarifier sa distinction taxinomique vis-à-vis du raton laveur, confirmant son statut d'espèce à part entière en raison de ses adaptations insulaires prononcées[18].
Écologie et comportement
modifierDistribution et habitat
modifierSelon la liste rouge de l'UICN, cette espèce est considérée comme en danger critique d'extinction[19]. Il est rapporté que qu'il ne reste qu'environ 250 à 300 individus sur la planète[19],[20]. Ces ratons sont extrêmement menacés en raison de leur faible aire de répartition géographique. Il est endémique de l'île de Cozumel, une île d'environ 478 km2 située au large de la côte est de la péninsule du Yucatan au Mexique[21]. L'île de Cozumel abrite plusieurs autres carnivores, dont le Coati de Nelson (Nasua narica nelsoni) et le renard de Cozummel (Urocyon sp.)[22],[18]. Les îles manquent généralement de mammifères terrestres, en particulier de carnivores, ce qui rend le raton pygmée et les autres uniques[23].
Sur l'île, le raton pygmée habite une gamme d'habitats, mais se limite principalement aux forêts de mangroves et aux zones humides sablonneuses de la pointe nord-ouest de l'île[21],[18]. Cependant, il a également été capturé dans les forêts semi-persistantes et les terres agricoles entourant ces habitats de prédilections[10],[22], et dans le parc écologique de Punta Sur à l'extrémité sud de l'île[18].
Une étude portant sur le domaine vital et les schémas d'activité du raton pygmée a révélé que les individus présentent des domaines vitaux relativement restreints par rapport aux ratons du continent. Les mâles maintiennent des territoires plus grands que les femelles, et l'espèce affiche un comportement principalement nocturne, avec un pic d'activité observé entre le coucher du soleil et 4 h 00 du matin. Leurs déplacements sont influencés par la qualité de l'habitat et la présence de perturbations anthropiques[24].
Comportement
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On sait relativement peu de choses sur la taille des groupes de ratons pygmées. Ce sont principalement des animaux nocturnes et solitaires, mais ils peuvent parfois former des groupes familiaux éventuellement composés de la mère et des petits[18].
Les ratons de Cozumel vivent à des densités d'environ 17 à 27 individus par km2[22] et occupent des domaines vitaux d'une moyenne d'environ 67 hectares[25]. Cependant, les individus ne semblent pas défendre de territoires de manière marquée, et leur proche parent, le raton laveur, peut atteindre des densités très élevées lorsque la nourriture est abondante[26]. Bien qu'il n'y ait pas eu d'études détaillées sur leurs habitudes de reproduction, les femelles semblent donner naissance principalement entre novembre et janvier, avec la possibilité d'une seconde portée pendant les mois d'été[10].
Régime alimentaire
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La spécificité de l'habitat des ratons pygmées est en grande partie due au type d'aliments qu'ils consomment. Bien qu'ils soient des omnivores généralistes dont le régime global se compose de crabes, de fruits, de grenouilles, de lézards et d'insectes[21], les crustacés représentent entre 44 % et 50 % de leur alimentation, les espèces Cardisoma guanhumi et le bernard-l'ermite terrestre Coenobita clypeatus étant les plus fréquemment consommées[21],[27].
Le régime alimentaire subit des variations saisonnières : durant la saison des pluies, les crabes sont plus actifs et disponibles, entraînant une augmentation de leur consommation, tandis que la saison sèche voit une plus forte ingestion de fruits tels que la sapotille (Manilkara zapota) et les baies de Chiococca alba en raison de leur plus grande abondance[27]. Cette dépendance envers des sources de nourriture localisées dans les zones côtières et les mangroves contribue à restreindre leur distribution géographique[21],[27].
Par ailleurs, les ratons pygmées consomment également des sources de nourriture d'origine humaine, telles que les déchets alimentaires. Cette situation suscite des inquiétudes quant à une potentielle dépendance accrue à l'égard de ces aliments liée à la multiplication des interactions homme-faune, en particulier dans les zones touristiques[27].
Menaces et conservation
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Selon la liste rouge de l'UICN, le raton pygmée est classé comme en danger critique d'extinction[19]. Une évaluation menée en 2016 a indiqué que la population est en déclin continu, avec une estimation d'environ 192 individus en état de se reproduire restants dans le monde[19]. Au Mexique, l'espèce est listée comme En Peligro de Extinción par le SEMARNAT et protégée par la loi. Sa faible aire de répartition géographique accentue son risque d'extinction, d'autant que les carnivores insulaires situés au sommet de la chaîne alimentaire disparaissent souvent rapidement après l'arrivée des humains[23].
Menaces
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La principale menace pesant sur le raton pygmée est la destruction de son habitat liée au développement de l'industrie touristique[28]. L'afflux croissant de visiteurs et l'arrivée de navires de croisière entraînent la déforestation, l'expansion des routes et la fragmentation des habitats, impactant sévèrement les écosystèmes côtiers et de mangroves[19][16].
Les ratons sont de plus en plus attirés par les zones habitées et touristiques, les restaurants ainsi que les sites de gestion des déchets pour y chercher de la nourriture[27]. Bien que cela puisse compléter temporairement leur régime, cette dépendance les expose à des contaminants, altère leurs comportements de recherche naturelle et accentue les conflits entre l'homme et la faune[27]. L'espèce fait face à des goulots d'étranglement génétiques responsables d'une faible diversité, ce qui accroît sa vulnérabilité face aux changements environnementaux et aux maladies[16]. En outre, des recherches récentes indiquent une introgression génétique provenant du raton laveur, susceptible de diluer l'unicité génétique du raton endémique[16]. Les ouragans jouent un rôle significatif dans le déclin des populations. Les tempêtes majeures peuvent réduire la densité locale de l'espèce jusqu'à 60 % dans les zones touchées, les jeunes individus étant les plus vulnérables face aux débris volants ou aux chutes de débris[19]. L'ouragan Gilbert en 1988 a notamment totalement déplacé l'espèce d'Isla de Pasión pour la limiter exclusivement à l'île de Cozumel[29], tandis que d'autres tempêtes comme Roxanne en 1995 et Wilma en 2005 ont également sévi. Des recherches récentes mettent en avant la menace des maladies et des parasites transmis par les populations de chats et chiens domestiques présents chez des particuliers ou en liberté sur l'île[30]. En moyenne, chaque hôte héberge environ deux espèces de parasites différentes, et certains spécimens capturés ont développé des anticorps contre diverses affections[30].
Actions de conservation
modifierLes défenseurs de l'environnement recommandent d'étendre les zones protégées, en particulier au sein des forêts de mangroves et côtières qui constituent l'habitat principal de l'espèce[22]. Si l'« Área de Protección de Flora y Fauna de la Isla Cozumel » couvre une portion de ces zones, des protections foncières supplémentaires s'avèrent nécessaires[27].
Parmi les autres mesures essentielles figurent la réduction des interactions entre l'homme et la faune, l'application de protocoles stricts de gestion des déchets et la sensibilisation des touristes à l'interdiction de nourrir les animaux[27]. L'élevage en captivité est également envisagé comme une méthode potentielle de restauration des populations si l'espèce se reproduit volontairement en captivité à l'instar du raton laveur commun[28]. Pour amoindrir l'impact sanitaire des animaux de compagnie introduits, la suppression d'un maximum de chats sauvages est préconisée[28]. Enfin, toute initiative de conservation de grande envergure nécessite de trouver un compromis viable avec l'industrie du tourisme local, tout en poursuivant les études taxonomiques pour confirmer la distinction spécifique du raton pygmée vis-à-vis de son taxon frère continental[28].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Ces appellations vulgaires sont utilisées partant du principe que les autres espèces du genre Procyon soient désignée sous le nom de « raton-laveur ».
Références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Cozumel raccoon » (voir la liste des auteurs).
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Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierRéférences taxinomiques
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- (en) Taxonomicon : Procyon pygmaeus Merriam, 1901 (consulté le )
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