Querelle des Anciens et des Modernes

polémique de la fin du XVIIe siècle

La Querelle des Anciens et des Modernes est une polémique qui agite le monde littéraire et artistique français pour la plus grande partie du XVIIe siècle et dont les échos se prolongent tout au long du XVIIIe siècle. Ce débat prend son nom historique à la publication, à partir de 1688, du Parallèle des anciens et des modernes par Charles Perrault, qui par son titre offre le prétexte à un jeu de mots transformant parallèle en querelle.

Origines de la Querelle

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La querelle des Anciens et des Modernes oppose deux courants distincts.

Nicolas Boileau-Despréaux, par Hyacinthe Rigaud.

Les Anciens, dont Boileau est la figure la plus importante, soutiennent une théorie de la création littéraire qui repose sur le respect et la juste appréciation de l'héritage de l’Antiquité[1]. D'après cette conception, c'est le jugement du public et de la postérité qui fait les chefs-d'œuvre, non pas l'opinion biaisée d'une élite de doctes ; la valeur des grands auteurs de la Grèce et de Rome se trouve confirmée par vingt siècles d'admiration universelle. Tout en reconnaissant les mérites des contemporains (Boileau prédisait que Corneille, Racine et Molière seraient acclamés comme des génies dans les temps à venir), il est aussi important de reconnaître la dimension cumulative de la culture et rendre hommage à nos prédécesseurs[2],[3],[N 1]. Ainsi les tragédies de Racine reprennent des thèmes et des histoires déjà abordés par les tragiques grecs, et les dramaturges classiques tirent des règles de composition de leurs œuvres de la Poétique d’Aristote. La métaphore des nains sur des épaules de géants illustre ce principe : en s'appuyant sur les travaux des grands hommes du passé, il est possible de les surpasser[N 2]. Le parti des Anciens a pour lui les grands poètes français de son temps, Racine et La Fontaine, le plus célèbre des comédiens et dramaturges de la langue française, Molière[4],[5], et les grands prosateurs Fénelon et La Bruyère[6].

Charles Perrault, par Charles Le Brun.

Les Modernes, dont Charles Perrault fut le plus prolifique des partisans, soutiennent que le siècle de Louis XIV étant supérieur à tous les autres par sa perfection politique et religieuse, aboutie et indépassable, il s'ensuit que les œuvres créés par les contemporains à la gloire du Roi et de la Chrétienté sont forcément supérieures à tout ce qu'ont produit les siècles passés[7],[N 3]. Ils militent donc pour une littérature de formes artistiques nouvelles, adaptée à l’époque moderne, complaisante envers la Cour de France[8],[9], respectueuse de la bienséance, zélée pour la religion, fuyant les libertés des auteurs de l’Antiquité et cherchant toujours à célébrer la monarchie et l'Église françaises[10],[N 4]. Les Modernes ont pour eux l'Académie[11],[N 5], le parti dévot[N 6], les salons littéraires[12],[N 7], quelques érudits notoires comme Fontenelle et Bossuet, et une foule d'écrivains et poètes à la mode du siècle qui sont aujourd'hui presque tous oubliés[13],[14].

Chronologie de la Querelle

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Premiers débats en France

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Nicolas Boileau-Despréaux, par Hyacinthe Rigaud.

En France, la mainmise progressive du pouvoir politique sur le monde littéraire au XVIIe siècle—notamment la création de l’Académie par le cardinal de Richelieu (s’arrogeant le droit de statuer sur tout ce qui touchait à la littérature), la censure gouvernementale, l’interdiction des ouvrages controversés (entraînant parfois des sanctions pénales pour leurs auteurs) et l’octroi de pensions aux auteurs complaisants envers le gouvernement—a grandement favorisé les positions des « Modernes » et de Perrault en particulier[15],[16]. Ce dernier avait accédé à la notoriété grâce à l’influence et au soutien du ministre Jean-Baptiste Colbert, dont l’appui politique confortait les idées du parti moderne sur la création artistique[17],[18].

Dès 1637, les partisans d’une littérature adaptée à l’époque moderne se singularisent contre les « Anciens » à l'occasion de la représentation au théâtre du Marais du Cid de Corneille, qui fait scandale : les « Modernes » l'accusent d'antipatriotisme et d'offenser la bienséance et la morale chrétienne[19]. L'Académie française, fondée deux ans plus tôt et qui essaie d'agir comme tribunal suprême des lettres, juge en faveur des « Modernes », mais Corneille n’accepte pas ces critiques[20].

En 1641 Daniel de Rampalle avait traduit pour Richelieu le premier manifeste "moderne" publié en Italie en 1623, L'Hoggidi de Secondo Lancellotti (L'erreur combattue, Paris, Augustin Courbé, 1641)[21],[22]. Une « querelle du merveilleux chrétien » dans la poésie épique s'ensuit : faut-il continuer à imiter les auteurs de l'antiquité grecque et latine, qui chantaient les héros de la mythologie païenne, ou ne doit-on pas plutôt exalter les grandes figures de la France chrétienne et de l'Écriture sainte ? Le christianisme ne l’emporte-t-il pas sur les grands modèles passés[23] ?

À partir de 1657 Boileau compose ses Satires, qui sont publiées en recueil à partir de 1666. Les thèmes abordés sont très variés, mais la cible préférée de l'auteur reste le parti moderne et les poètes qui le soutiennent (II, III et IX notamment)[24],[25]. Au cours des premières années 1670, il compose les quatre chants de L'Art poétique, qui, selon Pierre Clarac, résume toute la doctrine classique du XVIIIe siècle en France[26],[N 8].

En 1664 s'élève une nouvelle querelle quand La Fontaine fait paraître une nouvelle en vers, Joconde ou l'infidélité des femmes[27], imitation très libre du chant xxviii de l’Orlando furioso de l'Arioste, qui se distingue radicalement de la traduction académique, cherchant à imiter l'original, composée par Jean de Bouillon, secrétaire de Gaston d'Orléans, et publiée en 1663 dans le recueil posthume de ses œuvres[28]. La nouvelle de La Fontaine est brillamment défendue par l'auteur anonyme d'une « Dissertation sur la Joconde », publiée en 1668[29] et dont Boileau s'attribuera tardivement la paternité[30]. La Dissertation s'attache à montrer la fidélité de La Fontaine aux principes de composition des grands poètes latins, par opposition à Bouillon, auquel sont reprochées la servilité de sa démarche en imitant de trop près Arioste (poète aimé des « Modernes ») et reproduisant ses erreurs.

En 1663, les « Modernes », appuyés par les frères Pierre et Thomas Corneille[31], alimentent une querelle contre L'École des femmes de Molière, lequel répond à ses détracteurs par la Critique de l'École des femmes et L'Impromptu de Versailles[32],[33]. Molière reprend le débat en 1672 dans les Les Femmes savantes, où il raille les « Modernes », en particulier Charles Cotin (Trissotin) et Gilles Ménage (Vadius) qui, dans une scène comique, se disputent l'honneur d'avoir été le plus ridiculisé par « l'auteur des Satires » (c'est-à-dire Boileau)[34].

Les « Modernes » attaquent encore en 1667 l'Andromaque de Racine [35] et en 1677 Phèdre, du même auteur[36]. Toutes deux sont accusées par les « Modernes » d'offenser les mœurs et de donner à la société française de mauvais modèles de héros[37].

En août 1671, Boileau, Racine et Bernier défendent brillamment, dans un « Arrêt burlesque », la renaissance de la philosophie et des sciences contre ceux qui refusent de rien changer à la modernité médiévale[38],[39] ; d'après Brossette, cet Arrêt anéantit un projet de l'Université pour faire interdire l'enseignement du cartésianisme[40].

En 1677, dans le cadre de la « Querelle des inscriptions », les Modernes remportent une victoire : après le débat sur l’affaire des inscriptions sur les monuments du règne, il est décidé que ceux-ci seraient gravées en français (et non plus en latin)[41],[42]. Les deux partis sont alors constitués : d’un côté, les auteurs et poètes admirateurs de l'Antiquité, dont l'humanisme moral est tourné vers la rigueur et l’éternité de l’œuvre ; de l’autre, les doctes (clergé, académie) et les poètes galants qui prônent le respect des règles de la haute société (par exemple celle de la bienséance), critiques de la génération des classiques, s’appuyant sur les goûts du public parisien[43].

L'affrontement qui donne son nom à la querelle

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Charles Perrault déclenche les hostilités le , à l’occasion d'une séance solennelle de l’Académie française au Louvre pour fêter le rétablissement de Louis XIV d'une maladie. Après que plusieurs académiciens ont parlé, l’abbé de Lavau donne lecture d'une longue pièce de vers de Charles Perrault sans rapport avec l'événement et intitulée Le Siècle de Louis le Grand[44],[45]. L'auteur y fait l’éloge de l’époque de Louis XIV, qu'il présente comme idéale, tout en remettant en cause la fonction de modèle de l’Antiquité[46]. À la fin de la séance, La Fontaine lui donne la réplique en faisant lire par le même Lavau un discours sur l’avantage que les anciens ont sur les modernes, qui sera imprimé le suivant sous le titre À Monseigneur l'évêque de Soissons en lui donnant un Quintilien de la traduction d'Oratio Toscanella[47].

Entre 1688 et 1697, Perrault écrit les quatre volumes du Parallèle des Anciens et des Modernes, où il s'efforce de démontrer ses idées sur la littérature. Boileau lui répond par des épigrammes satiriques se moquant de ses erreurs et, plus sérieusement, par ses Réflexions critiques sur Longin[48],[49].

Marc Fumaroli explique en ces termes les enjeux du débat[50] :

« Tout au long de la Querelle, qu’il s’agisse d’Euripide ou d’Homère, ce sont, sous Louis XIV, les Anciens qui admettent ce qu’il y a de vif, de déconcertant, de déchirant dans la représentation de la vie humaine par les poètes antiques, tandis que les Modernes sont favorables à des conventions morales et esthétiques uniformes et confortables. »

Selon le même critique, l’apparent progressisme des Modernes dissimule des enjeux de pouvoir. Boileau est proche de Port-Royal. En défendant les Anciens, il défend aussi, au nom de la diversité des héritages, des marges de liberté dans la République des Lettres. De ce que Fumaroli écrit à propos de Boileau[51], on peut conclure que, pour lui, Perrault, en véritable « apparatchik » de la littérature, célèbre de manière outrancière la grandeur de Louis XIV[52]. Ferdinand Brunetière va plus loin, affirmant des grands hommes du XVIIe siècle[53] :

« Ils ont vécu de la vie de tout le monde, ils ont combattu surtout, quelques-uns même, comme Racine et comme Molière, succombant à la tâche. Ils ont été dans leur temps les plus audacieux novateurs, et, si l’on excuse l’anachronisme de l’expression, ils ont été, dans ce siècle de la tradition, les plus hardis révolutionnaires. On n’oserait le nier ni pour Molière, ni pour Boileau, ni pour La Fontaine. On ne peut pas le nier davantage pour Racine. »

Au demeurant, on ne peut négliger le fait que sous les dehors de la confrontation de deux camps clairement identifiés se jouent des rivalités de personnes, de cabales et de coteries[54].

Finalement, Antoine Arnauld doit s’entremettre pour réconcilier les parties et, le , Perrault et Boileau s’embrassent en public à l’Académie française. La réaction du public de l’époque donne à penser que Perrault et son parti remportent la victoire dans cette polémique. En fait, Arnauld penchait plutôt du côté de Boileau, ce dont celui-ci ne manquera pas de se vanter dans son Épître X[55],[56], et la querelle s’était en quelque sorte épuisée lorsque le compromis se fait, même si Perrault en resta aigri et menaça par la suite de recommencer ses attaques contre Boileau (celui-ci répondit que cela lui était "fort indifférent")[57].

La postérité donna raison à Boileau, car ses jugements sur ses contemporains ont été confirmés et ses prédictions se sont accomplies : on continue d'admirer Homère et Virgile, et les auteurs du XVIIe siècle qui sont célébrés de nos jours sont ceux que Boileau considérait comme des génies: Pascal[58],[59] et Descartes[60] pour la philosophie, Molière pour la comédie, Corneille et Racine pour la tragédie[61]. Les « Modernes », pour leur part, méprisaient Molière ; condamnaient Pascal[62],[63],[64] et Descartes[65],[66] ; soutenaient que leurs partisans comme Philippe Quinault[67] ou Jacques Pradon[68] étaient bien supérieurs à Racine ; et jugeaient que l'Iliade et l'Odyssée seraient remplacées dans l'estime du public par les épopées chrétiennes comme La Pucelle de Jean Chapelain, Charlemagne de Le Laboureur, Clovis de Saint-Sorlin et Saint Paulin de Perrault lui-même[69]. Tout ce qu'ils ont prédit s'est révélé faux[70].

Prolongements dans la France des Lumières

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Le débat rebondit dans la deuxième décennie du XVIIIe siècle, à une époque où Perrault et Boileau sont décédés, quand Houdar de la Motte décide de mettre en vers une traduction de l’Iliade en prose publiée en 1711 par Anne Dacier, la plus grande philologue de son temps. Le texte original d'Anne Dacier, « corrigé » et raccourci, est accompagné d’une préface contenant un Discours sur Homère où est exposée la défense des Modernes. Anne Dacier réplique avec son Des causes de la corruption du goût où elle débat la question de la priorité de l’original ou d’une traduction, prenant parti pour les Anciens.

Cette polémique, dans laquelle des auteurs aussi différents que l’abbé Terrasson et Jean Boivin interviennent, est entrée dans l’histoire de la littérature sous le nom de Querelle d’Homère. Elle s’achève en 1716 avec une réconciliation personnelle des principaux acteurs ; Fénelon, choisi pour juge, termine la dispute avec un arrêt digne de Boileau : "On ne peut trop louer les modernes qui font de grands efforts pour surpasser les anciens. Une si noble émulation promet beaucoup ; elle me paraîtrait dangereuse si elle allait jusqu'à mépriser et à cesser d'étudier ces grands originaux." Même avec l’épuisement du conflit, les répercussions de cette « seconde Querelle des Anciens et des Modernes » perdurent au cours du siècle des Lumières pour se poursuivre jusqu’à la querelle suscitée par le romantisme.

Marivaux est l'un des représentants importants du courant moderne au début du XVIIIe siècle, en établissant un genre tout à fait nouveau de théâtre, inconnu des Anciens, avec ses comédies morales[71] et poétiques[72]. Diderot définit le genre du drame bourgeois en comédie larmoyante où la tragédie imminente est résolue avec des réconciliations vertueuses et des flots de larmes.

La querelle des Anciens et des Modernes aura finalement servi de couverture, souvent pleine d’esprit, à des opinions opposées d’une portée beaucoup plus profonde. Un côté s'attache à l'idéal classique de la Grèce et de Rome et rejette la littérature moderne devenue propagande au service du pouvoir, l’autre conteste l’idée même de valeurs intellectuelles ou esthétiques qui sont au dessus de l'autorité du Roi et de l'Église. Le renouvellement de l’intérêt pour l’Antiquité au Siècle des Lumières se traduit par une réévaluation des acquis du passé classique, et finit par soumettre les Écritures elles-mêmes à l’examen des penseurs critiques. L’attaque aux pouvoirs établis en politique et religion résonne avec les progrès de la recherche scientifique. Le défi jeté à l'autorité royale et ecclésiastique dans le champ littéraire annonce déjà les remises en question dont l'État et la société vont faire l’objet au temps de la Révolution française, quand la monarchie absolue et la religion officielle unique, idoles de la modernité, seront renversées au nom des anciennes idées de République, Démocratie et Liberté de religion.

Autres versions en Europe

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Une querelle italienne des Anciens et des Modernes éclate au début de la Renaissance et se prolonge en se remanifestant avec intermittence pendant trois siècles[73]. Cette querelle italienne ressemble à la querelle française tout en étant différente : les Modernes italiens sont opposés à la scolastique médiévale, alors qu'en France les Modernes comme Bossuet la soutiennent et ce sont les partisans des Anciens qui sont pour le renouveau.

Pour Marc Fumaroli, la querelle italienne « poursuit l’enquête comparative (la syncrisis, le paragone, la conférence) commencée par la Renaissance entre deux époques des lettres, des arts et des mœurs. Elle est le fait de lettrés qui se sentent plus enracinés dans la « République des Lettres » que dans aucun État contemporain. La comparaison entre Antiquité et Modernité est pour eux une condition de la liberté d’esprit. Il s’agit moins en Italie d’une Querelle que d’un championnat. La Querelle française en revanche est le fait d’hommes de lettres qui ont les yeux fixés sur leur roi ; ils font ou feront partie de la constellation d’Académies domiciliant la République française des Lettres dans l'État royal »[74].

Grande-Bretagne

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Déjà inscrite dans une plus longue tradition européenne de contestation de structures semblables (en particulier à la Renaissance, lorsque Galilée ridiculise l’autorité accordée à Aristote dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde[75]), la querelle des Anciens et des Modernes déclenchée par la polémique entre Perrault et Boileau est rapidement reçue au-delà des frontières françaises et adaptée aux situations locales.

La Grande-Bretagne de l’époque prend la querelle des Anciens et des Modernes un peu moins sérieusement. William Temple prend le parti des Anciens dans son essai Essay upon the ancient and modern learning (Essai sur l’étude antique et moderne) (1690) en réaction à la Digression sur les Anciens et les Modernes (1688) de Fontenelle, qui reprend l’image selon laquelle « nous sommes des nains sur des épaules de géants », image qui provoque une avalanche de réponses. Le critique William Wotton, avec ses Reflections upon ancient and modern learning (Réflexions sur les savoirs antique et moderne) (1694), le critique et classiciste Richard Bentley et Alexander Pope sont au nombre de ceux qui prennent le parti des Modernes à cette occasion. Newton se déclare pour les Anciens contre Hooke lorsqu'il écrit que son travail s'appuie fortement sur le travail de ses prédécesseurs et affirme comme Temple « si j'ai vu plus loin, c'est en me tenant sur les épaules des Géants »[76]. Hooke, partisan des Modernes, affirmait que la microscopie avait atteint la perfection à l'époque moderne et qu'il était impossible de faire mieux, ce à quoi Newton répondit en prédisant que l'avenir apporterait de nouveaux instruments capables de grossir quatre mille fois plus, rendant finalement visible même l'atome[77]. L'écrivaine et critique de la culture Maria Popova commente à ce sujet: « L'humilité de Newton est née d'une compréhension précoce et formative de la façon dont la connaissance se construit sur elle-même, améliorant progressivement les idées existantes jusqu'à ce que le cumulatif aboutit au révolutionnaire »[78].

Bien que le débat soit clos en Angleterre dès 1696, le sujet semble avoir stimulé l’imagination de Swift qui vit dans les camps opposés des Anciens et des Modernes un résumé de deux manières générales de regarder le monde. Ce thème est développé dans sa satire A Tale of a Tub (Conte du tonneau), composée entre 1694 et 1697 et publiée en 1704, longtemps après la fin de la querelle en France. L’expression de « Bataille des Livres » vient de la satire publiée anonymement en 1704 par Swift, Full and True Account of the Battle fought last Friday between the Ancient and the Modern Books in St. James’s Library (Compte-rendu complet et véritable de la bataille survenue vendredi dernier entre les ouvrages antiques et modernes de la bibliothèque de St. James).

Allemagne

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La querelle des Anciens et des Modernes comporte une version allemande avec la polémique touchant au merveilleux entre Johann Christoph Gottsched, Johann Jakob Bodmer et Johann Jakob Breitinger[79]. Johann Joachim Winckelmann joue également un rôle important dans l’acclimatation de la querelle dans le monde germanophone avec, en particulier, ses Gedanken über die Nachahmung der Griechischen Werke in der Malerei und Bildhauer-Kunst (Pensées sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture) (1755)[80],[81]. Vers la fin du XVIIIe siècle, la thématique de la querelle des Anciens et des Modernes apparaît avec Herder, Schiller et Schlegel[82].

Résonances plus récentes

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Au XIXe siècle

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Dans « De l'Allemagne », Germaine de Staël « appelle les Français à renouveler leurs modèles, à sortir des limites trop strictes du classicisme d’où bien peu cherchaient à s’évader, et que le pouvoir en place maintenait fermement. » Face à la référence constante aux anciens qu’impose l’Empire napoléonien, elle préfère la culture allemande d’un sentiment national libre, dans laquelle elle voit une création féconde. Ce texte introduit le romantisme en France[83],[84].

Son ami Benjamin Constant reprend sur un plan politique cette critique de l’imitation des anciens : dans sa célèbre conférence De la Liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, prononcée en 1819 à l'Athénée Royal de Paris, il oppose la « liberté des anciens » à la « liberté des modernes ». Il faut adjoindre à la première, limitée à une dimension publique soumettant le citoyen à la grandeur de l’État, la défense de la seconde, l’espace autonome privé, affranchi du contrôle du pouvoir[85].

Chateaubriand reprend sur un plan moins tranché certains aspects de la querelle (par exemple, en préférant le merveilleux chrétien au classique). En ce sens, les pensées « progressistes » et les mouvements littéraires romantiques et post romantiques qui insistent sur la liberté sont influencés par les modernes[86],[87].

Au XXe siècle

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Au XXe siècle, par opposition, on retrouve en général des échos de ce débat chez des penseurs post heideggeriens, qui interrogent la dérive d’un humanisme qui – selon eux – se soumet, depuis les Lumières, à la modernité, voire à la mode. Ils lui reprochent d’entraîner l’asservissement de la culture à l’étroitesse de la raison technicienne et au mythe d’un progrès démocratique du « tout culturel ».

Alain Finkielkraut, par exemple, y voit une « défaite de la pensée », abandonnant l’exigence de la tradition. Il l’utilise pour souligner la différence entre l’expérience de la vie politique des Anciens et l’expérience des Modernes. Celle-ci s’enracine pour lui dans la « colère anti-théologique » de Machiavel et de Hobbes, pour s’épanouir dans les nouvelles conceptions de la liberté issues du mouvement des Lumières. Pour lui, un des acteurs fondamentaux de cette querelle dans les temps modernes est Jean-Jacques Rousseau[88],[89]. Il est reproché à cette critique des modernes un certain élitisme[90].

Leo Strauss aussi a ravivé la vieille querelle, en soutenant que le débat entre Anciens et Modernes (ou les défenseurs de l'un ou l'autre camp) est mal compris lorsqu'il est réduit à des questions de progrès ou de régression, et prenant parti pour les Anciens[91].

Textes de référence

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Anciens

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  1. Antoine Furetière, Nouvelle allégorique (1658) (lire en ligne sur Google Livres).
  2. Molière, La Critique de l'École des femmes (1663)
  3. Nicolas Boileau, Satires I-VI et VIII-IX (1666-1668) – Traité du sublime de Longin (1674) – L’Art poétique (1674) – Réflexions critiques sur Longin (1694)
  4. René Rapin, Réflexions sur la Poétique d’Aristote (1674), lire en ligne.
  5. Jean Racine, Préfaces d’Iphigénie (1675) et de Phèdre (1677)
  6. Jean La Fontaine, Épître à Huet (1687)
  7. Jean de La Bruyère, Les Caractères (1688) – Préface du Discours de réception à l’Académie Française (1694)
  8. Hilaire-Bernard de Longepierre, Discours sur les Anciens (1687), lire en ligne.
  9. Nicolas Boileau, Ode sur la prise de Namur / Discours sur l’Ode (1693) – Réflexions sur Longin (1694) – Satire X (1694)
  10. Anne Dacier, L’Iliade d’Homère traduite en français avec des remarques (1711, lire en ligne) - Des causes de la corruption du goût (1714, lire en ligne) – La Suite de la corruption du goût (1716, lire en ligne)
  11. Fénelon, Lettres à l’Académie (1714) – Lettre sur les occupations de l’Académie (1716)
  12. Étienne Fourmont, Examen pacifique de la querelle de Madame Dacier et Monsieur de La Motte sur Homère (1716), lire en ligne.

Modernes

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  1. Charles Perrault (Le Siècle de Louis le Grand, 1687 – Parallèle des Anciens et des Modernes 1688-1697 – Des hommes illustres qui ont paru en France 1696-1700), I (lire en ligne, II, lire en ligne sur Gallica).
  2. Poèmes épiques de Pierre Le Moyne (Saint-Louis, 1653, lire en ligne), Georges de Scudéry (Alaric, 1654, lire en ligne), Antoine Godeau (Saint-Paul, 1656, lire en ligne), Jean Chapelain (La Pucelle, 1657, lire en ligne), Desmarets de Saint-Sorlin (Clovis, 1657, lire en ligne), Le Laboureur (Charlemagne, 1664, lire en ligne, sur Google Livres)
  3. Nicolas Pradon, Phèdre et Hippolyte (1677) (lire en ligne, sur Google Livres).
  4. Desmarets de Saint-Sorlin, La comparaison de la langue et de la poésie française avec la grecque et la latine (1670, lire en ligne) – Défense du poème héroïque (1675, lire en ligne) - Défense de la poésie et de la langue française (1675, lire en ligne)
  5. Michel de Marolles, Traité du poème épique (1662), lire en ligne.
  6. Michel de Marolles, Considérations en faveur de la langue françoise (1677), lire en ligne.
  7. Louis Le Laboureur, Avantages de la langue françoise sur la langue latine (1667), lire en ligne.
  8. Paul Pellisson, Histoire de l’Académie française depuis son établissement jusqu’en 1652 (1653), lire en ligne.
  9. François Charpentier, Défense de la langue françoise pour l'inscription de l’Arc de triomphe (1676, lire en ligne) – De l’excellence de la langue françoise (1683, lire en ligne)
  10. Fontenelle, Dialogues des morts (1683, lire en ligne) – Digression sur les Anciens et les Modernes (1687, lire en ligne, sur Gallica)
  11. Saint-Evremond, Sur les poèmes des Anciens (1686) - Sur la dispute touchant les Anciens et les Modernes (1692)
  12. Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique (1695-1697) (lire en ligne, sur Gallica).
  13. Antoine Houdar de la Motte, L’Iliade en vers français (1714, lire en ligne, sur Google Livres) – Réflexions sur la critique (1715, lire en ligne, sur Google Livres).
  14. Jean Terrasson, Dissertation critique sur l’Iliade d’Homère (1715) (lire en ligne).
  15. Abbé d’Aubignac, Conjectures académiques, ou Dissertation sur l’Iliade (1715) (lire en ligne, sur Google Livres).

Principaux Anciens et Modernes

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Les affectations des auteurs ici tiennent généralement plus de la préférence que d'un choix absolu entre deux camps.

Anciens Dates Modernes Dates
Montaigne 1533-1592 Jean Bodin 1530-1596
Francis Bacon 1561-1626 Scipion Dupleix 1569-1672
Marin Mersenne 1588-1648 Guez de Balzac 1595-1654
Gabriel Naudé 1600-1693 Desmarets de Saint-Sorlin 1595-1676
Duc de Montausier 1610-1703
Antoine Arnauld, le Grand Arnauld 1612-1694 Saint-Evremond vers 1615-1703
François de La Rochefoucauld 1613-1680
Olivier Le Fèvre d'Ormesson 1616-1686 Nicolas de Rampalle 1603-1660
Furetière 1619-1688
Le Grand Condé 1621-1686 Jacques Rohault vers 1617-1672
La Fontaine 1621-1695 Charles Le Brun 1619-1690
Molière 1622-1673
Madame de Sévigné 1626-1696
Thomas Corneille 1625-1709 Bossuet 1627-1704
William Temple 1628-1699 Charles Perrault 1628-1703
Madame de Thianges 1631-1693
Jacques Pradon 1632-1698
Madame de La Fayette 1634-1693 Jean-Baptiste Lully 1632-1687
Madame de Maintenon 1635-1719 Philippe Quinault 1635-1688
Nicolas Boileau 1636-1711 Antoinette Des Houlières 1638-1694
Jean Racine 1639-1699 Nicolas Malebranche 1638-1715
Madame de Montespan 1640-1707 Gabriel Guéret 1641-1688
Isaac Newton 1642-1726
Jean de La Bruyère 1645-1696
Fénelon 1651-1715
Anne Dacier 1654-1720 Bernard de Fontenelle 1657-1757
Jean Boivin 1663-1726 Abbé de Saint-Pierre 1658-1743
Claude-François Fraguier 1660-1728 William Wotton 1666-1726
Jonathan Swift (secrétaire de William Temple) 1667-1745 Limojon de Saint-Didier 1669-1739
Guillaume de Lamoignon 1670 Giambattista Vico en Italie 1668-1744
Abbé du Bos 1670-1742 Jean Terrasson 1670-1750
Marquise de Caylus 1671-1729 Antoine Houdar de La Motte 1672-1731
Antonio Schinella Conti 1677-1749
Rémond de Saint-Mard 1682-1757 Olivet 1682-1768
Abbé de Pons 1683-1732 Saint-Hyacinthe 1684-1746
Alexander Pope 1688-1744
Johann Christoph Gottsched (trad Fontenelle) 1700-1766 Voltaire 1694-1778
Jean-Jacques Rousseau 1712-1778
D'Alembert 1717-1783

Notes et références

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  1. Boileau rappelle, dans sa lettre à Perrault écrite après leur accommodement, que leur siècle est fécond en grands auteurs et génies, et donne des noms… mais on remarque que ceux-ci ne sont pas du parti des Modernes: "Dans quel siecle a-t-on plus applaudi aux bons livres naissans, que dans le nôtre? Quels éloges n'y a-t-on point donnez aux ouvrages de Monsieur Descartes, de Monsieur Arnauld, de Monsieur Nicole, et de tant d'autres admirables Philosophes et Théologiens que la France a produits depuis soixante ans? […] Mais pour ne nous arrêter icy qu'aux seuls Auteurs qui nous touchent vous et moy de plus prés, je veux dire les Poëtes. Quelle gloire ne s'y sont point acquis les Malherbes, les Racans, les Maynards? Avec quels battemens de mains n'y a-t-on point reçu les ouvrages de Voiture, de Sarrazin et de La Fontaine? Quels honneurs n'y a-t-on point, pour ainsi dire, rendu à Monsieur de Corneille et à Monsieur Racine? Et qui est-ce-qui n'a point admiré les comedies de Moliere ?"
  2. Boileau s'étonne, dans la même lettre à Perrault, que celui-ci ne comprenne pas l'influence des prédécesseurs sur la création nouvelle, même révolutionnaire : "Quel est donc le motif qui vous a fait tant crier contre les Anciens? Pouvés-vous nier que c'est dans Tite Live, dans Dion Cassius, dans Plutarque, dans Lucain & dans Sénèque, que Monsieur de Corneille a pris ses plus beaux traits, a puisé ces grandes idées qui luy ont fait inventer un nouveau genre de Tragédies inconnu à Aristote?"
  3. Le poème que Perrault lit à l'Académie française le est un vrai manifeste :
    Les Siecles, il est vray, sont entre eux differens,
    Il en fut d’éclairez, il en fut d’ignorans ;
    Mais si le regne heureux d’un excellent Monarque
    Fut toûjours de leur prix & la cause & la marque,
    Quel Siecle pour ses Roys, des hommes reveré,
    Au Siecle de LOUIS peut estre preferé ?
    De LOUIS, qu’environne une gloire immortelle,
    De LOUIS, des grands Roys le plus parfait modele.
    Toute l'idéologie des Modernes y est résumée : la grandeur littéraire, artistique et scientifique d'un siècle dépend exclusivement de l'excellence du monarque (« la cause et la marque ») et Louis XIV étant le roi le plus parfait de tous les temps, il faut conclure que les œuvres des auteurs de son règne sont aussi les plus parfaites de tous les temps.
  4. Il était dangereux, sous Louis XIV, de penser que le siècle du Roi Très Chrétien ne surpassait pas en tout l'époque païenne. Charles Perrault accuse Boileau d'insulter la religion catholique, et affirme que Boileau "n'est pas en état de faire son salut," et Claude Perrault charge Boileau d'un crime de lèse-majesté. Ces calomnies, rapporte Arnauld dans sa lettre à Dodart du 10 juillet 1694, allaient "le perdre sans ressource, si on y avoit ajouté foi."
  5. C.-H. Boudhors écrit que, lors de la Querelle, Boileau a dû engager le combat "contre Perrault et l'Académie." À ce sujet voir ses épigrammes XXI et XXII:
    SUR CE QU’ON AVAIT LU A L’ACADÉMIE DES VERS CONTRE HOMÈRE ET CONTRE VIRGILE.
    Clio vint, l’autre jour, se plaindre au dieu des vers
    Qu’en certain lieu de l’univers
    On traitoit d’auteurs froids, de poëtes stériles,
    Les Homères et les Virgiles.
    « Cela ne saurait être, on s’est moqué de vous,
    Reprit Apollon en courroux :
    Où peut-on avoir dit une telle infamie ?
    Est-ce chez les Hurons, chez les Topinambous ?
    — C’est à Paris. — C’est donc dans l’hôpital des fous ?
    — Non, c’est au Louvre, en pleine Académie. »
    SUR LE MEME SUJET.
    J’ai traité de Topinamboux
    Tous ces beaux censeurs, je l’avoue,
    Qui, de l’antiquité si follement jaloux,
    Aiment tout ce qu’on hait, blâment tout ce qu’on loue ;
    Et l’Académie, entre nous,
    Souffrant chez soi de si grands fous,
    Me semble un peu Topinamboue.
    (Édition de l'Imprimerie générale, 1872, Volumes 1 et 2, p. 450 et 451.)
  6. Voir les jugements de Bossuet dans la lettre de Dodart à Arnauld du 6 août 1694, et l'Épître à l'Évêque de Soissons (ou Épître à Huet) de La Fontaine.
  7. Les salons littéraires étaient souvent tenus par des dames qui favorisaient les Modernes. D'après Albert Cahen, c'est là une des raisons de la Satire X ("Contre les Femmes") dont la rédaction tient étroitement à la Querelle.
  8. Jules Brody (dans Critique et création littéraires en France au XVIIe siècle, Paris, CNRS, 1977) analyse l'Art Poétique de Boileau en ces termes :
    « Pour Boileau la poésie était un absolu. Elle pouvait exister ou ne pas exister, mais jamais à demi. Pour Boileau, cette distinction était radicale. En fait, aucun critique avant lui – et peut-être depuis – n’a souligné avec tant d’insistance le caractère foncièrement dissemblable de ces deux activités : faire des vers et faire un poème »
    Et encore (dans Lectures classiques : Boileau et la critique poétique, Charlottesville, RookwoodPress, 1996) il écrit :
    « L’attitude critique de Boileau ressemble à sa vision satirique, comme à ses habitudes stylistiques, en ce qu’elles relèvent toutes finalement de l’hyperbole. Quel que soit le côté par où l’on aborde son œuvre, quel que soit l’aspect de son activité littéraire que l’on considère, on rencontre non pas des idées proprement dites, mais plutôt des oppositions dramatiques et étanches d’idées, de valeurs, et de sentiments mutuellement exclusifs. L’hyperbole chez Boileau n’est pas un simple procédé de rhétorique ou une arme de combat ; l’omniprésence de cette figure dans son œuvre témoigne plutôt à la fois d’un mode de sensibilité et d’une stratégie didactique. Si les jugements de Boileau ont si souvent une résonance autoritaire ou dogmatique, c’est qu’il cherche, par la facture et le ton même de son discours, à communiquer à ses lecteurs une attitude hyperbolique vis-à-vis de la littérature, qui est pour lui une affaire, justement, de tout ou de rien, de toujours ou de jamais. »
    Boileau lui-même confirme ce jugement et certifie sa position en affirmant dans la Satire IX :
    Phébus a-t-il pour vous aplani le Parnasse ?
    Et ne savez-vous pas que, sur ce mont sacré,
    Qui ne vole au sommet tombe au plus bas degré,
    Et qu’à moins d’être au rang d’Horace ou de Voiture,
    On rampe dans la fange avec l’abbé de Pure ?

Références

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  1. Nicolas Boileau-Despréaux, Art poétique; Paris, Hachette, 1888
  2. Œuvres diverses du Sr Boileau Despreaux, Paris, Claude Barbin, 1701, p. 425 sq., lire en ligne
  3. Nicolas Boileau-Despréaux, Lettre à M. Perrault, dans: Dialogues, Réflexions Critiques, Œuvres Diverses, p. 118-119, Société Les Belles Lettres, Paris, 1942
  4. Sylvie Chevalley, Molière en son temps, Paris-Genève, Éditions Minkoff, 1973
  5. Émile Faguet, En lisant Molière. L'homme et son temps. L'écrivain et son œuvre, Paris, Hachette, 1914
  6. Gustave Lanson, Histoire de la littérature française, Hachette, Paris, 1895.
  7. Charles Perrault, Le siècle de Louis le Grand : poème (éd. 1687, lire en ligne), Hachette Livre-BNF, 2018.
  8. Lucien Bély: La France au XVIIe siècle: Puissance de l'État, contrôle de la société; Presses Universitaires de France, 2009
  9. Oded Rabinovitch: Stratégies familiales, carrières littéraires et capitalisme de cour dans la famille Perrault; dans Dix-septième siècle n° 264, 2014/3, pages 403 à 415
  10. Antoine Arnauld, Lettre à Dodart, 10 juillet 1694; dans Lettres de Monsieur Antoine Arnauld, docteur de Sorbonne, V. 3, Nabu, 2011.
  11. Charles-H. Boudhors, Notices et Notes, p. 253, dans: Nicolas Boileau-Despréaux, Dialogues, Réflexions Critiques, Œuvres Diverses, Société Les Belles Lettres, Paris, 1942
  12. Albert Cahen: Introduction, 23; dans Nicolas Boileau-Despréaux: Satires, Édition critique; Paris, Droz, 1932
  13. Joan DeJean, Ancients Against Moderns: Culture Wars and the Making of a Fin de Siecle, University of Chicago Press, Chicago, 1997
  14. Nicolas Boileau, Satires, Épîtres, Art Poétique, Collection Poésie, Gallimard, Paris, 1985 ; voir en particulier Satire II et Satire IX
  15. Jean-Paul Charbonneau, Charles Perrault (1628-1703), Versailles, Via Romana, 2017, p. 88 et suivantes
  16. George Alexander Kennedy, H. B. Nisbet, Claude Rawson, Raman Selden, The Cambridge History of Literary Criticism, Vol. 4, Cambridge, Cambridge University Press, 2005
  17. David T. Pottinger, The French Book Trade in the Ancien Regime, 1500 – 1791, Harvard Univ. Press, 1958
  18. Pierre Clément, Histoire de la vie et de l'administration de Colbert, Paris, Guillaumin, 1846
  19. Jean-Marc Civardi, La querelle du Cid: (1637-1638) : édition critique intégrale, Paris, Honoré Champion, 2004, 1216 pages, p. 25-54, p. 148-150, p. 526, p. 600, voir aussi particulièrement pour les critiques et l'embarras de J. Chapelain les p. 125-130, 913-915, 934 et 1035-1036.
  20. Léon Lejealle et J. Dubois, Le Cid, notice, Paris, Larousse, 1970
  21. Voir à ce propos Marc Fumaroli, "Les abeilles et les araignées", préface à La Querelle des Anciens et des Modernes, anthologie établie par A.-M. Lecoq, Paris, coll. Folio Classique, 2001, p. 76-105.
  22. Daniel Nicolas de Rampalle, L'Erreur combattüe, discours académique, où il est curieusement prouvé que le monde ne va point de mal en pis, par le Sr. de Rampalle, Paris, Augustin Courbé, (lire en ligne)
  23. Jean-Pierre Dens, « Desmarets de Saint-Sorlin et la querelle du merveilleux », Romance Notes, Chapel Hill, University of North Carolina Press, vol. 26, no 2, , p. 120-124 (JSTOR 43800796).
  24. René Bray, Boileau, L'homme et l'œuvre, Paris, Le livre de l'étudiant, Boivin et compagnie, 1942
  25. Russel Goulbourne, Satire in Seventeenth- and Eighteenth-century France, dans A Companion to Satire : Ancient and modern, John Wiley & Sons, 2008
  26. Article « Boileau, Nicolas » de l'Encyclopédie Universalis, lire en ligne.
  27. Nouvelles en vers tirée [sic] de Bocace et de l'Arioste, par M. de L. F., Paris, Claude Barbin, (lire en ligne).
  28. Jean de Bouillon, Les Œuvres de feu Monsieur de Boüillon : contenans l’Histoire de Joconde, le Mary commode, l’Oyseau de passage, la Mort de Daphnis, l’Amour desguisé, portraits, mascarades, airs de cour, et plusieurs autres pieces galantes, Paris, Charles de Sercy, , 286 p., in-12 (lire en ligne), p. 1-29.
  29. Jean de La Fontaine, Contes et nouvelles en vers de Mr. de La Fontaine, nouvelle édition reveuë & augmentée de plusieurs Contes du mesme Auteur, & d'une Dissertation sur la Joconde, Leyde, Chez Jean Sambix le jeune, (lire en ligne), p. 191-218.
  30. Nicolas Boileau-Despréaux et Claude Brossette, Correspondance entre Boileau Despréaux et Brossette, avocat au parlement de Lyon, publiée sur les manuscrits originaux par Auguste Laverdet, Paris, Techener, (lire en ligne), p. 523-524
  31. Voir les termes dans lesquels l'abbé d'Aubignac interpelle l'aîné dans sa Quatrième dissertation sur le poème dramatique, Paris, 1663, lire en ligne : « L'auteur de l'École des femmes — je vous demande pardon si je vous parle de cette comédie qui vous fait désespérer et que vous avez essayé de détruire par votre cabale dès la première représentation… »
  32. La Querelle de l'École des femmes, comédies de Jean Donneau de Visé, Edme Boursault, Charles Robinet, A.J. Montfleury, Jean Chevalier, Philippe de La Croix : édition critique par Georges Mongrédien, t. I et II, Paris, Librairie Marcel Didier, coll. « Société des textes français modernes »,
  33. C’est quoi la querelle de l’école des femmes? dans Parlons Théâtre, https://www.parlonstheatre.fr/cest-quoi-la-querelle-de-lecole-des-femmes/
  34. Michel Pougeoise, Les Femmes savantes. Molière, Paris, Nathan, coll. "Balises", p. 90-91, (ISBN 9782091800561)
  35. Georges Forestier, Jean Racine, Paris, Gallimard, coll. « Biographies », , p. 306 et suivantes
  36. Forestier, ibid., 549 et suivantes.
  37. Lucien Bély, Louis XIV : le plus grand roi du monde, Paris, Jean-Paul Gisserot, , 714 p., 18 cm (ISBN 978-2-75580-582-6, OCLC 1033456634, lire en ligne)[réf. incomplète].
  38. Nicolas Boileau, Le lutrin, Dialogue des héros de roman, Arrêt burlesque, édité et annoté par Charles-Marc Des Granges, volume 66, collection « Les Classiques pour tous », Hatier, 1948.
  39. https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1179/175226907X226029
  40. Ch.-H. Boudhors, « Notices et notes », p. 141, dans Nicolas Boileau-Despréaux, Dissertation sur la Joconde, Arrest Burlesque, Traité du Sublime, Paris, Société Les Belles Lettres, 1942.
  41. Ferdinand Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900, t. V, Paris, Armand Colin, (lire en ligne), p. 10-20
  42. Hubert Gillot, La Querelle des anciens et des modernes en France, de la Défense et illustration de la langue française aux Parallèles des anciens et des modernes, Paris, Honoré Champion, (lire en ligne), p. 433 et suivantes.
  43. Françoise Waquet, Le Latin ou l'empire d'un signe : XVIe – XXe siècle, Paris, Albin Michel, 1998 ; 2014, p. 283-288.
  44. Charles Perrault, Le Siècle de Louis le Grand, Paris, Jean-Baptiste Coignard, , 27 p. (lire sur Wikisource, lire en ligne)
  45. Gérard Gélinas, Charles Perrault revisité, Lévis (Québec, Canada), Fondation littéraire Fleur de lys, (lire en ligne), p. 260-299.
  46. Charles Perrault, Le Siècle de Louis le Grand, Paris, Jean-Baptiste Coignard, , 27 p. (lire sur Wikisource, lire en ligne).
  47. Œuvres de J. de La Fontaine, t. 9, Paris, Hachette, coll. « Les Grands écrivains de la France », (lire en ligne), chap. XXII (« Epitre à Monseigneur l'évêque de Soissons, en lui donant un Quintilien de la traduction d'Horatio Toscanella »), p. 200-205.
  48. Hippolyte Rigault, Histoire de la querelle des anciens et des modernes, Paris, Hachette, 1856
  49. Hugh Chisholm, Boileau-Despréaux, Nicolas dans Encyclopædia Britannica, 11ème édition, Cambridge University Press, 1911
  50. Marc Fumaroli, La Querelle des Anciens et des Modernes + extraits, Paris, Gallimard-Folio, 2001, p. 167-168.
  51. Ibid., p. 131.
  52. Marc Fumaroli écrit précisément : « Par l'un de ces étranges paradoxes dont l'histoire littéraire est féconde, Boileau, le militant hardi d'une cause qu'il savait par définition minoritaire, a passé et passe encore pour l'archétype du poète fonctionnaire officiel (…) Or, quand on observe ses débuts et même l'ensemble de sa carrière, on découvre un personnage frémissant, toujours combattant et combattu, tout le contraire d'un apparatchik de la littérature. Qui combat-il ? Par qui est-il combattu ? Par des fonctionnaires de la littérature, Desmarets et Perrault, ivres de l'autorité qu'ils tiennent de l'État, ou qui leur est venue par l'État. »
  53. Ferdinand Brunetière, Les Ennemis de Racine au XVIIe siècle, Paris, Revue des Deux Mondes, tome 32, 1879
  54. « La Querelle des Anciens et des Modernes », sur rahxvii2.blogspot.com, (consulté le ).
  55. Nicolas Boileau-Despréaux, Épîtres, Art Poétique, Lutrin; Société Les Belles Lettres, Paris, 1939
  56. Nicolas Boileau, Œuvres complètes de Boileau, accompagnées de notes historique et littéraires, t. II, Paris, Garnier, (lire en ligne), p. 254
  57. Nicolas Boileau-Despréaux, Dialogues, Réflexions Critiques, Œuvres Diverses, p. 116, Société Les Belles Lettres, Paris, 1942
  58. Léo Stambul, « L’Épître XII de Boileau : rendre les équivoques acceptables », Les Dossiers du Grihl [En ligne], Hors-série n°2 | 2022, mis en ligne le 28 avril 2014, consulté le 20 février 2026 (lire en ligne).
  59. Madame de Sévigné, Recueil des lettres de madame la marquise de Sévigné à madame la comtesse de Grignan, sa fille : nouvelle édition augmentée, tome 8, page 327-328, Perrin, Paris, 1754
  60. Nicolas Boileau-Despréaux, Lettre à M. Perrault dans Œuvres Diverses Du S. Boileau Despreaux: Avec Le Traité Du Sublime, Ou Du Merveilleux Dans Le Discours, Paris, Denys Thierry, 1701
  61. Nicolas Boileau-Despréaux, Lettre à M. Perrault, dans: Dialogues, Réflexions Critiques, Œuvres Diverses, p. 118-119, Société Les Belles Lettres, Paris, 1942; et Pierre Clarac, Introduction de: Boileau, Œuvres de Nicolas Boileau-Despréaux, page 60, Éditions Mellottée, Collections Les Grands Auteurs Français, 1936
  62. Michel Le Guern, Études sur la vie et les Pensées de Pascal, Paris, Honoré Champion, 2015
  63. Albert Béguin, Pascal, Paris, Seuil, 1952
  64. Michel Le Guern, Pascal et Descartes, Paris, Nizet, 1971
  65. Jacques Chevalier, Descartes, Plon, Nourrit et Cie, coll. « Les Maîtres de la pensée française », 1921
  66. Adrien Baillet, La vie de Monsieur Descartes, Paris, Horthemels, 1691
  67. Étienne Gros, Philippe Quinault : sa vie et son œuvre, Paris, É. Champion, 1926
  68. Thomas W. Bussom, A rival of Racine : Pradon. His life and dramatic works, Paris, É. Champion, 1922
  69. Jean Desmarets De Saint-Sorlin, Clovis, Ou La France Chrestienne, Nabu Press, 2010
  70. Charles Perrault: Parallèle des anciens et des modernes, tome troisième: en ce qui concerne la poésie; Paris, Coignard, 1692
  71. Préface de l'édition du Théâtre complet, La Pléiade (1964) p. xxv
  72. Préface de l'édition du Théâtre complet, La Pléiade (1964) p. xLii
  73. Jacob Burckhardt : La civilisation de la Renaissance en Italie, Nouveau Monde éditions, 2017.
  74. Marc Fumaroli, La Querelle des Anciens et des Modernes + extraits, Paris, Gallimard-Folio, 2001, p. 26.
  75. Pierre Costabel, « Galilée », sur Encyclopædia Universalis (consulté le ).
  76. (en) Isaac Newton, The Correspondence of Isaac Newton, volume 3, Royal Society University Press, 1959.
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  78. (en) https://www.brainpickings.org/2016/02/16/newton-standing-on-the-shoulders-of-giants/
  79. Jean-François Goubet et Gérard Raulet (éd.), Aux sources de l'esthétique : les débuts de l’esthétique philosophique en allemagne, Paris, Éditions de la MSH, coll. « Philia », , 360 p. (ISBN 978-2-73511-065-0, lire en ligne), p. 263.
  80. Université des sciences humaines de Strasbourg, Recherches germaniques, Strasbourg, Université des sciences humaines, (lire en ligne), chap. 29, p. 2-4.
  81. Johann Joachim Winckelmann,, Recueil de différentes pièces sur les arts, par M. Winckelmann, traduit de l'allemand, Paris, (lire en ligne).
  82. Raymond Heitz et Roland Krebs, Schiller als Publizist, Berne, Peter Lang, , 435 p. (ISBN 978-3-03911-270-8, OCLC 883594858, lire en ligne), p. 387.
  83. Ghislain de Diesbach, Madame de Staël, Perrin, (1re éd. 1983) (ISBN 978-2-26200-284-8)
  84. Michel Winock, Madame de Staël, Paris, Arthème Fayard/Pluriel,
  85. Filomena Vitale, Benjamin Constant : écriture et culpabilité, Genève, Droz, , 226 p., 22 cm (ISBN 978-2-60000-471-8, lire en ligne), chap. v, p. 174.
  86. Pierre Moreau, Chateaubriand. L'homme et la vie, le génie et les livres, Garnier Frères, Bibliothèque d'histoire littéraire et de critique, 1927
  87. George D. Painter, Chateaubriand, Une biographie, Paris, Gallimard, 1979
  88. Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée, 192 pages, Folio Essais, Paris, 1989
  89. André Gavillet, La nouvelle trahison des clercs, Domaine public, 1987, https://doi.org/10.5169/seals-1019942
  90. La Quinzaine littéraire, Paris, (lire en ligne).
  91. (en) Joseph Cropsey, Ancients and Moderns: Essays on the Tradition of Political Philosophy in Honor of Leo Strauss, New York, Basic Books, 1964.

Annexes

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Bibliographie

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  • Pascal Duris, Quelle révolution scientifique ? Les sciences de la vie dans la querelle des Anciens et des Modernes (XVIe - XVIIIe siècles), Paris, Hermann, collection « Les collections de la République des Lettres », 2016.
  • Hubert Gillot, La Querelle des Anciens et des Modernes en France : De la Défense et Illustration de la langue française aux Parallèles des anciens et des modernes, Paris, Champion, 1914.
  • Augustin Simon Irailh, Querelles littéraires, ou Mémoires pour servir à l’histoire des révolutions de la république des Lettres, depuis Homère jusqu’à nos jours, Paris, Durand, 1761. Slatkine reprints, 1967 (lire en ligne).
  • Anne-Marie Lecoq, La Querelle des Anciens et des Modernes : XVIIe – XVIIIe siècle. Précédé d’un essai de Marc Fumaroli, suivi d’une postface de Jean Robert Armogathe. Paris, Gallimard, 2001.
  • Alain Niderst, « Les « Gens de Paris » et les « Gens de Versailles » dans Louise Godard de Donville », D’un siècle à l’autre : anciens et modernes. XVIe colloque, . Paris, Éd. du CNRS, 1987. (Centre Méridional de Rencontres sur le XVIIe siècle ; 17) p. 159-165.
  • Hippolyte Rigault, Histoire de la querelle des anciens et des modernes. Paris: Hachette, 1856 (lire en ligne).

Articles connexes

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Liens externes

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