Raoul Dal Molin Ferenzona
Raoul Dal Molin Ferenzona (1879-1946) est un artiste peintre, graveur et écrivain italien, dont l'œuvre est marquée par une forme de mysticisme.
Informations essentielles
Biographie
modifierOrigines et formation
modifierRaoul Dal Molin Ferenzona est né à Florence le 24 septembre 1879, fils d'Olga Borghini et de Giovanni Antonio, dit Giovanni Gino Dal Molin Ferenzona, journaliste pour un quotidien florentin proche de la monarchie et auteur de deux pamphlets contre Garibaldi. Il fut mortellement blessé le soir du 20 avril 1879. Quelques jours auparavant, il avait publiquement recommandé ses deux enfants (dont l'un, Raoul, n'était pas encore né) au roi au cas où il serait assassiné. Le coupable ne fut jamais identifié.
Devenue veuve, Olga Borghini s'installe d'abord à Viareggio, puis retourne à Florence avec ses deux fils Fergan (l'aîné, qui deviendra écrivain et journaliste) et Raoul, qui entre au Collège militaire de Florence, puis à l'Académie militaire de Modène. Raoul abandonne rapidement l'idée d'une carrière militaire : il se consacre à la peinture et à la littérature. Il écrit des poèmes, des romans et des nouvelles, dont la nouvelle « Mon fils », publiée à Palerme en 1900. Il trouve son inspiration dans le mouvement décadent, qui influencera sensiblement son futur travail de graveur et de peintre.
Un décadentiste tardif
modifierAvant 1900, Raoul s'installe quelques mois à Palerme, se consacrant à la sculpture sous la direction d'Ettore Ximenes. De retour en Toscane, il étudie à l'Académie des beaux-arts de Florence et suit les classes de nu ; il grave des planches, peint et se lie d'amitié avec Domenico Baccarini (it). Ensemble, à travers les activités du « Cenacolo Baccariniano », ils cherchèrent à exprimer une forme de mysticisme. Raoul rencontre les peintres Giovanni Costetti et Giuseppe Viner (it), qui se suicida quelque temps plus tard. En 1902, il part pour Munich, attiré par les artistes de la Première Sécession et le milieu intellectuel d'Europe centrale. De retour à Florence, il produit des estampes dont des illustrations destinées à un livre pour enfants écrit par son frère Fergan (qui semble avoir d'abord été publié au Brésil en 1929).
Il est à cette époque fasciné par les préraphaélites anglais, par Max Klinger, par l'esthétisme et les créations érotiques d'Aubrey Beardsley, ainsi que par le travail de Jan Toorop. Dans son Étude pour vitrail (1903), il manifeste également son intérêt pour les arts appliqués. Il grave son autoportrait en 1905. Il fait ses débuts à Florence, à la Società promotrice di Belle Arti, en 1903. À Rome, en 1904 et de 1906 à 1910, il expose avec la Società Amatori e Cultori di Belle Arti. Avec Baccarini, qu'il fait venir à Rome, il soutient la poétique préraphaélite et crépusculaire, en opposition au divisionnisme de Giacomo Balla, Umberto Boccioni et Gino Severini. En 1904-1905, il se lie d'amitié avec le sculpteur Giovanni Prini (it), qui l'introduit au salon de sa femme Orazia et dans le cercle littéraire du poète symboliste Sergio Corazzini, proche de Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine et de l'ésotérisme de Joséphin Péladan. Pour la revue Cronache latine, éditée par Corazzini, Raoul Dal Molin Ferenzona a créé deux dessins — inspirés par le symbolisme hermétique et initiatique, typique des préraphaélites — pour le papier à en-tête et la couverture du premier numéro (15 décembre 1905)[1].
Voyages en Europe
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En 1906, il parcourt l'Europe et visite La Haye, Bruges, Londres et Paris. Il y peint des atmosphères nocturnes et sombres – Femme au chapeau et à la chauve-souris, 1906, et Nocturne galant, 1908 – avec un style sec et incisif. Il s'inspire de l'art graphique de l'artiste belge James Ensor. À Bruges, en 1906, il réalise la vue expressionniste Bruges-la-Morta à l'eau-forte et à la pointe sèche[1].
En 1908, il épouse Stefania Salvatelli, avec qui il vit jusqu'en 1911, date à laquelle le couple se sépare et Raoul s'installe à Paris, puis en Bohême, en Allemagne et en Autriche. En 1912, à Rome, il publie La La ghirlanda di stelle (« Guirlande d'étoiles »), recueil mêlant prose et poésie, agrémenté de notes autobiographiques et de dessins de figures féminines inquiétantes. Il s'approche d'un style plus dépouillé, avec les pointes sèches Il Cerchio et La Porticina (1909), où les figures, dans un paysage empreint de symbolisme, sont à peine esquissées sur un fond sombre.
Il voyage ensuite de nouveau à travers l'Europe, organisant des expositions personnelles à Brno, en Moravie, et à Vienne en 1912. Le musée de Livourne acquiert ses gravures en 1916. Des voix mystérieuses et des présences ésotériques le tourmentent, comme en témoigne le cycle de 1915 Incantesimo Botanico (« Sortilège botanique »), qui comprend La congrega dei perfidi vegetali, (« La congrégation des végétaux perfides »), une œuvre « surréaliste » où il représente des êtres maléfiques espionnant un personnage central. De retour à Rome en 1918, en pleine crise mystique, il trouve refuge au monastère bénédictin olivétain de la basilique Sainte-Françoise-Romaine. Les œuvres Orazioni, acqueforti, auri (1919) témoignent de son recours au mysticisme et à la croyance en une harmonie supérieure des sphères célestes. Vita di Maria (1921), une gravure en couleurs faisant partie d'un ensemble de dix estampes à thèmes sacrés, relève également du symbolisme. Fin 1921, Federico Hermanin l'invite à intégrer le Gruppo Romano Incisori Artisti[2], réunissant des praticiens de l'estampe, qui lui offre une exposition personnelle en 1922 au Palazzo Venezia.
Occultisme et alchimie
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De 1922 à 1927, il vit par intermittence en Toscane, notamment à Florence et à Livourne, où il fréquente les frères Belforte, éditeurs et propriétaires de la galerie Bottega d'arte, qui organisent ses expositions. Attiré par l'occultisme et l'alchimie, il fréquente le Cercle théosophique de la Via Gregoriana à Rome, s'éloignant progressivement de l'orthodoxie. Il écrit les poèmes intitulés Misteri Rosacrociani (« Mystères rosicruciens »), publiés en 1923 avec douze de ses gravures : des images tourmentées, troublantes, presque paranoïaques[1]. À Rome, il expose également à la première Mostra del Libro Italiano en 1929.
En 1927, il présente seize œuvres à l'Exposition internationale de gravure, qui se tient à Florence, au Parterre di San Gallo. Durant cette période florentine, l'artiste semble avoir retrouvé un certain équilibre. Son œuvre graphique s'inspire également du dynamisme et du cubisme d'inspiration futuriste avec Gli occhi degli Angeli datant de 1926 et La vetta, de 1929. Il replonge dans la dépression et est admis à l'hôpital psychiatrique Santa Maria della Pietà de Rome pour une grave maladie mentale. Il peint alors les Volti della follia (« Visages de la folie »).
Après sa sortie de l'hôpital, il reprend ses voyages, sa dernière étape étant Milan, où il meurt le 19 janvier 1946.
Postérité
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Deux expositions posthumes, à Rome en 1978[3] et à Livourne en 1979[4], reconstituèrent son œuvre et ses incessants pérégrinations à travers l'Europe. En 1980, des œuvres et des documents inédits sont présentés à Florence[5].
Artiste relativement oublié et méconnu, une première grande rétrospective lui est consacré à Florence en février-mars 2002[6], puis une deuxième à la villa Carmignani de Collesalvetti entre novembre 2024 et mars 2025[7].
Œuvre
modifierRaoul Dal Molin Ferenzona est l'auteur de plusieurs recueils de textes illustrés par ses propres compositions, ouvrages à ce jour inédits en français. Il a pratiqué toutes les formes de gravures : la gravure sur bois, l'eau-forte, la pointe sèche, le burin, la « gypsographie », et la lithographie. Il a produit des ex-libris. Son œuvre peint (huile sur toile, aquarelles) et gravé comprend des portraits et des paysages, parfois très marqués par l'occultisme et la symbolique alchimique.
Écrits et recueils publiés
modifier- Mio Figlio: Novella, Palerme, Stab. Tip. Fratelli Marsala, 1900.
- Sensuali e sensitive, Rome, Edizione de La Vita Letteraria, 1907.
- La ghirlanda di stelle: poemi e disegni, s.l., s.e., 1911.
- Motivi indiani: sette punte d'argento colorate, Berne, Rudolf Suter Buch Binderei, 1918.
- Zodiacale: opera religiosa: orazioni, acqueforti, aure, Rome, Ausonia, 1919.
- Vita di Maria: Opera mistica in dieci acqueforti originali a colori, Rome, Soc. Universa Ed., 1921.
- AÔB: enchiridion notturno: dodici miraggi nomadi, dodici punte di diamante originali, Livourne, Edizioni di Bottega d'arte, 1923.
- Ascha Decade Aurea, Poemi, gravures originales, Milan, stampato a cura dell'autore, 1941.
Ouvrages illustrés
modifier- Auro D'Alba (Umberto Bottone), Corde ai fianchi, couverture, Edizione per gli amici, 1910.
- Fergan di Ferenzona, Aventuras extraordinarias dos Tres Mosqueteiros de Pau, São Paulo, Companhia Editora Nacional, 1929 ; rééd. I tre moschettieri di legno, Florence, Nerbini, 1944.
- Giacomo Leopardi, Idilli, illustrations originales, Florence, Giannini, 1944.
- Paul Verlaine, L'amour et le bonheur, dessins, Milan, Spartaco Giovene, [1946].
Notes et références
modifier- 1 2 3 (it) Mario Finazzi, « Raul Dal Molin Ferenzona, le apparizioni febbrili e così tristi », Il manifesto, 15 décembre 2024.
- ↑ (it) Prima Mostra Sociale del Gruppo Romano Incisori Artisti, sur Digital Archives Reggio Emilia.
- ↑ (it) Mario Quesada (dir.), Raoul Dal Molin Ferenzona: oli, acquarelli, pastelli, tempere, disegni, punte d'oro, punte d'argento, collages, puntesecche, acqueforti, acquetinte, bulini, punte di diamante, xilografie, berceaux, gipsografie, litografie e volumi illustrati, Roma, Emporio Floreale, 1978.
- ↑ (it) Mario Quesada (dir.), Raoul Dal Molin Ferenzona: oli, acquarelli, pastelli, tempere, disegni, punte d'oro, punte d'argento, collages, puntesecche, acqueforti, acquetinte, bulini, punte di diamante : 14 luglio-20 settembre 1979, Livourne, s.e., 1979.
- ↑ (it) Raoul Dal Molin Ferenzona: disegni, incisioni, manoscritti, Florence, Gonnelli, 1980.
- ↑ (it) Emanuele Bardazzi (dir.), Raoul Dal Molin Ferenzona: "Secretum meum", Florence, Saletta Gonnelli, 20 febbraio-31 marzo 2002, Gonnelli, 2002.
- ↑ (it) Emanuele Bardazzi et Francesca Cagianelli (dir.), « Raoul Dal Molin Ferenzona Enchiridion Notturno. Un sognatore decadente verso l’occultismo e la teosofia », Silvana Editoriale, 2024.
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- (it) Gravures conservées par l'Istituto Centrale per la Grafica.