Râle des genêts

espèce d'oiseaux
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Crex crex

Crex crex
Description de cette image, également commentée ci-après
Illustration d'une famille de Râles des genêts par Johann Friedrich Naumann : mâle et poussin au premier plan, femelle en arrière-plan.
Classification COI
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Gruiformes
Famille Rallidae

Genre

Espèce

Crex crex
(Linnaeus, 1758)

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Le Râle des genêts (Crex crex) ou Roi caille[1], est une espèce d'oiseaux de l'ordre des Gruiformes et de la famille des Rallidae, la seule représentante du genre Crex. Il s'agit d'un oiseau migrateur nichant au sol. Il est assez farouche, mais est connu pour son cri nocturne (« crex crex »). Il établit son nid à la mi-mai dans les prairies de fauche en Europe. Sa nidification dure deux mois. Durant l'hiver septentrional, il migre dans le sud de l'Afrique.

Autrefois commune, l'espèce a subi un déclin marqué dans la plupart des pays d'Europe occidentale depuis plus d'un siècle[2], victime de la disparition de son habitat et de l'intensification agricole entraînant une fauche des prés précoce fatale aux jeunes voire aux adultes eux-mêmes[3].

Noms et étymologie

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Le nom binominal du Râle des genêts, Crex crex est un tautonyme : son épithète spécifique est identique au nom de genre. Le terme crex vient directement du grec ancien κρέξ (krex) qui désigne un oiseau à longues pattes dont l'identification est incertaine[4].

Chez Aristote, le krex est l'ennemi de plusieurs autres oiseaux, dont le Hibou grand-duc (Bubo bubo), le Merle noir (Turdus merula) et le Loriot d'Europe (Oriolus oriolus) ; il s'en prend aux adultes comme aux poussins[5]. Il est pugnace et plein de ressouces[6]. Il possède de longues pattes et un doigt postérieur court[7]. Hérodote le décrit comme ayant la taille d'un ibis, c'est-à-dire 55 à 85 cm[8]. Dans sa comédie Les Oiseaux, Aristophane le présente comme capable d'équarrir les pierres d'assise des maisons avec son bec[9], sans doute parce que ce bec est aiguisé et dentelé, comme le mentionne la Souda[10]. Élien indique que le krex est l'ennemi du Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo)[11] et Manuel Philès dit qu'il bat des ailes lentement[12]. On a reconnu dans ces descriptions le Râle des genêts en raison du cri typique du mâle, crex, mais aussi le Combattant varié (Calidris pugnax), dont l'ancien nom binominal Philomachus pugnax renvoie à la pugnacité évoquée par Aristote. Aucun de ces deux oiseaux ne correspond au reste des descriptions, aussi on a proposé, à la suite de Pierre Belon, d'y voir l'Échasse blanche (Himantopus himantopus)[4].

Le Râle des gênets est plus vraisemblablement l'oiseau grec antique appelé par Aristote ὀρτυγομήτρα (ortygomētra), littéralement « la mère des cailles », car il dirige ces dernières lors de leur migration automnale[13]. Alexandre de Myndos indique qu'il a la taille d'une Tourterelle des bois (Streptopelia turtur), qu'il est doté de longues pattes et qu'il est de caractère doux et timide[14]. Ces descriptions correspondent bien au Râle des genêts, encore appelé « mère des cailles » en grec moderne (Ορτυκομάνα)[15]. Plusieurs langues l'appellent similairement « roi des cailles » ou « guide des cailles », comme l'allemand Wachtelkönig, l'espagnol Guión de codornices, l'italien Re di quaglie ou le néerlandais Kwartelkoning[16].

Le mot français râle est un nom vernaculaire pour désigner plusieurs espèces de la famille des Rallidae. Il vient du verbe bas latin rasiculare, « racler », qui renvoie aux bruits respiratoires de ces oiseaux. L'appellation « des genêts » est plus curieuse, car l'espèce fréquente surtout les prairies et les prés. Elle tirerait son origine des chasseurs de l'Ouest de la France, qui débusquaient les oiseaux en halte migratoire dans les friches couvertes de genêts[16]. En anglais, le Râle des genêts s'appelle corncrake. Crake est un terme onomatopéique renvoyant au cri de l'oiseau et qui a pu également désigner la Corneille noire (Corvus corone) dans le nord de l'Angleterre[17]. Là encore, le Râle des genêts fréquente peu les champs non fauchés[16].

Buffon, qui appelle l'espèce le « râle de terre » (expression également connue en anglais, land rail), explique que « les petits courent dès qu'ils sont éclos, en suivant leur mère, et ils ne quittent la prairie que quand ils sont forcés de fuir devant la faux qui rase leur domicile. Les couvées tardives sont enlevées par la main du faucheur ; tous les autres se jettent alors dans les champs de blé noir, dans les avoines et dans les friches couvertes de genêts, où on les trouve en été, ce qui les a fait nommer râles de genêt[18]. »

Description

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Râle des genêts, le cou tendu.

Cet oiseau mesure entre 27 et 30 cm de longueur, pour une envergure de 46 à 53 cm[19]. Le poids est de 150 g environ, entre 129 et 210 g pour les mâles et entre 138 et 158 grammes pour les femelles[20]. Le gabarit est plus grand que celui du Râle d'eau (Rallus aquaticus), mais avec un bec plus court, et similaire à celui d'une Perdrix grise (Perdix perdix). L'allure se rapproche de celle des marouettes (genre Porzana). Mâles et femelles sont très semblables et difficiles à distinguer. Les mâles ont généralement le plumage du cou et de la tête plus gris que les femelles[19].

Chez l'adulte, le plumage est beige strié de noir sur le dessus, beige clair strié de crème sur le dessous. Le sourcil, la mandibule inférieure, la gorge et le haut de la poitrine sont d'une gris-bleu léger. Le bec et les pattes, assez forts, sont beige-rosé. Les ailes, plutôt courtes sont d'un roux quasi-uniforme quand l'oiseau est au sol. Les flancs et les sous-caudales portent des stries rousses[19].

Les oisillons naissent noirs et n'acquièrent leur plumage juvénile qu'au bout de trois semaines. Ce plumage est plus jaunâtre sur le dessus que celui des adultes et moins coloré sur le dessous[19].

Le Râle des genêts se différencie du Râle des prés (Crex egregia), qui le côtoie dans ses zones d'hivernages, par une taille plus grande, un dessous plus pâle, des couvertures supérieures marrons, une tête moins grise et un dessous barré de marron rougeâtre et de blanc. Son plumage le distingue facilement des autres râles sympatriques, aussi bien sur ses zones de reproduction que d'hivernage[21].

Comportement

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Locomotion

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Râle des genêts en pleine course.

Régime alimentaire

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Le Râle des genêts est omnivore, mais son régime alimentaire se compose principalement d'invertébrés et notamment d'insectes : coléoptères, mouches, orthoptères, formicules, libellules, mille-pattes et fourmis. Il se nourrit également d'araignées, vers de terre, escargots, limaces et autres mollusques, ainsi que de jeunes batraciens. En période de reproduction il peut ingérer des végétaux, comme des jeunes pousses et des graines, mais il n'est pas clair s'il mange ces dernières directement, si ces graines se trouvent dans l'estomac des invertébrés qu'il consomme ou s'il s'en sert comme gastrolithes[22]. Sa consommation de petits mammifères et oiseaux est attestée, mais en captivité[23].

Il semble être avant tout opportuniste : son alimentation est représentative des espèces d'invertébrés présentes localement[24] Ainsi, un estomac prélevé en mai dans le Yorkshire, en Angleterre, contenait deux Grands Charançons du pin (Hylobius abietis) et des restes végétaux ; un autre prélevé en juin dans le Cumberland, toujours en Angleterre, contenait des coléoptères (Pterostichus melanarius et Barynotus obscurus) ; un autre prélevé en septembre contenait des Loches blanches (Deroceras agreste), des vers de terre, des syrphes et une mouche non identifiée. Des estomacs prélevés en été et à l'automne dans ce qui était alors le centre et le sud de l'URSS ont livré des insectes, mais aussi des graines d'avoine et, dans un cas, une petite coquille d'œuf[23].

Les éléments non digérés de son alimentation sont rejetés sous forme de pelotes d'environ cm de long.

Vocalisations

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Dickcissel d'Amérique mâle perché sur un poteau métallique, chantant cou tendu et bec ouvert.

Chants et appels

Écouter les vocalisations du Râle des genêts. :

Le chant du mâle rappelle le bruit d'une crécelle ou celui obtenu en raclant un ongle sur les dents d'un peigne : « crèx crèx ». Ce son est à l'origine de son nom scientifique[25]. Bien que les mâles chantent à longueur de nuit en début de saison, il a été montré que le chant est largement réduit lorsqu'ils sont accompagnés ou ont été accompagnés récemment par une femelle[26].

Mâles et femelles peuvent aussi émettre de faibles gloussements rappelant ceux d'une poule.

Cycle annuel

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Le Râle des genêts est un oiseau migrateur au long cours, il passe l’été en Europe et repart en direction de l’Afrique orientale dans le courant du mois de septembre. Son arrivée est très discrète, en général, on peut entendre des mâles chanteurs dès la mi-mai, lorsque les prairies ont atteint une croissance suffisante pour abriter l’espèce. Néanmoins, les premiers mâles ont pour habitude de continuer leur route plus au nord. Les femelles arrivent un peu plus tard, environ quinze jours. Après s’être accouplé, le mâle part tenter une deuxième nidification et laisse la femelle s’occuper seule de la couvée. Pour ce faire, il prend la direction de prairies d’altitude ou part dans l’est de l’Europe. Dès la mi-août, la migration recommence, elle atteint son pic à la mi-septembre et se termine environ un mois plus tard.

Reproduction

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Un œuf de Râle des genêts.

À la fin mai, lorsqu’une femelle est fécondée, elle construit seule le nid. Il consiste en une simple dépression du sol couverte de végétaux. La femelle pond entre six et 12 œufs mais ce nombre tend à se réduire avec le recul des populations. À présent, il ne serait plus que de six à huit[27]. La femelle pond environ un œuf par jour parfois plus, la durée de la ponte est donc d’environ huit jours. À la fin de la ponte, le mâle quitte la femelle qui s’occupe seule de l’incubation pendant 16 à 19 jours. Elle ne s’éloigne du nid qu’une dizaine de minutes par heure afin de se nourrir dans les environs. C’est à ce stade du cycle de reproduction que le râle est le plus menacé. La fauche trop précoce des prairies est la plus grande menace pour l’espèce. On retrouve régulièrement des femelles mortes sur leurs couvées, n’ayant pas voulu l’abandonner. Les jeunes sont sevrés deux à quatre jours après l’éclosion des œufs.

La mère est très proche de ses petits pendant les premiers jours suivant la sortie de l’œuf, on estime que l’éducation des jeunes dure environ 34 à 38 jours, c’est à cette période qu’ils commencent à pouvoir voler. Le cycle complet de reproduction dure donc environ 50-55 jours. Il existe deux périodes de pontes qui se succèdent. Les individus n’ayant pas pu mener à terme leur première nichée tentent alors un deuxième essai ailleurs. Certains effectuent même deux pontes dans l’année sans que la première ait échoué. Dans ce cas, les petits de la première nichée sont abandonnés précocement.

La plus grande longévité enregistrée chez un Râle des genêts bagué européen était, en 2023, de 6 ans et 9 mois pour un oiseau néerlandais abattu, suivie par une donnée de 5 ans pour un oiseau tchèque en vie, contrôlé par le bagueur[28].

Situés au sol, les nids sont particulièrement vulnérables à la prédation. Une étude menée en Allemagne, dans la basse vallée de l'Oder, montre que les principaux prédateurs sont le Renard roux (Vulpes vulpes) et les mustélidésBelette d'Europe (Mustela nivalis), Putois d'Europe (Mustela putorius), hermine (Mustela erminea) et Vison d'Amérique (Neogale vison) introduit —, et dans une moindre mesure le Grand Corbeau (Corvus corax) et la Corneille mantelée (Corvus cornix)[29]. Le sanglier (Sus scrofa) a également été identifié comme un prédateur notable en Hongrie[30],[31].

Les jeunes et les adultes peuvent être attaqués par le renard, la Loutre d'Europe (Lutra lutra), le Vison d'Amérique, le furet (Mustela furo) féral et le chat, féral ou domestique[32],[22]. Une étude menée dans les Hébrides extérieures, dans ce qui était à l'époque la zone de protection spéciale de Ness et Barvas, suggère que le Hérisson d'Europe (Erinaceus europaeus) pourrait également être un prédateur[33].

Répartition et habitat

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Répartition

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  • Présence en période de nidification.
  • Présence en période d'hivernage.
  • Présence en période de migration.
  • Présence en période de nidification (réintroduit).

L'aire de reproduction du Râle des genêts couvre historiquement une large part de l'Europe du nord et de l'Europe centrale, entre les 41° N et 62° N, et s'étend en Asie via la Sibérie occidentale jusqu'au 120e méridien est. Elle s'est depuis sensiblement restreinte et fragmentée, notamment en Europe de l'ouest et en Europe centrale[22].

Son aire d'hivernage va de l'est de la république démocratique du Congo et du sud de la Tanzanie à l'est de l'Afrique du Sud[21].

Habitat

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Le Râle des genêts est un oiseau des prairies. Son habitat de prédilection est une prairie fraîche et humide, présentant un couvert herbeux de 15 à 50 cm de haut, rarement de moins de 10 cm de haut[34],[35]. Il se trouve du niveau de la mer jusqu'à 3 000 m d'altitude en Russie et au moins jusqu'à 1 750 m en Afrique du Sud[32].

Dans sa zone de reproduction, il se cantonne dans les prairies plus ou moins humides, incluant les alpages, les tourbières aux abords des landes, les pourtours des marais et les clairières. Il évite les zones très marécageuses, l'eau stagnante, les bords des lacs et rivières, les forêts, les buissons denses, les roselières et tout autre milieu présentant une végétation haute et dense, où il ne peut pas circuler. Il s'écarte également des habitats ouverts rocailleux, graveleux ou sableux. Le couvert végétal qu'il affectionne est typiquement composé d'Anthriscus, Campanula, Chaerophyllum, Cirsium, Crepis, Equisetum, Filipendula, Heracleum, Iris, Lychnis, Lysimachia, Myosotis, Oenanthe, Ononis, Ranunculus, Rorippa, Rumex, Salvia, Scabiosa, Thalictrum, Tragopogon et Urtica, de graminées comme Alopecurus, Agrostis, Festuca, Holcus, Poa et Phalaris, ainsi que de Carex. Les prairies doivent être fauchées ou pâturées, sous peine de devenir impénétrables pour lui[36]. Localement, le Râle des genêts peut occuper des terres laissées à l'abandon, mais aussi des champs, notamment de céréales, de colza, de pois, de pommes de terre, de trèfle ou de plantes fourragères[37]. Il a également pu se reproduire dans des jeunes plantations de conifères non fauchées[32].

Dans sa zone d'hivernage, le Râle des genêts sélectionne le même type d'habitat, c'est-à-dire les prairies sèches et savanes, incluant les prairies d'altitude à Themeda triandra offrant un couvert bas (30 cm) et jusqu'aux prairies à Hyparrhenia, Andropogon appendiculatus, Paspalum urvillei et autres herbes robustes allant jusqu'à 2 m de haut. Il peut se trouver dans les zones brûlées pendant la saison sèche[38]. Il fréquente également les hautes herbes qui abondent près des rivières ou des bassins de décantation. Dans le Parc national Kruger, en Afrique du Sud, il se trouve dans les prairies à Urochloa mosambicensis, Cenchrus ciliaris, Themeda triandra, Panicum coloratum et Megathyrsus maximus Il se cantonne également dans les prairies de fauche à Eragrostis, les zones herbeuses bordant les champs de maïs, les jachères, les champs de luzerne, les pourtours des plantations de canne à sucre et même des jardins de banlieue[39],[32].

Effectifs

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En Europe, qui représente 50% de l'aire de répartition totale, la population était estimée en 2021 entre 2,31 et 3,43 millions d'individus adultes, en déclin, dont 1,15 à 1,72 million de mâles chanteurs[40]. Les effectifs mondiaux étaient estimés en 2023 entre 4,9 et 7,9 millions individus, soit 3,27 à 5,27 millions d'individus adultes[41].

Migration

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Le Râle des genêts est un oiseau migrateur, qui se reproduit en Europe et hiverne majoritairement en Afrique centrale et du sud, mais il a été observé comme espèce erratique dans la totalité du continent africain[42]. Des données existent également au Tibet, en Inde, au Pakistan, au Sri Lanka, au Vietnam et en Australie[43]. Il arrive également que des individus traversent l'océan Atlantique : l'espèce a été observée en Terre-Neuve, en Nouvelle-Écosse, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Rhode Island, sur la côte du Maine, du New Jersey et de Pennsylvanie, aux Bermudes, au Groenland et en Guadeloupe[44]. En 2013, un Râle des genêts a été aperçu pour la première fois sur le continent sud-américain dans l'archipel brésilien de Fernando de Noronha[45].

Classification

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Le Râle des genêts appartient à la famille des Rallidae, qui regroupe les râles, marouettes, talèves, foulques, et gallinules ou poules d'eau[46]. Forte d'environ 153 espèces, selon les auteurs, elle s'étend sur tous les continents, à l'exception de l'Antarctique, et présente l'une des plus vastes distributions géographiques parmi les familles de vertébrés terrestres[47].

Il a été formellement décrit par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le protonyme Rallux crex, qui reprend son cri caractéristique. En 1803, le zoologue allemand Johann Matthäus Bechstein le place sous le nom Crex pratensis ou « râle des prés » dans le genre Crex, où il se trouve encore aujourd'hui, sous le tautonyme Crex crex. Le Râle des genêts s'est d'abord trouvé seul dans ce genre, puis le Râle des prés, considéré comme son plus proche parent, a été renommé de Crecopsis egregia en Crex egregia[48]. En 2024, la classification de référence (version 14.1) de l'Union internationale des ornithologues a opéré le mouvement contraire et le Râle des genêts se retrouve de nouveau seul dans son genre[49].

Le Râle des genêts est monotypique : il ne compte aucune sous-espèce[49]. Plus l'on va vers l'est de son aire de répartition, plus les individus deviennent pâles et gris[50]. Ainsi, les oiseaux sont légèrement plus pâles au Kazakhstan qu'en Europe de l'Ouest et affichent un plumage intermédiaire dans le bassin de l'Oural[51].

Statut et protection

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Menaces

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  • Intensification de l’utilisation des prairies

C’est la première cause de la disparition du râle dans nos régions. On pratiquait autrefois la première fauche des prairies quelques semaines plus tard ce qui laissait le temps au râle de mener sa couvée à terme. Les contraintes économiques et la pression subie par les agriculteurs pour augmenter leur rendement les incitent à toujours plus avancer la date de fauche. En effet, plus la première fauche est réalisée tôt dans la saison, plus la prairie a le temps de repousser pour faire une deuxième fauche. L’avancée technique a permis aux agriculteurs de faucher leurs champs à l’aide de machines de plus en plus rapides. Les jeunes râles sont les plus vulnérables car ils ne se déplacent pas assez vite pour fuir devant la faucheuse. Les adultes se déplacent rapidement mais ne s’envolent qu’en dernier recours. Ils préfèrent courir se réfugier au bord des champs dans les derniers recoins non fauchés. Même dans ces recoins, ils sont souvent mutilés voire tués alors qu’ils auraient pu s’envoler. Les prairies extensives présentent une bonne diversité végétale mais ne produisent pas autant de fourrages que les prairies intensives. Les agriculteurs ont tendance à labourer les parcelles pour semer des mélanges grainiers plus rentables. Le ray-grass (Lolium perenne) et le trèfle (Trifolium sp.) n’offrent pas un couvert intéressant pour l’espèce qui ne s’y installe que très exceptionnellement.

  • Perte d’habitat

En France, les subventions pour les grandes cultures incitent les agriculteurs à transformer les prairies permanentes en grande culture. Des mesures ont été prises afin de résoudre le problème, les zones abritant encore des mâles chanteurs ont été, dans la plupart des cas, classées comme ZICO. En Europe de l’Est, on constate un abandon des parcelles de plus en plus fréquent. Ces prairies s’enfrichent en quelques années et deviennent trop denses pour le râle.

  • Prélèvement par tir et capture

En Suisse, la chasse et la capture de cet oiseau n’est pas autorisée. Nous ne connaissons pas l’impact, on peut considérer que cette menace est nulle dans notre pays. Par contre, des captures traditionnelles au filet sont organisées chaque année en Égypte. On ne connaît pas non plus l’impact de cette pratique sur les effectifs du Râle de genêts car le suivi est insuffisant. Néanmoins, on estime que les râles nichant en Suisse empruntent une route migratoire qui passe par le sud de l’Espagne et non par l’Égypte.

  • Autres facteurs

On ne connaît pas précisément les impacts dus à la prédation sur l’espèce. Ce facteur étant naturel, il n’est pas logique d’essayer de lutter contre ce phénomène. Il est préférable de se concentrer sur les menaces que nous avons créées. Le Râle des genêts ne s’installe généralement pas à proximité des habitations, ce qui le protège des animaux domestiques. On ne peut pas considérer que le chat (Felis catus) présente une menace pour la survie de l’espèce.

Au niveau mondial

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Le Râle des genêts, initialement classé dans la liste rouge de l'UICN sous la catégorie « Vulnérable » (VU), a été transféré dans la catégorie NT (quasi menacé, c'est-à-dire moins en danger que les espèces en VU) en 2004, puis en LC (préoccupation mineure) en 2010. La raison de ce « déclassement » est la découverte de populations importantes et stables en Russie et au Kazakhstan[52].

En France

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Cette espèce est classée en catégorie EN (en danger) dans la liste rouge des espèces menacées en France, du fait de l'importance et de la rapidité du déclin des populations françaises de Râle des genêts. En effet, elles ont été réduites de moitié en 10 ans, passant de 1 140 à 1 280 couples en 1998 à 620 à 690 couples en 2007[53] et 223 en 2020.

En août 2026, la Ligue pour la protection des oiseaux annonce que l'espèce a probablement disparu de Bretagne[54].

En Belgique

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En Wallonie, l’espèce est classée en catégorie CR (en danger critique) dans la liste rouge des espèces menacées[55].

Mesures de conservation

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Des pratiques agricoles adaptées permettraient au râle de s’installer mais elles ne correspondent généralement pas avec la vision de production et rentabilité qu’ont les agriculteurs de leurs terrains. De plus, cette espèce n’a aucune valeur économique à proprement parler, sa présence n’apporte aucun gain financier à l’agriculteur.

Une des mesures principales est le retardement de la première fauche sur les prairies extensives. En plaine la date de la première fauche devrait se situer à la fin du mois de juillet[56],[57]. À cette période, les jeunes qui ont vu le jour au début du mois de juin sont assez développés pour fuir devant la faucheuse. En altitude, la neige ayant décalé le départ de la végétation, on considère que la fauche doit être effectuée à la fin du mois d’août. À cette date, la nichée a déjà quitté les lieux est n’a plus aucun risque de se faire broyer. Le produit de la fauche perd logiquement en qualité mais les chevaux et les races bovines dites rustiques peuvent valoriser ce foin. Pour éviter une fauche précoce, il est recommandé aux agriculteurs de ne pas fertiliser leurs prairies et d'entretenir une agriculture extensive.

La technique de fauche est aussi très importante. Pour laisser le temps au râle de fuir, on préconise d’utiliser des faucheuses à rotative et non pas à broyeuse. La vitesse de fauche ne devrait pas excéder les 5 km/h afin de laisser le temps aux oiseaux de s’enfuir pour trouver un abri. On conseille à l’agriculteur de ne pas faucher sa prairie de façon conventionnelle, c’est-à-dire d'éviter de tout couper en une seule fois. On suggère aux agriculteurs de pratiquer une fauche centrifuge[57] en laissant des bandes de cinq mètres de largeur au moins sur les abords des parcelles. L’idéal est de placer les bandes abris le long des cours d’eau ou des fossés.

Pour cela, les agriculteurs peuvent souscrire à un MAEt (Mesure Agri-Environnementale Territorialisée). Ils peuvent ainsi recevoir une compensation pour retarder leur date de fauche et/ou diminuer voir supprimer la fertilisation[58].

Le Râle des genêts dans la culture

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Timbre biélorusse représentant un Râle adulte s'envolant dans un paysage typique de son milieu. Deux poussins se trouvent au sol en bord de timbre.
Le Râle des genêts sur un timbre biélorusse de 2007

La présence du Râle des genêts aux côtés de l'être humain est attestée depuis le Paléolithique moyen, notamment à la grotte de Qesem en Israël[59], à la grotte Walou en Belgique[60] et à la grotte de Razhishkata en Bulgarie[61],[62].

Dans l'Antiquité gréco-romaine, le Râle des genêts est connu comme la « mère des cailles » : Aristote dit qu'il escorte les Cailles des blés (Coturnix coturnix) dans leur migration d'automne en même temps que trois autres oiseaux difficiles à identifier : le glottis (le Torcol fourmilier ?), le krex (l'Échasse blanche ?) et le kychramos (la Gallinule poule-d'eau ? la Marouette poussin ?)[13],[63].

Bien que le Râle des genêts ne soit pas apparenté aux cailles et que la différence de taille soit sensible entre les deux espèces, il est parfois confondu avec elles par les auteurs anciens, notamment dans la Septante où Dieu fait tomber une pluie de cailles (ortygomētra) pour les Hébreux lors de l'Exode hors d'Égypte[64],[15]. Dans sa comédie Les Oiseaux (414 av. J.-C.), Aristophane donne par plaisanterie l'épiclèse Ortygomētra à Léto parce qu'elle a donné naissance à Apollon et Artémis sur l'île de Délos, également connue sous le nom d'Ortygie, littéralement l'île aux cailles[65],[15].

Ce lien avec les cailles subsiste dans le folklore européen. Le vulgarisateur allemand Alfred Edmund Brehm écrit ainsi : « Le vulgaire croit que cet oiseau gouverne et guide les cailles ; les chasseurs grecs assurent positivement qu'un Rallus crex est à la tête de chaque bande de cailles[66]. » Un récit étiologique catalan collecté par le folkloriste Joan Amades explique que c'est Jésus-Christ qui a donné au râle l'autorité sur les cailles[67].

Le Râle des genêts est également connu dans le folklore européen pour son cri particulier, typique de la campagne. Il figure fréquemment dans les chants populaires lituaniens[68]. Dans le folklore irlandais, voir un Râle des genêts est un heureux présage et inversement, on souhaite malheur à quelqu'un en lui disant « Puisses-tu ne jamais revoir le coucou ou le râle des genêts[69]. ». L'oiseau apparaît également dans la littérature, notamment dans l’Élégie sur le capitaine Matthew Henderson du poète romantique Robert Burns, où son chant mélancolique rappelle l'inévitabilité de la mort[70] :

Pleurez, râles bruyants à la fin du jour,
Dans les champs de gaie luzerne en fleur !
Et, quand vous prenez votre essor annuel
Loin de notre froid rivage,
Dites à ces mondes lointains qui gît dans la terre,
Qui nous regrettons

 Robert Burns traduit par Léon de Wailly, Poésies complètes, Adolphe Delahays, 1843

Plus prosaïquement, le Râle des genêts fait partie des oiseaux occasionnellement consommés par l'être humain depuis la préhistoire. Ses restes ont été retrouvés dans la ferme néolithique de Knap of Howar, dans l'archipel des Orcades, au nord de l'Écosse, qui est la plus vieille demeure de pierre encore conservée en Europe septentrionale[71], dans plusieurs sites de l'âge du fer ainsi qu'à la ferme nordique de Bornais, dans les Hébrides extérieures[72]. Au XIXe siècle, Alexandre Dumas le présente dans son Grand dictionnaire de cuisine comme « un de nos plus excellents gibiers » ; il se sert rôti, enveloppé de feuilles de vigne et de papier, sans bardes, à cause de sa graisse[73]. Paul Bocuse le mentionne encore dans sa Cuisine du gibier en 1993[74].

Le Râle des genêts a été représenté sur 22 timbres émis par treize administrations postales différentes[75] : Belgique (2006), Bequia (2011), Biélorussie (2007), Bosnie-Herzégovine (2005 et 2024), Finlande (1999), Irlande (1997, deux timbres, 1999, 2002, 2003, 2025), Lettonie (1995), Liechtenstein (1999), Lituanie (2007), Moldavie (2001), Royaume-Uni (2007), Tchad (2012, quatre timbres) et Zambie (1990).

Références

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  1. Informations lexicographiques et étymologiques de « Caille » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  2. (en) Green et Rayment 1996
  3. (en) Green et al. 1997
  4. 1 2 (en) Arnott 2007, p. 178-179
  5. Aristote, Histoire des animaux, 609b 9-11.
  6. Aristote, Histoire des animaux, 616b 19-21.
  7. Aristote, Parties des animaux, 695a 19-22.
  8. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], II, 76, cf. scholie à Lycophron 513.
  9. Aristophane, Les Oiseaux [détail des éditions] [lire en ligne] 1138.
  10. Souda, κ2372.
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Voir aussi

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Bibliographie

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Liens externes

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