Sanche IV (roi de Castille)

homme politique espagnol (1258-1295)
(Redirigé depuis Sanche IV de Castille)

Sanche IV de Castille dit Sanche le Brave, né le à Séville et mort le à Tolède, fils d'Alphonse X de Castille, devient roi de Castille et de León en 1284 au détriment de son neveu Alphonse de la Cerda, après avoir exercé la fonction de régent du royaume contre la volonté de son père de 1275 à 1284.

Sanche IV le Brave
Illustration.
Titre
Roi de Castille et de León

(11 ans et 21 jours)
Prédécesseur Alphonse X
Successeur Ferdinand IV
Biographie
Dynastie Maison d'Ivrée
Date de naissance
Lieu de naissance Séville
Date de décès (à 36 ans)
Lieu de décès Tolède
Sépulture Cathédrale Sainte-Marie de Tolède
Père Alphonse X
Mère Yolande d’Aragon
Conjoint Marie de Molina
Enfants - Isabelle (1283 - 1328)
- Ferdinand IV (1285 - 1312)
- Pierre (es) (1290-1319)
- Philippe (?-1330)
- Béatrice (1293-1359)

Image illustrative de l’article Sanche IV (roi de Castille)

L'accession au trône de Sanche IV s'explique en partie par le rejet, de la part d'une partie de la haute société castillane, de la politique de son père, Alphonse X, et de son admiration pour les cultures arabe et juive[1].

Biographie

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Origines familiales

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Sanche naît le à Séville, selon certaines sources, mais en 1257 selon d'autres.

Il est le deuxième fils du roi Alphonse X de Castille, après Ferdinand (1255-1275), appelé « Ferdinand de la Cerda[2] ».

Sa mère est Yolande d'Aragon, sœur du roi d'Aragon Pierre III (le Grand).

Crise de la succession d'Alphonse X (1275-1284)

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Le fils aîné d’Alphonse X et héritier du trône, don Ferdinand de la Cerda, mourut en 1275 à Ciudad Real, alors qu’il se rendait en Andalousie pour faire face à une invasion nord-africaine. Conformément au droit coutumier castillan, en cas de décès du fils aîné dans la ligne de succession à la Couronne, les droits devaient revenir au deuxième fils, Sanche ; cependant, le droit romain privé, introduit dans le code des Siete Partidas, stipulait que la succession devait revenir aux enfants de Fernando de la Cerda.

En 1275, Ferdinand de la Cerda laisse donc deux fils en bas âge, Alphonse, âgé de 4 ans, et Ferdinand, âgé de quelques mois, dont la mère est Blanche de France (1251-1320), fille de Louis IX.

Le roi Alphonse se montra d’abord disposé à satisfaire les aspirations de don Sanche, qui s’était illustré dans la guerre contre les envahisseurs islamiques en remplacement de son frère défunt. Mais par la suite, sous la pression de son épouse Yolande d'Aragon et de Philippe III le Hardi, roi de France, oncle des « infantes de la Cerda » (les fils de don Ferdinand), il fut contraint de dédommager ces derniers. Sanche s’opposa à son père lorsque celui-ci tenta de créer un royaume à Jaén pour l’aîné des fils de l’ancien héritier, Alphonse de la Cerda.

Sanche profite de l'absence de son père Alphonse X, parti dans le Saint-Empire se faire élire roi des Romains. Il réunit les Cortès à Ségovie et se fait reconnaître comme héritier présomptif, au détriment de l'aîné de ses neveux et en contradiction avec loi successorale de Castille : primogéniture avec préférence masculine (les filles peuvent hériter, mais seulement après tous les fils).

Il est aussi reconnu comme régent de Castille par une assemblée de complaisance réunie à Valladolid : c'est une révolte ouverte contre Alphonse X.

La rivalité entre le roi légitime et le régent menace un temps l'unité du royaume, mais Alphonse X meurt en 1284, ouvrant la voie à une reconnaissance de son usurpation par les Cortès, puis à son couronnement à Tolède au cours de l'été 1284.

Finalement, Sanche et une grande partie de la noblesse du royaume se révoltèrent, allant jusqu’à dépouiller Alphonse X de ses pouvoirs, mais non de son titre de roi (1282). Seules les villes de Séville, Murcie et Badajoz restèrent fidèles au vieux monarque. Alphonse maudit son fils, qu’il déshérita dans son testament, et, aidé par ses anciens ennemis, les mérinides, il commença à regagner sa position. Alors que de plus en plus de nobles et de villes rebelles quittaient le camp de Sanche, le Roi Sage mourut à Séville, le 4 avril 1284.

Règne de Sanche IV (1284-1295)

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Statue commémorative de la prise de la ville de Tarifa, située aux abords de son château.
L'Arco de Tarifa, avec une plaque en hommage à ceux qui ont combattu lors du conflit de Tarifa.

Sanche s'est proclamé roi sans respecter la volonté de son père et a été couronné à Tolède le 30 avril 1284. Il fut reconnu par la plupart des villes et des nobles, mais il existait parallèlement un groupe assez important de partisans des Infantes de la Cerda (es) qui réclamaient le respect du testament en question ; le roi Alphonse III d'Aragon fit proclamer Alphonse de la Cerda roi de Castille à Jaca en 1288, et mena une brève campagne en Castille (1289-1290)[3].

Tout au long du règne de Sanche IV, des luttes internes et des conflits pour l'accès au pouvoir se succédèrent. L’un des personnages qui a le plus semé la discorde fut son frère, l’infant don Jean, et le noble don Lope Diaz III de Haro, VIIIe seigneur de Biscaye, se rallia à sa cause. Le roi Sanche IV fit exécuter de Haro et ordonna l’emprisonnement de l’infant. De plus, selon les chroniques, il ordonna l'exécution de 4 000 partisans des infans de la Cerda, qui furent passés au fil de l'épée dans la ville de Badajoz, de 400 à Talavera et de nombreux autres à Ávila et à Tolède. En 1285, il nomma Pedro Álvarez de las Asturias (es) intendant général du royaume.

À la suite de ces événements, il pardonna à son frère Don Juan, qui ne tarda pas à se révolter à nouveau, provoquant le conflit de Tarifa. Don Juan fit appel aux Benimerines d'Afrique du Nord, qui assiégèrent la place forte défendue par son gouverneur Guzmán el Bueno, seigneur de León. C'est là qu'eurent lieu le célèbre acte héroïque et la mort innocente du fils de Guzmán. La forteresse de Tarifa fut défendue avec loyauté et les mérinides retournèrent dans leur pays d'origine. Les plans de l'infant don Juan et ceux du sultan mérinide, qui projetait une invasion, furent ainsi contrecarrés.

Lorsque Jacques II monta sur le trône d'Aragon en 1291, un rapprochement avec Sanche IV fut scellé par le Traité de Monteagudo[4]. Par ailleurs, Sanche IV fut un grand ami, ainsi que le tuteur, du personnage historique connu sous le nom d’infant don Juan Manuel.

Au cours de son règne, on retient qu'il repousse une offensive menée par le sultan du Maroc et l'émir de Grenade.

Il s'allie à la France contre l'Aragon et se consacre aux guerres de la Reconquista contre les Maures du Maroc. En 1292, appuyé par les Génois, il est victorieux à la bataille de Tarifa, en Andalousie. Il réussit à faire régner la paix en Castille et en León, ses deux royaumes après qu'il eut lui-même créé le désordre.

Sanche IV meurt en 1295, laissant pour héritier son fils Ferdinand, âgé de neuf ans, qui régnerait sous le nom de Ferdinand IV de Castille. Sanche légua également à son successeur l’héritage des querelles et des rivalités avec les infantes de la Cerda et leurs partisans.

La couronne de Castille de 1275 à 1314.

Suites de son usurpation : la famille la Cerda de France

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Alphonse de la Cerda et son frère Ferdinand sont emmenés en Aragon par Yolande. En 1303, Alphonse s'installe en France où la famille de la Cerda s'illustre avec son fils Louis et son petit-fils Charles.

Mort et funérailles

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Sanche IV de Castille est mort probablement de la tuberculose après avoir lutté pendant des années contre cette maladie[5]. Il désigne son épouse, María de Molina, pour assurer la régence au nom de son fils âgé de neuf ans, Ferdinand IV. Il mourut le 25 avril 1295 à Tolède[5].

Culture

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Estudio General de Alcalá de Henares (20-05-1293)
Estudio General de Alcalá de Henares (20-05-1293).

Le règne de Sanche IV fut presque aussi prolifique en matière de composition d'ouvrages que celui de son père. Ainsi, outre l’ouvrage Castigos y documentos del rey don Sancho (es) (recueil de sentences et d’histoires destinées à l’éducation du prince héritier), il encourage la traduction de deux grandes encyclopédies : Li livres dou trésor, version quasi littérale des Li livres dou trésor, de Brunetto Latini et le Lucidario (es), traduction très libre de l’Elucidarius d’Honoré d'Autun, dans le prologue duquel, rédigé de sa propre main, il affirme qu’un roi doit servir Dieu d’abord par ses « actes », puis par ses « paroles »[6]. Entre 1284 et 1289 fut également rédigée la « version sanchina » de l’Estoria de España d’Alphonse X le Sage.

Le 20 mai 1293, il promulgua les Estudios Generales de Alcalá de Henares (es) (Études générales d'Alcalá de Henares), précurseur de l'Université d'Alcalá de Henares (1499-1836).

Sépulture

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Façade principale de la cathédrale de Tolède.
Couronne de Sanche IV.

À sa mort, le corps de Sanche IV fut inhumé dans la chapelle de Santa Cruz de la cathédrale de Tolède, conformément à la volonté du monarque, exprimée dans son testament[7]. Le monarque, plusieurs années avant son décès, avait ordonné la construction de la chapelle de Santa Cruz de la cathédrale de Tolède, lieu où il fit transférer, le 21 novembre 1289, les dépouilles des rois Alphonse VII l’Empereur, Sanche III de Castille et Sanche II du Portugal, qui reposaient auparavant dans la chapelle du Saint-Esprit de la cathédrale[8].

À côté du tombeau contenant les restes d’Alphonse VII fut placé celui dans lequel fut inhumé le corps de Sanche IV, et qui avait été sculpté du vivant de ce dernier, bien que par la suite, en 1308, la reine Marie de Molina l’ait remplacé par un autre tombeau plus somptueux [7]. À la fin du XVe siècle, le cardinal Cisneros ordonna la construction de l'actuelle chapelle principale de la cathédrale de Tolède, à l'emplacement de l'ancienne chapelle de Santa Cruz. Une fois obtenu le consentement des Rois catholiques, la chapelle de Santa Cruz fut démolie, et les dépouilles des rois qui y étaient inhumés furent transférées dans les tombeaux que le cardinal Cisneros fit réaliser par le sculpteur Diego Copín de Holanda (es), et qui furent placés dans le nouveau chœur de la cathédrale de Tolède.

Le mausolée destiné à abriter les restes de Sanche IV et ceux de Sanche III de Castille est situé du côté de l'Épître et a été réalisé par le sculpteur Diego Copín de Holanda. La disposition du mausolée est similaire à celle du mausolée destiné à abriter les restes d’Alphonse VII de León et de l’infant Pedro de Aguilar, fils illégitime d’Alphonse XI, situé en face de celui-ci[7]. La statue gisante représentant Sanche IV est placée sous celle représentant Sanche III. La statue représente Sanche IV sous des traits juvéniles, la tête appuyée sur un coussin, pieds nus, et vêtu d’une robe franciscaine avec un cordon.

En 1947, au cours d’une fouille archéologique menée dans le chœur de la cathédrale de Tolède, dans le but de localiser les restes du roi Sanche II du Portugal afin qu’ils soient restitués à son pays, les restes de Sanche IV ont été découverts[9]. Les restes du roi étaient momifiés et en bon état ; le souverain était nu de la taille jusqu’à la tête et portait une robe franciscaine, attachée à sa taille par un cordon franciscain[9]. Le souverain, qui devait mesurer plus de deux mètres de haut de son vivant, portait sur ses tempes une couronne en argent doré ornée de camées romains et de saphirs, et maintenue par un cordon passant sous le menton du monarque. Le cadavre tenait une épée à poignée dorée, sur laquelle était gravée une inscription dont seuls quelques fragments ont été conservés, la lame étant rouillée à certains endroits. La longueur de l’épée, qui ne correspond pas à la grande taille du souverain, ainsi que certaines références documentaires concernant la couronne de son grand-père Ferdinand III, laissent penser qu’il aurait reçu ces deux pièces en héritage[10].

Après l'examen de la dépouille, le cardinal Enrique Plá y Deniel, archevêque de Tolède, ordonna que le corps de Sanche IV soit revêtu d'un habit franciscain, puis déposé à nouveau dans son mausolée situé dans le chœur de la cathédrale de Tolède[11].

Mariage et descendance

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Sanche IV épouse, en à Tolède, María Alfonso de Molina y Mesa, plus fréquemment désignée comme Marie de Molina (née après 1260, morte le à Valladolid), qui exerce la régence du royaume à deux reprises :

  • de 1295 à 1301, pendant le règne de son fils aîné, conjointement avec Henri de Castille (oncle de Sanche IV) ;
  • de 1312 à 1321, au nom de son petit-fils, conjointement avec ses deux fils cadets Pierre et Philippe (oncles du jeune roi).

On connaît sept enfants de l'union de Sanche IV et Maria de Molina :

Il a eu aussi deux filles avec María Alfonso de Meneses, dame d'Ucero :

Il fut aussi amant de Tereza Gil de Riba de Vizela, qui a fait testament le 16 séptembre 1307, morte entre 1310 et 1315, sans descendance.

Ascendance

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Notes et références

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  1. (es) Miguel Pérez Rosado, « De Sancho IV a López de Ayala: La época de don Juan Manuel », sur spanisharts.com (consulté le )
  2. Ce nom reste à expliquer.
  3. Ferrer i Mallol 2005, p. 31.
  4. Rábade Obradó et al 2005, p. 427.
  5. 1 2 Linehan 1995, p. 699.
  6. Sanche, roi de Castille et Richard P. Kinkade, Les « Lucidarios » espagnols, Madrid, Gredos, D.L., (OCLC 1024485190), p. 81.
  7. 1 2 3 Arco y Garay 1954, p. 274.
  8. Rivera Recio 1985, p. 128.
  9. 1 2 Rivera Recio 1985, p. 131.
  10. José María Relanzón García-Criado, « La Corona y la Espada de Sancho IV de Castilla », Toletum: boletín de la Real Academia de Bellas Artes y Ciencias de Toledo, no 2, , p. 24-31 (ISSN 0210-6310, lire en ligne [archive du ] [PDF], consulté le ).
  11. Rivera Recio 1985, p. 132.

Voir aussi

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Bibliographie

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  • C.E.D.R.E. (cercle d'études des dynasties royales européennes)[pas clair].
  • Georges Bordonove, Les rois qui ont fait la France : Philippe le Bel, Paris, Pygamlion, 1985.
  • (en) Peter Linehan, « Castile, Portugal and Navarre », dans David Abulafia (dir.), The New Cambridge Medieval History: Volume 5, c. 1198–c. 1300, Cambridge University Press,
  • (es) Ricardo Arco y Garay, Sepulcros de la Casa Real de Castilla, Instituto Jerónimo Zurita. Consejo Superior de Investigaciones Científicas, (OCLC 11366237)
  • (es) Juan Francisco Rivera Recio, « Los restos de Sancho IV en la Catedral de Toledo (crónica retrospectiva) », Toletum: boletín de la Real Academia de Bellas Artes y Ciencias Históricas de Toledo, Tolède, Real Academia de Bellas Artes y Ciencias Históricas de Toledo, no 16, , p. 127-138 (ISSN 0210-6310, lire en ligne [archive du ] [PDF], consulté le )

Articles connexes

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Liens externes

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