Senhadji de Srayr
Tasenhajit ou le Senhadji de Srayr (en Tamazight : Taṣenhajit n Srayer) est une langue berbère parlée par les Sanhadja de Srayr, un groupe ethnique du Rif, au Maroc. Il est à rapprocher aux langues de l'Atlas mais reste tout aussi proche des parler rifain voisin, notamment ceux de la province d'Al Hoceima avec lesquels il partage de nombreuses évolutions phonétiques[1],[2].
| Senhadji Taṣenhajit | |
| Pays | |
|---|---|
| Région | Rif |
| Nombre de locuteurs | env. 70 000[1] |
| Nom des locuteurs | Iṣenhajen |
| Écriture | Latin |
| Classification par famille | |
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| Codes de langue | |
| ISO 639-3 | sjs
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| Glottolog | senh1238
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| État de conservation | |
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Langue vulnérable (VU) au sens de l’Atlas des langues en danger dans le monde
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| Carte | |
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Statue de la langue
modifierLe Senhadji de Srayr est, selon l' Unesco, une langue en danger[3],[4],[5].
Les locuteurs du Tasenhajit sont généralement moins impliqués dans le mouvement culturel amazigh. Leur situation s'explique en partie par leur marginalisation au sein du monde berbère et de la société marocaine dans son ensemble. Leur langue ne bénéficie d'aucune reconnaissance officielle, les politiques linguistiques de l'État s'étant principalement concentrées sur les trois principales variétés berbères marocaines (le tashelhit, le berbère du Moyen Atlas et le tarifit).
D'autres facteurs contribuent à cet engagement limité : l'isolement géographique dans les montagnes, la situation économique (leur région étant le centre de la culture du cannabis ), les préjugés à leur encontre, le fait qu'ils soient ignorés par les Berbères d'autres régions, etc.
L’association « Amazighs de Senhaja du Rif » a récemment vu le jour, dans le but de promouvoir et de préserver la langue et le patrimoine culturel senhaja. Parmi ses membres les plus actifs figurent Charif Adardak, Iliasse Aarab, Mounir Aghzennay, Mohamed Ben Abdellah Aghzout et quelques autres. Outre de nombreuses initiatives culturelles, l’association a créé «Tidighin », une revue consacrée au patrimoine culturel et linguistique de Senhaja de Srair[6].
Groupement tribal
modifierLe sanhadji connait une forte variation dialectale interne[1]: le parler des Ketama est considéré comme distinct de celui des autres tribus[7] et n'est plus parlé que dans 7 villages: Aït Ahmed, Aït Aïssi, Makhzen, Asmmar, Talghount, Sahel et Zgara.
Le taux de locution du Sanhadji de Srayr varie également selon les tribus[8]:
- Aït Ahmed : majoritairement berbérophone, minorité arabophone ;
- Aït Bchir : majoritairement berbérophone, minorité arabophone ;
- Aït Bounsar : intégralement berbérophone ;
- Aït Bouchibet : intégralement arabophone ;
- Aït Khennous : intégralement berbérophone ;
- Aït Mezdouy : intégralement berbérophone ; les petits hameaux du nord-est des Aït Mezdouy sont cependant influencés par le parler rifain[7] ;
- Aït Seddat : intégralement berbérophone
- Ketama : majoritairement arabophone, minorité berbérophone ;
- Taghzout : intégralement berbérophone ;
- Zarqet : intégralement berbérophone;
Nombre estimé de locuteurs pour chaque tribu
modifierSelon Evgeniya Gutova dans son livre "Senhaja Berber Varieties: phonology, Morphology, and Morphosyntax"[9] le nombre estimé de locuteurs de Tasenhajit dans chaque tribu Senhadjienne est:
| Nom de tribu | Note | Le nombre estimé de locuteurs de Tasenhajit |
| Ketama | Mixte (Berbère et arabophone) | 17.000 |
| Aït Seddat | Majoritairement berbérophone | 17.000 |
| Taghzout | Majoritairement berbérophone | 5.000 |
| Aït Ahmed | Majoritairement berbérophone | 9.000 |
| Aït Bounsar | Majoritairement berbérophone | 7.000 |
| Aït Khennous | Majoritairement berbérophone | 9.000 |
| Aït Mezdouy | Majoritairement berbérophone | 10.000 |
| Zarqet | Majoritairement berbérophone | 6.000 |
| Aït Bchir | Majoritairement berbérophone | 6.000 |
| Aït Bouchibet | Majoritairement arabophone | (-) |
| Totale | 85.000 locuteurs. |
Système d'écriture
modifier
Les locuteurs du Senhadji de Srayr n'ont pas l'habitude d'écrire dans leur langue. Contrairement à d'autres langues berbères, l'alphabet tifinagh n'est jamais utilisé en Tasenhajit. Si la langue est écrite, notamment dans le cadre de la communication virtuelle , l'alphabet latin est le plus souvent utilisé ; les chiffres sont parfois (mais pas systématiquement) utilisés pour représenter certains sons[2]. L'alphabet latin berbère:
| L'alphabet de 35 lettres des Berbères du Nord | ||||||||||||||||||||||||||||||||||
| A | B | C | Č | D | D | E | Ɛ | F | G | Ǧ | Ɣ | H | Ḥ | J | J | K | L | M | N | O | Q | R | Ř | Ṛ | S | Ṣ | T | Ṭ | U | W | X | Y | Z | Ẓ |
| minuscules | ||||||||||||||||||||||||||||||||||
| a | b | c | č | d | d | e | ɛ | f | g | ǧ | ɣ | h | ḥ | j | j | k | l | m | n | o | q | r | ř | ṛ | s | ṣ | t | ṭ | u | w | x | y | z | ẓ |
Dialecte Rifain ?
modifierLa classification du Senhadji de Srair a en effet été sujette à plusieurs révisions au fil du temps, ce qui reflète les complexités linguistiques et culturelles de la région. Les premières classifications ont tendu à associer le Senhadji de Srair au Rifain, probablement en raison de similarités phonétiques et lexicales entre les deux. Cette approche s'inscrivait dans une logique de proximité géographique et d'appartenance à la même famille linguistique berbère, le Tarifit, qui couvre les zones du Rif[10].
Cependant, pendant la période du protectorat espagnol, l'orientation scientifique a évolué. Des chercheurs comme Renisio, Ibanez et Carleton Coon ont jugé que le Senhadji ne pouvait pas être considéré comme un simple dialecte du Rifain car ce dernier est un parler zénète, et ont plutôt établi des liens avec les langues de l'Atlas[11]. Cela a mis en lumière la diversité interne des langues berbères et la complexité des relations entre les différentes variétés[2]
L'analyse plus récente de M. Lafkioui dans l'Atlas linguistique des variés berbères du Rif[7] offre une perspective différente. Selon elle, le Sanhadji de Srair est un dialecte du Tarifit, mais avec des spécificités qui le rendent distinct. Elle souligne la compréhension mutuelle totale entre les locuteurs du Rifain des tribus avoisinantes (Ait Ouriaghel, Ait Ammart, Bakoya, Ait Yetteft) avec les locuteurs du Senhadji, ce qui justifie cette classification. Lafkioui souligne aussi des traits linguistiques propres aux rifains qui se retrouve à la fois dans le tarifit du Rif oriental ainsi que dans les dialecte senhajdiennes (vocalisation du 'r', pronciation du 'll' en 'dj', etc.)[7]
Cela montre comment la classification des langues peut être influencée par différents critères : géographiques, sociaux, historiques et linguistiques. Le Senhadji de Srair, bien qu'il partage des caractéristiques avec le Rifain, reste une langue avec ses propres particularités, ce qui reflète la richesse et la diversité des langues berbères dans le monde.
Notes et références
modifier- 1 2 3 M. Kossmann, The Arabic Influence on Northern Berber (Brill, 2013), p.21
- 1 2 3 Morocco - VII. Linguistic survey, dans: BRILL's First Encyclopaedia of Islam: 1913-1936 (Brill, 1993), p. 598
- ↑ Atlas UNESCO des langues en danger dans le monde, Senhaja de Srair
- ↑ (en) « Senhaja Berber », Ethnologue (consulté le )
- ↑ Häberl, « (Endangered Languages of) The Middle East and North Africa », North Africa studies, p. 51. Tasenhajit
- ↑ Gutova, « Senhaja Berber Varieties : phonology, Morphology, and Morphosyntax », (consulté le )
- 1 2 3 4 Mena Lafkioui, Atlas linguistique des variétés berbères du Rif, dans: Berber Studies, vol. 16 (Köppe, 2007)
- ↑ Charif Adardak, Chelha des Senhaja Sraïr : un parler amazigh minoritaire en voie de disparition dans les montagnes du Rif (Nord du Maroc) (lire en ligne)
- ↑ (en) Evgeniya Gutova, Senhaja Berber Varieties: phonology, Morphology, and Morphosyntax (lire en ligne)
- ↑ Auguste Mouliéras, Le Maroc Inconnu: étude géographique et sociologique. Premiere partie : Exploration du Rif, Gallica, , 221 p. (lire en ligne)
- ↑ Amedée Renisio, Etudes sur les dialectes berbères des Beni Iznassen, du Rif et des Senhaja de Sraîr : grammaire, textes et lexique., Paris, Ernest Leroux, , p.XI
