Symbatikios
Symbatikios (en grec : Συμβατίκιος), également appelé Sabbaticius ou Symbaticius dans les sources latines, est un général byzantin d'origine probablement arménienne, actif sous le règne de l'empereur Léon VI le Sage. Commandant des forces impériales en Italie méridionale de 891 à 892, il est principalement connu pour avoir conquis Bénévent en octobre 891. Son gouvernement est associé à la formation du thème de Longobardie, l'une des principales circonscriptions administratives byzantines de la péninsule italienne.
Origines et carrière
modifierLa date de naissance de Symbatikios est inconnue, de même que ses origines géographiques précises. Son nom, conservé uniquement dans les sources latines sous les formes Sabbaticius, Sabbatichi, Sybbaticius, Sibbaticius ou encore Symbaticius, est généralement rapproché du prénom arménien Smbat. Il est donc considéré comme un personnage d'origine arménienne, sans qu'il soit possible de déterminer s'il est lui-même né en Arménie ou s'il appartient à une famille arménienne établie depuis plusieurs générations dans l'Empire byzantin[1],[2],[3] .
Symbatikios apparaît dans les sources à la fin du IXe siècle, lorsque l'Empire byzantin entreprend de consolider ses possessions en Italie méridionale. Sous Basile Ier (867-886), les armées impériales ont reconquis plusieurs territoires précédemment occupés par les Lombards ou les Arabes. La reprise de Bari en 876, puis les campagnes de Nicéphore Phocas l'Ancien dans les années 880, permettent à Byzance de rétablir son autorité sur une partie importante de l'Apulie et de la Calabre. Cette expansion se poursuit sous Léon VI, qui cherche notamment à étendre la domination impériale vers les principautés lombardes de l'intérieur[4],[5],[6].
Symbatikios succède au patrice Georges comme commandant en chef des forces byzantines en Italie méridionale. Un diplôme de 892 lui attribue les titres de protospathaire impérial et de stratège de Macédoine, de Thrace, de Céphalonie et de Longobardie. Cette titulature exceptionnelle suggère qu'il ne commande pas seulement une circonscription territoriale, mais qu'il exerce une autorité militaire étendue sur des forces provenant de plusieurs régions de l'Empire. Il pourrait ainsi avoir été placé à la tête d'un corps expéditionnaire envoyé spécialement dans la péninsule italienne, avec pour mission de poursuivre les conquêtes byzantines[7],[1],[8],[3].
La conquête de Bénévent
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Dès sa prise de commandement, Symbatikios dirige une offensive contre la principauté de Bénévent, l'un des principaux États lombards d'Italie méridionale. La ville de Bénévent, ancienne capitale d'un duché lombard puis siège d'une principauté indépendante, représente un objectif stratégique important en raison de sa position à l'intérieur de la péninsule et de son rôle politique régional[7],[1],[3]. Symbatikios entreprend le siège de la ville le 13 juillet 891. Les opérations se prolongent pendant plus de trois mois, jusqu'à la capitulation des défenseurs le 18 octobre. La prise de Bénévent constitue un succès notable pour les Byzantins, qui parviennent à soumettre temporairement l'une des principales cités lombardes d'Italie méridionale. La ville devient alors le siège du gouverneur impérial, fonction qu'elle conserve pendant près de quatre ans, jusqu'au rétablissement de la domination lombarde en 895[7],[1],[2].
La conquête de Bénévent est généralement associée à la création du thème de Longobardie, destiné à administrer les territoires reconquis en Italie méridionale. Selon l'interprétation de Vera von Falkenhausen, cette circonscription est constituée à la suite de la victoire de 891, Bénévent devenant initialement son centre administratif. Le transfert ultérieur de la capitale à Bari s'expliquerait par la fragilité croissante de la domination byzantine sur Bénévent, finalement perdue en 895. Bari s'impose dès lors comme le principal centre politique et administratif de la Longobardie byzantine[9],[5],[2].
La chronologie exacte de la création du thème demeure néanmoins discutée. Constantin Zuckerman a contesté l'existence d'une circonscription autonome de Longobardie dès 892, en relevant notamment son absence du Kletorologion de Philothée, rédigé en 899. Il considère que les territoires italiens concernés pourraient alors avoir été rattachés au thème de Céphalonie. Nicholas Matheou souligne cependant que le diplôme de Symbatikios constitue une attestation contemporaine explicite de la Longobardie et que son absence dans le Kletorologion pourrait s'expliquer par l'instabilité administrative d'une province récemment constituée[10],[11].
L'administration des territoires reconquis
modifierLe gouvernement de Symbatikios est également connu par un diplôme délivré à Bénévent en juin 892 en faveur de l'abbaye du Mont-Cassin. Par cet acte, le stratège confirme à l'abbé Ragembrand la possession du monastère Sainte-Sophie de Bénévent, de trois autres établissements monastiques et de leurs dépendances. Le document garantit également certaines exemptions fiscales et protections contre les interventions des agents de l'administration impériale. Son contenu est confirmé par le témoignage de Léon d'Ostie, chroniqueur du Mont-Cassin[12],[8],[3].
Le diplôme constitue l'un des premiers témoignages de l'organisation administrative byzantine en Longobardie. Rédigé en latin, il emploie une terminologie mêlant les institutions impériales et les traditions locales. Parmi les agents auxquels il ordonne de respecter les privilèges accordés figurent des dignitaires et fonctionnaires byzantins, mais également des représentants des populations grecques, arméniennes et lombardes. La mention des gastalds lombards témoigne notamment du maintien d'une partie des structures administratives antérieures à la conquête[8],[2],[3].
Vera von Falkenhausen considère cette juxtaposition de fonctions et de désignations ethniques comme le reflet d'une administration encore en cours de constitution. L'intégration des territoires conquis ne repose pas sur le remplacement immédiat des institutions locales, mais sur leur coexistence avec les structures de l'Empire. Les autorités byzantines s'appuient ainsi sur les cadres administratifs et juridiques lombards, tout en introduisant leurs propres officiers et mécanismes de gouvernement[13].
La présence d'agents arméniens dans le diplôme de 892 a également retenu l'attention des historiens. Gérard Dédéyan et Nicholas Matheou replacent Symbatikios parmi plusieurs commandants d'origine arménienne associés à la reconquête byzantine de l'Italie méridionale. Les noms de plusieurs des premiers stratèges de Longobardie, notamment Symbatikios et Barsakios, suggèrent une présence importante de militaires issus de familles arméniennes dans l'encadrement des territoires nouvellement conquis. Il demeure cependant difficile de déterminer dans quelle mesure ces officiers ont contribué directement à l'établissement de populations arméniennes dans la région[14],[15].
Symbatikios quitte l'Italie méridionale en 892, après un commandement d'environ une année. Il est remplacé au mois d'août par un autre stratège nommé Georges, qui poursuit l'administration des territoires reconquis. La suite de sa carrière est inconnue. Les sources ne mentionnent ni les fonctions qu'il aurait pu exercer après son retour dans l'Empire, ni la date de sa mort[7],[1].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 Dédéyan 2005, p. 473-482.
- 1 2 3 4 Matheou 2021, p. 341.
- 1 2 3 4 5 PmbZ, Symbatikios, no 27443.
- ↑ Falkenhausen 1978, p. 24-25.
- 1 2 Falkenhausen 2012, p. 534.
- ↑ Matheou 2021, p. 340-341.
- 1 2 3 4 Falkenhausen 1978, p. 78-79.
- 1 2 3 Falkenhausen 2012, p. 534-535.
- ↑ Falkenhausen 1978, p. 24-25 et 78-79.
- ↑ Zuckerman 2014, p. 206-209.
- ↑ Matheou 2021, p. 341 et 359.
- ↑ Falkenhausen 1978, p. 178-179.
- ↑ Falkenhausen 2012, p. 534-536.
- ↑ Dédéyan 2005, p. 482-485.
- ↑ Matheou 2021, p. 340-342.
Bibliographie
modifier- (it) Vera von Falkenhausen, La dominazione bizantina nell'Italia meridionale dal IX all'XI secolo, Bari, Ecumenica Editrice,
- Gérard Dédéyan, « Le stratège Symbatikios et la colonisation arménienne dans le thème de Longobardie », dans Ravenna da capitale imperiale a capitale esarcale : Atti del XVII Congresso internazionale di studio sull'alto medioevo, t. I, Spolète, Fondazione Centro italiano di studi sull'alto medioevo, , 461-493 p.
- (it) Vera von Falkenhausen, « Amministrazione fiscale nell'Italia meridionale bizantina (secoli IX-XI) », L'héritage byzantin en Italie (VIIIe-XIIe siècle). II, Les cadres juridiques et sociaux et les institutions publiques, Rome, École française de Rome, , p. 533-556 (lire en ligne)
- (de) Ralph-Johannes Lilie, Claudia Ludwig, Beate Zielke et Thomas Pratsch (dir.), Prosopographie der mittelbyzantinischen Zeit Online, De Gruyter, (lire en ligne).
- (en) Nicholas S. M. Matheou, « Hegemony, elitedom and ethnicity: “Armenians” in imperial Bari, c. 874–1071 », dans Italy and the East Roman World in the Medieval Mediterranean : Empire, Cities and Elites, 476–1204, Routledge, , 339-376 p.
- (en) Constantin Zuckerman, « Squabbling Protospatharioi and Other Administrative Issues from the First Half of the Tenth Century », Revue des études byzantines, vol. 72, , p. 193-233